vendredi 27 mars - par MithridateVI

Le blues du pangolin et l’esprit critique

Pangolin

nom masculin

  1. Mammifère édenté d'Asie et d'Afrique, au corps couvert d'écailles, qui se roule en boule en cas de danger.

     

Le blues du pangolin et l’esprit critique

 

Depuis plusieurs jours déjà un confinement fait rage, la vie est en suspens, les rues sont désertes, chacun reste cloitré chez lui à attendre des jours meilleurs… L’espoir de retrouver un mode de vie qui faisait notre joie, tout du moins le croyons nous, car les choses ne prennent toute leur valeur que lorsqu’on s’en retrouve privé. La liberté d’agir, de se déplacer, de marcher, de décider ce que nous pouvons faire au moment ou nous le décidons. Pour certains, ce confinement est vécu comme une privation des libertés individuelles, pour d’autres, une aubaine de mettre en exergue des facultés occultées par une vie trépidante, penser, analyser, réfléchir, procéder à une introspection, se retrouver face à soi-même, ne plus avoir d’échappatoire et avoir la contrainte d’être livré à sa seule pensée.

Des inégalités nous distinguent, c’est indéniable, il faut avoir une ouverture nécessaire à l’apprentissage, au changement de ses modes de pensée, j’ai toujours été convaincu que l’ouverture d’esprit n’était pas quelque chose que l’on pouvait enseigner, je pense que c’est inné. L’absence de jugement est aussi une preuve d’ouverture, on la rencontre chez certains autistes, chez des enfants, des personnes qui n’ont pas ou peu d’expérience, pour tous les autres, il est toujours possible de développer son sens critique ; mais comment peut-on bien faire ? La facilité est toujours du même côté et dans le même sens, rester sur ses acquis, prendre les choses pour argent comptant, aller dans le sens de la pente… Alors qui est le plus heureux ? celui qui a la connaissance, celui qui ne l’a pas ou celui qui la refuse quand on la lui donne ?

 

Ouvrir ses yeux

L’information est l’aliment crucial du confiné ; de nombreuses chaines distillent de l’information en continu, toutes les données sont accessibles en temps réel, avec toujours une possibilité de diversifier les sources et les supports.

La presse écrite papier semble à proscrire, tant les informations ont une date de validité courte, une fois entérinées, elles ajoutent une pierre à l’édifice de cette base de données géante, qui tient lieu de récif auquel l’humanité s’accroche.

Alors comment choisir ses sources, ? en fait c’est difficile, il appartient à chacun de déterminer ce qui sera le plus pratique pour lui, survoler une info, n’en prendre que la substance, choisir des articles de fond pour être incollable sur un fait précis, c’est une question de goût, de disponibilité aussi.

Choisir des articles de fond et les lire prend beaucoup de temps, autant que de faire la synthèse de toutes les informations recueillies, la diversification des sources semble être une bonne stratégie, votre esprit de synthèse fera le tri de façon naturelle, que vous soyez seul, à plusieurs dans votre logement, les occasions de débattre avec vos proches ne manqueront pas.

 

Vers une intolérable entropie ?

On peut définir l’entropie comme la destruction par l’excès d’information, trop de données pourraient à terme grever votre analyse, créer un effet entonnoir, un goulot d’étranglement qui ne laisserait passer qu’une partie de ce que vous lisez ou entendez… Il convient d’optimiser ce flux incessant en choisissant avec discernement vos sources, sortir marcher en écoutant la radio sur son smartphone, écouter les flash infos du matin et du soir, lire quelques articles ça et là trouvés sur le web en sélectionnant des sources qui sont des arguments d’autorité... Pas facile n’est-ce pas  ?

 

Quand on a une vie où les priorités sont données au travail, à la famille, aux loisirs de détente, il ne reste que peu de temps pour le reste, tout le monde n’a pas le même parcours, les mêmes envies et le même temps imparti à une activité.

 

Comment trouve-t-on une ataraxie  ?

Les stoïciens définissent l’ataraxie comme absence de trouble, une espèce d’état atteint dans l’harmonie et la modération de l’existence, un principe du bonheur que toute personne est en droit de rechercher, ça passera forcément par une nourriture spirituelle, savoir, s’éduquer, trouver des réponses à ses questions pour finalement obtenir la disparition de ses craintes.

 

Cultiver un esprit critique.

Ne confondons pas ces deux choses : avoir l’esprit critique et avoir l’esprit de critique, dans le premier on a un esprit de déduction de reconstitution de faits que notre intelligence met en rapport, dans le deuxième on est dans la contestation systématique de l’info. Avoir un esprit critique passe par plusieurs étapes :

  • Acquérir de l’information de plusieurs sources
  • Faire des recoupements
  • Savoir démêler des idées et les mettre en ordre
  • Savoir douter, ne pas croire aveuglément sans chercher, étayer, faire la démonstration

 

Le savoir-être inhérent à un esprit critique digne de ce nom inclut deux paramètres incontournables : la curiosité qui permet de s’enrichir en permanence et de comprendre le monde qui nous entoure, rester humble en ayant conscience de ce que l’on sait et de ce que l’on ne sait pas. La connaissance se présente comme un arbre à l’envers, on part d’un tronc et plus on descend, plus nombreuses sont les ramifications : «  plus on en sait et plus on sait qu’on ne sait rien  ».

 

Le pragmatisme comme salut spirituel et ses attentes

Des faits, des faits et des faits sont les trois principales composantes du pragmatique, au sens littéral, celui qui ne s’inspire que du réel, et qui ne fait cas que des méthodes de vérification dans la démonstration. Pour toute nouvelle information il appartient à chacun de la soumettre a une vérification, a une démonstration, à une mise à l’épreuve en essayant de la confronter à d’autres faits, par facilité on pourrait laisser s’installer les informations issues des sources d’autorité comme les chaînes nationales, les journaux officiels, les interventions des politiques…

Dernièrement, les arguments d’autorité ont changé de camps, les professionnels de santé sont largement consultés et font partie des sachants, cependant il arrive aussi que des informations contradictoires se disputent la première place du podium parce que des influences notamment politiques, altèrent la pureté d’une information, la rendent dissonante, c’est là que l’esprit critique entre en jeu, surnager en utilisant le discernement.

 

La fin de l’innocence.

Cette expression vous dit quelque chose n’est-ce pas… Ce n’est pas seulement le pitch d’un film sur la guerre du Vietnam, c’est aussi le slogan utilisé par notre dirigeant pour canaliser la population dans son sens. Croire n’est pas savoir et savoir n’est pas croire, quand on croit, on n’a pas besoin de savoir et quand on sait on n’a plus besoin de croire, voilà le secret de l’indépendance intellectuelle dont jouissent ceux qui savent, qui ont du discernement et qui ne se laissent pas influencer par un discours aux doux accents de propagande.

Tout le monde n’est pas sur un pied d’égalité, tout le monde n’a pas les réponses à toutes les questions, quand on est un enfant, nous n’avons de cesse d’aller chercher des informations en demandant à ses parents de façon systématique, pourquoi le ciel est-il bleu, pourquoi les étoiles ne sont visibles que la nuit, d’où vient le vent, etc.

Les parents sollicités ne sont pas toujours capables de réponde, soit parce qu’ils ne le savent pas, soit parce qu’ils n’ont pas le temps de répondre ou bien encore parce que leurs capacités intellectuelles ne prévoient pas que des réponses soient apportées. Pour ceux qui seront mieux lotis, ceux qui comprennent, qui retiennent, qui déduisent et qui gardent leur sens critique intact, auront maille à partir avec une opposition qui sera l’esprit de critique, ceux qui ne seront jamais d’accord…

L’ouverture d’esprit prévoit de tolérer cette différence, ne pas savoir est un droit, mais en rien une obligation. Il est toujours du rôle de ceux qui savent, d’aller distiller l’information auprès de ceux qui ne savent pas, tout comme il peut être du rôle des forts de protéger les faibles, comme font les parents avec leurs enfants.

 

Nous ne sommes pas dans une impasse, le sens critique permettra à chacun de sortir grandi de la situation dans laquelle nous sommes, le temps de l’introspection est arrivé, que chacun reprenne la main sur son destin en s’épanouissant, à travers ces connaissances qui ne demandent qu’à être moissonnées.

En attendant Godot est une pièce pessimiste, à l’époque où je l’avais lue, je n’avais pas compris, je pensais que Vladimir et Estragon n’avaient qu’un dialogue absurde et que mon pragmatisme tentait en vain de trouver du sens là où il était absent. J’étais dans l’erreur, cette pièce décrit un monde sans espoir, deux hommes qui attendent des évènements, un miracle qui jamais ne vient, car la vie n’est qu’un abîme sans fond aux parois lisses, il n’y a rien à en attendre, et le temps inexorable n’est qu’un décompte vers une mort inéluctable.

Souvenons-nous du bon docteur Bichat, qui a bien su définir la vie comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort.Il y aura bien une aube pour les hommes, elle apparaitra plus vite à ceux qui font preuve de vigilance.



4 réactions


  • pierre 27 mars 11:02

    Clap clap clap, excellent (à mon avis)


  • Esprit Critique 27 mars 20:59

    Parfait et merci de l’avoir rappelé. Je me sent un peu moins marginal avec mon pseudo depuis ... trop longtemps. Je me suis battu pour que le Développement de l’esprit critique soit outre les connaissances, et les outils méthodologiques , un des soucis majeurs du système éducatif. La démocratie n’a de sens que pour des hommes libres, doués de l’esprit critique, et partageant un commun culturel acquit admis et partagé, un sentiment d’appartenance qu’est la nation et son histoire.

    je tenais a le préciser, Dans un pays ou l’on a supprimé les épreuves de culture générale et ou le pseudo chef dit qu’il n’y a pas de culture française, il est vital de le rappeler.


    • MithridateVI MithridateVI 27 mars 21:46

      @Esprit Critique Merci beaucoup pour votre commentaire, je n’aurai de cesse d’abonder dans votre sens, à l’oral comme à l’écrit !


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