mercredi 16 janvier - par Le Vautre Oméga

Le Danger des Idéologies

On pense qu'hésiter est quelquefois une bonne chose. À juste titre. Mais l'époque de l'hésitation peut-elle être révolue au profit d'une nouvelle époque mythologique, qui ne verserait pas pour autant dans le totalitarisme ? En d'autres termes : peut-on créer une société avec une idéologie, sans pour autant que cette idéologie devienne une gangue infernale ? C'est tout le problème contenu en germe dans « l'harmonie universelle », c'est-à-dire la Jérusalem céleste au sein de laquelle politique ne serait plus synonyme de violence. Problème qu'ont entraperçu nombre de théologiens. La solution, s'il y en a une, sera alors éminemment paradoxale. Le Mythe ou le Contremythe, ou une troisième option surnaturelle ?

Je veux pointer ici le problème central de l'humanité contemporaine, à savoir sa promptitude à dénier toute valeur aux déologies systémiques ceci de peur de perdre une certaine fluidité. 

En d'autres termes : les hommes ont peur de « rester figer ». Fair enough

Il y a beaucoup de motivations intérieures les poussant à agir de telle façon. Car rester figer semble aller contre un mouvement du cœur qui pousse toujours en avant, cela étant lié à la peur de commettre des violences de façon inconsciente. Je pense que la peur primordiale aujourd'hui, pour nous qui sommes si subchrétiens (et non postchrétiens), est de commettre de la violence en oubliant que ce contre quoi s'érige la société d'aujourd'hui est la violence. Nous avons peur d'être violents sans le savoir. De sorte qu'on s'agite dans tous les sens, avec le leitmotiv qu'il vaut mieux être « fluide » (je veux dire par là n'adhérer fixement à aucun système) que de retomber dans les mécanismes archaïques de la violence inconsciente, de nouveau inconscientisée malheureusement par ce qui serait – selon le subchrétien lambda – l'entêtement et l'attachement abusif à une idéologie précise.

On sent surtout qu'avec les idéologies, rester attacher à l'une d'entre elles nous remémore aussitôt les lamentables souvenirs des totalitarismes. Que furent les totalitarismes, d'ailleurs, sinon des idéologies auxquelles leurs adhérents restèrent attachés coûte que coûte, alors que toutes les données de la « représentation » (dans la langue de Schopenhauer) montraient le caractère erroné des axiomes accrédités ?

En tous les cas, il s'agit de la violence qu'on ne veut pas commettre par mégarde. 

Les totalitarismes furent une bonne excuse pour oublier la violence. L'attachement à toute doctrine, brandissant la vérité absolue, fut toujours un blanc-seing pour les « oublieurs ». 

Je ne fais que constater un mouvement, une direction. Ça ne prouve rien. Mais je suis certain en revanche que, de toute évidence, l'humanité s'échine à ne plus oublier et à battre sa coulpe. En ce sens je ne verserai pas non plus dans le nietzschéisme, puisque – fair enough disais-je – les terribles raisons sont là pour que nous n'oublions plus – le nietzschéisme lui-même étant, à sa façon, une tentative d'oubli, d'absolution des instincts « oublieurs ». 

La fluidité idéologique caractérisant si bien notre époque s'explique donc ainsi. Quitte à se tromper, l'humanité opte pour le changement incessant (ce qui n'est pas nouveau) à un nouveau degré. 

Or il faut très nécessairement se demander comment l'oubli de la violence procède. En fait, on incrimine le christianisme, quelquefois, d'avoir permis la montée des totalitarismes – puisqu'on raconte de manière bête et naïve que le christianisme fut l'entreprise d'un monumental refoulement des pulsions primaires. Mais c'est oublier que le christianisme tint deux mille ans. Et que, à toute prendre, il produit des sociétés longuement stables... Je dirai au contraire : les Variations spirituelles vont contre notre époque, car elles témoignent avant tout d'une instabilité psychique promouvant l'oubli. Lors même qu'une époque opte durablement pour un système fixe, on ne peut que reconnaître l'adéquation de ce système à la société qui s'y attache. On ne peut en effet parler de « totalitarisme chrétien » pour le Moyen Âge ! De même qu'on ne peut parler de totalitarisme hindou, etc. Le totalitarisme se ressent toujours comme une exception, quelque chose d'humainement dégoûtant et exceptionnel. Mais le christianisme médiéval ne fut ressenti comme tel par personne, sinon par quelques-uns au siècle des Lumières – quoiqu'aucun historien n'avancerait dorénavant une catégorisation de cette espèce. Nous pouvons par conséquent indexer la valeur d'une religion à sa stabilité et à la stabilité qu'elle procura à ses fidèles au cours du temps.

Les Variations spirituelles (= indécision quant aux idéologies), à l'opposé, accusent une insatiabilité de l'animal métaphysique que nous sommes. 

La Multiplicité des choix spirituels, à nous offerte, ne prouvent pas une vitalité psychologique – du moins la prouve-t-elle négativement, dans un mauvais sens. La Multiplicité prouve le dynamisme, si l'on veut, puisqu'elle montre qu'il y a intense recherche dans la pensée. Mais elle le prouve à notre détriment puisqu'elle trahit d'abord que nous n'avons pas de système de pensée solide (et donc réellement efficace, disant la vérité), et qu'ainsi tout ce en quoi nous croyons aujourd'hui est éminemment sujet au doute. Mais aussi parce que, en rapport à notre quête préalable (à savoir : ne pas oublier la violence), la Multiplicité peut aisément servir d'alibi, à rebours de nos bonnes intentions, à l'oubli de la violence. 

La Multiplicité, devant même la Fixité, est infiniment piégeuse : elle laisse entendre que, par notre fluidité, nous avons en permanence conscience de la violence, et que, dans tous les cas, si oubli, la prochaine fois « sera la bonne ». Autrement dit : nous avons conscience de la violence et si nous l'oublions à cause de notre fluidité, la fluidité sera la solution. CQFD. Cercle évidemment vicieux.

En vérité, l'existence de cette Multiplicité est homologable à l'éternelle recherche du Contremythe.

Le principe inhérent de la Multiplicité des choix spirituels, ouvert par la fluidité, permet de casser toute mythologie « dans l’œuf », et de procéder en continu à la déconstruction des mythologèmes. 

Mais on sait où la destruction aboutie : au mythe. Voilà le grand problème. C'est-à-dire : comment concilier la fluidité et le mythe ? Il semblerait que les deux s'excluent mutuellement. Le mythe, par conséquent système, figerait l'humanité et, à l'instar d'un lit de Procuste, forcerait les hommes à agir selon les catégories mentales du mythe. Une aporie...

Une aporie à moins que quelque chose ne vînt autrefois la briser.

C'est de là qu'on distinguera en réalité le Mythe du Mythe contremythe. Il existe trois types d'idéologues : les premiers viendront proclamer la vérité d'un Mythe ; les seconds proclameront qu'il ne faut adhérer à aucun Mythe ; les troisièmes, complètement à part, seront la jonction des deux. Or cette jonction relève de la coïncidence des contraires, et a (par conséquent) une allure divine, surnaturelle.

On peut même dire que les deux premiers types d'hommes sont non seulement des êtres positifs (en ce sens qu'ils apparaissent aléatoirement déclarant/refusant posséder la « Bonne Nouvelle ») mais aussi des êtres négatifs (ils réagissent contre le troisième type d'hommes). Mais pour reconnaître ce fait, il faut reconnaître d'abord l'existence du troisième type – c'est la « rencontre du troisième type » stricto sensu, à savoir l'individu bouleversant l'humanité par son message absolument unique.

La reconnaissance du troisième type – donc de l'homme apportant la « Bonne Nouvelle » – est un fait, qu'on soit chrétien ou non. Le christianisme est le point autour duquel s'articule (souvent inconsciemment) la psychologie contemporaine. La mentalité chrétienne produit les deux premiers types d'homme, variant eux-mêmes sur les deux aspects du christianisme (Dieu-Juge & Dieu-Miséricorde). Le sujet, devant les trois types d'idéologue, a plusieurs choix : soit il adhère au message du troisième type, soit il renonce à adhérer, ceci jusqu'à renoncer à la fluidité. Sa fluidité renonce à la fluidité. Partant, il se métamorphose en un quatrième type d'idéologue cette fois-ci « surchrétien », à l'instar de Cioran, lequel renonça à toute adhésion et, très bouddhistement, préféra mourir plutôt que d'adhérer à ce qu'il considéra comme la supercherie maligne du troisième type (i. e. du chrétien). 

Or est-il seulement possible que d'être autre chose que positif (premier type) ou négatif (deuxième type) devant le message chrétien, à moins d'incorporer le message lui-même (troisième type) ?

Dans l'absolu, on ne peut rien dire, on ne peut que constater.

Ce qui manque au premier et au deuxième type, c'est le Miroir (le don de Dieu). 

Je pense que si nous pouvions parler de don de Dieu en termes philosophiques, il faudrait parler de la donation du Miroir divin (c'est-à-dire Jésus-Christ). Car le Miroir est, au sens strict et au sens large, une réflexion, un retour sur soi. En nous offrant la vision des trois types d'homme, le Miroir nous offre textuellement une concrescence des idiosyncrasies ordinaires grâce auxquelles nous sommes plus que jamais conscients de nous-mêmes.

Peut-être faudrait-il ici de la foi pour comprendre ? 

De la foi, il n'en faut pas en tous cas pour admettre que le premier et le second types refont systématiquement les mêmes erreurs, d'où leur identité profonde. Car les deux types, disions-nous, sont des réactions face au troisième. Non pas que les troisièmes soit chronologiquement le premier à être apparu. Les autres types néanmoins sont liés au troisième. C'est un fait. (Donc Jésus a bel et bien ressuscité dans ce sens, puisque, historiquement ou non, nous sommes tous impactés par sa résurrection comme fait psychologique avéré...)

Aussi le danger de la Variation est-il la mort spirituel et la fin du dynamisme humain auquel nous aspirons tous. 

Le premier et le deuxième types sont en porte-à-faux. 

Je sais quel est le danger des Variations spirituelles, mais ne saurait le résoudre sans l'idée de Grâce. 

Les Variations durent être expérimentées pour être dépassées. L'avant-garde intellectuel, désormais, s'attache à promouvoir la Surhumanité, troisième type universellement répandu. La solution, ça n'est ni le Mythe, ni le Contremythe, mais le Mythe contremythe.



16 réactions


  • Gollum Gollum 17 janvier 14:05

     smiley Heu Quelqu’un a pigé quelque chose et peut me faire un résumé ?


  • Xenozoid Xenozoid 17 janvier 14:07

    Je sais quel est le danger des Variations spirituelles, mais ne saurait le résoudre sans l’idée de Grâce. 

    je résume pour ceux qui ne pige pas


    • Xenozoid Xenozoid 17 janvier 14:10

      @Shaw
      c’est un bon résumé aussi shaw


    • Shaw Shaw 17 janvier 14:26

      @Xenozoid

      Oy Oy Oy le Zombie lexical, tu tiens à rester éternellement en trotinette ?????


    • Shaw Shaw 17 janvier 14:29

      @Xenozoid

      Va fanculo, t’es démasqué si on peut dire ça comme ça, vu que pour tou.te.s, tu n’avais déjà

      aucune substance !

      Wake up !


    • Xenozoid Xenozoid 17 janvier 14:36

      @Shaw

      je préfere elric et son épé,dsl


    • Shaw Shaw 17 janvier 14:37

      @Xenozoid

      On dit quelle est micron, au moins tu la sentiras pas trop passer ! Mais déjà ça ne me regarde plus ! smiley smiley


    • Xenozoid Xenozoid 17 janvier 14:38

      @Shaw

      t’as une petite langue,et une grande gueule....


    • Shaw Shaw 17 janvier 14:39

      @Xenozoid

      Surtout, je tourne aux Winston.

      Il va bien arriver le moment où je pourrais aller me ravitailler en Maya bleues !

      J’ai les réponses, en temps et en heure !


    • Shaw Shaw 17 janvier 14:39

      @Xenozoid

      Profite, profite le zombiE...


    • Xenozoid Xenozoid 17 janvier 14:45

      @Shaw

      une fureur sans but.Un cauchemard sanglant.Des tortures,des mutilations....
      ce n’étaient pas seulement des visions.Des hommes poussaient bel et bien des cris de haine,des épes se levaient.On aurait dit des chiens se disputant une charogne.et tous fêtaient une victoire....


    • Shaw Shaw 17 janvier 14:51

      @Xenozoid

      Je sais, et donc j’éprouve pas car je sais pourquoi, comment, et me dispense ne serait-ce que des visions !

      Je guéris désormais !

      En tout cas c’est toi qui voit, comme d’hab !


    • Xenozoid Xenozoid 17 janvier 14:55

      in rl j’aimerais bien faire un jeu de rôle avec toi


    • Xenozoid Xenozoid 17 janvier 15:13

      @Shaw

      mon role prefere in jdr, le moine guerrier neutral chaotic


  • Gollum Gollum 17 janvier 14:15

    Sinon ce texte se veut une apologie du christianisme. Ben quand je vois dans quel état le christianisme met les neurones de ses adeptes en bouillie on peut se poser des questions...

    Ici entre l’auteur, au discours fumeux, Pascal L qui ne vient ici que pour faire sa propagande, le Jean Keim plus gauchiste que véritablement chrétien et à la pensée confuse, le AW roquet caractériel et autocrate impénitent, plutôt de droite, le Jonas remettant en cause nombre de fondements scientifiques, et j’ai dû en oublier, on peut douter quelque peu de la bonne santé mentale de tous ces gens.

    Sinon oui les idéologies sont toxiques pour la bonne et simple raison que ce sont des pensées totalisantes incapables d’ouverture et qui se veulent explications ultimes du monde. Le christianisme en fit partie. Pendant longtemps. 

    D’où le virage à 180 ° opéré par Vatican 2 daignant reconnaitre de la valeur potentielle dans d’autres religions, celles-ci étant vues jusqu’ici comme filles du diable.

    Le marxisme fut une idéologie. Et le TINA actuel en est une autre.


Réagir