lundi 11 novembre - par Abdelkarim Chankou

La France, une mosaïque fragilisée par le discours populiste, tantôt chaud, tantôt froid

Cette structure mosaïcale, la société française l’a doit à une vieille politique dont l’objectif est de faire échec à tout soulèvement de la rue visant à imposer le changement au régime en place.

La France, une mosaïque fragilisée par le discours populiste, tantôt chaud, tantôt froid

À l’instar des tesselles d’une belle mosaïque polychrome qui peut être fragilisée à tout moment jusqu’à la dislocation par l’alternance du chaud et le froid, la France où vivent durablement ou temporairement des millions d’étrangers issus d’une centaine de pays dont plus d’un demi-million en situation irrégulière risque de se disloquer sous l’effet d’un discours populiste itératif tantôt chaud, tantôt froid. Tous les jours que Dieu fait, les valeurs communes dites « républicaines » qui cimentent depuis des décennies ce magma de populations de cultures et de rangs sociaux divers sont battues en brève par le discours des porte-paroles de la rue autoproclamés. Ce discours, jadis étouffé par les médias officiels ou mainstream qui défendent instinctivement tout ordre établi qui les nourrit via des achats d’espaces publicitaires ou des subventions publiques, se trouve aujourd’hui libéré du joug de la censure officieuse, grâce aux nouveaux médias que sont internet, le téléphone mobile, les médias sociaux… Depuis ces dix dernières années, la parole de la rue, portée par les ténors professionnels du discours populiste, n’a plus besoin d’être validée par l’ordre établi pour circuler à la vitesse de la lumière et toucher tout public réceptif, particulièrement les publics qui ne se retrouvent pas ou plus dans un discours officiel en perdition. Si bien que des petits partis politiques créés depuis quelques mois réalisent, avec des moyens proches de zéro, des scores dépassant de loin ceux de leurs aînés bien lotis, existant depuis plusieurs décennies. Cette structure mosaïcale, la société française l’a doit à une vieille politique dont l’objectif est de faire échec à tout soulèvement de la rue visant à imposer le changement au régime en place. Exemple : des dizaines de milliers de Français qui battent le pavé à Paris pour un Smic à 2.000 euros n’ont que peu de chance d’être rejoints par des travailleurs indiens même survivant avec des salaires de moins 20 euros par jour ; du fait que cette catégorie de population est amplement satisfaite de sa situation salariale grâce à un mode de vie adapté reposant sur la vie collective par groupes de 10 à 15 personnes avec la mutualisation des frais du loyer et de nourriture. D’ailleurs, c’est ce même émiettement de la société française qui explique l’impotence du Mouvement des Gilets jaunes. Mais attention ! Ces garde-fous et digues finiront un de ces jours par sauter sous l’effet conjugué du discours populiste, de la paupérisation progressive des catégories sociales vulnérables et de la montée du sentiment d’insécurité.

« AVEC UN MENSONGE, ON VA TRÈS LOIN, MAIS SANS ESPOIR DE REVENIR EN ARRIÈRE ». PROVERBE JUIF.

Si pour barrer la route de l’Élysée aux trublions et aux électrons libres, le système a mis en place le garde-fou des 500 signatures et le filtre médiatique, il n’a rien prévu pour les parti politique dont le statut d’association loi 1901 permet la création par n’importe quel Français ou Française muni(e) d’un casier vierge et revendiquant une dizaine d’admirateurs. « (…) La constitutionnalisation des partis en 1958 a bien pour but de limiter leur influence dans le système politique, ceux-ci ne font que ‘concourir’ à l’expression du suffrage, car ils sont concurrencés par le référendum et, depuis 1962, par l’élection au suffrage universel direct du président de la République. Enfin, il n’existe pas de ‘loi sur les partis politiques’ comme en Allemagne, qui précise leur rôle et leur fonctionnement. Les partis politiques ont été longtemps régis – mais en partie seulement – par le droit sur les associations, conformément à la loi du 1er juillet 1901 relative à la liberté d’association. »(*) Cela signifie que dans un avenir proche, on assistera à une prolifération de petits partis politiques jouant de cadre légal et paravent à des trublions multipliant leurs diatribes populistes via les canaux des réseaux sociaux. Discours qui in fine finiront par avoir de l’effet ; car « un mensonge répété mille fois peut se transformer en vérité », pensent les psys. Et surtout « avec un mensonge, on va très loin, mais sans espoir de revenir en arrière ». Proverbe juif. Le mal aura été fait, en tout cas. Il n’y qu’avoir ce qui se passe actuellement en Algérie, Chili, Liban, Irak… pour comprendre que la France peut connaître une situation pire que celle des Gilets jaunes. Le printemps arabe a commencé en Tunisie avec l’immolation par le feu du vendeur ambulant Mohammed Bouazizi à Sidi Bouzid le 11 décembre 2010. Un geste radicale et désespéré, copié un peu partout où le sentiment d’injustice peut pousser au suicide. Ceux qui croient encore que les pays riches comme la France sont parés contre ce type de suicide spectaculaire se trompent : Un jeune étudiant de 22 ans « s’est immolé en pleine rue, devant un restaurant universitaire, vendredi après-midi à Lyon. Il a été brûlé à 90 %. Originaire de Saint-Etienne, le jeune homme, étudiant à Lyon 2, a indiqué dans un post sur Facebook devoir faire face à de graves difficultés financières. » Entre la vie et la mort, le malheureux avait prévenu sa petite amie de ses intentions par un SMS. Il n’y a pas de feu sans fumée… et de l’enfumage toléré il y en a trop.


 

(*) L'avenir des partis politiques en France et en Allemagne Par Claire Demesmay et Manuela Glaab, Presses universitaires du Septentrion, 2009 (contribution : « Le système des partis en France et en Allemagne » par Jérôme Vaillant et Wolfram Vogel, p. 23-41.

http://chankou.over-blog.com/2019/11/la-france-une-mosaique-fragilisee-par-le-discours-populiste-tantot-chaud-tantot-froid.html



8 réactions


  • Esprit Critique 11 novembre 17:55

    Vous avez raison, le sans papier doit être protégé de la Gauche et de la droite !

    Dans des cargos et retour au bled illico presto !

    la France n’a pas vocation d’être la poubelle du monde.


  • mmbbb 11 novembre 18:20

    « la France où vivent durablement ou temporairement des millions d’étrangers issus d’une centaine de pays dont plus d’un demi-million en situation irrégulière risque de se disloquer sous l’effet d’e  se disloquer sous l’effet d’un discours populiste itératif tantôt chaud, tantôt froid. »

    Vous l avez dit De surcroît en se faisant traiter d esclavagiste de raciste a longueur d année , en etant obligé de se vêtir une robe de bure pour l éternelle repentance , en nous obligeant a ne plus regarder notre histoire , et en se prenant des attentats , vous vous etonnez que nous puissions pas vivre dans la concorde .

    Excellent l auteur ! 

    Merkel fait renaitre l extreme droite Etonnant !

    Il y a d autres pays de même confession et tres tolerants l Arabie Saoudte .




  • titi 11 novembre 19:16
    Avec toutes les nationalités et religions diverses que nous avons en France, une seule pose problème et posera toujours des problèmes.

  • kimonovert 11 novembre 21:14

    Bonsoir, Vous dites : « Cette structure mosaïcale, la société française l’a doit à une vieille politique dont l’objectif est de faire échec à tout soulèvement de la rue visant à imposer le changement au régime en place. Exemple : des dizaines de milliers de Français qui battent le pavé à Paris pour un Smic à 2.000 euros n’ont que peu de chance d’être rejoints par des travailleurs indiens même survivant avec des salaires de moins 20 euros par jour ; du fait que cette catégorie de population est amplement satisfaite de sa situation salariale grâce à un mode de vie adapté reposant sur la vie collective par groupes de 10 à 15 personnes avec la mutualisation des frais du loyer et de nourriture. » Votre exemple n’est pas tout à fait le bon : vu d’ici le smicard de votre exemple ou un autre est dans la relativité du travailleur indien...Sauf certains secteurs amplement dotés par une époque de cohabitation du parti communiste avec d’autres forces politiques qui se mettent en grève par exemple pour situation de danger grave et imminent, en faisant pleurer le reste du panel des travailleurs français sur leur sort, chacun par le fait même du développement de la société à plus à perdre que son voisin...Le progrès est finalement ici par rapport à la notion de prolétaire...D’où la fin du mot d’ordre « Prolétaires de tous pays, unissez vous ! »...Il y a toujours moins prolétaire que soi...


    • Abdelkarim Chankou Abdelkarim Chankou 11 novembre 23:08

      @kimonovert
      Franchement je ne saisis pas ce que vous vouiez dire. Pourriez vous simplifier ?


    • kimonovert 11 novembre 23:54

      @Abdelkarim Chankou

      Ce que je veux dire c’est qu’un petit salaire ne rejoindra jamais un « gros » salaire dans sa revendication ! Pourquoi ? Non, parceque le petit salaire sait qu’il doit se satisfaire du peu qu’il a, mais parcequ’un « gros » salaire, et c’est ce qui fait qu’il a un déjà un « gros » salaire, ne cherche pas son appui car il a mieux : un moyen de pression qui fonctionne à tous les coups ! Ici c’est clair pour tous, ceux qui ont le pouvoir d’emmerder les autres ne cherchent pas leur appui, il ne manquerait plus que cela, mais qu’ils en rendent responsable un tiers, c’est à dire le gouvernement...


  • Abdelkarim Chankou Abdelkarim Chankou 12 novembre 01:25

    Ok ! je vois. 


  • Ruut Ruut 12 novembre 06:02

    La Novlangue commence a faiblir ?


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