vendredi 11 novembre 2011 - par Paul Villach

L’insolite question de la police australienne : « Do you have any criminal convictions ? »

 Avant les bonds de kangourous ou la pêche collective des pélicans en flotille, un curieux usage surprend le touriste qui arrive en Australie : la fiche qu’il doit remplir en passant devant la police et la douane, commence par une question inattendue suivie d’une dizaine d’autres sur les denrées interdites d’importation qu’il doit déclarer détenir ou non : « Do you have any criminal conviction/s ? Yes – No  » 

Une question à valeur pédagogique ?

Qu’on soit ou non familier de la langue anglaise, le terme « conviction » est ambigu, car il peut aussi bien signifier « condamnation » que « croyance ».

Selon une amie australienne à qui on faisait part de son étonnement, cette question s’inscrirait dans le contexte d’éventuelles poursuites ultérieures au cas où le touriste se rendrait coupable d’infractions alors qu’il aurait nié en avoir déjà commise. Cette dissimulation préalable de sa ou ses « condamnations / croyances criminelles » lui vaudrait une sévérité accrue de la part de la justice. En somme, cette question curieuse aurait valeur pédagogique afin de mettre l’intéressé devant ses responsabilités en l’informant d’avance des risques qu’il prendrait à ne pas être sincère.

Si telle est la stratégie des autorités australiennes, on reste sceptique sur son usage et son efficacité pour trois raisons.

1- Un droit à l’oubli méconnu

La première est que si « conviction » signifie « condamnation », demander à une personne de préciser ses « condamnations criminelles » passées revient à lui refuser, après l’expiation de sa peine, le droit à l’oubli qu’accorde une justice démocratique.

2- Un soupçon de délit d’opinion ?

La seconde est que si « conviction » signifie cette fois « croyance », demander à une personne si elle professe des « croyances criminelles » consiste à instituer « le délit d’opinion » qui est le propre de la tyrannie et non de la démocratie qui ne sanctionne pas en principe des convictions, fussent-elles criminelles, mais seulement des actes. On peut avoir des « convictions criminelles » et ne jamais passer à l’acte. Inversement, on peut n’avoir aucune conviction criminelle et commettre une infraction plus ou moins grave selon les circonstances.

3- Une question trahissant une mythologie de l’information

La troisième raison qui fait douter de la pertinence de la stratégie des autorités australiennes, est que cette question relève d’une mythologie promotionnelle de l’information répandue par les médias avec constance mais que l’expérience dément tous les jours. Existe-t-il un seul être humain sensé capable de répondre « oui » à la question : « Avez vous des condamnations/ convictions criminelles ?  » ? Ne s’exposerait-il pas immédiatement à une légitime riposte des autorités pour protéger la société qu’elles ont en charge, contre la menace qu’il représenterait ?

La première préoccupation de l’être vivant, homme ou animal, est de survivre et donc de se protéger contre tous les dangers : ceux qui ne dépendent pas de lui sont déjà assez nombreux pour qu’il n’éprouve pas le besoin d’en ajouter d’autres par sa propre conduite. Une représentation fidèle de la réalité comme l’aveu candide de « condamnation/conviction criminelle » ne peut que déclencher une riposte de son entourage. Il est donc de son intérêt, s’il a fait l’objet de condamnations ou s’il professe des croyances criminelles, de les dissimuler et de ne donner qu’une représentation infidèle de la réalité.

Nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire. Tel est le principe fondamental qui régit « la relation d’information ». N’en déplaise à la mythologie promotionnelle de l’information diffusée par les médias, une information n’est pas « une représentation toujours fidèle de la réalité », appelée « vérité ». Elle n’en est qu’ « une représentation plus ou moins fidèle  », selon les intérêts de celui qui la livre. Ce n’est pas la malignité qui dicte d’abord cette conduite mais avant tout la nécessité puisque la survie de l’être vivant en dépend.

 

La question des autorités australiennes apparaît donc dans ce contexte comme insolite, dangereuse et même oiseuse. Car une justice démocratique, d’une part, accorde le droit à l’oubli une fois la peine expiée et, d’autre part, ne connaissant pas le délit d’opinion, ne punit pas les croyances des citoyens, fussent-elles criminelles, mais seulement leurs actes illégaux. Enfin la relation d’information repose sur un principe de survie propre à tout être vivant qui l’incite à ne pas s’exposer aux coups d’autrui, en particulier par la dissimulation de l’information qui lui est nuisible. On prête à Churchill cet aphorisme : « En temps de guerre, la vérité est si précieuse qu’elle devrait toujours être protégée par un rempart de mensonges  ». Est-il si exagéré de prétendre que l’être vivant est en guerre permanente pour assurer sa survie et qu’instinctivement il est contraint d’appliquer cette règle ? Paul Villach 



20 réactions


  • K K 11 novembre 2011 11:03

    La question n’est pas nouvelle. Il y a quinze an, elle était déjà posée. De plus à la douane, on nous reposait la même question en observant notre réaction. Conviction est à prendre dans le sens de condamnation. Aux USA, ils posaient aussi la même question.


    • K K 11 novembre 2011 11:07

      Et effectivement, cela sert si on commet une infraction ou si un crime a lieu. En cas de condamnation passée, la personne est mise sur la liste des suspects très rapidement. En Australie, beaucoup de quartier résidentiels ont aussi un système d’autosurveillance, ce qui garantit une certaine sécurité (aux yeux des résidents). On accepte ces règles ou on n’y va pas. C’est ainsi qu’ils voient les choses.


  • agent orange agent orange 11 novembre 2011 11:12

    G’day, how ya goin’ ?

    Cela me rappelle avant la fin de la guerre froide où sur le formulaire de visa pour les US, outre la question « Do you have any criminal conviction ? » on trouvait aussi : « Are you communist ? », ainsi que « Are you homosexual ? », ou encore « Do you take illegal drugs ? ».
    None of their business, I told myself... C’est pourquoi je ne m’y suis jamais rendu et que je suis allé en Asie instead...
    See ya later


  • Jean-paul 11 novembre 2011 12:53

    Ne comprenant l’anglais donc vous ecrivez tout un paragraphe sur conviction = croyance .
    PV ne nous dit pas que le visa est electronique et va avec le billet d’avion .


  • NeverMore 11 novembre 2011 14:18

    Pareil pour « jurez vous de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité ».

    TOUT est discutable.

    Article qu’on peut ne pas lire ...


    • BOBW BOBW 12 novembre 2011 09:26

      Raisonnablement ,tous les politiques devraient être exemptés de cette question.


  • Dominitille 11 novembre 2011 15:07

    Allez en Australie, si loin, si loin, toutes ces heures en avion, et ne nous parler que de broutilles administratives !
    J’ai crû quelques temps ne voyant plus la photo de Paul Villach que celui-ci était au paradis des écrivains ou alors dans un lit d’hôpital.
    Même pas ! il était au pays des kangourous et des koalas et des alligators et des Aborigènes !
    J’espère que vous vous êtes au moins immergé dans la culture aborigène, et pas celle des autres les bouffeurs de moutons.
    Quel dommage de rester prof Français en Australie surtout !


  • sleeping-zombie 11 novembre 2011 15:22

    Les US demandent toujours à l’entrée de leur pays si on vient assassiner leur président ?

    ...sont vraiment candides ces anglos-saxons :)


  • ZenZoe ZenZoe 11 novembre 2011 15:41

    Bonjour,

    Pourquoi insolite, pourquoi oiseuse ?

    Les Australiens veulent savoir qui ils font rentrer chez eux. Ceci peut nous sembler effectivement délirant, à nous qui laissont entrer tout le monde chez nous comme dans un moulin - mais eux estiment que c’est leur droit de savoir, ce qui est tout à fait respectable comme point de vue. Si vous répondez oui à la question, on va certainement vous questionner lors du passage en douane : nature et motif de la conviction (trafic de drogue, violence etc..). Ils décideront alors de vous accepter ou de vous refuser l’entrée dans le pays.

    Droit à l’oubli ? Mais en France aussi ce droit a des limites. Essayez donc de postuler à la police ou à Areva ou toute autre entreprise sensible avec votre casier judiciaire, vous verrez ! Et c’est tout à fait normal au fond. Il faut pouvoir trouver un compromis entre droit à l’oubli et intérêt général.

    Quant au sens de conviction = croyance, ceci ne s’applique tout simplement pas dans le cas présent. Dans les pays anglophones, personne ne songerait à mélanger les deux.

    Cordialement à vous.


    • Vipère Vipère 11 novembre 2011 18:08

      A Gelone

      S’il vous prenait « l’envie instinctive de fuir aussi les Français » d’Agoravox, croyez bien que ce serait un immense soulagement pour eux !

      Vipèrement vôtre !


    • Yohan Yohan 11 novembre 2011 18:31

      Villach c’est Tintin chez les aussies « My poor fellow, don’t know Paul Villach the eminent correspondent of Agoravox ? » smiley smiley smiley


  • Abou Antoun Abou Antoun 11 novembre 2011 17:35

    Ne pas oublier qu’à l’origine l’Australie fut peuplée de bagnards et qu’en anglais ’bagnard’ se dit ’convict’ (condamné, déporté).
    Les australiens veulent s’acheter une respectabilité en s’assurant que les nouveaux arrivants ne trimballent pas les gènes meurtriers de grand-papa.


  • Vipère Vipère 11 novembre 2011 18:58

    Bonjour à tous,


    « La vérité protégée par un rempart de mensonges » ?

    est-il si exagéré de prétendre que l’être vivant est en guerre permanente pour assurer sa survie et qu’instinctivement il est contraint d’appliquer cette règle ?

    Toute vérité n’est pas bonne à dire, et sans qu’il soit question de survie, chacun à un moment ou à un autre a pu en faire l’expérience dans sa vie personnelle !
     
    Ainsi, avouer une vérité sur ce qui a causé un retard à un rendez-vous, m’a paru un jour, si peu crédible et fantaisiste, que par conformisme, il m’a semblé préférable, disons de « simplifier la vérité » pour la rendre plus conforme à son acceptation, aux codes culturels en vigueur. Nul n’aime livrer délibérément, une vérité qui peut se retourner contre lui !

    Quant à révéler « des intentions ou condamnations criminelles » on voit difficilement un terroriste ou un ancien condamné livrer de son plein gré, des intentions criminelles à des autorités s’il veut séjourner dans un pays quelconque !

    Est-ce un Etat où l’extraditon n’a pas court ? de nombreux anciens nazi s’y seraient établis.









  • Vipère Vipère 11 novembre 2011 19:07

    Lien : Des criminels de guerre du monde entier ont trouvé refuge en Australie.

    tttp ://www.ukuli.org/7ywb.html


  • Abou Antoun Abou Antoun 11 novembre 2011 22:46

    Des criminels de guerre du monde entier ont trouvé refuge en Australie.
    Si on veut. disons qu’on les a incités à y faire du tourisme à une époque où ce n’était pas vraiment le Club Med.


  • En résumé la question est  : « avez-vous un casier judiciaire ? »
    L’histoire ne nous dit pas ce qui pourrait arriver à l’individu qui répondrait OUI à la question posée !!!


    • Dominitille 12 novembre 2011 13:54

      Permettez-moi, Monsieur le Lieutenant-Colonel de vous donner une information somme toute interessante.
      Il existe sur la chaîne planète no limit une émission consacrée aux douanes australiennes ;
      On y voit les arrivées des avions déversant leurs flots quotidiens de touristes en provenance du monde entier. On y voit aussi tout le travail éffectué par les personnels chargés de surveiller l’entrée des touristes et surtout ce qu’ils trimballent dans leurs valises.
      C’est parfois hilarant, de voir des touristes ayant mal rempli leur carte affirmer avec aplomb ne pas savoir ce qu’ils ont dans leurs valises ;
      Qu’un pays contrôle avec une extreme rigueur l’entrée de denrées périssables de végétaux d’animaux de bandits de grands chemins et parfois de menteurs invétérés sur son sol n’a pas à être discuté par quiconque. Se renseigner sur le pays à visiter fait partie du simple bon sens.
      Mais que serait un bon Français en vacances hors de ses frontières s’il ne critiquait pas ce qu’il y a chez les autres.
      C’est bien mieux en France où les frontières sont de véritables passoires.
      Bonne journée


  • Jean-paul 13 novembre 2011 09:52

    Pour Paul Villach ,jamais content et qui sait tout ,critiquer et raler c’est aussi vital que respirer .
    Critiquer c’est montrer que tu comprends ,que tu es intelligent .
    Un adage pour le Paul en vacances : A Rome fait comme les Romains .


  • Yohan Yohan 13 novembre 2011 10:16

    Le Français est réputé pour critiquer les pays qu’il visite. Il passe son temps à comparer, à contester, à râler. Bref, il ferait mieux de rester chez lui, puisqu’il trouve qu’il n’y a pas mieux que la France. Quand j’entends parler français à l’étranger, je fuis et souvent j’ai honte de ce qu’ils se permettent de faire et de dire....
    Je souscris à la devise de Par Jean Paul.


  • docdory docdory 18 novembre 2011 14:00

    Cher Paul Villach

    Cette question m’en rappelle une autre qui était posée , il y a longtemps ( mais peut-être encore maintenant ) à ceux qui voulaient un visa pour les USA .
    On leur demandait, parmi une liste d’autres questions : « avez vous l’intention de renverser le gouvernement des Etats-Unis, par la force ou par la ruse ».
    A cette question idiote, je ne sais plus quel humoriste avait répondu sur le formulaire : « par la ruse » !!!!

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