samedi 5 janvier - par Le Vautre Oméga

L’importance du discours dans le jeu démocratique

Comment connaître un bon politicien ? En reconnaissant la « bonté » caractéristique de l'attitude politicienne. Un bon politicien est un politicien bon. Savoir : un politicien qui laissera transparaître sa gentillesse... Je suis plus que sceptique quant à la possibilité d'existence d'un méchant homme sous les oripeaux d'un bonhomme, même avec le meilleur déguisement psychologique. Un fasciste, par exemple, trahit toujours le fond de son idéologie par des « gestes extrêmes ».

  • Hitler & Mussolini, deux hommes (dangereusement) superficiels

 

Non seulement la superficialité est importante, mais elle l'est parfois plus quand le fond n'est pas là.

Car, par exemple, pour un président de la République, dans le domaine du discours, on ne peut s'attendre à de la profondeur sachant que la qualité de sa fonction l'empêche d'être subtil. Or le monde lui reproche abondamment (à lui et aux autres politiciens) d'être par trop subtils, ou de ne pas l'être assez.

Être subtil ou ne pas l'être, telle est la question.

Je voudrais ici affirmer l'importance cruciale de la superficialité dont l'utilité la plus manifeste consiste, lorsqu'on occupe une fonction par essence vouée à la superficialité, à se démarquer par la surface. 

D'où vient qu'il est utile qu'on juge un homme d'Etat par la forme davantage que par le fond. Si le fond détonne par son caractère incongru, il faut scruter le problème au plus près. Mais du reste si nous sommes en temps normal avec un politicien normal, le fond importe peu. En revanche, la teneur formelle des discours, la gestuelle et les attitudes trahissent souvent « l'intérieur du politicien », autrement dit son psychisme. C'est là que le bât blesse : un politicien mal constitué intérieurement a (toujours) sa complexion interne lors même qu'il entre dans la politique – et cette complexion déborde.

On en arrive ainsi à un déséquilibre interne créant, chemin faisant, un déséquilibre externe dans les manœuvres politiques.

Or le fond n'accuse pas (ou difficilement) le déséquilibre (hors cas exceptionnels, avec les extrêmes p. ex.). Car le politicien travaille le fond si bien que celui-ci ne parle que la langue de bois, bien plus que la forme déséquilibrée dont la malformation témoigne aussitôt d'une pathologie spécifique. 

Si le politicien s'attache donc à sa superficialité, je ne puis lui reprocher une telle attitude. Et vous non plus.

Car il est une chose d'être superficiel et de maîtriser la langue de bois (touchant au fond bien plutôt que la forme), il en est une autre d'être superficiel et de montrer son équilibre extérieur. Peu de politiciens aiguisés (mais malades) aux beaux discours ne mettent pas au jour, chez eux-mêmes, devant le spectateur aguerri, des troubles internes. 

Il est là important de distinguer que je ne parle pas, en disant superficiel, de « maîtrise charismatique du discours ». Et je me permets d'ajouter qu'un discours réfléchi et équilibré évoque la modération. Par conséquent, Hitler et Mussolini, deux hommes grandement superficiels, sont éliminés aussitôt de ce que j'appelle « les politiciens en bonne santé ». Puisque la maîtrise du discours sain, on ne le répète jamais assez, consiste à parler calmement et avec du bon sens (bon sens contre lequel tout le monde s'acharne). 

Il faut aussi rappeler qu'un peuple sain doit être dirigé par un président sain, qui n'a pas vocation à devenir gourou ni grand-prêtre. Néanmoins on ne peut se récrier tant devant le président gourou que devant le peuple malade qui l'a élu, car la maladie du chef d'Etat est surtout (et d'abord) liée à la maladie de ses gouvernés... 

C'est ce pourquoi on peut aisément indexer la valeur d'un discours, ou d'un peuple, sur son « modérantisme », mais également sur la qualité formelle du « modérantisme » bien exprimé. 

Un président non-ennuyeux est un président dangereux.

C'est une réalité qu'on peut déplorer, mais dont on peut aussi s'en réjouir. Un chef d'Etat ne troublant pas le développement psychique de la société permet à la société d'évoluer à son rythme, sans accélération ni régression – lesquelles sont toutes les deux des occasions de grande souffrance.

Rarement nous verrons un homme prôner l'extermination d'un peuple avec une voix calme. Il semblerait que de telles propositions nécessitent un esprit déréglé, et donc une attitude concordante. 

Je crois même franchement en l'impossibilité d'un extrémiste calme – un oxymore en langage correct.

L'homme d'Etat parfait doit-il donc être apathique ?

La question ne se pose pas en terme de désir personnel. Un politicien voit sa conduite dictée d'abord par les desiderata des foules, et non par quelque motivation personnelle (aussi noble soit-elle). Les choses sont telles qu'elles sont. Le meilleur tente d'équilibrer en mettant des principes dans son pragmatisme, tout en ne versant pas dans le dogmatisme.

Bref : un bon chef d'Etat, c'est un chef d'Etat qui avoue à demi-mot son incapacité par simulation extérieure du jeu démocratique. Il garde son calme.



4 réactions


  • Arthur S François Pignon 5 janvier 16:50

    « Non seulement la superficialité est importante, mais elle l’est parfois plus quand le fond n’est pas là.  »

    La suite de l’article montre qu’une superficialité sans fond est d’autant plus possible que la profondeur peut dissimuler un vide.


  • Jeekes Jeekes 5 janvier 16:53

    ’’Comment connaître un bon politicien ?’’

     

    Impossible.

    Un bon politicien, ça n’existe pas (plus ?) !

     


  • Arthur S François Pignon 5 janvier 17:08

    à l’auteur :

    Le Dr Lanyon a de bonnes raisons de ne pas penser comme vous concernant l’être qui serait trahi par le paraître.


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