vendredi 5 avril - par Le Vautre Oméga

Le bonheur : notre point de mire ?

 

Happiness : ce mot anglais ne vous éclabousse-t-il pas du bonheur jusque sur vos chaussures ? C'est dégoûtant (et à raison d'ailleurs). Ne vous apparaît-il pas de surcroît combien s'equintent à ne rien voir les « heureux » ? Si bien qu'on devrait traiter les « heureux » de la même manière qu'on traite les déprimants (je ne dis pas les dépressifs) : comme victimes d'une félonne inclination. Il ne s'agit pas d'accuser quiconque – l'on fuit évidemment par-devers l'irréalité, rien qu'à établir une critique à l'image de la mienne.

Le bien-être est une plaie qui débouche sur le bien naître. Je m'explique.

Qu'on regarde l'histoire humaine, où la multitude s'esquinte (dit-on cyniquement) à surnager de son bonheur sur cette croûte terrestre, prête à la décomposition. De même que tantôt la tristesse tantôt la déprime sont sujettes à la critique, aussi critique-t-on à juste titre le bonheur. Quand quelqu'un est heureux, on dit « Oui, mais ... ! ».

À Albert Camus d'humoriser au sujet des enfants du Cachemire. 

Au vrai, ces gens-là (contre le bonheur) moralisent de toute évidence. En quoi ils n'ont pas forcément tort, mais qu'ils se motivent d'autorisations douteuses est patent. 

Les cons y'en a partout. 

Donc qu'on se soit servi d'honorables motifs afin de manipuler son monde n'étonne plus que Candide, à tout le moins espère-t-on que son expérience au Pérou l'a aidée – on ne peut pas dire la même chose pour le reste des badauds. 

Or, le bonheur, si l'on parle de sa substance, reste qu'il insatisfait de son déconfort l'assemblée des philosophes, ce pour une raison bien précise : le bonheur s'éjouit de sa naïveté à confronter l'état des choses. Voilà la doctrine de Spinoza. De Camus également, quoiqu'on y sent pointer quelque ressentiment derrière la formule quand il articule sur la matière des « humanitaireries ». Je veux dire que le « vrai bonheur » se séparant d'avec le « faux bonheur » autorise faussement sous couvert des bonnes intentions de tuer les trois pelés et le tondu qui paraissent s'opposer à la réalisation supérieure de notre idéal. 

Par conséquent, le vrai bonheur est accommodé au réel. Mieux encore : il est accommodé au malheur.

La béatitude relève d'un autre domaine.

Qu'on prenne à titre d'exemple les totalitarismes en tout genre (en ferait-on une antienne) et qu'on constate que la confusion du soi privé et de l'image publique confine à la folie des masses, au nom du « bonheur » que tout soit raccord avec l'idée des choses qu'on s'est faite !

Voilà le vrai dégoût du bonheur : la simplification. Soit le totalitarisme du dimanche.

À quel titre l'on se sent obligé de semoncer dans un coup d'éclat la Terre entière, qu'on regarde en arrière ou avant ramène au pire – au pire de l'inconscience !

Non pas que les heureux n'ont jamais fait mouche, quittes à se soustraire de la domination du mal. Je veux dire l'importance du Verbe qui passe bien par quatre chemins, lui, en matière de quaternité si l'on veut. C'est bien par ses contorsions qu'on peut opérer quelque distinction entre le bonheur et la béatitude, précisément sur la fâcheuse tendance au bonheur de ne pas suivre la béatitude. 

À preuve les tenants du bonheur : ne sont-ils pas animés de thèmes qui ressemblent à ceux de la religion ? Ce qui prouve bien un déficit mythologique, mauvaisement armés qu'ils sont de tant d'images perturbées. 

Aussi mon apophtegme liminaire indiquait-il l'importance du rôle de l'eugénisme dans les affaires de bien-être, comme s'il fallait remettre aux mains de l'Autre la férule conduisant notre vie. Il s'agissait bien pour Sparte de faire de l'individu, en effet, le levier d'Archimède au service de la cité-État.

C'est bien à ne pas souffrir de paradoxes que l'évolution rate son chemin, entendu que la liberté permet de faire du bonheur son point de mire qui, comme la tristesse, est en fin de compte un refuge pour filles de l'air. 

Il serait bon de le savoir, enfin, ainsi qu'on croit souvent que c'est l'écologisme la clef de l'évolution, ou bien X ou Y, quand en réalité les hommes ne sont fait ni pour le bonheur ni pour la tristesse, mais pour un vortex bien plus profond et tourbillonnaire sur lequel on a estampillé beaucoup de noms. Je ne peux que scientifiquement en parler ici que sous le terme de « béatitude ». Au fond, ça ne veut rien dire sinon la désignation d'un tel phénomène à la vue de tous, qui n'a peut-être rien de divin ou de surnaturel, mais qui existe et qui semble faire ses preuves.

N'est-ce pas le paradoxe qui accroît notre sensibilité ?



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