mercredi 13 mars - par alinea

Le couvercle du soleil

 

Peut-être parce que dans cette salle obscure où un peu plus de trois cents personnes respiraient à peine, peut-être parce qu’un écran géant dont je n’ai pas l’habitude envahissait mon espace vital, j’ai cru suffoquer et mourir d’une crise cardiaque.

Ce film n’est qu’une pression exercée sur nous par dirigeants interposés, dirigeants oh combien dépassés, impuissants, merdeux.

L’affolement, l’horreur, beaucoup plus que les violons qui ne sonnent pas au départ des gens ordinaires, à dix, puis vingt puis trente kilomètres de leur habitation, sans qu’ils sachent trop d’ailleurs exactement pourquoi. Ce film n’est pas un film influencé par l’Amérique. Il en est, vous vous en doutez d’autant plus fort.

Anniversaire de Fukushima ; huit ans. Au bout de huit ans, nous sommes revenus de nos peurs et, propagande gouvernementale aidant, beaucoup de Japonais eux-mêmes : contraints parce que n’ayant plus d’aide, les exilés volontaires de l’époque ( ceux qui sont partis de leur propre initiative) ne savent plus où aller ni comment vivre. D’autres sont ramenés : il n’y a plus de danger les gars, ou si peu !

Je vais essayer de ne pas sombrer dans ma colère, sans édulcorer, mais, à distance.

La salle était remplie d’antinucléaires dont certains très pointus ; le collectif CHANG qui nous recevait, la CRIIRAD qui animait le débat, avec des débatteurs en salle très impliqués et savants.

On a été informés du travail de la CRIIRAD sur place, peu après la catastrophe, et du laboratoire qu’ils ont instauré avec matériel et laissé sur place après formation, parce que, au Japon, son équivalent n’existe pas.

 

Il y avait là, dans l’assemblée, tous les quinqua, sexa, septu et octos anti nucs du coin. On s’est dit qu’il n’y avait bien qu’à Bure qu’il y avait des jeunes, des jeunes qui pouvaient y laisser des plumes. La lutte type ZAD a remplacé la lutte manifs du bon vieux temps.

Une synthèse de l’intox des pronucs a été énoncée :

Le nucléaire nuit que si on en a peur ; remède : sourire et avoir confiance.

D’autres, en d’autres temps, voyant que nous n’étions pas tous également touchés, pensèrent que c’était une excellente forme de sélection, à la longue nous arriverons bien à ne garder que les éléments assez solidement rétifs à l’atome.

J’ai émis l’idée, qui apparemment n’avait pas effleuré les gentils eugénistes, qu’après tout, notre espérance de vie s’est beaucoup rallongée ces derniers temps, on peut bien en céder un bout pour tous les bons services que nous procure la fée électrique atomique. Non ?

Mais on ne s’est pas avisé de souligner que cette façon d’agir, d’entuber le citoyen, c’était peut-être pour s’éviter des frais de sécurité, de sûreté, laisser filer la radioactivité, surtout maintenant qu’on utilisera le Mox, avec cette saloperie de plutonium.

Je vous passe des détails insignifiants du style : certains habitants ont été évacués dans des zones plus atteintes que celle dont ils venaient, la radioactivité, comme les dirigeants l'ignoraient, ne se répandant pas également le long d'une courbe équidistante du point d'explosion ; chez nous ça n'arriverait pas, c'est sûr, surtout avec Jupiter au plafond, mais nous on sait qu'il faut nous rendre, dès qu'on apprend la nouvelle, dans la pharmacie la plus proche ( 30KM ?) pour se fournir en iode ; si c'est samedi 23 heures, c'est pas grave, on attend lundi matin. Je vais à la pharmacie tout à l'heure, je leur demanderai quelle est la taille de leur stock d'iode.

Et puis juste aussi, pour le fun, on aprend que les émissaires AREVA se sont carapatés, immédiatement.

Ça donne envie de continuer à vivre dans ce monde, entre les cinglés qui ne doutent de rien et les autres, nombreux, qui s’en foutent. Le fait est que l’instinct de vie a quasiment réussi à faire oublier aux Japonais eux-mêmes, la catastrophe de Fukushima ; oublier, c’est pas le mot je crois, on va dire « occulter ».

Il nous faut occulter tant de choses.

Sinon la CRIIRAD a reçu Kan, le premier ministre de l’époque, pour sa deuxième visite en France ( la première il n’y avait eu que Mélenchon pour s’entretenir avec lui !) ; les officiels, c’est pas leurs oignons. Du reste, la France s’est illustrée, à travers Sarkozy, par une visite à Tokyo, juste après la catastrophe, tendant à minimiser l’affaire, tandis qu’aujourd’hui on y organise les jeux olympiques !!

Ce premier ministre a raconté que sa décision la plus difficile, qui lui a fait perdre le sommeil, et qui l’a sans doute rendu assez antinucléaire pour qu’il passe désormais sa vie sur les routes pour raconter… est d’avoir interdit le retrait des employés de la centrale ; abandonner la centrale, dit-il, c’était laisser le pays tout entier se perdre. Interdire le retrait, c’est sacrifier des vies. ( il semblerait que cela ne fut pas tout à fait le cas , en tout cas pas du même acabit que les liquidateurs de Tchernobyl, le film nous fait retrouver aujourd’hui des employés, fictifs, de la centrale à l’époque)

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/374383-fukushima-que-sont-devenus-les-ouvriers-du-nucleaire.html

https://www.francetvinfo.fr/monde/japon/fukushima/japon-quelle-est-la-situation-a-la-centrale-de-fukushima-sept-ans-apres-le-tsunami_2652842.html

 

Les Japonais ont trente pour cent de leur électricité nucléaire ; je ne suis jamais allée au Japon mais l’image que j’en retiens, ce sont bien les illuminations hallucinantes de leurs villes ! Rien de bien vital, n’est-ce-pas.

Chez nous c’est pareil, il y aurait un semblant de prise de conscience chez les commerçants, dans les communes, on pourrait peut-être recommencer à voir la lune sans habiter le plein cœur du Massif Central !

Le réseau Sortir du Nucléaire a organisé sur tout le territoire des projections de ce film. Vous trouverez ici quelques-uns de ses lieux de diffusion :

https://www.sortirdunucleaire.org/Projections-debats-Fukushima-le-couvercle-du?origine_sujet=LI201902

 

Ça vaut vraiment la peine de se replonger de temps en temps dans le réel, eh oui, parce qu’on y peut quelque chose ; voyez, genre faire la part des choses, la gabegie électrique comme des caprices de nouveaux riches, et soudain, la fin de tout, et rien, rien qui puisse y changer quelque chose jusqu’à la fin des temps au delà du possible de notre imaginaire !

La folie EDF n’est pas une fatalité. La résignation populaire non plus. Être économe, attentif, vigilant, ce n’est pas une punition ! C’est un savoir vivre. La volonté et le combat politiques sont à la portée de tous.




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