mercredi 21 avril - par Hamid Enayat

La controverse de l’accord de 25 ans entre la Chine et l’Iran

Le 27 mars, les ministres iranien et chinois des Affaires Étrangères ont finalisé un « accord de coopération stratégique et commerciale sur vingt-cinq ans ». Ce document cadre avec la « politique d’ouverture vers l'Est » prônée par le guide suprême iranien, Ali Khamenei qui a qualifié l’accord de « tout à fait correct et sage ».

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Or, l'accord a fait face à une grande désapprobation sur les médias sociaux en Iran. Il a été comparé à un accord similaire appelé " Traité de Turkmantchaï " entre l’Iran de la dynastie Qajar et l'empire Russe en 1828, par lequel le premier perdit de vastes territoires au profit du second à la fin de la guerre russo-persane de 1826-1828. Le récent accord Iran-Chine est qualifié d'accord qui va à l’encontre des intérêts de l'Iran et des Iraniens et entend vendre aux enchères de pétrole iranien à bon marché.

Les autorités iraniennes et chinoises n'ont pas encore apporté de précision au sujet du contenu du document signé. Mais, les experts affirment qu'il s'agit essentiellement de la même ébauche de 18 pages à laquelle le New York Times a eu accès l'an dernier. En 2019, des extraits de ce document ont été révélés par le site d'informations Economist Petroleum, indiquant notamment les clauses suivants : 

• La Chine investira 460 milliards de dollars dans les industries pétrolière et des transports iraniennes. La Chine récupérera l'argent de son investissement grâce à la vente de brut iranien pendant les cinq premières années.

• La Chine achètera des produits pétroliers iraniens au moins 32 % moins chers que le prix réel.

• Les Chinois peuvent décider avant les autres entreprises de participer ou non à la réalisation des projets pétrochimiques.

• Cinquante mille agents de sécurité chinois seront déployés pour protéger les projets chinois en Iran.

• La Chine a le droit de retarder de deux ans le remboursement de ses dettes en échange de l'achat de produits iraniens.

• Au moins une entreprise russe sera autorisée à participer à la conception du gazoduc Tabriz-Ankara aux côtés de l'opérateur chinois.

• Chaque année, 110 officiers supérieurs des Gardiens de la Révolution iraniens se renderont en Chine et en Russie pour y suivre des formations militaires. En retour, 110 conseillers chinois et russes seront postés en Iran pour former les officiers des Gardiens de la Révolution.

 

L'accord a suscité des réactions hostiles, même dans les cercles proches du régime iranien. Le 29 mars 2021, le journal d'Etat Arman écrivait : « Il est dit que la Chine a un contrat de 25 ans avec l'Iran et qu’elle investira 460 milliards de dollars en Iran. Cela est quelque peu ambigu quant on sait que Pékin retient acuellement l'argent qu'elle nous doit et en rejette la responsabilité sur les sanctions américaines. Comment pouvons-nous faire confiance à ce pays pour investir 460 milliards en Iran ? Outre le pétrole, la question des investissements chinois dans les zones franches de l'Iran est également en cause. On ne sait pas pourquoi nous devrions conséder tant davantages à la Chine ? »

Notons que l’an dernier les échanges commerciaux entre l'Iran et la Chine ont été la plus basse des 16 dernières années. On estime que d'ici la fin de 2021 le volume des échanges entre ls deux pays n’excédera pas 20 milliards de dollars, incluant les ventes de pétrole non déclarées.

Jalal Mirzaei, ancien membre du parlement iranien, a déclaré le 28 mars 2021 à l’hebdomadaire économique Asia : « Si les tensions entre Téhéran et Washington s'apaisent et que nous assistons à la levée de certaines sanctions, la Chine pourra mettre en œuvre les dispositions de l’accord (Iran-Chine) ; mais si la situation se poursuit comme aujourd'hui, Beijing ne fera aucun effort pour mettre en œuvre le document, car il est essentiellement incapable de prendre des mesures opérationnelles en raison des sanctions américaines. À l'heure actuelle, en raison de la politique de pression maximale des États-Unis, plus de 20 milliards de dollars de capitaux iraniens sont bloqués dans les banques chinoises. Beijing ne fait rien, même pour en libérer une petite partie pour l’Iran. Il ne peut pas le faire sans le feu vert de l'Amérique. »

En raison des sanctions américaines, les entreprises chinoises ont même refusé de coopérer avec l'Iran dans le projet gazier Pars Sud et le développement du champ pétrolifère d'Azadegan.

Les objectifs de l'Iran

L’accord pourrait renforcer l'influence de la Chine au Moyen-Orient et saper les efforts des États-Unis pour isoler le régime iranien. Bien que le différend international concernant le programme nucléaire du régime iranien n'a pas encore été résolu, on ignore dans quelle mesure cet accord pourrait être mis en œuvre. Le régime entend en faire un outil de négociation face aux États-Unis dans le cadre de futures négociations pour mettre fin aux sanctions américaines. Cependant, certaines des plus hautes autorités de l'Iran estiment qu’on ne peut pas faire confiance à la Chine et à la Russie, ces deux pays ont jadis voté contre l'Iran lors des négociations nucléaires.

La raison qui a forcé le Guide suprême à signer un accord que beaucoup qualifient de honteux ne peut être uniquement attribué aux sanctions américaines. Le dictateur iranien a fait face à deux soulèvements majeurs en 2017 et 2019. Khamenei a survécu aux soulèvements en massacrant les manifestants et on dénombre 1500 personnes tuées lors de la révolte populaire de 2019. Grâce à la pandémie de COVID-19 et aux décès massifs qui en a résulté, Khamenei a pu retarder un autre mouvement de révolte.

L'économie iranienne étant au bord de l'effondrement, Khamenei doit se plier aux exigences des pays occidentaux, notamment mettre fin à ses interventions régionales et à son programme balistique.

Contrairement à l’époque de la signature de l’accord nucléaire (JCPOA) de 2015, le régime iranien est dans une position beaucoup plus faible en 2021. En signant le récent accord Iran-Chine et en mettant les ressources iraniennes aux enchères, Khamenei veut faire pression sur les États-Unis pour qu'ils reculent et acceptent de revenir aux termes du JCPOA tels que signés en 2015, globalement en faveur de l’Iran.

Dans ce contexte, l’accord Iran-Chine semble plutôt chercher à faire pression dans ce sens. Il serait peu probable que la Chine, qui a des intérêts bien plus important avec les États-Unis, accepte de les compromettre aux profits de ses échanges avec l’Iran.



3 réactions


  • sylvie 21 avril 15:04

    Avec une faute dès le premier mot du titre


  • sylvie 21 avril 16:52

    Amusant, la faute a été corrigée mais dans l’url


  • QAmonBra QAmonBra 22 avril 08:46

    @ l’auteur

    Ne vous inquiétez pas pour les iraniens, 5 siècles avant notre ère, perses et chinois échangeaient des ambassadeurs, leurs souverains se rendaient officiellement visite sous solides escortes et jamais personne, l’occident $ionnard compris, n’a apprit aux vieux singes a copuler !

    Ces 2 là sont des majeurs consentants, connaissant leur kamasutra par cœur, et sont orientalement entrain, c’est à dire tout en finesse, de le mettre bien profond aux U$ionnards et leurs dociles toutous. . .

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    @ Sylvie

    Je ne comprends pas la controverse sur le premier mot du titre, auriez vous espièglement l’intention de « faire tourner en bourricot » l’auteur ?


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