jeudi 7 décembre - par Pierre

La croyance et le doute

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Il en est ainsi dans chaque individu, à avoir que la pensée fonctionne de façon antagoniste entre deux tendances opposées et pourtant complémentaires que sont le fait de croire et de douter de ce qui est ou de ce qui n’est pas. Notre mode de fonctionnement intellectuel oscille entre ces deux extrêmes qui confèrent sa personnalité à l’être humain.
Pourquoi croire, y a-t-il une nécessité du fait de valider une croyance et inversement doit-on douter de ce principe ?

Les expériences que nous vivons se hiérarchisent de façon précise selon des schémas organisationnels définis par la critique. Toute chose est appréhendée par des critères qualitatifs à partir de nos sens qui attribuent une valeur aux aliments, à la beauté, à la satisfaction, au plaisir, au bien-être et aux différents éléments environnants. Nous devons pour pouvoir évoluer, grandir, participer à la vie en société nous définir sur des thèmes différents qui nous permettent d’apprécier selon une échelle de valeur qui nous est propre les facteurs extérieurs mais également d’intérioriser ceux-ci en les assimilant comme propres à nous-mêmes. C’est ainsi qu’en catégorisant le monde et ses éléments nous nous l’approprions et en faisons notre double : je suis moi et le monde qui m’entoure puisque je l’ai bien cerné, dégusté, avalé, digéré et que j’en connais ses principes et ses mode de fonctionnement.

Donc en sachant qui il est, je sais aussi qui je suis par rapport à lui et ses constituants, dont mes semblables et mes dissemblables. Je suis à l’aise avec ceux qui me ressemblent, qui pensent comme moi et j’ai plus de difficulté avec ceux dont les critères particuliers me semblent étrangers.

Et croire, dans tout cela, quelle importance a cette fonction ? Elle est en fait centrale : ce n’est que parce je crois que ce que j’appréhende correspond à un modèle qui me convient que je peux assembler les différentes pièces du puzzle et me faire une idée de ce qui me semble cohérent, logique, structuré, tangible entre autres termes croyable. Et si je ne crois pas, si le schéma d’ensemble n’est pas compatible ; s’il est bancal, si une pièce ne correspond pas aux autres, et bien je doute, je remets en causes mes principes et je me pose des questions sur la véracité des faits que j’examine.

Il y a bien donc deux formes de pensées à la fois divergentes et nécessaires pour déterminer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. En fonction des situations, des problèmes rencontrés notre questionnement sera : est-ce vrai ou faux ?
Nous ne pouvons mieux définir ce particularisme de notre existence qui nous guide du premier au dernier jour : ai-je raison, dois-je me conduire ainsi, quelles sont les bonnes réponses, y a-t-il un ailleurs que je ne connaisse pas, les sciences sont-elles exactes, quoi après ?

Toutes ces questions et bien d’autres ne sont que le fruit d’une pensée complexe faite d’idées enchevêtrées qui forment mon chemin et guident mes pas. Ce n’est que parce que dès mon premier ressenti embryonnaire j’ai apprécié toute chose intérieure et extérieure que je me suis déterminé, positionné, et dit mes certitudes et mes doutes sur ce qui est et qui n’est pas. Et ainsi, pas à pas, je construis ma voie, à la fois crédule et ignorant de l’inconnu.



10 réactions


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 7 décembre 10:24

    À l’auteur :

    « Il en est ainsi dans chaque individu, à Savoir que la pensée fonctionne de façon antagoniste  »
    Cela commence bien : texte d’un « Sachant » ! ! !...

  • Pierre Pierre 7 décembre 10:41

    errare humanum est, la chasse au coquilles n’apporte pas grand chose à l’analyse, soyons modestes et ne « sachons pas trop », l’intelligence artificielle corrigera non humainement nos fautes.


  • Shawford Shawford 7 décembre 10:47

    Oui mais alors faut-il alors croire dans l’apoptose, et/ou faut il considérer que l’apoptose a été programmée par le hasard ?


  • bibou1324 bibou1324 7 décembre 11:09
    Vous pouvez définir croyance et doute s’il vous plait ?

    Car en français, le mot croyance est souvent synonyme du religieux, de l’irrationnel. C’est pourquoi on ne dit pas « croire en une théorie scientifique », mais « l’estimer probablement vraie ».
    De la même façon le doute est associé à une défaillance de l’esprit, à la peur, à l’incompréhension. On ne « doute » pas d’un fait scientifique, on « estime sa probabilité de véracité faible ». Les croyants ne comprennent généralement pas cette nuance.

    Autant analyser son environnement est une caractéristique commune aux humains (et d’ailleurs aux autres animaux), autant le doute et la croyance ne sont pas du tout universels parmi l’espèce humaine.

    Et s’ils ne sont pas universels, ils ne peuvent pas être la base de notre fonctionnement intellectuel. Du votre, peut-être, ne prenez pas votre cas pour une généralité.

    En ce qui me concerne, je ne crois en rien et je ne doute de rien. 

    Exemple bateau par excellence : 

    - Dieu, t’y crois ou pas ?
    - Les éléments que je possède ne me permettent pas de statuer sur la probabilité de son existence. Dit autrement, j’en sais rien et investiguer plus avant ne me permettra probablement pas d’y voir plus clair. Fin de la réponse. Fin de la réflexion aussi. Aucun besoin de croire.

  • Pierre Pierre 7 décembre 11:30

    Jacques Monod pose les bases philosophiques sans véritablement trancher dans son livre : « le hasard et la nécessité »


    De façon plus pragmatique selon le biologiste et chercheur Ameisen : 

    Le signal de la mort intervient en permanence dans la cellule et pas spécialement le jour ou dans la période de la mort. La vie est un combat permanent entre des zones où le signal de vie l’emporte et des zones où c’est celui de mort qui gagne. La vie est donc une situation d’équilibre instable. La cellule qui devrait mourir dès la naissance est amenée à se maintenir en vie pendant une durée supplémentaire mais cette survie est sans cesse menacée. La mort n’est pas simplement diamétralement opposée à la vie car elle lui est irrémédiablement liée. Et le lien est fait par un troisième larron qu’est le médiateur. En effet, le message de la mort n’est activé que s’il parvient à se lier à une molécule dite médiateur. Et il en va de même pour le message de la vie. Nous avons donc un ballet à trois, trois protéines mais aussi trois gènes : le suicide, le protecteur et le médiateur. Les uns agissent sur les autres par inhibition. La mort n’est rien d’autre que l’inhibition de l’inhibition du message de mort.

     Il faut rajouter qu’il y a un lien entre le maintien en vie de la cellule et l’environnement extérieur. Ce n’est pas un message de mort qui est envoyé de l’extérieur comme on l’a longtemps cru mais au contraire un message de survie. Si la cellule est isolée ou encore si elle est entourée de cellules qui ne lui envoient pas ce message, la cellule va rapidement voir son message de suicide l’emporter à l’intérieur et va déclencher son apoptose.

    De nombreuses expériences ont depuis confirmé ce schéma. Par exemple, on prend des cellules dans une zone en pleine apoptose et on les transplante dans une zone normale. Les cellules qui auraient dû se suicider se maintiennent en vie. Cela souligne l’importance des messages des cellules voisines. C’est ce qu’en 1992, Martin Rapp a appelé « le contrôle social de la vie et de la mort ». Les cellules ne se maintiennent dans une zone que si celle-ci leur transmet des messages de survie. C’est la base de la vie et de la mort des cellules mais c’est aussi la base de l’évolution des cellules, de leur spécialisation et de leur organisation.

    je vous renvoie également au livre 

    Anatomies de la pensée (Les) : À quoi pensent les calamars ? de Alain Prochiantz

    • Shawford Shawford 7 décembre 11:48

      @Pierre


      Merci pour ces éléments

      Ce qui est intéressant notamment, c’est que sur le postulat scientifique et de par l’expérimentation qui en procède dans le mécanisme même de la vie à l’échelle de l’infiniment petit, rien ne peut être tranché en terme de transcendance, de la même façon que sur la causalité des origines au plan macroscopique avec le big bang.

      Je me permets au delà de reproduire ici ce que j’ai écrit sur un autre article du jour qui envisage dans es prolongements la problématique par un autre bout de la lorgnette :

      On peut aussi peut être amener une perspective plus large sur la croyance qui touche chacun.

      L’humanité connectée mondialisée moderne est le temps de l’avènement d’une croyance qui s’oppose à toutes les religions, et constitue le nouveau dogme dans lequel il faut croire coûte que coûte : l’athéisme avec son postulat scientiste du Dieu hasard et son évangile par les voies du transhumanisme et de l’éternité promise à l’homme augmenté.

      Or chacun à son niveau, par un cheminement de réflexion forcément individualisé, avec Internet comme appui, de devoir/pouvoir envisager que la science elle même, par le biais de la physique de l’information et de la conscience propose de renverser les postulats athéistes dans une lecture et une interprétation qui s’oppose au dogme matérialiste et déterministe professé par les docteurs scientifico-médiatiques de la Foi.

      Où au fil d’une autre interprétation des découvertes expérimentales dans le quantique notamment, se profile, une autre compréhension de la relation du un au tout, au confluent du matériel et du spirituel, ni tout dans l’un, ni tout dans l’autre, ni l’un sans l’autre.Sachant qu’il est pas ici question de tomber dans l’illumination béate, mais bien d’exercer plutôt son jugement par une réflexion rationnelle.

      A tout le moins, c’est uniquement par les retours éventuels sur de telles réflexions qu’il apparaît possible d’en débattre en dernier ressort et utilement, aucun postulat ne pouvant s’ériger ici en dogme. 

  • Pierre Pierre 7 décembre 11:39
    • Pour ce qui est de la croyance : La croyance est l’absence de connaissance véritable. Pourtant, elle se dissimule aussi derrière les propos les plus rationnels. User de la raison, c’est être lucide sur ce qui, en chacun de nous, est croyance.

  • JL JL 7 décembre 14:50

    « Nous devons faire la distinction entre la conscience et l’esprit, être ouverts à la possibilité que rien n’existe en dehors de la conscience, mais que beaucoup de choses existent en dehors de notre esprit humain.
     La croyance que rien n’existe en dehors d’un esprit humain limité est une forme d’ignorance que l’on nomme solipsisme. Envisageons plutôt la possibilité suivante : tout, y compris tous les esprits, existe dans la conscience. Il n’y a qu’une conscience. Votre conscience, ma conscience et la conscience de Dieu sont la même conscience qui est la substance de toutes choses, « qui rassemble » toutes choses, qui les comprend toutes.
     
    Et cela qui « comprend » toutes choses est également ce qui contient toutes choses. La conscience est au-delà de la dualité de l’esprit et de la matière. C’est la présence sans nom et sans forme qui crée les phénomènes psychiques (les noms) et les phénomènes physiques (les formes).
     
    La forme la plus courante d’ignorance dans la culture moderne est la croyance que la conscience est un produit de l’esprit, et l’esprit un produit de la matière, un point de vue qui est à l’opposé de la simplicité de notre expérience directe, car le fondement, le point central de notre expérience directe est la conscience. Au lieu de nous en remettre à cette simple intuition, nous tombons dans le piège de la croyance, prévalente dans notre culture, qui offre une vue matérialiste de notre monde et de nous-mêmes, un point de vue qui nous prive de notre propre réalité et qui est la cause originelle de toutes nos souffrances psychologiques. » (Spinoza)


  • Jason Jason 7 décembre 16:10

    « Nous sommes ce que nous pensons » rejoint le cogito de Descartes « Cogito ergo sum », proposition qui fait tiquer les philosophes qui argumentent qu’on ne peut dériver l’être de la pensée. Proposition qui me paraît valable du point de vue métaphysique pure.


    Mais le corps là-dedans ? Or, nous savons que le corps influence la psyché. La proposisition du Bouddha ignore le corps et son influence sur nos pensées. C’est le monde de l’ascétisme et du seul univers des idées. Comportement qui ne peut satisfaire tout un chacun.

  • Pierre Pierre 7 décembre 18:51

    Le corps est indissociable de l’esprit, dans l’oeuvre de Spinoza repris par Antonio Damasio dans « Spinoza avait raison et dans son dernier ouvrage »l’ordre étrange des choses"



    On pourrait résumer les choses comme Jung en appréhendant ce que le corps ressent, ses émotions et interprète comme croyance.
    Ensuite le fruit de son expérience combiné à sa mémoire lui fait émerger une pensée rationnelle cohérente avec la réalité, tout en sachant que la partie inconsciente est souvent présente et qu’il faut à la fois accepter son instinct et décider par le libre arbitre le choix conscient de son action, celle qui véritablement ancre le sujet dans l’instant et dont il peut se remémorer ensuite les conséquences positives ou négatives, ce qui conduira ses choix futurs par l’expérience.
    C’est plus ou moins la vision pragmatique développée par John Dewey, précurseur de cette philosophie, largement méconnue en France


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