lundi 19 décembre 2011 - par Paul Villach

Le clientélisme chiraquien et la démoralisation de la démocratie française

 Il y en a qui ne sont vraiment pas difficiles. Il paraîtrait que la condamnation du président Chirac, dans l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris, pour « abus de confiance  », « détournements de fonds publics  » et « prise illégale d'intérêt  » est le signe de la bonne santé de la démocratie française : preuve serait ainsi apportée que nul n’est au-dessus des lois. Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir !

1- Une justice contrainte malgré elle de prononcer une condamnation symbolique

Aussi corrompue soit-elle aujourd’hui, l’institution judiciaire ne pouvait faire autrement que d’infliger une peine toute symbolique à l’ancien président au regard des délits reprochés.

1- La cohorte de subordonnés condamnés

A-t-on oublié la cohorte de ses collaborateurs qui l’ont précédé dans les prétoires et qui ont été condamnés eux aussi à des peines symboliques, car l’ombre du « commandeur » qu’était le président Chirac, planait au-dessus des débats et ne pouvait être atteinte par la Justice ?

On ne retiendra pour mémoire que son fidèle lieutenant – « le meilleur d’entre nous ! », disait-il de lui et pour cause. Il a été condamné en première instance, le 30 janvier 2004, pour les mêmes griefs par le tribunal correctionnel de Nanterre à dix-huit mois de prison avec sursis et à une peine de dix ans d’inéligibilité : « Alain Juppé, lisait-on dans le jugement, a, alors qu’il était investi d’un mandat électif public, trompé la confiance du peuple souverain ». En appel, le 1er décembre 2004, la cour se montrera d’une magnanimité incroyable, en réduisant sa peine à quatorze mois de prison avec sursis et seulement un an d’inéligibilité, sous prétexte que « ces infractions (avaient été) commises au bénéfice de l’ensemble des membres de son parti, dont il ne (devait) pas être le bouc émissaire.  »

Si les subordonnés avaient ainsi été condamnés, la justice pouvait-elle faire moins avec « le commanditaire » ?

2- L’aveu par le remboursement de la Mairie de Paris

Une autre raison contraignait les juges à la décence dans la clémence. En remboursant à la Mairie de Paris l’argent détourné, le président Chirac avait avoué implicitement ses fautes.

3- Un ultime sursaut pour sauver les apparences contre un Parquet asservi

Certes les juges auraient pu se vautrer dans l’ignominie sur la carpette du parquet… comme le Parquet qui plaidait, sans honte aucune, la relaxe. Si bas soient-ils tombés, et toute honte bue, ils n’en ont pas eu le courage, dans un dernier sursaut « d’honneur » peut-être pour tenter de sauver les apparences auprès des naïfs, car ils sont nombreux !

2- Une institution judiciaire méthodiquement corrompue sous la présidence Chirac

Et pourtant, il y a belle lurette que les apparences ne sont plus sauves. Déjà la présidence Mitterrand les avait ruinées avec, par exemple, « l’affaire des Irlandais de Vincennes » et « celle des écoutes téléphoniques » dont l’issue judiciaire n’est survenue que le 30 septembre 2008, soit respectivement 26 ans et 15 ans après les faits !

Les affaires dans lesquelles l’ancien président Chirac a lui-même été impliqué depuis 20 ans et plus, ont fini par bouleverser l’institution judiciaire française. La volonté d’échapper aux poursuites coûte que coûte l’a, en effet, conduit à user de tous les moyens :

1- Un harcèlement procédural

Ses avocats ont multiplié toutes les roueries juridiques formelles pour retarder le plus possible les procédures.

2- La soumission contrainte des juges

Plus gravement les juges ont été contraints ou de se soumettre ou de se démettre. Cela n’a pas été trop difficile à la majorité d’entre eux dont la culture, selon le procureur de Mongolfier, est celle de « la soumission  » (1).

Quant aux juges indociles, ils n’ont eu d’autre issue que d’abandonner sous diverses pressions. Qu’on se souvienne des juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky, ou encore du juge Halphen décrivant dans un livre ses « Sept ans de solitude », après avoir jeté l’éponge ! (2) 

3- La nomination d’hommes de confiance aux postes-clés

Des hommes et femmes liges ont été nommés aux postes stratégiques de l’institution judiciaire pour contrôler toute procédure susceptible de menacer l’ex-président alors en exercice.

4- Une modification de la constitution à des fins individuelles

La constitution a même été modifiée par les bons soins du Conseil constitutionnel et de la Cour de Cassation pour assurer une immunité totale au président en cours de mandat.

5- Un message de soutien sans faille à l’autorité

Plus généralement, un message a été ainsi envoyé, du haut en bas de l’institution judiciaire, pour vouer à l’échec toute action entreprise contre une autorité. Aujourd’hui, un procès intenté à une autorité a toutes chances d’être perdu. Le Droit est ridiculisé, : jeux de mots, euphémismes et même raisonnements illogiques permettent au juge d’écarter toute qualification du délit et, ce faisant, toute condamnation de l’autorité poursuivie.

Or quand l’institution judiciaire, dernier rempart de la cohésion sociale, ne remplit plus sa mission, c’est le contrat social démocratique qui est menacé.

3- La démoralisation de la vie politique française

Au-delà de l’institution judiciaire qui a été corrompue, c’est la vie politique française qui a été démoralisée par le clientélisme chiraquien, nourri de l’argent prélevé illégalement sur les marchés publics ou les collectivités territoriales. Le débat politique en a été faussé : un parti prédateur jouissait ainsi de moyens considérables pour imposer ses vues par le jeu d’un réseau clientélaire couvrant tout le pays.

Il est évident que si le condamné d’aujourd’hui l’avait été il y a 16 ans pour « abus de confiance », « détournements de fonds publics  » et « prise illégale d'intérêt  », jamais il n’aurait été élu président de la République.

 

Il faut décidément se contenter de peu pour oser prétendre que cette condamnation symbolique d’aujourd’hui est une preuve du bon fonctionnement des institutions démocratiques françaises. De quoi est-elle surtout le symbole ? De l’état déplorable où laissent la démocratie française un ancien patron et son réseau clientélaire prédateur. Il n’y a pas de quoi se réjouir. Tout est par terre et donc à reconstruire. Combien de temps ça prendra ? Nul ne le sait. Paul Villach 

(1) Éric de Montgolfier, « Le devoir de déplaire  », Éditions Michel Lafon, 2006.

(2) Éric Halphen, « Sept Ans de solitude  », éditions Gallimard, coll. « Impacts », Paris, 2002,



17 réactions


  • nonaubeton 19 décembre 2011 15:26

    et le clientelisme socialiste ?
    voici un exemple bien concret


  • nonaubeton 19 décembre 2011 15:32

    et le clientelisme socialiste ?
    Comment sont recrutés les cadres des collectivités locales ? des fonctionnaires recrutés par concours ou des « contractuels » bien payés
    On ne sait comment mais on trouve tous les membres d’ une même famille sans doute très compétente
    Une ville nouvelle en région parisienne : demandez le père, la mère, la fille


  • Dornach Dornach 19 décembre 2011 16:06

    On se moque dEs Français !

    Il n’ a éé condamné qu’ avec sursis !

    Mascarade de justice dans une oligarchie pourrie jusqu’à l’os !


  • PANDORERH 19 décembre 2011 16:38

    L’odieux dans cette affaire c’était surtout la condamnation de Michel ROUSSIN il y a quelques années déjà ....pour le compte de jacques CHIRAC, notamment à la peine « Acessoire » de perte des droits civiques civils et de famille... Cette fois ...il a été RELAXE ! mais c’est incontestablement lui qui a payé le tribut le plus élevé et probablement le plus anormal.
    Alors maintenant ...A quand la condamnation du procureur COURROYE...pour manoeuvres rampantes ? Il faut un équilibre en tout...plus de demi mesure !


  • ddacoudre ddacoudre 19 décembre 2011 17:01

    bonjour villach

     heureusement que parfois je ne partage pas tes analyses. je te met le lien de mon article sur le sujet.http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=106361.

    la vie est faite de relations humaines, le clientélisme n’est condamnable que dans ses misent en œuvre.
    Sur le sujet tous le pratiquent, est j’ai écris heureusement car il suppléait à des carences.
    la sainteté n’existe pas en politique et encore moins dans le commerce.
    trouver les seuils déontologique ou éthique admissible ou répréhensible se mesure à l’échelle des choses, pas à l’esprit de sainteté.
    en droit il n’y a eu aucune faute le droit est pour tous et chacun l’utilise en fonction de sa défense. mais il n’est pas divin et l’on y trouve donc toutes les erreurs ou connivences humaines. pour un droit irréprochable il faut quitter la planète.
    cordialement.


  • cti41 cti41 19 décembre 2011 17:15

    ça devient triste la politique, une vrai quincaillerie, qui n’a pas ses casserolles aux basques ?.
    C’est vrai que c’est pratique les lampistes mais il arrive aussi un moment où la vérité finit par éclater.


  • efarista efarista 19 décembre 2011 17:49

    Voilà l’exemple donné en haut ....droiture et honnêteté !! mouarf !! et il faudrait stigmatiser des fraudeurs au chômage ! Connerie ! Les politicards se gavent et ils savent qu’ils ne risquent rien. Que leurs émoluments soient bien moins indécents et ils ne se bousculeront plus a tous ces postes. Là se fera la différence entre les vrais dévoués au bien du peuple et ces dévoués au remplissage de leurs poches. Du sursit !!!!!! quel foutage de gueule encore une fois ! Je ne m’attendais pas a autre chose. Juppé est déjà revenu à l’abreuvoir ! débectant !


  • lagabe 19 décembre 2011 18:55

    2 remarques sur la politique
    1> une solution intermédiaire, à savoir une zone euro de seulement cinq ou six pays économiquement très proches, avec une harmonisation des conditions fiscales et réglementaires, ainsi qu’un budget fédéral. C’est d’ailleurs ce qui était prévu initialement par le Traité de Maastricht. Cependant, en 1999 et pour des raisons bassement politiques, la France imposa une zone euro élargie, avec toutes les conséquences négatives que nous connaissons aujourd’hui. De quoi rappeler que l’incompétence des dirigeants européens ne date pas d’hier.
    2> le quinquennat
    tout ça , grâce à qui Monsieur Jospin, premier ministre à ce moment la


  • Pyrathome Pyrathome 19 décembre 2011 20:09

    Chirac n’a jamais été ma tasse de thé, toutefois, vous devriez le remercier de s’être opposé à la guerre en Irak, lui avait parfaitement bien compris la « manœuvre immonde » du 11 septembre et l’impérialisme us....
    Et vous qui défendez DSK contre vent et marées, que croyez-vous qu’il eût fait s’il avait été aux commandes à cette époque ? hein ?......il aurait suivi, comme bon sioniste qu’il est .... !!


    • interlibre 20 décembre 2011 15:23

      Effectivement on peux lui reconnaître ça. Je ne pense pas que ce soit le plus malhonnête de tous. Si c’était le cas je pense qu’il n’aurait pas eu de procès.


  • docdory docdory 19 décembre 2011 22:55
    Cher Paul Villach
    A la fin de votre excellente analyse de cette affaire, à laquelle je souscris entièrement, vous vous posez la question suivante « Tout est par terre et donc à reconstruire. Combien de temps ça prendra ? Nul ne le sait. »
    Une chose est certaine , c’est que le salut ne viendra pas de Bertrand Delanoë, successeur actuel de Jacques Chirac à la mairie de Paris.
    En effet, ce dernier n’hésite pas à violer sans vergogne la loi de 1905 pour se livrer à un détournement massif de l’argent des impôts des contribuables parisiens en vue d’édifier un prétendu « institut des cultures de l’islam » ( sic ! ), qui n’est rien d’autre que le presbytère de luxe qui servira d’écrin à une mosquée, au mépris de l’article deux de la loi de 1905 ( « la République ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte » ).
    Il faut savoir que cet ensemble immobilier religieux coûtera la bagatelle de 23 millions d’euros, et que, d’après les estimations policières, l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris a « seulement » coûté 30 millions de francs ( 4,75 millions d’euros ) , soit cinq fois moins que le projet pharaonique ( ou plutôt mahométan ! ) de Bertrand Delanoë.
    Inutile de dire que Chirac, par rapport à Delanoë, fait maintenant figure d’amateur en ce qui concerne les détournements d’argent public. Sur le fond, il n’est pas moins pire de détourner l’argent du contribuable par clientélisme électoral religieux que pour renflouer les caisses d’un parti, d’autant que ce clientélisme électoral religieux viole un des principes constitutionnels les plus fondamentaux ( « La France est une République laïque » article 1 de la Constitution ! )
    Ci-dessous, une vidéo où l’on voit Delanoë se faire prendre la main dans le sac par l’UDCC, une association de contribuables, et comment le cameraman de cette association se fait expulser manu militari d’une réunion publique !
    On attend avec impatience le procès, ou tout au moins la mise en examen, de Delanoë pour ce détournement de fonds publics. Mon petit doigt mon dit que l’on risque d’attendre longtemps, très longtemps ...


  • crazycaze 20 décembre 2011 00:11

    Pauvre chichi... 2 ans... avec sursis... je partage l’immense douleur de sa fille adoptive !! C’est vraiment trop injuste... et pis tant d’années après les faits... vraiment, quel acharnement !! Heureusement qu’en France on a parfois une vraie justice qui permet aux politiques de pouvoir se représenter rapidement après avoir été condamné dans le trucage d’élections !! Dire que d’autres ont failli perdre leur job pour un ticket de caisse donnant droit à un hamburger, ou se sont retrouvés devant les tribunaux pour avoir volé quelques steaks...Nous avons une caste politique qui vaut bien toutes les cours royales, où les sièges se refilent en famille, en dépit de toute considération de compétence... ceci explique sans doute cela. Et c’est vrai que le népotisme et les magouilles sur les marchés publics, ça se passe également dans les petites communes...
    Oui, Chichi aura au moins évité que nous participions à la busherie... mais les raisons ne sont peut-être pas forcément très honorables. 
    Quant aux financements des mosquées... c’est une honte !!!... comme ceux des églises, des synagogues, des écoles privées, ou de toute association religieuse, etc.... Ni plus, ni moins !!


  • Muguet 20 décembre 2011 10:23

    Tous ces politiques professionnels se sont organisés aux petits oignons au fil des années passées : ils font traîner le temps (20ans pour l’affaire Chirac !), ils se paient les plus grands du barreau, ils volent, ils croquent et escroquent, ils mentent et entourloupent, ils refont les lois pour leur petit confort juridique (immunité si commode !).

    Leur préoccupation majeure est de devenir des «  intouchables » après avoir verrouillé tout le système de justice y compris, et ça c’est le comble, le fameux « secret-défense » qu’ils mettent à leur service propre.
    Honte ! nous sommes en République bananière.
    Chirac devrait être au trou, tout anosognosique qu’il est (soi-disant) ! du sursis ! tout un symbole pseudo-démocratique de bonne justice pour fermer la gueule des manants !


  • surfin 20 décembre 2011 15:47

    exemple de justice de classe :

    http://www.20minutes.fr/societe/834358-lozere-ex-prefete-condamnee-six-mois-sursis-vol-detournement-biens

    comme par hasard, l’information a été censurée dans la majorité des media officiels


  • surfin 20 décembre 2011 15:48

    la finalité de la réforme de l’évaluation dans l’Education nationale est que les professeurs soient aussi serviles avec leur hiérarchie que la plupart des juges


  • wilson89 wilson89 20 décembre 2011 17:14

    Et Philippe Courroye, ci-devant Procureur de la République de Nanterre, dans la récente affaire de l’examen illégal des factures détaillées des téléphones mobiles de deux journalistes ? Il est le signe, lui aussi, du bon état de santé de l’appareil judiciaire français ? Je rappelle , au passage , que malgré l’exemplarité absolue dont il devrait être porteur, à ce jour , il n’est nullement démissionnaire ... !??? De qui se moque-t-on ? Et vive « l’indépendance » de notre Justice irréprochable .


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