lundi 16 novembre 2009 - par
Que le débat soit à la racine même de la vie démocratique et qu’il débouche sur une forme de consensus et de plate-forme pour l’action, qui s’en plaindrait ? Après tout il est difficile d’imaginer une dictature comme lieu d’échanges d’idées…
La dictature du Café du Commerce
Que le débat soit à la racine même de la vie démocratique et qu’il débouche sur une forme de consensus et de plate-forme pour l’action, qui s’en plaindrait ? Après tout il est difficile d’imaginer une dictature comme lieu d’échanges d’idées…Pourtant cette boulimie de débats - toujours sociétaux - ce vacarme qui nous convie à discuter de tel ou tel sujet peut paraître suspect quand il étouffe en réalité les questions économiques et sociales qui devraient être, principalement en période de crise, la priorité de n’importe quel gouvernement. On en viendrait alors à penser que le « débat » est forcé, préformaté, qu’il ne s’impose que comme rituel en excluant par avance l’idée même d’un sens. Et que, surtout, qu’il procède de la technique du leurre et de l’enfumage en éloignant le citoyen de la vie politique pour le cantonner dans une périphérie douteuse tandis que les vraies décisions sont traitées ailleurs… Ministères, instances européennes ou internationales, siège du patronat… ?
Qui le sait d’ailleurs vraiment tant le pouvoir est apparemment fragmenté, donc invisible et incohérent pour celui qui tente de l’analyser ? Nous sommes appelés en apparence à décider quand nous ne connaissons plus même l’identité de ceux qui décident vraiment…
Donc le faux débat gangrène la vie politique. Sarkozy en est le chef d’orchestre. Rien de plus. Il l’a érigé en système et ses opposants sont condamnés à s’y conformer sous peine d‘être accusés d’admettre ainsi leur manque d’idées, leur absence de réponses face aux problèmes du monde ... Le piège est redoutable. D’autant plus qu’il a l’avantage de réduire la démocratie à la caricature du Café du Commerce avec ses belles idées toujours tellement de bon sens mais si primaires, si inapplicables, si contradictoires, si inabouties… Mais le peuple aura l’impression de parler et donc d’être entendu.
L’opposition, quant à elle, se fragmentera, se cassera les dents sur tel ou tel sujet puisque la question est forcément polémique et sans réponse. Le débat sur » l’identité nationale » est à cet égard exemplaire tant on peut, selon son angle de vue, y apporter les réponses les plus contradictoires au sein d’une même famille politique.
Et surtout le débat suscite cette agitation que les médias aiment tant orchestrer et qui donne l’illusion du mouvement et de la créativité quand les mots sont enfilés comme autant de perles tandis qu’en coulisse on se livre à une réalité plus sordide : dépeçage de la fonction publique, de la politique de santé, taxation des plus pauvres au bénéfice des plus riches…
Alors les débats se télescopent -burqa , couvre-feu pour les délinquants mineurs – alors qu’on sait qu’il n’y a pas de réponse crédible à ces deux questions. On pourra y ajouter d’autres débats, le mariage homosexuel et l’adoption, par exemple, qui permettront au pouvoir de faire parler un jour un « progressiste » et le lendemain un « conservateur » si bien que tout le monde sera content ! Sans parler des multiples commissions mises en place, avec la gloire éphémère pour les uns et d’agréables défraiements pour les autres…
Le débat est le lieu idéal de la confusion et réduit toute pensée, d’où qu’elle vienne, à un brouhaha inaudible. Il n’a pour but que de créer la suspicion sur la pertinence d’une réflexion ou d’une idéologie et participe en fait à une dépréciation de la démocratie.
De hauts débats, il n’y en aura pas. Mais des hauts et des bas. Et du blablabla. Alors que le seul lieu du débat dans une démocratie c’est le Parlement. On semble l’avoir totalement oublié ! En faisant parler tout à la fois la rue, le net, untel ou untel, c’est ce principe de la vie républicaine qui est occulté. Et c’est encore la République qui est mise en danger.

