samedi 21 mars - par astus

L’impact social et psychique du Covid-19

La propagation rapide de ce Covid-19 encore assez mystérieux a conduit les autorités sanitaires d’un grand nombre de pays à privilégier des mesures prophylactiques fondées sur un confinement plus ou moins strict selon les situations. Mais si l’on commence à bien connaître les désordres physiologiques causés par ce virus on méconnaît souvent l’impact social et psychique des populations atteintes, car cela est beaucoup moins visible.

Il faut d’abord distinguer la quarantaine qui est la restriction de circulation des personnes susceptibles de recevoir ou de transmettre la maladie, de l’isolation, qui est la séparation du milieu habituel de personnes déjà infectées pour limiter la contagion. Et face aux risques encourus on devrait bien sûr prendre en considération tous ceux qui sont confrontés chaque jour à un danger élevé de contagion surtout quand les moyens de protection sont insuffisants ou inexistants : soignants, pompiers, policiers, militaires, caissières, transporteurs, et tous les producteurs de biens ou de services essentiels à la vie des citoyens.

Les risques encourus sur le plan psychique que différentes études signalent, parfois suite à d’autres épidémies : SRAS, Ébola, H1N1, grippe équine notamment, sont en réalité nombreux et changent pour les populations concernées selon qu’elles sont plus ou moins fragilisées par d’autres facteurs préexistants. Cette liste doit donc être adaptée à la grande variété des situations rencontrées car tout le monde n’est pas impacté de la même manière par les troubles recensés : anxiété, angoisses, isolement, phobies diverses (saleté, étouffement) pouvant entrainer des conduites obsessionnelles, irritabilité, insomnie, manque de concentration, dépression, tendances suicidaires, culpabilité, confusion, ennui, sentiment d’impuissance, colère, frustration, désordres psychosomatiques, vécu de stigmatisation ou de rejet, violences intra familiales, stress post-traumatique…

Mais il ressort clairement de ces travaux que l’isolement, mais aussi la peur et l’ennui, augmentent considérablement la détresse des personnes, surtout pour les populations défavorisées ou très exposées, dont l’inégalité sociale apparaît encore plus flagrante. Et l’on semble curieusement redécouvrir alors que chaque humain est à l’origine un être social fragile incapable de vivre seul en raison d’une néoténie primitive réclamant un lien indéfectible avec autrui. C’est pourtant celle-ci qui rend possible, quand tout va bien, la transformation des angoisses les plus primitives, dont la terreur sans nom de l’abandon ou de la mort, en représentations mentales acceptables c’est à dire « en appareil à penser les pensées » de nature symbolique comme l’a montré Wilfred R. Bion, qui différencie radicalement l’homme de l’animal.

Certes les grandes épidémies de l’humanité dont parle Jean Delumeau, dans son livre intitulé « La peur en Occident » ne sont pas nouvelles : peste, mais aussi suette anglaise, typhus, variole, grippe pulmonaire, dysenterie et choléra, ont répandu dans tout l’occident des images de cauchemar en décimant des populations entières tout en contribuant à instaurer entre voisins, et même à l’intérieur des familles, un profond climat de défiance lié au risque de contagion. Et les populations amérindiennes furent aussi durement touchées. Mais si la « grippe espagnole » a fait plus de victimes que le premier conflit mondial, celles du sida sont encore dans toutes les mémoires. Confronté à ces peurs la raison reste souvent impuissante, a fortiori quand un invisible virus met en péril notre finitude et nos croyances dans la supériorité humaine sur la nature. Pourtant, il se produit avec cette hubris une sorte de renversement hégélien entre le maître et l’esclave qui fait que cette crise peut être l’aube de changements profonds.

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Il ne faut pourtant pas se cacher que le chemin est difficile car nous sommes aujourd’hui tous soumis à des injonctions paradoxales qui contribuent à brouiller notre pensée. Car si la première recommandation est de se protéger en s’isolant d’autrui, individuellement ou en famille, la deuxième préconise en contradiction avec la précédente de tout faire pour créer ou maintenir ce lien avec autrui. Certes les moyens technologiques modernes : téléphone, internet et réseaux peuvent pallier en partie les séparations qui se produisent dans la réalité, mais cela ne remplace pas les visites aux anciens dans les EHPAD.

Dans un billet récent intitulé « Quitte ou double » Régis Debray constate la curieuse organisation de cette « drôle de guerre, celle où le commandant en chef a pour mot d’ordre « planquez-vous » ; où une mobilisation générale met à l’arrêt ; où on appelle à ne plus faire société pour faire nation (…) ».  Ajoutons que la confiance démocratique en berne n‘est pas un atout majeur dans cette lutte. De plus si cet ennemi est partout, personne ne le voit, un peu comme dans le Désert des Tartares de Dino Buzzati ou dans La Peste de Camus. Et le comble est que cet adversaire peut être quelqu’un de très proche, a priori insoupçonnable. Il est clair alors que si « l’enfer c’est les autres », comme dans le Huis Clos de Sartre, notre relation à l’autre se retrouve toute chamboulée. On peut toujours clamer : « Je est un autre », oui, mais lequel ?

Et dans « L’avenir d’une illusion » Freud observe après Kant qu’« Il est curieux que les êtres humains, bien qu’ils ne puissent guère subsister dans la solitude, ressentent néanmoins comme très oppressants les sacrifices que la culture leur impose pour rendre la vie commune possible ». Il reprend ce thème dans « Malaise dans la civilisation » pour montrer combien le développement de celle-ci entraîne des restrictions de la liberté individuelle, notamment à cause de nécessaires renoncements pulsionnels. Mais tel un Janus, Thanatos menace alors la civilisation d’être le revers d’Éros. Car dans une société ainsi cloisonnée par le confinement surgissent non seulement la menace des troubles psychiques évoqués plus haut, mais aussi celle de « la guerre de tous contre tous » dont Hobbes reprendra le postulat selon lequel « l’homme est un loup pour l’homme », pour écrire le « Léviathan  » qui représente un État fort assurant la sécurité des citoyens, mais au détriment de leur liberté.

Aujourd’hui que les recluses, anachorètes, ermites, et autres cénobites ne sont plus trop à la mode chacun est en droit de réclamer des mesures de prophylaxie à l’échelle sociétale autorisant non seulement la meilleure survie possible des citoyens face au péril viral, mais aussi la prise en compte des désordres psychiques et sociaux que cette crise sanitaire économique et existentielle entraine inévitablement. Or chacun voit déjà midi à sa porte : on a enfin trouvé le moyen (involontaire) de « sauver la planète » et d’abattre le capitalisme. Mais on peut aussi être plus modeste et revenir aux fondamentaux pour réaliser qu’en dépit des discours technoscientifiques ou politiques lénifiants notre humanité et notre civilisation sont bien fragiles. Il suffit parfois de minuscules virus, ou d’un tout petit moustique, comme celui qui entra dans le nez de Nemrod, pour déstabiliser celui qui prétendait élever la tour de Babel jusqu’au ciel. Et c’est ce qui détruisit le langage adamique qui permettait aux ouvriers de tous se comprendre. Celui-ci fut alors remplacé par un jargon hermétique à chacun, ce qui mit fin aux travaux entrepris en commun.

La solidarité d’une langue un peu plus commune est à présent la seule parade actuelle au Covid-19 pour éviter un burn-out collectif entrainant dans la foulée un stress post traumatique sociétal durable de grande ampleur. On peut donc souhaiter à présent que chacun respecte les consignes de sécurité et reste en lien grâce aux moyens modernes avec toutes ses relations habituelles : famille, amis et collègues de travail, pour rendre service si cela est possible, et rassurer si nécessaire. Le personnel soignant et les personnes qui œuvrent pour autrui ont aussi besoin d’être chaleureusement encouragées et remerciées pour leur travail difficile. Et toute initiative facilitant la créativité individuelle ou collective sera bienvenue.

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Pour les familles avec enfants une organisation de la journée, même assez ritualisée, si elle est accompagnée d’un dialogue adapté à l’âge pour évoquer les risques actuels et préciser que ce n’est pas une période de vacances, est bien préférable au laisser faire seul ou devant les écrans. Et le travail scolaire nécessite évidemment un accompagnement régulier et souple par les personnes disponibles. Mais, parallèlement, d’autres découvertes source de résilience sont possibles comme la lecture, la musique, le dessin, l’entretien physique par des exercices appropriés, les pliages, les jeux de société, les contes partagés, les histoires jouées et/ou inventées sur place, le soin des plantes et des animaux, les déguisements, les jeux de mots et les blagues pour rire, ou le partage des tâches ménagères et la confection des repas ensemble. 

Parallèlement à ces mesures familiales incluant l’attention porté aux plus anciens, il faut aussi donner de toute urgence les moyens matériels nécessaires à ceux, nombreux, qui les attendent toujours. Et quand la crise aura passé viendra alors le moment de l’indispensable réorganisation plus démocratique de la structure politique économique et sociale du pays et de l’Europe, avec un encouragement pour la relocalisations d’entreprises et la féminisation de leurs dirigeants. Mais chacun voudra peut-être alors savoir ce que sont devenus les cahiers de doléance…

C.C. 21 mars 2020



30 réactions


  • Les Etats-limites (Alexythimiques) vont beaucoup souffrir. Lire Bergeret. .https://www.psychaanalyse.com/pdf/ETATS%20LIMITES%20-%20JEAN%20BERGERET%20-%20PAYOT%201984%20(23%20pages%20-%20520%20ko).pdf. Les Oedipiens sont mieux armés.


  • Etats-limites : difficulté à vivre seul, calquent leur vie sur les autres ou diktats de l’Etat (suiveurs). faible capacité fantasmatique, rêvent peu (créativité faible), ont besoin de la vie en groupe, hypochondriaques,....difficultés face aux changement, plie mais ne rompent point (sauf devant une grande catastrophe). L’Oedipien peut se reposer sur ses bases et a une riche vie intérieure. Moins adapté à la société, mais plus fort en cas de catastrophe ;


    • astus astus 21 mars 11:34

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Il est clair que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, pour cela comme pour le reste...


    • @astus
       Oui, j’avoue me sentir beaucoup mieux depuis le covid. Bon, je sort d’une période de deuil (perte de mon compagnon). Maintenat la vie reprend de plus belles. Des amis affluent, on s’entr’aide, la créativité reprend,.... Je suis très positive pour l’avenir. La théorie du complot est une connerie, c’est l’inconscient collectif qui gère le monde et il fera le tri. Nous passons du quantitatif au qualitatif....


    • astus astus 21 mars 11:43

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Bon courage à vous...et à tous ceux qui sont en difficulté.


    • Loatse Loatse 21 mars 12:51

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      On peut sentir chez vous une force d’âme peu commune.. soyez assurée de mon affection (car c’est bien ce que je ressens quand je vois votre pseudo s’afficher dans les commentaires en même temps (eh voui, ca doit être contagieux), que la joie de vous lire...


    • LOATSE Je suis là pour annoncer de bonnes nouvelles, mais les commentateurs sont endormis. smiley


    • SamAgora95 SamAgora95 21 mars 14:52

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      « La théorie du complot est une connerie  »

      En quoi est-ce une connerie ?

      « c’est l’inconscient collectif qui gère le monde  »

      ça s’en est une de connerie !

      Vous pouvez continuez à vous voiler la face, ou à vouloir à tout prix garder l’inconscience et l’insouciance d’un enfant (ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi), mais vous ne me ferez jamais croire que ceux qui détiennent l’argent et le pouvoir ne s’en servent pas pour diriger les affaires du monde !

      • (Complot n°1) Notre système de santé est corrompue à tous les étages, les médicaments ne soignent plus, ils maintiennent les personnes dans un état de convalescence permanent, et oui les labos privés ne sont pas malades (eux), ils ne vont pas vous guérir et perdre du coup leur clientèle.
      • (Complot n°2)

        La bourse ne sert plus à financer des entreprises en fonction de leur potentiel, mais à faire joujou à coup de trading haute fréquence, pour le plus grand bien de ce qui ont de gros moyens.

      • (Complot n°3) Des guerres qui déciment des millions de personnes au moyen orient, ont été initiées et entretenues sur de faux prétextes (attentats du 11 septembre 2001). http://www.reopen911.info/
      • (Complot n°4) Sous prétexte de réchauffement climatique anthropique, non démontré, on produit pourtant réunion après réunion (copxxx) des taxes carbones (autorisations à polluer) et rien que des taxes...on construit toujours des bateaux de croisière, des 4x4, des avions de tourisme etc...
      • (Complot n°5) Notre système médiatique et la presse appartiennent maintenant à 99% à des sociétés privées, qui font la pluie et le beau temps, et surtout font élire leur candidats, ce qui ruine totalement notre système démocratique.

      J’en passe et des meilleurs, ces complots sont ceux qu’ils veulent bien nous laisser entrevoir.

      Mais dormez bien, les complots n’existent pas et nous vivons dans un monde juste et merveilleux ! 

      Cela dit je garde espoirs, à condition de ne pas fermer les yeux et de combattre ce système, au moins en le dénonçant.


    • @SamAgora95

      Lisez Christian Nots, il explique cela de long en large. 


    • astus astus 22 mars 14:23

      @astus

      Et j’ajoute qu’un service téléphonique d’urgence regroupant des professionnels volontaires ou réquisitionnés pour ce travail devrait être possible pour permettre à chacun de poser des questions et d’avoir des informations utiles face aux difficultés imposées par l’isolement.


    • astus astus 22 mars 14:34

      @astus

      « Confinement : la famille est l’endroit de tous les risques » 

      https://www.msn.com/fr-fr/actualite/coronavirus/confinement-la-famille-est-lendroit-de-tous-les-risques/ar-BB11wSVQ


    • ZXSpect ZXSpect 22 mars 14:51

      @astus
      .
      « ...un service téléphonique d’urgence regroupant des professionnels volontaires ou réquisitionnés pour ce travail devrait être possible pour permettre à chacun de poser des questions et d’avoir des informations utiles face aux difficultés imposées par l’isolement. »
      .
      il existe
      .

      https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A13894


    • ZXSpect ZXSpect 22 mars 14:53

      @ZXSpect
      avec également ce site
      https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus


    • astus astus 22 mars 15:29

      @ZXSpect

      Merci pour ces informations utiles !


  • Bernard Dugué Bernard Dugué 21 mars 11:39

    Merci Christian pour ce rappel de choses fondamentales

    Tu dis que chacun voit midi à sa porte, mais d’autres cherchent midi à quatorze heures. Il ne reste que les Suisses pour remettre les pendules à l’heure mais ils sont eux aussi dans la même mélasse

    Quant à Macron, il croyait être en marche sous le soleil de midi, puis a perdu le Nord et cherche maintenant à sauver la face

    Bon WE


    • @Bernard Dugué amie de la cousine de Françoise Nyssen et amie de Brigitte Macron ,elle écoute les conseils de Françoise (Acte Sud) qui édite beaucoup de livre de psychanalyse). D’où le revirement de Macron ;


  • Bernard Dugué vous avez eu tort de me bloquer, amie de la cousine de Françoise Nyssen, celle-ci amie de Brigitte Macron ,elle écoute les conseils de Françoise (Acte Sud) qui édite beaucoup de livre de psychanalyse). D’où le revirement de Macron. 


  • Personne ne sait qui est vraiment Françoise Nyssen. C’est une femme de gauche, belge, proche de Raoul Van Eigem. Milieu qui a fréquenté Guy Debord. ..A toi Olivier AGUL,.. qui dort en paix. Nos pensées vont vers toi,..... 


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 21 mars 12:41

    Alors si sur le constat je suis assez d’accord, votre conclusion est plutôt « naïve » ou incomplète.

    Sur la foule, et la majorité, le pouvoir va se servir de cette « peur structurante » (angoisse ou anxiété de séparation étudiée chez les enfants) mais structurante pour son système. On peut aussi développer ça par une approche des psychologie des foules ..y’aurait pas mal de choses à dire mais j’ai un BBQ à préparer ^^


  • Christian Nots : Extrait : Biopolitiques d’extinction du XXIe siècle traite des récents efforts des États du G8 - visant à installer de nouveaux « rapports socio- et géo-totalitaires de masse ». Ces derniers sont en fait fondés aujourd’hui sur un triple processus de nécro- et/ou de thanatopolitiques (in fine, bio- et physio-politiques, psycho- et neuro-politiques et socio- et géo-thanatopolitiques). Cet ouvrage est donc centré sur les notions d’« anti-soi », d’« anti-personnalisations actives », de « thanatopolitiques », de « crypto-politiques », de « schizo-politiques » ou encore de « nécro-politiques ». Ces notions permettent de définir les diverses biopolitiques de synthèse qui sont appliquées dans et autour des fosses coloniales et patriotiques du G8 depuis le début du XXIe siècle.


  • BA 22 mars 08:34

    Mardi 17 mars 2020 :


    Il faudra probablement environ deux ans pour que s’arrête la pandémie de coronavirus, a déclaré mardi le président de l’institut Robert-Koch, l’autorité fédérale de la santé en Allemagne, en soulignant que la durée de cette crise sanitaire dépendrait en grande partie de la rapidité d’élaboration d’un vaccin.


    Lothar Wieler estime qu’au bout du compte, environ 60% à 70% de la population mondiale aura été contaminée, guérie et immunisée contre la maladie. A ses yeux, il est toutefois impossible de dire combien de temps cela prendra.


    “Notre hypothèse de travail est que cela prendra environ deux ans” a-t-il dit au cours d’une conférence de presse.


    “Nous ne savons pas encore à quoi ressemblera le taux de mortalité à la fin”, a-t-il ajouté.


    Sans les mesures destinées à imposer des distances entre les personnes annoncées lundi par la chancelière Angela Merkel, l’Allemagne pourrait être confrontée à des millions de cas de contamination, a déclaré Lothar Wieler.


    “Nous voulons éviter cela”, a-t-il dit, ajoutant que l’institut Robert-Koch avait porté le niveau de risque en Allemagne à “élevé”.


    Il a en outre estimé que les hôpitaux devaient au moins doubler leurs capacités en soins intensifs car un cas sur cinq est grave.


    https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKBN2141LZ ?


    • ZXSpect ZXSpect 22 mars 08:40

      @BA

      .

      Encore un (ctrl+c), (ctrl+v) pour souffler sur les braises

      .

       smiley

      .

      Bruno Arfeuille vous êtes un nuisible

       smiley


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