mardi 11 juin - par Elliot

La crise à la France Insoumise

On n’a jamais autant parlé de la France Insoumise maintenant qu’elle est en butte à des convulsions internes sur la gouvernance mélenchonienne.

On en vient a regretter que les causeurs professionnels et les « sachants » ne se soient jamais donné la peine d’ouvrir le programme défini par l’« avenir en commun » et d’en faire connaître la philosophie autant qu’ils évoquent maintenant la crise actuelle, cela leur aurait évité de dégoiser beaucoup de contre-vérités au milieu de leur fange ordurière.

On glose donc beaucoup sur les débats qui agiteraient la France Insoumise dont on disait pourtant que son fonctionnement n’était pas démocratique et entièrement sous la férule d’un apprenti dictateur Mélenchon « himself ».

Le mouvement souffre en fait de sa structure gazeuse, ce n’est pas moi mais les militants qui le disent et, bien que pensé à l’origine comme un progrès, c’est devenu son handicap.

Cela me fait penser à la panacée que constitua dans les années 70 le thème de l’autogestion accommodée à toutes les sauces ( même à la sauce Rocard, c’est dire ) avec le combat emblématique des « Lip » à Besançon. Le thème est passé de mode et plus personne n’en parle.

Penser le fonctionnement de la France Insoumise tel qu’il a été mis en œuvre s’est avéré sinon peu pertinent du moins peu convaincant.

 

Il y a tout de même une manière de syllogisme à poser ce diagnostic et ensuite à rejeter la responsabilité de l’échec sur un seul homme qui focalise toutes les haines et peut-être l’a-t-il bien cherché mais personnaliser un combat ne peut que le réduire.

Aucun de ceux qui commentent avec une jouissance certaine les derniers évènements ( qu’ont donné à connaître des vents favorables curieusement intentionnés ), aucun commentateur qui se délecte du feuilleton et s’acharne à l’alimenter par des rumeurs ne semble en tout cas percevoir mais le veut-il vraiment ? la contradiction qu’il y a à insister sur un fonctionnement opaque et à recueillir les confidences au demeurant mesurées d’une élue qui a eu le bon goût de taire ses divergences pendant la campagne et ne s’est exprimée qu’à posteriori à l’analyse d’un résultat à tout le moins désastreux pour ses couleurs.

La question qui se pose en fait : pouvait-on pour une élection que les Français et surtout le peuple de Gauche considèrent à tort comme mineure proposer le même montage qui a si bien réussi pour l’élection présidentielle.

Mélenchon, talentueux comme il sait l’être naturellement a explosé à l’époque les plafonds qu’on lui promettait et il aurait pu être au second tour ( avec une issue plus incertaine que l’affrontement final entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron placé sur le velours ) si Benoît Hamon avait écouté la voix du bon sens et avait abandonné sa candidature pour soutenir Mélenchon au terme d’un accord politique qui lui aurait permis d’envisager un avenir autre que le retrait de la vie politique ?

Hé bien oui, Messieurs-dames on discute et peut-être même qu’on se dispute à la France Insoumise comme on l’a toujours fait, c’est ce qui faisait la spécificité du mouvement mais aussi ce qui le freine dans son expansion.

Cependant il eût été inélégant de ne pas présenter un front uni avant les élections. Les divergences ne s’étalent pas avant la bataille, ça ne se fait pas.

Ceux qui n’ont pas pas respecté cette règle de bon sens font l’objet aujourd’hui d’un éclairage peu gratifiant qui les cataloguent dans la catégorie des ambitieux contrariés oudes aigris un marigot dont ils auront bien des difficultés à s’extraire sauf à se renier complètement comme un obscur conseiller Rhône-Alpes n’a pas hésité à le faire en acceptant même, toute honte bue, de figurer comme trophée à la tribune pré-électorale du RN à Hénin-Baumont.

 

 Sans aucun doute Mélenchon a-t-il pesé de tout son poids pour imposer la tête de liste Manon Aubry qui, en l’occurrence, a fait une bonne campagne et ne peut en aucun cas être tenue responsable du mauvais pilotage et du naufrage final.

Cependant il ne faut pas non plus oublier que Charlotte Girard pressentie, semble-t-il, pour conduire la liste, s’était désistée pour de bonnes ou de mauvaises raisons, il ne m’appartient pas d’en juger mais ses raisons semblent aujourd’hui suffisamment profondes pour l’inciter à abandonner le combat.

Voilà un fait politique qui mérite que tous les militants s’interrogent.
Pour ma part, je déplore à la fois sa désertion et la manière choisie pour la rendre publique : c’est un coup dur pour tous les sympathisants d’apprendre que la co-rédactrice du programme présidentiel considère qu’il lui est aujourd’hui impossible de continuer à le défendre dans le mouvement qui s’en revendique.

Comme je déplore que d’autres se répandent dans la presse et ne gardent pas pour leurs camarades l’exclusivité de leurs remarques aussi pertinentes pussent-elles être.

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En tout état de cause, ces départs isolés ne devraient pas faire oublier non plus que du côté des Républicains c’est par bataillons entiers que l’on compte les déserteurs. Certes c’est une maigre consolation mais on fait avec ce qu’on a et cela témoigne en tout état de cause du grand remue-méninges qui agite la France.

L’équipe dirigeante est directement interpellée et qu’on le veuille ou non, étant à tort ou à raison considérée comme la cause du problème, elle doit faire en sorte que ça ne dégénère pas en mettant fin à la déperdition des énergies dont se plaint Charlotte Girard.

 

Pour en revenir aux Européennes une autre tête de liste aurait-elle fait un meilleur résultat que Manon Aubry ? Il est permis d’en douter.

C’est donc le fonctionnement de la France Insoumise qui pose problème ( mais on imagine mal les médias qui se pourlèchent les babines devant ses difficultés œuvrer à la résolution de l’équation ) Ce n’est pas la libre expression des opinions en interne qui est bridée mais l’absence de synthèse qui handicape le mouvement.

Ce dernier est jeune, il est divers, son populisme ( ce n’est pas un gros mot de se revendiquer du peuple ) ne transige pas avec le respect des droits humains, il ne cède pas à la démagogie facile qui fait porter aux immigrés le poids de tous les malheurs du pays et dédouane ainsi les vrais responsables qui continuent à se remplir les poches pendant les gagne-petits se divisent dans d’obscures querelles identitaires qui n’ont aucun sens surtout pour des gens qui n’ont que de lointains contacts avec la culture dominante qui les aliène plutôt qu’elle ne les aide.

 

Depuis quand serait-ce le signe d’un malaise profond que l’on débattît au sein d’un groupement politique et que l’on cherchât à analyser les raisons d’un désaveu que la nombreuse participation aux différents meetings ne laissait pas présager ?

 

Et ce qui serait malsain pour la démocratie, c’est que toutes ces discussions internes qui sont l’ordinaire d’une formation politique, qui constituent l’alimentation de son moteur, fuitent systématiquement dans les médias.

Chacun sait à la France Insoumise que l’étalage des états d’âme complaisamment relayé par ceux qui ne sont pas ses amis débouchera inévitablement si l’on se laisse entraîner par les petites phrases sur un repli groupusculaire en chapelles, chacune sûre de son bon droit voire de détenir la vérité révélée mais chacune inopérante dans son combat pour rendre leur dignité aux exclus.

Chacun doit raison garder, ceux qui voulaient partir sont déjà partis parfois même pour des horizons qui en disent long sur la force des convictions qu’ils faisaient semblant de défendre, les autres doivent se retrouver en camarades sans chercher à avoir la peau de qui que ce soit.

La mort « voulue » du père ( Mélenchon ) est parfois émancipatrice quand il pèse trop lourdement sur le comportement du groupe mais que fait-on sinon se suicider quand on s’ampute de ce qui fait ou du moins a fait la force d’un espérance avec un programme qui a toujours sa raison d’être « l’avenir en commun » ?
Rien pas même une défaite électorale ne peut enlever une once de vertu à un projet qui n’a malheureusement pas pu être popularisé à la mesure de sa valeur.

Ce n’est pas en démobilisant les troupes mais en resserrant les rangs que l’on peut revenir à l’essence du mouvement.

Alors seulement l’analyse des erreurs ou des errements sera féconde mais elle ne se fera pas par tribunes interposées publiées au seul dessein de nuire par les ennemis naturels du mouvement.




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