jeudi 10 février 2011 - par Paul Villach

La stratégie de M. Strauss-Kahn écartelé entre le beurre et l’argent du beurre

Le directeur du FMI, M. Strauss-Kahn, est au supplice. Il veut le beurre et l’argent du beurre, et craint de perdre la proie pour l’ombre. À la tête d’une organisation internationale de premier plan qui le paie grassement et lui donne rang de chef d’État dans les sommets internationaux, il voudrait pouvoir jouir des avantages du poste le plus longtemps possible tout en préservant ses chances de succès à la primaire socialiste qui choisira à l’automne le candidat du parti.

Les deux contraintes d’un directeur du FMI, candidat à la primaire PS
 
L’ennui, c’est que son poste de directeur du FMI lui prescrit un devoir de réserve qui lui interdit de se déclarer aujourd’hui candidat tandis qu’il voit ses rivaux socialistes monter dans les sondages et que lui commence à décliner. Se taire, c’est prendre le risque d’être peu à peu marginalisé et compromettre ses chances d’être choisi comme candidat. Mais parler, c’est s’exposer à devoir quitter prématurément la vie fastueuse du FMI. M. Strauss-Kahn a donc mis au point une stratégie d’information pour tenter de concilier les deux contraintes qui l’écartèlent : ne pas pouvoir annoncer sa candidature et devoir le faire.
 
1- Le choix d’un porte-parole crédible : son épouse
 
Il lui a fallu d’abord choisir un porte-parole qui ne puisse être identifié à une équipe de campagne mais dont la crédibilité soit entière. Un membre de son équipe parlant en son nom équivaudrait à une déclaration de sa part qui contrarierait l’exercice de ses fonctions de directeur du FMI. Un simple sympathisant, au contraire, ne jouirait pas du crédit nécessaire pour transmettre ses messages à sa place.
 
Son épouse, l’ancienne journaliste Anne Sinclair, est apparue comme le vecteur idéal. Sa proximité avec son mari et sa personnalité qui la distingue de lui, permettent de livrer des informations jugées fiables tout en laissant peser l’incertitude découlant de la distinction entre deux personnalités, fussent-t-elles mari et femme.
 
2- Le choix d’entretenir une ambiguïté volontaire
 
Une ambiguïté volontaire est ainsi entretenue grâce à laquelle les propos tenus par Madame peuvent être attribués à Monsieur sans qu’on puisse douter que Monsieur ne les ait pas préalablement approuvés puisqu’ils le concernent, mais tout en empêchant qu’on puisse les lui attribuer formellement. Le doute sur la candidature de Monsieur subsiste donc mais réactivé chaque fois que Madame s’exprime, par ce qui dans ses propos peut être perçu comme un pas en avant vers une candidature probable sans toutefois être certaine. 
 
1- Première étape : interview sur Canal +
 
Une première étape a été franchie le 10 novembre 2010 lors de son interview sur Canal +. Madame a rappelé que son mari était de Gauche. On pouvait, en effet, en douter. Mais non ! Son poste de directeur du FMI, cette institution qui abat une main de fer libéraliste sur les pays en détresse financière, n’avait nullement modifié ses convictions politiques, contrairement à Mme Bruni-Sarkozy qui, sans surprise, vient d’avouer avoir changé de camp. Madame Straus-Kahn a même joué l’indignée en injuriant ses détracteurs : « Faut vraiment être tordu, s’est-elle écriée, pour se dire que Dominique n’est pas de Gauche !  » (1).
 
Elle n’a pas pris de risques : la définition d’un homme de Gauche est suffisamment vague pour pouvoir se limiter à une protestation orale véhémente. Le message, en tout cas, était clair : breveté homme de Gauche , Monsieur avait toujours vocation à concourir aux primaires de son parti d’origine. 
 
2- Deuxième étape : interview à l'hebdomadaire Le Point
 
L’interview de Madame dans Le Point de ce 10 février 2011 est la seconde étape. Elle confie ses propres souhaits pour l’avenir. « J'ai lu dans plusieurs journaux français, annonce-t-elle, que la réélection de Dominique serait assurée à la tête du FMI. Pour ce qui me concerne, je ne souhaite pas qu'il fasse un second mandat. » Ce n’est certes que le vœu de Madame et non celui de Monsieur qui peut être différent. Mais peut-on imaginer qu’elle puisse penser ainsi à voix haute sur l’avenir de son mari sans son accord ? 
 
Serait-ce qu’elle craigne, diront les mauvaises langues, que le FMI mette son couple en péril ? On se souvient, en effet, du harcèlement sexuel dont son mari se serait rendu coupable envers une employée hongroise du FMI, Mme Piroska Nagy : celle-ci s’en est plainte dans une lettre adressée, le 20 octobre 2008, aux enquêteurs chargéspar le FMI d’éclaircir l’affaire  : « M. Strauss-Kahn, écrivait-elle, a abusé de sa position pour entrer en relation avec moi (…) Je n’étais pas préparée aux avances du directeur général du FMI. [...] J’avais le sentiment que j’étais perdante si j’acceptais, et perdante si je refusais. (…) Je crains que cet homme [DSK] n’ait un problème qui, peut-être, le rend peu apte à diriger une organisation où travailleraient des femmes. » (2) 
 
On se doute bien que ce n’est pas ce type d’aventure si répandu dans son élégant microcosme qui arrête Madame : cette épreuve du cocuage est même la preuve de son appartenance formelle à ce milieu. On l’a vu se marrer comme une baleine avec son mari en couverture de VSD pour annoncer urbi et orbi que leur couple se portait au mieux après cet incident (3).
 
3- Vers une troisième étape avant la date de candidature aux primaires ?
 
En revanche, ce second petit pas s’inscrit dans la continuité du premier : Madame affiche sa préférence pour un non-renouvellement de mandat au FMI. Si Monsieur ne se prononce pas encore, du moins l’hypothèse de son départ du FMI est-elle désormais ouverte : le débat instauré dans le couple, il n’est pas impossible que Monsieur écoute Madame. L’ambiguïté volontaire est ainsi réactivée.
 
Il faut donc s’attendre à une troisième étape où l’on apprendra peut-être par litote que Monsieur n’est pas insensible aux arguments de Madame, qu’il pourrait même s’y rendre et que Madame ne désespère pas de le convaincre. Ce pourrait être en avril, à deux mois de la date limite du dépôt des candidatures fixée entre le 28 juin et le 13 juillet 2011.
 
Ce plan-médias ne vaut, cependant, que si Monsieur conserve son avance dans les sondages qui dépend, elle-même, de la croyance à sa candidature chez les sondés. Une dégringolade trop sévère, couplée symétriquement à une envolée de l’un de ses rivaux, le contraindrait à renoncer à concourir. Mais, dans ce cas, l’ambiguïté volontaire entretenue jusqu’ici le dispenserait de se dédire puisqu’il ne sera jamais dit candidat. Le souhait de Madame n’engageait qu’elle-même. Et on gage qu’alors toute heureuse qu’il n’ait pas lâché la proie pour l’ombre, elle caresserait l’espoir de voir Monsieur briguer un nouveau mandat doré au FMI où il fait si bon vivre. C’est tout le bien qu’on lui souhaite. Paul Villach
 
(1) Paul Villach, « DSK, une candidature dangereuse ?  », AgoraVox, 3 décembre 2010.
(2) Marcelo Wesfreid, « Affaire DSK : la lettre qui accuse », L’Express, 17.02.2009.
(3) Paul Villach, « Une couverture digne de VSD : le fou rire indigne des époux Strauss-Kahn-Sinclair », AgoraVox, 27 octobre 2008.


21 réactions


  • Yohan Yohan 10 février 2011 12:31

    Joli coup de Sarko qui a su neutraliser son principal adversaire. DSK est pris dans la nasse. Quel intérêt pour lui à récupérer un gros sac d’embrouille présidentiel, alors qu’il gagne très bien sa vie au FMI et que son pouvoir autant que sa notoriété urbi et orbi lui lui sont garantis à son poste actuel.
    Monsieur DSK est de gauche dixit sa femme, ouaip, de gauche caviar, ça c’est plus sûr


    • Fergus Fergus 10 février 2011 13:57

      Salut, Yohan.

      Patron du FMI, c’est de la gnognotte comparé à la présidence française. 10 ans après, seuls les cercles financiers se souviennent encore du nom du patron du FMI (il n’est d’ailleurs même pas connu actuellement du grand public Américain !) alors qu’un président de la République française a son nom gravé dans l’Histoire et les livres en parleront encore des siècles plus tard, aussi mauvais eût-il été.

      Personnellement, je suis persuadé que DSK a pris sa décision d’y aller, et s’il retarde l’officialisation de sa candidature, c’est moins pour protéger son poste au FMI que par souci de ne pas entrer trop tôt dans l’arène, au risque de brûler des cartouches prématurément.


  • Le Gros Caillou Le Gros Caillou 10 février 2011 12:40

    Bonne Analyse Paul !

    On adore la phrase de Madame :
    « Faut vraiment être tordu, s’est-elle écriée, pour se dire que Dominique n’est pas de Gauche !  »

    Relève de la méthode Couet ou de l’aveuglement d’une épouse ?

    Moi je suis vraiment tordu, vrillé de chez vrillé...


  • pens4sy pensesy 10 février 2011 12:40

    on peut même ajouter  : « et le cul de la crémière »...
    La manœuvre est grossière. DSK tâte le terrain, il ne veut pas perdre, il lance des sondes.
    Ils sont minables les deux....


    • 2102kcnarF 10 février 2011 15:23

      « .... DSK tâte le terrain, il lance des sondes ... »

      J’ai peur tout à coup en vous lisant, pensesy, que le beurre il nous le réserve  smiley


  • Fergus Fergus 10 février 2011 13:51

    Bonjour, Paul.

    Une fois de plus, on est dans les petites manoeuvres. Mais je dois reconnaître que sur ce coup-là, DSK a finement joué en gardant la main sans courir le risque d’être débarqué du FMI. Et sans doute l’a-t-il fait non seulement pour éviter que sa cote ne chute dans les sondages, mais aussi pour neutraliser une annonce de candidature anticipée de... Martine Aubry qui aurait probablement plombé ses chances. En envoyant le missile Anne Sinclair, il coupe pour un temps l’herbe sous le pied de la Première secrétaire du PS.


  • LE CHAT LE CHAT 10 février 2011 14:49

    votez DSK , et vous en faudra du beurre pour votre raie !  smiley


    • Marianne Marianne 10 février 2011 16:26

      Dans le même genre d’humour, vous pourriez dire que le titre vous fait penser au fil « un tango à Paris » !


  • LE CHAT LE CHAT 10 février 2011 15:00

    Le Mandat de Van Rompuy expire en 2012 , voilà une autre sinécure possible pour un tel membre du Gotha !  smiley


  • ali8 10 février 2011 15:17

    DSK est un des chiens de Sarko

    les chiens ne sont pas socialistes, ils ne partagent pas leur os

    donc, pas de chien à la présidence, les chiens sont haram smiley


  • mélodie 10 février 2011 17:02

    bien vu, je pensais que la comm « en attendant Godot » était une bonne manip mais il y a pire : il tâte le terrain.
    c’est un pas de deux avec Sarko.
    « Je vais voir ce que tu vaux dans l’opinion et si cela dérape je reprends le manche et tu restes au FMI ; Dans le cas contraire tu me files le FMI »

    A moins qu’il y ait une 3ème voie mais là je suis à bout d’imagination smiley


  • Furax Furax 10 février 2011 18:08

    DSK est la candidat du CAC 40 (Sarko a beaucoup déçu le Fouquet’s), des grandes banques, des EU, et d’Israël. Si, avec ça les socialistes ne votent pas pour lui...
    Quant aux culs DES fermières...Sarko nous fera l’effet d’un gentlemen si ce « chimpanzé en rut » (comme l’a qualifié une jeunette qu’il avait sérieusement malmenée) sévissait à l’Elysée


  • pastori 10 février 2011 18:08

    il y a 6 mois un sondage a donné DSK gagnant par 70% devant sarkosy. malheur !


    mobilisation de tous les « conseillers » énarques des ministères qui ont planché pour trouver la parade. oh pas bien difficile ! s’ils nous avaient demandé on leur aurait soufflé qu’il suffit d’utiliser le réseau médiats « ami » et diaboliser DSK.

    c’est donc le déchaînement, toutes les concierges de la presse et du net sont allés voir leurs voisine : « Mme michu, vous ne savez pas ? un juif, un riche, le diable, veut être président ! horreur malheur » ! 

    et c’est comme ça qu’un homme qui n’a pas dit un mot depui, qui n’est pas candidat à ce jour, met en transe les opposants, mais aussi beaucoup de sympathisants de gauche qui répètent comme des perroquets : si c’est lui, je ne vote pas ! 

    tous sont tombés dans le panneau tendu par l’élysée et ses conseillers !

    -le candidat de la gauche sera choisi par la gauche et non par le ps.
    -DSK rien ne dit qu’il sera candidat
    -DSK est entrainneur du réal de Madrid. prendre la direction d’un club de CFA qu’est la présidence Française, très peu pour lui. il a tout sans se fatiguer, pourquoi voudrait -il se mettre à dos une telle fonction.

    il serait temps de réagir et de contourner l’enfumage de l’ump et parler de l’essentiel§
    tiens, demandons à sarkosy quel sera son programme pour 2012 personne n’en a jamais entendu parler !

    et pour cause, il n’en a pas mais nous jette des leurres pour qu’on parle d’autre chose.





    • non666 non666 10 février 2011 18:35

      Pastori.
      Nous esperons de tout coeur que DSk sera le candidat du PS....

      Croyez moi ou pas, c’est mon voeux le plus cher.

      Quand a croire que les sondages trafiqués lui donnaient 70% de chance contre Sarkozy, il faudrait pour cela que les deux la soient encore au second tour..

      Mais franchement, c’est le moment que j’attends.
      DSK candidat du PS , Sarkozy candidat de l’UMP....ce serait du pur bonheur.
      A part pour la LDJ et le betar qui serait déchirés, evidemment...


  • Emmanuel Aguéra LeManu 10 février 2011 18:25

    « le beurre et l’argent du beurre... »
    Expression d’entrepreneur véreux accusant son client tout aussi véreux de mal le payer... C’est le summum de l’insulte autorisée dans les CCTP... Ca doit pas mal plaire à Sarkozy, aussi, c’est libéral à souhait tout en sonnant « terroir ». Le professeur m’étonne sur ce coup. A moins qu’il ne s’agisse d’une démocratisation savante de la langue... qui ne m’a pas l’air particulièrement métallique en l’occurence, je dois dire... Quel supplice, par les dieux !


  • Vipère Vipère 10 février 2011 18:26

    Bonjour à tous

    DSK, fin stratège assurerait et ses arrières au F.M.I. sans renoncer, pour autant à de futures ambitions présidentielles ?

    En attendant, à jouer l’arlésienne distante et innaccessible, il lasse ses plus fervents partisants et risque de se faire distancer par François HOLLANDE, plus proche et qui « se prépare » selon ses propres aveux.






  • pissefroid pissefroid 10 février 2011 18:42

    Je me demande si DSK ne préfère pas l’argent au pouvoir.


  • pastori 10 février 2011 18:49

    lequel Hollande sera sans doute le prochain bon président, mais pas roitelet, entouré de tout ce que la gauche compte de compétences, d’honnêteté, d’humanisme, et d’une nuée de députés responsables et non godillots qui gouvernerons avec des ministres plus responsables, le tout 


    sous le contrôle vigilant du peuple de France qui n’acceptera plus d’être roulé dans la farine par personne.

    je ne vois aucun autre processus possible.

    • brandon_de_la_discorde brandon 11 février 2011 10:19

      Faut pas trop rêver. Sarko va repasser en 2012, et Fillon en 2017.
      Reste 2022 où là, tout est ouvert.


  • pastori 10 février 2011 19:28

    comment un non-candidat débat par citoyens interposés de sa non candidature pour défendre son non programme ! smiley


  • pseudo 11 février 2011 10:14

    Les Français n’ont rien compris à la crise en voulant le pire des banquiers à la présidence. 

    Avec DSK s’est la fin des valeurs sociales en France, la mise en place de la dictature du nouvel ordre mondial, la destruction total de nos industries, nos services publiques aux profits des banquiers spéculateurs et spoliateurs du bien commun grâce à leur monnaie l’EURO. 

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