mardi 27 septembre 2011 - par Paul Villach

La guerre du divorce : un sujet d’actualité et de fiction dans le film « Le client » d’A. Mercadier

On le voit ces jours-ci, deux époux qui divorcent peuvent se laisser entraîner aux pires extrémités, surtout quand des enfants et des biens sont en jeu. Deux épouses en instance de divorce, Hélène de Yougoslavie (1) et Nicola Johnson, viennent de faire des révélations compromettantes sur leurs maris respectifs, Thierry Gaubert et Ziad Takieddine, deux proches du président de la République française. L’une et l’autre soutiennent qu’ils ont transbordé des valises de billets de banque de Suisse en France. Une corrélation est ainsi établie entre les fonds qui auraient alimenté la campagne présidentielle de M. Balladur en 1995 et l’affaire de Karachi qui aurait donné lieu au versement de possibles rétro-commisions à l’occasion de la vente de sous-marins français au Pakistan. Qu’en est-il ? La justice aura-t-elle toute latitude pour le savoir ? Au degré d’indignité où elle a sombré, ce serait une agréable surprise. 

« Le client », film d’Arnauld Mercadier, diffusé hier soir, 26 septembre, sur TF1 (2) , tire pour partie son scénario de semblables stratégies suivies par des conjoints en instance de divorce, qui assurent à bien des avocats leur subsistance. Son originalité humoristique est d’avoir fait de l’avocat « tocard » que Fred, le personnage principal, s’est choisi pour perdre sa procédure, l’auteur involontaire d’une tactique qui contraint son ex-femme à réviser sa stratégie et l’amène, après quelques péripéties, à devoir composer contrainte et forcée.
 
Les réflexes de haine et de vengeance
 
Sans être rarissime, la conduite de Fred Fondary, ancien pilote de course, n’est pas, il faut l’avouer, la plus fréquente. Lassé d’une procédure que son ex-épouse Viviane s’ingénie à faire traîner en longueur, il en vient à lui abandonner tout ses biens y compris la Porsche à laquelle il est très attaché pour avoir gagner sa première course avec elle.
 
Mélanie, sa jeune compagne de 30 ans sa cadette, en effet, ne supporte plus cette vie dissimulée qu’ils sont obligés de mener dans l’attente d’un divorce toujours différé. Seulement, cet acte de désintéressement total ne suffit pas à son ex. À l’issue d’une audience devant le juge où elle a joué la comédie de l’extinction de voix lui interdisant de répondre aux questions, elle retrouve toute sa puissance vocale sur les marches du palais : à Fred excédé qui lui demande ce qu’ elle veut à la fin puisque il lui laisse tous ses biens, « T’empêcher d’être heureux !  » lui siffle-t-elle comme une vipère. Le réflexe de haine appelle la vengeance.
 
1- Ambiguïté involontaire et information extorquée
 
Tout commence dans le bureau du Juge aux affaires familiales par une ambiguïté involontaire de Me Banville, le tocard. Pour combattre la rumeur de coureur de jupons qui court sur Fred, « roi du Paddock », et qui, selon son ex, ne désigne pas seulement les stands de course automobile où il s’est illustré, il en montre l’inanité en en inventant sur le champ une autre tout aussi fantaisiste à ses yeux selon laquelle Viviane serait la maîtresse de son avocat.
 
Or, il a mis dans le mille sans le savoir. Les deux amants en viennent à soupçonner Fred d’avoir fait ce qu’ils ont fait à son égard : ils l’ont fait prendre en filature par un détective qui accumule les photos sur sa liaison avec Mélanie pour nourrir le dossier de divorce en informations extorquées et donc fiables puisque prises à son insu et contre son gré. En entendant son avocat les soupçonner d’avoir eux-mêmes une liaison, ils sont persuadés que Fred a dû les faire prendre aussi en filature, alors qu’il n’en est rien. 
 
2- Le leurre de l’information donnée déguisée en information extorquée
 
Viviane modifie donc sa stratégie puisque les informations extorquées sur la liaison de son ex sont neutralisées par celle que Fred a dû obtenir sur la sienne. Elle use alors du leurre de l’information donnée déguisée en information extorquée pour accuser son ex de coups et blessures.
 
Prétextant vouloir faire la paix, elle attire Fred chez elle, mais c’est pour se donner en spectacle à la fenêtre ouverte et prendre les passants dans la rue à témoins de prétendus coups de sa part. L’affaire se complique, car, le talon de son escarpin brisé, elle glisse toute seule et passe par la fenêtre. Heureusement, plus de peur que de mal ! Sa chute est amortie par le store du fleuriste d’en dessous et elle s’en tire avec une simple minerve autour du cou.
 
Mais Fred est évidemment accusé de tentative d’assassinat et arrêté : le détective habituel, posté comme il se doit au bon endroit, a pris les photos de la mise en scène qui ont été transmises à la police et attribuées… à un touriste de passage.
 
Cette information donnée, qui, pour être filtrée par l’autocensure de l’émetteur, on le sait, n’est pas fiable, a ici pour la police toutes les apparences de l’information extorquée qui, elle est plus fiable puisqu’elle échappe à cette autocensure : la mise en scène de Viviane pour accuser faussement Fred de coups et blessures devient crédible au vu de photos qu’un inconnu a prises par hasard, alors qu’elles l’ont été par son détective. Mais la police ne le sait pas.
 
Un second leurre provient des deux procédés structurels de l’image : la mise hors-contexte et la métonymie. Un instantané montrant Fred empoignant Viviane reste d’une parfaite ambiguïté : la retenait-il alors ou la poussait-il dans le vide ?
 
3- Le chantage
 
Que reste-il à Fred qui a toutes les apparences contre lui ? Tenter de neutraliser l’attaque de Viviane. Le hasard fait bien les choses. Après avoir été pris en otage avec son avocat par un malfrat et avoir réussi à lui fausser compagnie, il pénètre dans l’appartement de son ex pour tenter de découvrir d’autres photos qui le disculperaient. Il tombe par chance sur une série d‘entre elles que Viviane s’est gardée de donner à la police parce qu’elles montrent que Fred tentait manifestement de la retenir avant qu’elle ne bascule par la fenêtre.
 
Il n’a alors d’autre choix que d’exercer sur elle un chantage : ou elle retire sa plainte ou il transmet à la police les photos qu’il a trouvées et qui peuvent nourrir un dossier d’accusation de fabrication de fausses preuves et de dénonciation calomnieuse. Viviane n’a pas le choix et Fred revient de loin.
 
Une procédure de divorce peut ainsi conduire des conjoints à jouer de tous les leurres possibles. La filature permet d’obtenir des informations extorquées accusatrices et fiables et de nourrir des officines de détectives. Mais une mise en scène avec le leurre de l’information donnée déguisée en information extorquée est redoutable. Il ne reste à sa victime qu’à se donner les moyens d’exercer un chantage, comme le fait Fred. Mais l’heureux hasard qui lui fait mettre la main sur la série de photos de la comédie jouée par Viviaine à la fenêtre, montre à lui seul qu’il est difficile dans la vie courante de contrer un tel leurre puisqu’on a toutes les apparences contre soi. Paul Villach
 
(1) Le Monde, « Mon mari allait chercher des espèces en Suisse pour les remettre à Nicolas Bazire », 24.09.2011
 
(2) Paul Villach, « À ne pas rater, « Le Client », une comédie d’Arnauld Mercadier sur TF1, le 26 septembre ! », AgoraVox, 21 septembre 2011



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