mercredi 21 juin 2017 - par Jordi Grau

La gauche est-elle condamnée à perdre ou à trahir ?

Jupiter peut maintenant s’appuyer sur une confortable majorité parlementaire. Les électeurs, semble-t-il, ont choisi de mettre au pouvoir des gens qui poursuivront la politique antisociale du gouvernement précédent, l’un des plus impopulaires de la Cinquième République. La droite succède à la droite, en somme. Est-ce à dire que la gauche soit condamnée à échouer ou à trahir ?

Ce que j’entends par « gauche » et « droite »

Au sens strict du terme, les notions de « gauche » et de « droite » sont liées à un régime représentatif, où des élus sont censés voter les lois au nom de la nation. Ce serait donc anachronique, par exemple, de dire que Rousseau était de gauche, même si ses idées ont inspiré et inspirent encore une partie de la gauche. De la même manière, on ne dira pas des anarchistes qu’ils sont de gauche, même lorsqu’ils désirent l’avènement d’une société égalitaire, puisqu’ils considèrent généralement la « démocratie » parlementaire comme une sinistre imposture. Quand on est de gauche, au sens où j’emploie ce mot dans cet article, on accepte les règles du jeu parlementaire, au moins à titre provisoire, dans une optique stratégique. Maintenant, qu’est-ce qui distingue un citoyen de gauche d’un citoyen de droite ? Grosso modo, on peut dire qu’un citoyen de gauche est favorable à une lutte plus ou moins radicale contre les inégalités : inégalités entre les riches et les pauvres, entre la bourgeoisie et le peuple, mais aussi entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent, entre les travailleurs intellectuels et les travailleurs manuels, les très cultivés et les peu instruits, les hommes et les femmes, les Blancs et les non-Blancs, les hétérosexuels et les homosexuels, etc. On peut d’ailleurs remarquer à ce propos que l’on peut être à la fois de gauche et de droite, puisqu’il est possible de lutter contre certaines formes d’inégalités tout en s’accommodant très bien d’autres formes. Par exemple, on peut être à la fois sexiste et partisan d’une réduction des inégalités entre les classes sociales. On peut mettre en place le mariage pour tous et mener en même temps une politique économique applaudie par le Medef. Cela dit, il est tout de même probable qu’il y a des liens entre les différentes formes d’inégalités, comme j’ai tenté de le montrer dans un précédent article.

Le paradoxe des 99 %

Maintenant que les notions de « gauche » et de « droite » sont à peu près définies, voyons pourquoi la gauche semble condamnée à perdre ou à trahir ses idéaux. Lorsqu’elle arrive au pouvoir – ce qui n’est pas si courant – la gauche trahit spontanément ses électeurs (comme ce fut le cas sous le quinquennat Hollande) ou elle est poussée à le faire par des contraintes extérieures (comme ce fut le cas pour Tsipras). Et si elle résiste malgré tout à la tentation de trahir, il arrive qu’elle soit tout bonnement éliminée, comme ce fut le cas le 11 septembre 1973, lors du coup d’État qui mit fin à l’expérience socialiste au Chili. Il y a là un paradoxe qui mérite d’être examiné, car il peut sembler évident, à première vue, que la grande majorité des gens aurait tout intérêt à une réduction des inégalités de richesses, d’instruction et de pouvoir. Comme le disait le mouvement Occupy Wall Street : nous sommes les 99 %. Oui, nous sommes les 99 %, et pourtant nous nous laissons toujours dominer par une petite minorité. Comment est-ce possible ?

Bien entendu, je ne prétends pas résoudre intégralement ce problème, qui a pris la tête de tant d’intellectuels depuis le Discours de la servitude volontaire de La Boétie. Je me contenterai d’apporter quelques éléments de réponse… Tout d’abord, je ferai un lien entre l’impuissance ou la duplicité de la gauche et la nature des régimes politiques dits « démocratiques ».

Le régime représentatif n’est pas vraiment démocratique

 J’ai dit tout à l’heure que les notions de « gauche » et de « droite », au sens strict, s’inscrivent dans un certain type de régime, où le peuple n’a qu’un pouvoir politique très indirect, et finalement très minime. Ce régime représentatif, nous l’appelons « démocratie » par naïveté ou par habitude, mais il est un des principaux obstacles à une réelle souveraineté populaire. Dans une réelle démocratie, l’ensemble des citoyens aurait au minimum un droit de veto sur les principales décisions le concernant. Il ne voterait pas pour une personne, ni même pour un programme complet, mais pour telle ou telle loi particulière. Quant à ses éventuels représentants, il pourrait les révoquer avant la fin de leur mandat en cas de trahison. Rien de tout cela n’a lieu dans les oligarchies parlementaires actuelles, même si certaines – comme la Suisse – sont moins antidémocratiques que les autres.

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Dans ces oligarchies, les principales décisions politiques sont aux mains d’un petit nombre de politiciens professionnels, qui appartiennent généralement aux catégories favorisées d’un point de vue culturel, social et financier. Il y a donc peu de chances qu’ils veuillent réellement réduire les inégalités.

Dans ces oligarchies, il est possible de tromper impunément ses électeurs – soit en ne tenant pas ses promesses, soit en enrobant un programme foncièrement antisocial par une rhétorique démagogique. On peut comprendre, dans ces conditions, qu’un candidat de gauche puisse facilement faire une politique de droite une fois élu, ou qu’un politicien de droite séduise une partie des classes populaires en parlant de « fracture sociale » ou de Jaurès.

Bien évidemment, les politiciens qui s’adonnent à ce petit jeu prennent le risque de ne plus être élus lors des prochaines élections. Mais qu’importe ! Ils auront sans doute un petit « fief » local ou régional en consolation. Et ils pourront, une fois dans l’« opposition », préparer l’« alternance ». Leurs espoirs sont d’autant plus raisonnables qu’ils bénéficieront d’une abstention de plus en plus massive dans les classes populaires, et de la montée d’un parti d’extrême droite qui sert opportunément d’épouvantail.

On vient de voir que l’oligarchie parlementaire rend très difficile l’accession au pouvoir d’une gauche authentique, c’est-à-dire d’une gauche qui combat les inégalités aussi bien dans ses actes que dans ses discours. Mais « difficile » ne signifie pas « impossible ». Il peut arriver que l’électorat populaire choisisse de porter au pouvoir une formation qui a réellement le désir de lutter contre les injustices sociales. Que se passe-t-il alors ?

Le mur de l’argent

Quand elle n’est pas dès le départ décidée à trahir ses électeurs, la gauche au pouvoir se heurte à de très fortes résistances. Dans un monde capitaliste, il est toujours dangereux de vouloir lutter contre les inégalités, surtout lorsqu’il s’agit des inégalités économiques. Même la gauche modérée en a fait les frais. En 1925, les radicaux du Cartel des gauches ont eu le malheur de vouloir instaurer un impôt sur le capital afin de diminuer la dette publique. La réaction des milieux financiers a été immédiate et violente : spéculation, fuite des capitaux…. Débordé par ces difficultés économiques, le gouvernement dut démissionner. Édouard Herriot, son chef, dira que le Cartel des gauches s’est heurté au « Mur de l’argent ».

Parfois, la défaite de la gauche prend des formes plus tragiques, comme ce fut le cas au Chili, lors du coup d’État de 1973. Dans cette affaire, l’armée chilienne ne fut que le bras armé d’intérêts économiques puissants et débordant largement le cadre chilien : on sait que les États-Unis ont joué un rôle déterminant dans la chute d’Allende. Le coup d’État du 11 septembre 1973 a sans doute beaucoup contribué à refroidir l’ardeur des socialistes du monde entier. J’ai connu un vieux militant, en 2001, qui m’a dit avoir un peu fréquenté Mitterrand. D’après lui, le président français aurait affirmé en privé : « Moi, je ne suis pas Allende. Je ne terminerai pas comme lui. » L’anecdote est à prendre avec précaution, tant il est douteux que Mitterrand ait jamais eu de solides convictions de gauche, mais elle montre tout de même que l’histoire tragique d’Allende avait fortement marqué les militants socialistes. Elle est par ailleurs confirmée, à sa manière, par une interview donnée en 2005, par Danielle Mitterrand : « Alors je lui demandais à François : Pourquoi maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais offert ? Il me répondait qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. »

Plus récemment, on sait comment Tsipras a fini par se soumettre à la tyrannie de l’Union germano-européenne. Les mesures imposées à la Grèce étaient contreproductives – même du point de vue des créanciers – puisqu’elles enfonçaient encore plus le pays dans la ruine, mais elles avaient un sens politique. Il s’agissait, comme en 1973, de lancer un signal fort à tous les partis d’Europe qui voudraient mettre en œuvre une véritable politique de gauche.

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Il y aurait donc une explication assez simple aux défaites et aux trahisons de la gauche : l’oligarchie politique est au service d’une puissante oligarchie financière, et malheur aux rares politiciens qui n’acceptent pas cette loi d’airain. Mais tout peut-il s’expliquer en termes de rapports de force économiques ? L’argent, à lui tout seul, n’est pas un pouvoir. Ce n’est un pouvoir que parce qu’on le veut bien. Si l’oligarchie capitaliste n’avait aucune légitimité, elle ne pourrait pas se maintenir en place. Il faut qu’elle soit soutenue par une frange importante de la population : l’armée, la police, les classes supérieures, une partie au moins de la classe moyenne, et même une partie des classes populaires. Si le capitalisme n’apparaissait pas comme un système juste – ou comme le moins injuste des systèmes possibles – il ne pourrait pas se maintenir en place.

La culture de la soumission

Il semble donc éminemment probable que les échecs et les trahisons de la gauche n’ont pas seulement des causes juridiques et économiques : ils ont aussi des causes culturelles. Si les politiciens luttent si peu contre les inégalités, c’est que la plupart des gens s’accommodent assez bien d’une société inégalitaire, où chacun reste à sa place. La majorité des citoyens, comme semble le montrer l’expérience de Milgram, a un respect infantile de l’autorité, qui la pousse à obéir aveuglément à ceux qui ont du prestige : ceux qui parlent bien, qui ont l’air de savoir où ils vont, qui ont des diplômes…

C’est rassurant, c’est confortable, de se décharger de ses responsabilités sur le pouvoir paternel d’une élite « bienveillante ». Un philosophe des lumières l’avait dit bien mieux que moi, voici plus de deux siècles : « La paresse et la lâcheté sont les causes qui font qu’une si grande partie des hommes, après avoir été depuis longtemps affranchis par la nature de toute direction étrangère (naturaliter majorennes), restent volontiers mineurs toute leur vie, et qu’il est si facile aux autres de s’ériger en tuteurs. Il est si commode d’être mineur ! J’ai un livre qui a de l’esprit pour moi, un di­recteur qui a de la conscience pour moi, un médecin qui juge pour moi du régime qui me convient, etc. ; pourquoi me donnerais-je de la peine ? Je n’ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront pour moi de cette en­nuyeuse occupation. Que la plus grande partie des hommes (et avec eux le beau sexe tout entier) tiennent pour difficile, même pour très-dangereux, le passage de la minorité à la majorité ; c’est à quoi visent avant tout ces tuteurs qui se sont chargés avec tant de bonté de la haute surveillance de leurs semblables. Après les avoir d’abord abêtis en les traitant comme des animaux domestiques, et avoir pris toutes leurs précautions pour que ces paisibles créatures ne puissent tenter un seul pas hors de la charrette où ils les tiennent enfermés, ils leur montrent ensuite le danger qui les menace, s'ils essayent de marcher seuls. Or ce danger n'est pas sans doute aussi grand qu'ils veulent bien le dire, car, au prix de quelques chutes, on finirait bien par apprendre à marcher ; mais un exemple de ce genre rend timide et dégoûte ordinairement de toute tentative ultérieure. » (Kant, Qu’est-ce que les lumières ?, traduction Barni).

Il serait cependant un peu simpliste de se représenter la société comme divisée en deux catégories : au sommet, une petite élite toute puissante ; à la base, une masse de moutons dociles. En réalité, le corps social est fragmenté en une série de castes et de classes plus ou moins puissantes et prestigieuses. Ces catégories sont d’autant plus complexes qu’elles s’interpénètrent : les inégalités de « races » et de genres se superposent aux inégalités de classes sans se confondre avec elles. Ainsi, même les masses dominées sont elles-mêmes subdivisées en groupes plus ou moins rivaux ou subordonnés les uns aux autres. On comprend mieux, si on admet ce fait, pourquoi les 99 % ont tant de mal à s’unir contre la grande bourgeoisie qui les opprime. Il suffit qu’un démagogue excite les classes populaires contre un bouc émissaire (les délinquants, les jeunes, les Arabes, les Turcs, les Noirs, les Roms, les musulmans, les « assistés », les chômeurs….) pour que la belle unité du peuple soit fissurée.

Pour terminer sur une note optimiste

Il ne faudrait cependant pas croire que nous soyons condamnés à vivre dans des sociétés de plus en plus inégalitaires. L’histoire a montré qu’il est possible de faire reculer les inégalités entre riches et pauvres, salariés et patrons, hommes et femmes, Blancs et Non-Blancs, homosexuels et hétérosexuels…. Dans ce combat pour plus de justice, certains partis politiques ont pu – au moins ponctuellement – jouer un rôle positif, comme le parti travailliste au Royaume-Uni ou le parti communiste en France. Mais ces partis auraient sans doute été incapables de réformer la société s’ils n’avaient été portés par des mouvements sociaux puissants. Pour qu’une authentique réforme (= amélioration) ait lieu, il faut que l’oligarchie ait peur d’une révolution. À la limite, peu importe l’étiquette politique du parti au pouvoir. Dans les périodes d’apathie sociale, comme la nôtre, les partis de « gauche » mènent en général une politique de droite. Dans les périodes de forte agitation, au contraire, il peut arriver que des politiciens de droite consentent à d’importantes réformes sociales, comme l’a montré l’exemple de Bismarck – ou, plus près de nous, celui des accords de Grenelle.

Les électeurs de gauche n’ont donc pas à attendre la chute de l’oligarchie et l’avènement d’une authentique démocratie : ils peuvent d’ores et déjà combattre la droite, à condition d’avoir en tête que la victoire ne passera pas principalement par les urnes.



16 réactions


  • Pierre-Yves Martin 21 juin 2017 10:33

    Depuis le renversement d’Allende, les mécanismes qui permettent cette mise au pas des élections ont beaucoup évolué. Je crois qu’il y a des lacunes dans votre analyse.

    La principale est la suivante. Quelques groupes économiques, Google, Facebook, Microsoft, etc., et quelques organismes (NSA principalement) ont dans leurs ordinateurs à peu près toutes les informations possibles sur toutes les personnes qui comptent, et sur une bonne partie des autres. Or peu de gens n’ont absolument rien à cacher. Même dans ce cas, il y a les proches, le parti, etc. M. Fillon devait être président de la République, mais il était partisan d’un rapprochement avec la Russie et voulait faire des contre-réformes sociétales contraires à la politique du grand capitalisme mondial. On a sorti un certain nombre d’informations et il a perdu, et cela a rendu possible l’élection de M. Macron, qui lui est totalement « Bildenberg-compatible ». M. Macron avait besoin de la caution morale de M. Bayrou pour gagner, et ce dernier a fait valoir des exigences. Est sortie l’affaire des assistants parlementaires européens du Modem. Les dirigeants du Modem sont neutralisés et on les tiendra au gré de procédures judiciaires qu’on peut étirer ou accélérer. Ce matin 21 juin, je viens de voir que Libération publie un courrier électronique d’une ancienne collaboratrice de Mme de Sarnez. Comment l’ont-il eu ? Secret des sources.... Mais je parierais que c’est par plusieurs intermédiaires et qu’ils en ignorent eux-mêmes la véritable origine.

    Dans le temps on parlait des « dossiers » des politiques. Les dossiers ont démesurément grossi, mais ce ne sont plus les politiques qui les détiennent.

    Je ne ferai que mentionner deux autres aspects :

    - Le pouvoir mondial est maintenant au mains de quelques centaines de personnes représentant des groupes économiques et financiers et organisés de façon hiérarchisée au sein des « Bildenberg ».
    - L’essentiel des moyens d’information, notamment la télévision, est entre les mains de quelques groupes patronaux majeurs ou de gouvernements qui leur sont soumis.


    • Jordi Grau Jordi Grau 21 juin 2017 11:22

      @Pierre-Yves Martin

      Mon article étant déjà très long, j’ai préféré ne donner que quelques éléments de réponse. Il est évident que mes explications n’ont rien d’exhaustif, et vous avez raison de mentionner d’autres moyens de pression que ceux que je mentionnais. Cela dit, les bons vieux moyens dont je parle dans mon billet (déstabilisation de l’économie, coups d’État) pourraient encore servir à l’avenir....


  • Séraphin Lampion Jeussey de Sourcesûre 21 juin 2017 10:34

    La gauche n’existe plus !

    Cette agitation de plusieurs mois aura au moins eu le mérite de faire la clarté là-dessus.
    Macron ne peut être ni de droite ni de gauche parce qu’il est de droite et de droite. Ce qui est ennuyeux, c’est que, la gauche ayant disparu, la droite n’a plus de repère. C’est pour ça qu’elle troune en rond.
    Peut-être existe-t-il encore des conservateurs et des progressistes, mais même là, j’ai des doutes.
    Ce que le spectacle polico-comique fait apparaître, c’est une représentation de rapports de forces qui reproduisent les structures psychologiques mises en évidence par Eric Berne : des parents normatifs, des parents nourriciers, des enfants soumis et des enfants rebelles. Dommage que les enfants libres et les adultes soient totalement absents du spectacle. L’exemple de Polony montre qu’on les vire quand ils pointent leurs nez.

  • troletbuse troletbuse 21 juin 2017 10:41

    Mais quelle gauche ? vous avez vu une gauche quelque part ? Moi pas. Ah si, en paroles, dans les discours.  smiley
    Je vois aussi des nouveaux élus qui sont plutôt gauches ou plutôt sinistres et des anciens qui sont pas très droits smiley


  • Christian Labrune Christian Labrune 21 juin 2017 11:12

    La droite succède à la droite, en somme.

    à l’auteur,
    Il me semblait pourtant que Hollande II venait de succéder à Hollande Ier. Et Hollande, c’était la gauche (en principe). Il est vrai cependant que par les temps qui courent, tout est dans tout, et réciproquement.
    Ce qu’il y a de bien avec le centre, en revanche, c’est que le centre - et d’autant plus s’il tend vers l’extrémisme - sera toujours le centre. François Bayrou, par exemple, sera toujours François Bayrou et se conservera indéfiniment, toujours pareil à lui-même, sans qu’il soit jamais besoin de recourir à la congélation ni au formol. 


    • Jordi Grau Jordi Grau 21 juin 2017 11:30

      @Christian Labrune

      Mon article manque sans doute un peu de nuances. Mais il faut avouer que Hollande Ier (en admettant qu’il ait été vraiment de gauche) n’a pas duré très longtemps. On pouvait voir Hollande II pointer sous Hollande Ier dès le départ, quand la promesse de renégocier le TSCG (ou Pacte budgétaire européen) n’a pas été tenue.

      Quand au centre, je ne suis qu’à moitié d’accord avec vous. Les sociétés européennes (mais pas seulement) glissent de plus en plus vers la droite depuis des décennies, si bien que les mots d’aujourd’hui n’ont plus le même sens que dans les années 60 ou 70. Ce qu’on appelle aujourd’hui « centre », « socialisme », « réforme » se disait à l’époque « droite », « centre-droit » et « régression ».


    • Christian Labrune Christian Labrune 21 juin 2017 12:16

      @Jordi Grau
      Il y a telle phrase, dans le Discours sur l’Inégalité, où Rousseau évoque la décadence de la société moderne corrompue par le luxe, le développement des techniques et des spectacles. Tous ces changements sont pour lui autant de progrès qui vont dans le sens d’une forme de civilisation qu’il méprise, et autant d’avancées vers une « décrépitude de l’espèce ». L’espèce humaine, pour lui, c’est l’essentiel, et l’individu n’a de raison d’être que s’il se soumet à ses intérêts supérieurs. Il y a longtemps que je n’ai pas relu le Contrat, mais vous y trouverez des quantité de formules qui vont plus ou moins explicitement dans le même sens.
      Cette manière de penser, vous la retrouverez dans tous les totalitarismes. Sacrifiez-vous au bonheur des générations futures, disait Staline. Je veux que la femme italienne mette au monde un enfant tous les ans, disait le Duce. Aucun propos d’Hitler ne me vient à l’esprit maintenant, mais c’est sans doute qu’il y en a trop.
      L’état est tout, l’individu n’est rien. Voilà la pensée de Rousseau ; on en voit la conséquence chez un Robespierre et même plus tard chez un Napo.
      Il est à la mode de critiquer l’individualisme consumériste de nos sociétés actuelles, mais il est l’héritage de la pensée anglaise des Lumières qui a réinventé la démocratie moderne et accorde à l’individu dans l’état une place prééminente.


    • François Vesin François Vesin 21 juin 2017 22:43

      @Jordi Grau
      « Mon article manque sans doute un peu de nuances. » 


      En tout cas, il a l’immense mérite de valider le témoignage
      de la lâcheté viscérale de Mitterrand et sa trahison (l’une
      de ses trahisons) du peuple qui avait cru en lui et en son
      aptitude de mettre en oeuvre le Programme Commun .

      La grande oeuvre de sa vie restera la mise en célébration de 
      lui-même et ses incontinences - morale - verbale - prostatique !!

      La gauche parlementaire s’est courbée en 1983 devant son héros,
      couchée en 2002 pour subir l’alternative du FN qu’elle avait ressuscité,
      et vendue en 2008 en adoptant le traité de Lisbonne ! Il ne reste d’elle
      que des cendres que la première brise dispersera et de ceux qu’elle
      devait défendre, un peuple devenu - produit - livré à des marchands !

      Tout ce qui procédera du pacifisme, de l’autogestion et de la souveraineté
      recouvrée sera notre chance...mais elle ne viendra pas d’en haut !

  • Christian Labrune Christian Labrune 21 juin 2017 11:24

    Ce serait donc anachronique, par exemple, de dire que Rousseau était de gauche, même si ses idées ont inspiré et inspirent encore une partie de la gauche.
     =============================
    à l’auteur,
    Je dirais plutôt que Rousseau est à l’origine des idéologies totalitaires modernes. Mais là encore, gauche et totalitarisme ont assez souvent fait bon ménage : le nazisme était nationaliste, mais pas moins « socialiste ». Staline, les frères Castro (Dieu ait leur âme) étaient « à gauche », et les Khmers rouge de Pol Pot aussi, qui ont tant fait pour le bonheur des Cambodgiens.
    Pour simplifier encore la question, on trouvera un bouquin assez controversé de l’historien Zeev Sternhell qui s’intitule « Ni droite ni gauche » (ça rappelle quelque chose !), lequel s’opposant aux thèse de René Raymond, tend à démontrer l’existence d’un fascisme français entre les deux guerres.
     


    • Jordi Grau Jordi Grau 21 juin 2017 11:40

      @Christian Labrune

      Je suis totalement en désaccord avec vous. Rousseau a écrit bien des choses discutables, mais je ne vois pas en quoi il y a quelque chose de totalitaire dans son Contrat social. La société qu’il décrit dans ce texte fondamental est égalitaire. Les masses n’y sont pas soumises à un parti unique qui vise à formater les consciences et à faire marcher tout le monde d’un même pas. Rousseau dit même qu’il faut interdire les factions, ou - si cela est impossible - faire en sorte qu’elles soient nombreuses et petites, de manière à ce que l’intérêt général ne souffre pas de l’influence de groupes de pression.. Et s’il existe une contrainte légale, elle n’est pas pire que celle qui existe dans les « démocraties » libérales : Rousseau dit seulement que celui qui ne respecte pas les lois sera sanctionné. Il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat.

      Pour le « socialisme » des nazis, il faudrait faire la part entre les discours et la réalité. Les nazis ont reçu le soutien d’une part importante de la grande bourgeoisie industrielle allemande. S’ils avaient été vraiment socialistes, croyez-vous qu’ils se seraient si bien entendu avec Krupp et Siemens ? Certes, il y avait bien un fraction anticapitaliste : la SA. Mais elle a été rapidement mise au pas, et d’une manière plutôt violente....

      Enfin, je soutiens que les dictatures se réclamant du marxisme ont en grande partie trahi leurs idéaux de gauche. On ne peut pas prétendre travailler à l’instauration d’une société égalitaire tout en créant des inégalités de pouvoir monstrueuses. La dictature du prolétariat, telle que Marx l’entendait, c’était la dictature de la majorité des travailleurs, imposant sa loi à la minorité bourgeoise. On peut certes la critiquer, mais elle n’a rien à voir avec la dictature du parti unique.


  • Albert123 21 juin 2017 11:50
    « Il suffit qu’un démagogue excite les classes populaires contre un bouc émissaire (les délinquants, les jeunes, les Arabes, les Turcs, les Noirs, les Roms, les musulmans, les « assistés », les chômeurs….) pour que la belle unité du peuple soit fissurée. »

    il suffit qu’un démagogue excite les classes populaires en accordant des privilèges à un sous groupe minoritaire donné pour que l’unité du peuple se fissure 

    comme un Hollande qui propose le mariage pour tous et va pourrir l’unité du pays pour un non sujet qui concerne moins de 50 000 citoyens en 3 ans dans un contexte économique pourtant plus difficile que jamais et qui laisse des millions de français sur le carreau 

    comme les lois d’exception pondues (par la gauche encore étonnement) à l’avantage d’une certaine communauté au milieu des années 80,

    comme un valls qui par démagogie envers la même communauté en vient à sacrifier la liberté d’expression sur l’autel de sa moraline en 2 h chrono,

    Comme un certain Theodore Luaka, fils de politiciens gauchistes corrompus, certainement dealer et présenté comme une victime par la gauche bon chic sans genre,

    comme tous les journalistes et intellectuels gauchistes donneurs de leçon totalitaires qui passent leur journée à imposer leur idéologie sans supporter la contradiction, 

    votre gauchisme est surtout caractérisé par :

    - la négation de la notion de Nature et de l’autre (celui qui ne pense pas comme lui)

    - la frustration des médiocres, tellement médiocre que leur bêtise leur fait croire qu’ils méritent plus que ce dont à quoi la Nature les destinait, 

    - la haine, non seulement à l’égard de ceux qui ne valident pas leur délire, mais également de l’existant et du monde réel pour lui préférer un fantasme dans lequel ces minables joueraient un « grand » rôle dans une Histoire réécrite par leur soin qui une fois encore fera tout pour effacer une vérité trop dérangeante pour eux.

    - l’inversion accusatoire permanente mue par le caractère irresponsable et le manque absolue de lucidité sur ce qu’il est : une idéologie perverse pondue par de minables frustrés. Et qui s’est permis de s’accaparer le socialisme et l’anarchisme pour mieux en détruire la substance au cours du temps

    Tout ceci constitué sur la base d’un complexe œdipien puéril : le désir permanent de tuer le père et tous les symboles patriarcaux dans une démarche sans queue ni tête et sans véritable finalité non plus.

    pas étonnant que dans votre gauche on retrouve tous les parasites et emmerdeurs du quotidien : femens, LGBTQXYZW, chiennes de garde enragées et hystériques, pro migrants décérébrés, « anti » racistes plus racialistes qu’autre chose, bouffeurs de curé hystériques, deboutistes ahuris et autres « social justice warriorz » antifas bien nazillons.

    ensemble de contestataires brouillons, incultes et sans vision, en général, sinon toujours, manipulés par l’oligarchie elle même. Ensemble qui n’a cessé de faire le jeu du capitalisme et de l’ultra libéralisme qu’ils prétendent tous combattre par ailleurs, 

    « Les électeurs de gauche n’ont donc pas à attendre la chute de l’oligarchie et l’avènement d’une authentique démocratie : ils peuvent d’ores et déjà combattre la droite, à condition d’avoir en tête que la victoire ne passera pas principalement par les urnes. »

    pas besoin d’être de la si lâche droite pour comprendre que le camp de la haine est à gauche, 

    votre conclusion, sans aucune surprise, n’appelle à rien d’autre qu’a nier les moyens d’expression pacifiques pour leur préférer une violence physique caractéristique de l’impuissance (physique et intellectuelle).

    le projet gauchiste, totalitaire de fait, ne peut qu’échouer car il ne parle finalement qu’a un regroupement de dégénérés qui n’ont que le sophisme et la novlangue pour justifier le caractère pervers de leur projets nauséabond.




    • Christian Labrune Christian Labrune 21 juin 2017 12:02

      @Albert123
      Je lis votre réponse après avoir écrit l’intervention qui lui fait suite, et dont j’aurais peut-être pu faire l’économie : ce que vous écrivez, que les porteurs de lunettes rose ne sauraient voir, me paraît tout à fait pertinent.


  • Christian Labrune Christian Labrune 21 juin 2017 11:55

    La culture de la soumission
    =======================
    A l’auteur,
    Vous citez Kant, mais vous auriez pu tout aussi bien citer « De la servitude volontaire » d’Etienne de La Boétie. Il serait par ailleurs tout à fait abusif d’annexer ces deux-là au camp de « la gauche », même si elle s’est assez constamment réclamée de la philosophie des Lumières dont l’ami de Montaigne était un précurseur.
    Quand la « gauche » socialiste, au milieu des années 80, a entrepris de détruire complètement le système d’instruction publique républicain (et c’est bien sa seule entreprise vraiment réussie !) cela n’a pu se faire qu’avec l’aide des syndicats « de gauche » réunis dans la FEN. Je n’ai jamais tant évoqué le thème de la servitude volontaire que dans ces années-là, confronté à des masses de profs « de gauche » qui appliquaient des « réformes » qu’ils savaient destructrices alors qu’il ne leur aurait rien coûté de le refuser : ils ne se sont jamais trouvés avec le couteau sous la gorge.

    Faut-il rappeler qu’en juillet 40, l’Assemblée qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain était majoritairement constituée de socialistes, et que dans les premiers mois de l’occupation, l’Humanité qui paraissait clandestinement applaudissait à la fraternisation entre l ’ouvrier français et le brave occupant nazi dont le comportement était encore tout à fait « correct », comme disait la mère Beauvoir.

    Aujourd’hui en France, le terrorisme progresse, les banlieues sont devenues des zones de non-droit où les « faces de craie », les « Chinois » et plus encore les Juifs sont soumis à toute sorte d’exactions intolérables. Des gens comme Céline Pina, qui était au PS, ont très bien dénoncé ce qui était en train de se mettre en place avec la collaboration des édiles socialistes et communistes. Les témoignages publiés par Bensoussan dans « Une France soumise » sont bien en dessous de la réalité que j’ai pu connaître quand j’enseignais dans l’un des pires lycées du 93. C’est donc bien la gauche qui s’est soumise. D’où le parti d’un Mélenchon qui, pour masquer cette politique infâme de démission et de soumission au totalitarisme islamique, ose ajouter le préfixe privatif « IN » devant le mot qui caractérise le mieux la politique de ses pareils. Les imbéciles, pense ce braillard confus, qui sont légion, n’y verront que du feu.

    Vous faites l’effort, dans votre article, d’éviter ici et là les oppositions manichéennes et caricaturales, mais il s’en faut bien tout de même que vous rendiez compte de la complexité des choses. A la fin, vous évoquez Pompidou à Grenelle. Avec la CGT, il y avait toujours le moyen de trouver des accommodements, mais tout à la fin, vous paraissez attendre une espèce de révolution, et là je vous trouve bien naïf. Lorsque le gouvernement Macron qui y sera allé à la hussarde pour faire passer les décrets qui achèveront de détruire la protection sociale des plus démunis se trouvera enfin confronté aux pires difficultés, ce n’est pas à des syndicats organisés qu’il aura à faire face, mais aux sans-culottes de la rue qui, on l’a vu au premier tour des présidentielles, représentaient, si on ne fait pas de différence entre les extrêmes (et il n’y a pas lieu d’en faire) à peu près 40% de l’électorat. Ce sera peut-être le « grand soir », mais la guerre civile ne précède jamais des lendemains qui chantent.


    • popov 21 juin 2017 15:34

      @Christian Labrune


      Faut-il rappeler qu’en juillet 40, l’Assemblée qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain 

      Bonjour

      Et cette année, l’électorat français a donné les pleins pouvoirs au Maréchal Maqueron.


    • Christian Labrune Christian Labrune 21 juin 2017 17:39

      Et cette année, l’électorat français a donné les pleins pouvoirs au Maréchal Maqueron.

      @Popov

      Oui, c’est effectivement à peu près ça. Il n’est quand même pas encore maréchal, ce freluquet, et je pensais plutôt, à voir les élections, au général Boulanger, qui exerça à peu près la même séduction sur les imbéciles. Ca s’est terminé en eau de boudin et si on avait pu éviter cette actuelle « marche » sur des chemins qui ne mènent nulle part, on ne s’en trouverait pas plus mal.

      Habituellement, les « affaires » apparaissent après quelques mois d’exercice du pouvoir. Dans le cas présent, elles surgissent avant même la mise en oeuvre d’un « programme » de gouvernement dont les orientations, par ailleurs, font rire tant elles sont obsolètes. Ce sont les solutions d’il y a trente ans. En 68, on réclamait « l’imagination au pouvoir ». On n’en est toujours pas là, et nos jeunes ringards, chantres renouveau, pensent comme les plus vieux cons.


  • Sergio Sergio 21 juin 2017 15:07

    Le peuple est-il condamné à perdre et à en pâtir ?


    On parle des socialistes ou de la gauche ? J’ai plutôt l’impression que dans ce virage, ça tire à droite ?      

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