samedi 29 mars 2014 - par PETINOS

Le jour où l’euro(pe) a basculé

Par Charalambos Petinos

« Avec trois décennies de recul, l’assujettissement des économies au pouvoir des banquiers parait limpide. Il procède d’une triple automutilation des Etats. La première intervient à partir des années 1970 lorsque les puissances publiques s’interdisent d’emprunter directement à leur banque centrale ; il leur faudra donc se tourner, à grands frais, vers les marchés. La deuxième découle de l’amputation des recettes fiscales. La troisième dérive de la dérèglementation du commerce de l’argent. Dès lors, les institutions de crédit prennent la barre. Au début des années 1990, les profits des banques américaines dépassent ceux de l’industrie manufacturière. » Si j’ai choisi de commencer cet article sur les dérives du système financier mondial et du système européen en particulier, par cette citation, c’est parce que Pierre Rimpert résume de manière concise et claire la situation de domination du monde par les financiers.

En effet, l’auteur dans un article intitulé « Bâtisseurs de ruines  », article introductif au magazine Manière de voir (Le Monde Diplomatique) No 119, avec le titre La crise bancaire. Le casse du siècle, analyse les politiques qui ont mené le monde entre les mains des banquiers et des financiers.

La banque et la finance sont devenues la pompe qui se nourrit et qui aspire la richesse au profit d’une minorité, bien loin du rôle qu’elles revendiquent d’outil de création de richesse et d’activité.

Et si par hasard un événement vient perturber cette belle machine, les pots cassés sont payés par les utilisateurs ou par les Etats. C’est dans cette optique que nous devons, à mon sens, aborder la question de la crise économique européenne et de ses conséquences.

L’édification de l’Union européenne, lente, laborieuse et imparfaite a été poussive ; l’euro a été adopté sans avoir les outils de contrôle et de gestion adéquats et en très peu de temps cet édifice a failli tomber en ruines. Il ne s’est pas encore tout à fait remis.

 

Chypre, un exemple anodin ?

Abordons cette question en commençant par un pays en crise mais qui ne pose - a priori - pas de problème de survie à la zone euro : Chypre.

Ce choix marque également l’anniversaire du « sauvetage » de l’économie chypriote. En effet, en mars 2013 la troïka (Banque Centrale européenne, Fonds Monétaire International et Commission européenne) imposait à Chypre une décision novatrice : afin de lui prêter une partie de l’argent nécessaire à la recapitalisation de ses banques, le pays devait trouver en ressources propres une autre partie. Le prêt accordé s’élevait à 10 milliards d’euros et les ressources propres devaient atteindre les 5,8 milliards. L’économie chypriote exsangue ne pouvait trouver cette somme ailleurs que chez les créanciers des deux banques chypriotes concernées. Le principe donc d’une participation du secteur privé à la restructuration des banques était acté. Dans un premier temps, l’Europgroupe avait décidé que tous les dépôts dans les banques chypriotes devaient être taxés dès le premier euro. En y regardant de plus près, les technocrates de Bruxelles se sont aperçus que les directives l’interdisaient : les dépôts à hauteur de 100 000 euros étaient garantis. Au final, un taux de 47,5% a été prélevé sur les sommes au-delà des 100 000 euros. L’accord prévoyait en outre, la mise en place d’un dispositif de contrôle des mouvements de capitaux, afin d’éviter tout bank run. Néanmoins, notons, à titre d’exemple, que les dépôts dans les banques chypriotes ont chuté de manière vertigineuse : déjà en septembre 2013 ces dépôts s’élevaient à seulement 47,4 milliards d’euros contre 70 milliards en mars de la même année, donc avant la décision de l’Eurogroupe.

Néanmoins, cette novation ne pouvait exclure un risque de contagion à l'échelle européenne, à cause de la panique bancaire qu’elle pourrait provoquer dans d’autres pays ayant les mêmes difficultés bancaires que Chypre. Les injonctions de l'Eurogroupe soulignant que Chypre resterait un cas isolé n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu.

 

A qui profite le crime ? 

Ces craintes n’ont pas tardé à être vérifiées : le Président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem se rependait dans la presse (Financial Times et à Reuters, dès le lundi 25 mars 2013) de sa fameuse déclaration « Si une banque à risque ne peut pas se recapitaliser elle-même, alors nous discuterons avec les actionnaires et les créanciers obligataires, nous leur demanderons de contribuer et, si nécessaire, aux détenteurs de dépôts non garantis ». Cela faisait de Chypre un laboratoire, une expérience appelée à être suivie d’autres, si nécessaire.

Suite à cette déclaration tout le monde, de la Banque Centrale Européenne, au Fonds Monétaire International, en passant par la Commission européenne, a expliqué qu’il s’agissait d’une méprise et d’une transcription erronée des déclarations du Président de l’Europgroupe. Il est néanmoins inconcevable qu’une personnalité aussi haut placée, entourée d’une nuée de conseillers en tous genres, ait dit, à la presse écrite (par-dessus le marché) une énormité pareille de son propre chef ! A preuve, quelques semaines seulement plus tard, bien qu’ils se soient tous répandus de démentis, l’Eurogroupe adoptait, à la fin juin 2013, la solution chypriote concernant la recapitalisation des banques et l’institutionnalisait.

En outre, toute la psychose créée autour du cas chypriote a transformé cette question, minime par rapport au poids de l’économie chypriote dans la zone euro - elle ne représente que les 0,2% du PIB de cette zone - en problème systémique, menaçant d’effondrement l’ensemble de l’édifice, à savoir l’euro et au-delà l’Union européenne elle-même.

Dès l’annonce de la « solution chypriote », un mouvement formidable de capitaux s’est opéré. Ce mouvement suivait la direction sud-nord, c’est-à-dire que les pays qualifiés de « club-méd » ont expérimenté une fuite massive de capitaux vers des pays réputés plus stables et plus surs au niveau économique, à savoir l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Je pense que nous sommes en droit de poser au moins la question « à qui profite le crime ? » et d’y réfléchir. En tous cas, nombreux sont ceux qui se la sont posée. En tous cas, nous sommes loin de l’Europe sociale, protectrice et humaine (à défaut d’être humaniste).



2 réactions


  • howahkan Hotah 29 mars 2014 10:27

    Ce que n’a pas compris tout pouvoir quelqu’ il soit ( je mets à part une certaine « autorité bienveillante envers les enfants) c’est que la vie ne peut être figée............

    or nous tous essayons de ne faire que cela............ »moi je« essaye de contenir un mouvement qui n’a ni début , ni fin ..............le gag smiley.....Or derriere ces mouvements de société se cache cette tentative, comme le financier-bandit essaye de figer pour lui même son monde idéal....qui est un cauchemar bien sur pour la majorité,qui elle aussi essaye de figer son monde idéal qui serait aussi un autre cauchemar.....et hop catch 22, impasse on tourne en rond ,sens interdit partout ...

    pour nous il y a un seul chemin, on collabore donc on partage..(ceci n’est pas) ou pas (ceci est notre monde de violence criminelle ) , sur les nécessités vitales entre autre...

    Ceci ne peut être que vu par chacun, si vérité il y a dans ces mots, elle ne peut être vérité que si elle est vu par chaque personne, non pas intellectuellement mais en profondeur ....Alors les visions se bousculent comme celle de »voir « que ce sont les truands qui dirigent depuis 5 à 10 000 ans..... »on« les laisse faire, parce que ils ont réussi à faire croire à chacun que seul »lui« est digne d’importance.....ce qui va créer chez les moutons le réflexe de les faire se battre entre eux, pendant que le voleur lui coopère bien sur car il n’y a aucun autre moyen, qui à la base est une personne qui veut tout sans jamais rien faire sauf voler..

    De choix profond il n’y a même pas en fait.....il n’y en a jamais eu...
    En refusant LE chemin, nous sommes coupables de ces sociétés criminelles..car nous sommes tous ces sociétés.....bien sur ceci va être nier, ignoré, refusé etc etc..genre les autres oui mais »moi" , non !!


  • BA 29 mars 2014 15:01

    Grèce : 28 % de chômage.

    Chômage des jeunes : 61,4 %.

     

    Espagne : 25,8 % de chômage.

    Chômage des jeunes : 54,6 %.

     

    Croatie : 18,8 % de chômage.

    Chômage des jeunes : 49,8 %.

     

    Chypre : 16,8 %.

    Chez les jeunes : 40,3 %.

     

    Portugal : 15,3 %.

    Chez les jeunes : 34,7 %.

     

    Slovaquie : 13,6 %.

    Chez les jeunes : 31,3 %.

     

    Bulgarie : 13,1 %.

    Chez les jeunes : 30 %.

     

    Italie : 12,9 %.

    Chez les jeunes : 42,4 %.

     

    Irlande : 11,9 %.

    Chez les jeunes : 26 %.

     

    Vous vous rappelez toutes les belles promesses au moment du référendum sur le traité de Maastricht ?

     

    Vous vous rappelez ce que disaient les hommes politiques et les économistes pour nous inciter à voter « oui » au traité de Maastricht ?

     

    Les économistes qui ont voté « oui » au traité de Maastricht lors du référendum du 20 septembre 1992 sont des aveugles, des menteurs, des charlatans, des escrocs, des crétins, des astrologues (rayer la mention inutile).

     

    - « Si le traité de Maastricht était en application, finalement la Communauté européenne connaîtrait une croissance économique plus forte, donc un emploi amélioré. » (Valéry Giscard d’Estaing, 30 juillet 1992, RTL)

     

    - « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois. » (Michel Sapin, 2 août 1992, Le Journal du Dimanche)

     

    - « Maastricht constitue les trois clefs de l’avenir : la monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité ; la politique étrangère commune, ce sera moins d’impuissance et plus de sécurité ; et la citoyenneté, ce sera moins de bureaucratie et plus de démocratie. » (Michel Rocard, 27 août 1992, Ouest-France)

     

    - « Les droits sociaux resteront les mêmes – on conservera la Sécurité sociale –, l’Europe va tirer le progrès vers le haut. » (Pierre Bérégovoy, 30 août 1992, Antenne 2)

     

    - « Pour la France, l’Union Economique et Monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage. » (Michel Sapin, 11 septembre 1992, France Inter)

     

    - « C’est principalement peut-être sur l’Europe sociale qu’on entend un certain nombre de contrevérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l’Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les plus inquiets sur ces contrevérités. Comment peut-on dire que l’Europe sera moins sociale demain qu’aujourd’hui ? Alors que ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion. » (Martine Aubry, 12 septembre 1992, discours à Béthune)

     

    - « Si aujourd’hui la banque centrale européenne existait, il est clair que les taux d’intérêt seraient moins élevés en Europe et donc que le chômage y serait moins grave. » (Jean Boissonnat, 15 septembre 1992, La Croix)


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