lundi 13 juillet - par Dr. salem alketbi

La portée du pouvoir égyptien au cours des crises

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Dernièrement, j’ai suivi quelques rebondissements relatifs à la position égyptienne dans la crise du barrage de la Renaissance éthiopien. En raison de l’intervention militaire directe en Libye, dont les objectifs malveillants sont de faire pression stratégiquement sur l‘Égypte et de la déstabiliser par l’intermédiaire d‘éléments terroristes soutenus, armés et financés par la Turquie et d’autres parties telles que le régime qatari, l‘État égyptien voit sa sécurité sérieusement menacée à ses 1 200 km de frontières occidentales.

Dès lors, des observateurs et des analystes se sont rués à affirmer ou infirmer la capacité de nos frères égyptiens à entrer dans un conflit militaire lié à une affaire qui touche la vie d’un peu moins de 100 millions de leurs concitoyens. Ce débat sur le pouvoir de l‘Égypte de régler cette crise existentielle, qui coïncide avec une épidémie de coronavirus qui a épuisé les économies mondiales, ne fait pas seulement l’objet d’une attention politique et médiatique. Les médias sociaux en sont aussi le théâtre, où l’on trouve tout un tas de provocations, d’exagérations et de manquements aux valeurs nationales et aux bonnes mœurs.

Dans mon article, je me consacre à examiner la portée du pouvoir égyptien dans la gestion de ces crises, de mon point de vue d’expert politique. En effet, je pense que l‘État égyptien gère la question de la crise du barrage de la Renaissance avec beaucoup de compétence et de justesse.

L‘Égypte a accumulé une riche expertise à travers l’histoire. Les acquis historiques lui apporte une bonne connaissance stratégique qui l’empêchent de se laisser entraîner par le hasard ou l‘émotion. La différence entre faire la guerre et la paix lui est bien connue.

Donc, les Égyptiens ne tâtonnent pas dans cette crise comme le croient certains. Ils sont plutôt guidés par une vision politique et stratégique consciente de tous les paramètres de la crise et de ce qui se passe en coulisses. Ils agissent en toute conscience et confiance, dans le respect des principes du droit international et de la Charte des Nations unies. Ils considèrent les différents scénarios et possibilités sur base d’une évaluation du contexte stratégique et des dynamiques du conflit.

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Ce qui m’importe à cet égard, ce n’est pas la prochaine étape pour les Égyptiens. Ils savent ce qu’ils font. On fait confiance à ce que les sages dirigeants de l‘Égypte puissent prendre une décision qui corresponde aux intérêts et aux ressources inaliénables du peuple égyptien. Mais je suis surtout intéressé par les critères qui sont à la base des discussions entre experts et analystes.

Je relève ici en particulier que les rapports de force stratégiques et militaires impliquent l’armée égyptienne ne sont pas le seul facteur déterminant dans la décision de faire la guerre. Les écarts quantitatifs et qualitatifs sont bien visibles. Cependant, la puissance n’est pas raison suffisante pour fonder une décision de guerre.

Comme le disait Son Excellence le Président Abdel Fattah el-Sisi, le pouvoir de l‘Égypte est rationnel. L‘Égypte ne peut pas être entraînée à un moment qui ne lui convient pas dans une guerre qui ne lui sert pas les intérêts. L‘Égypte est depuis longtemps consciente qu’elle ne peut pas s’engager dans une guerre qui n’aboutira pas plus qu‘à des efforts de négociation et de pacification.

Avoir la supériorité militaire ne signifie pas, par extension, qu’on doit faire la guerre. Les guerres, les chefs militaires et les politiciens professionnels le savent, sont loin d‘être un jeu d’enfant.

Si la supériorité était le facteur déterminant, le président américain Donald Trump aurait bombardé les mollahs iraniens lorsqu’ils ont abattu le drone MQ-4C Triton au-dessus du détroit d‘Ormuz l’année dernière, puisque l’armée américaine hautement équipée a reconnu que le drone était «  indûment  » chuté, ce que le président Trump a appelé une «  grosse erreur.  »

Et puis, le président Poutine aurait ordonné une réponse militaire à la Turquie lorsque celle-ci a délibérément abattu l’avion de chasse russe Sukhoi Su-24 à la frontière syrienne, bien qu’il ait reconnu qu’il s’agissait d’un «  coup de poignard dans le dos  » et que l’incident aurait de graves conséquences sur les relations russo-turques. Poutine est déjà connu pour sa sensibilité à tout ce qui touche au prestige de l‘État russe et pour son attachement à restaurer son influence et son statut international.

Souvent, les droits ne sont pas pris par la force, mais tirés politiquement par des moyens négociés, non loin des indicateurs de pouvoir et des calculs que chaque partie prend bien en compte.

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La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, comme l’a dit Carl von Clausewitz dans «  De la guerre.  » De plus, les guerres, de 1e comme de 4e génération, ne se limitent pas au seul affrontement militaire.

C’est ainsi qu’on peut comprendre les circonstances de cette crise si complexe. Avant tout, l‘Égypte n’est pas un État sectaire, revanchard ou démagogique, mais une grande puissance régionale responsable du maintien de la sécurité et de la stabilité, et un État fondateur de l‘ONU. Ce statut implique de nombreuses responsabilités et obligations internationales.

Voilà pourquoi elle tient à bâtir sa cause et à emprunter la voie de la légitimité internationale jusqu’au bout. Son recours au CSNU dans ce contexte était une démarche judicieuse qui lui permettait de légitimer ses décisions et ses politiques pour gérer cette crise délicate.

«  L‘Égypte est un don du Nil,  » disait l’historien grec Hérodote il y a deux millénaires et demi. Son existence dépend de ce grand fleuve, qui compte pour 95% des ressources en eau douce de son peuple. De ce fait, la crise crée une pression stratégique énorme sur les dirigeants égyptiens.

Ce sont des pressions dont nous espérons que tous les acteurs internationaux seront conscients afin de travailler et d’intensifier les efforts pour trouver une issue juste qui tienne compte des intérêts de toutes les parties à cette crise.

On espère aussi que la partie éthiopienne comprendra ces réalités et appréciera le souci de l‘Égypte de privilégier la voie du dialogue et de la négociation, soit directement, soit par le biais d’une médiation internationale, et d‘éviter autant que possible le cauchemar de l’escalade.

En résumé, le langage de la raison et de la sagesse doit impérativement prévaloir et la crise ne doit pas être instrumentalisée dans les conflits politiques internes. L’avenir des trois peuples ne permet pas d’erreurs de calcul.



4 réactions


  • popov 14 juillet 05:08

    Un bon article sur les problèmes de partage des eaux du Nil et qui tient comptes des intérêts de tous les pays nilotiques et pas seulement arabes.


  • caillou14 rita 14 juillet 09:59

    L’Egypte et ses frères musulmans au pouvoir pour faire régner la loi de mahomet trou du cul notoire et gigolo !


  • Jonas 15 juillet 10:08

    J’aimerai , que l’auteur de l’article , qui a pris une position en faveur de l’Egypte , ce que je peux comprendre , m’explique en tant qu’expert , pourquoi l’Egypte s’octroie l’essentiel du débit du Nil avec le Soudan au détriment des autres pays , comme la Tanzanie Ouganda, Kenya, RDC, Rwanda , Burundi etc. ?

    L’Egypte et le Soudan tiennent leur légitime sur le Nil par des accords à l’époque coloniale avec le traité de 1929 entre l’Egypte et la Grande Bretagne , puis revu en 1959. Celui-ci accorde un quota de 55,5 milliards de m3 a l’Egypte et de 18,5 millards de m3 au Soudan soit 87 % du débit du fleuve calculé à la hauteur d’Assouan. Les autres pays dont l’Ethiopie avec une population plus importante que celle de l’Egypte se partageront 13% du débit du fleuve. 

    Merci pour votre réponse. 


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