lundi 7 octobre 2019 - par Martin de Wallon

Le cofondateur du RN Jean-Marie Le Pen condamné en appel pour des propos jugés homophobes

Le jeudi 3 octobre dernier, la cour d’appel de Paris a condamné Jean-Marie Le Pen pour deux injures publiques adressées à la communauté homosexuelle et particulièrement au policier Xavier Jugélé, tué dans l'attentat des Champs-Élysées en 2017.

Un rapprochement entre homosexualité et pédophilie qui passe mal

Un verdict était tombé en première instance le mercredi 28 Novembre à Paris. Jean-Marie Le Pen qui avait été accusé pour des propos homophobes avait été condamné. L’homme de 91 ans, alors hospitalisé ne s’était pas rendu à l’audience et s’était fait représenter par son avocat.

Réputé pour ses prises de positions radicales, Jean-Marie Le Pen est un habitué aux amendes et enchaine les affaires judiciaires à grosses polémiques. Déjà depuis 1987, l’ancien député s’était vu contraint de verser la lourde somme de 1,2 million d’euros à onze associations pour son point de vue scandaleux sur les chambres à gaz pendant la guerre. Loin de se laisser démonter et brandissant sa liberté d’expression, l’ancien leader d’extrême droite a continué d’alimenter les débats sur Pétain, l’immigration et bien d’autres sujets.

De 2016 à 2017, Jean-Marie Le Pen s’étend sur l’homosexualité en multipliant des déclarations jugées scandaleuses. En mars 2016, il fait clairement le rapprochement entre les agressions pédophiles dans l’Eglise et l’homosexualité, au moment où le cardinal Barbarin est sous le feu des projecteurs, accusé pour non dénonciation d’abus sur mineurs sous sa responsabilité. M. Le Pen affirmait clairement dans une vidéo sur son fameux Journal de bord  : « L’abaissement des règles morales est une constante d’une société décadente, et je crois que la pédophilie, qui a trouvé ses lettres de noblesse… interdites, mais tout de même, dans l’exaltation de l’homosexualité, met en cause toutes les professions qui approchent l’enfance et la jeunesse ». Ces propos choquent et sont assimilés par la justice à une exhortation à la mise au ban des homosexuels. 

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Plus tard en décembre 2016 lorsque Le Figaro interroge Jean-Marie Le Pen en direct sur Facebook, à propos de la représentation des homosexuels au sein du RN, l’homme récidive : « les homosexuels, c’est comme le sel dans la soupe  : s’il n’y en a pas assez c’est un peu fade, s’il y en a trop c’est imbuvable ».

Deux jours plus tard, l’association Mousse porte plainte contre Jean-Marie Le Pen pour incitation à la haine à raison de l’orientation sexuelle.

Enfin en avril 2017, toujours dans son journal de bord diffusé sur YouTube, Jean-Marie Le Pen avait réagi aux obsèques du policier Xavier Jugélé tué dans un attentat djihadiste sur les champs Elysées, et précisément à l’intervention de l’époux éploré du défunt : «  Il y avait dans cette cérémonie une équivoque et qu'on rendait plutôt hommage à l'homosexuel qu'au policier (…) Je pense que cette particularité familiale doit être tenue à l’écart de ce genre de cérémonie, qui gagnerait d’ailleurs à plus de discrétion ».

Si cette énième sortie devant une France émue, l’accable devant les tribunaux, elle lui coûte même une désolidarisation au sein de toute la classe politique y compris au sein de son parti.

Condamné en appel

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Ce jeudi dernier, Jean-Marie Le Pen a été condamné à deux peines de 30 jours-amende à 40 euros, soit 2.400 euros d’amende pouvant se transformer en emprisonnement en cas de non-paiement, confirmant le délit d’« injure » dû au rapprochement entre l’homosexualité et la pédophilie ainsi qu’à ses affirmations concernant l’époux endeuillé de Xavier Jugélé. En première instance, il s’était vu infliger une peine moindre, soit 800 euros d’amende pouvant se transformer en emprisonnement en cas de non-paiement. En revanche, il a été relaxé des délits de provocation à la haine et à l’injure. Selon la cour d’appel, citée par Le monde, Jean-Marie Le Pen dans ses propos sur le Figaro « n’avait pas excédé les limites du droit à l’humour ».

Pour l’association Mousse à qui le cofondateur du RN devra payer 2.000 euros de dommages et intérêts et 2.000 euros au titre des frais de justice, c’est une autre victoire dans la lutte pour les discriminations homophobes et sexistes. « Ces indemnités permettront de faire un don à l’association Ardhis, qui soutient les réfugiés LGBT. Merci M. Le Pen », a déclaré l’association dans un communiqué rapporté par Le parisien.

Du coté Le Pen, c’est aussi une victoire pour la « liberté d’expression » selon Frédéric Joachim, avocat de la défense. Le conseil s’est dit « heureux de constater que sur les six poursuites intentées, Jean-Marie Le Pen a été relaxé pour quatre d’entre elles ».



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