mardi 31 mars 2009 - par JFCAMPION

Le malaise de la recherche et de l’université française, point de vue d’un chercheur qui trouve

Une fois de plus un gouvernement tente de réformer l’Université et se heurte à un mouvement d’opposition plus où moins massif et se trouver obligé de reculer.
Dans le cas le plus récent, le gouvernement tente de réorganiser les activités de la recherche.
 
La recherche en France reste un sujet fortement attaché d’une symbolique historique. Depuis le moyen-âge, la France prétend éclairer l’humanité par l’exemplarité de ses établissements d’enseignements supérieurs et la Sorbonne reste l’icône de ce message.
 
Mais tout cela est-il encore actuellement vrai ? On en doute. 
 
Pour ceux qui fréquentent les universités Françaises c’est plutôt un sentiment de honte qui apparaît. Les établissements sont souvent délabrés, les résidences universitaires font en général rougir de honte. A part les grandes écoles d’ingénieurs et de commerce qui font l’objet d’un traitement de faveur, les moyens que nous consacrons à l’université et l’enseignement supérieur en général sont très faibles et nous devrions avoir honte de traiter ainsi nos enfants.
 
Le gouvernement a commencé un programme important de rénovation de quelques milliards d’euros, mais honnêtement les moyens mis en œuvre ne sont rien en face des enjeux réels. Au lieu d’être la lumière qui montre au monde la voie, la France n’est même pas un cas ordinaire mais est un cas à la limite désespéré.
 
D’ailleurs les étudiants étrangers ne s’y trompent pas, ils viennent étudier en France à cause parfois de la francophonie et souvent à cause des coûts très faibles des études supérieures en France. Une étudiante chinoise de troisième cycle me confiait récemment que les étudiants chinois qui viennent en France sont ceux qui sont pauvres. Sinon ce serait vers les USA que leurs chemins les mèneraient.
 
Les professeurs et les chercheurs sont encore largement recrutés par un système limite soviétique qui favorise le copinage. On recrute souvent d’excellents personnels mais on est loin de l’idée d’origine de l’égalité républicaine. Le recrutement par les compétences des meilleurs du monde s’il commence à se faire reste quand même limité. On réussit le tour de force de ne conserver que les inconvénients de tous les systèmes de recrutement.
 
Dans de telles conditions, et malgré un budget public de fonctionnement pas si faible que cela, on ne voit pas comment la recherche Française qui se trouve bien évidemment liée à la qualité de l’université dans son ensemble pourrait être performante et dans tous les cas plus performante que notre représentativité numérique dans le monde.
 
L’autonomie des Universités est la première révolution du système. Les personnels des Universités vont pour la première fois avoir un patron. Cette phrase qui doit faire sourire les salariés du privé est une vraie révolution dans cette partie du public. Mais nous ne sommes qu’au début du changement et s’en remettre uniquement à un patron omnipotent présente sûrement quelques dangers, mais comment gérer un monde où 25% au moins des chercheurs ne cherchent plus (fourchette basse mais réaliste) alors que d’autres dépassent les 70 heures par semaine. Seule une gestion la plus locale possible permettra de sortir de l’impasse actuelle.
 
On nous rétorquera que la France est récompensée par un nombre non négligeable de prix Nobel et de médaille Field. Mais soyons honnêtes le mode de désignation de ces lauréats, fort brillants au demeurant, favorise énormément les chercheurs occidentaux, mais pour combien de temps avant que tous les ans le Nobel soit attribué à un des multiples savants chinois ou indiens ?
 
Quant à la recherche dans le domaine privé c’est la portion congrue que masque quelques champions nationaux (où plutôt européen d’ailleurs). Le MEDEF refusant même d’encourager l’innovation des inventeurs salariés par un système intelligent de rémunération supplémentaire. Finalement c’est un lent déclin.
 
Si vraiment on veut du changement il faut accepter que le monde universitaire actuel meure dans l’indifférence générale pour laisser la place à la nouvelle université moderne avec une toute nouvelle gouvernance et que les autorités publiques investissent massivement dans l’université et la recherche.
 
Les quelques milliards de reliquat d’un actionnariat public du passé ne doivent être que l’apéritif d’un plan massif de rénovation et de reconstruction. Messieurs un seul mot : Action.
 
Jean-Florent Campion
Prix Chéreau-Lavet de l’ingénieur inventeur 2008


5 réactions


  • zelectron zelectron 31 mars 2009 10:26

    Ca tombe bien, article de ce matin : http://www.libertyvox.com/article.php?id=379 intitulé "Considérations inactuelles sur l’Université" , un peu polémique mais bon...


  • bob 31 mars 2009 13:15

    Monsieur,

    Votre article fait echo a un commentaire que j’avais depose sur Agoravox il y a un certain temps. Il montrait le peu de poids de la France ( culturellement parlant) sur l’echequier mondial. D’Asie et d’Amerique du sud, tout affirme l’absence quasi-totale de la France sur le reste du monde. La Belgique, le Canada et la Suisse sont plus souvent cites dans les cadres economiques et scientifiques que ne l’est le premier pays francophone. Pour la majeure partie du monde, la France est une tour Eiffel et la revolution francaise, le reste n’existe pas.

    Force est de constater que si ce pays possede une population possedant un excellent potentiel ( certaines entreprises etrangeres ne s’y sont pas trompees), elle reste paralysee par une caste obsolete d’individus rives a leur pouvoir et prete a toutes les concessions pour y rester. Cette caste infeste les hauts pouvoirs au mepris de ce que le nabot grotesque appelait la meritocratie ( gouvernement par les personnes meritantes faut-il le rappeler) car comment peut-on nommer "merite" une nomination par le fait du prince d’individus du serail a des postes tres bien remuneres quelque soit les resultats. Comment parler d’egalite des chances lorsque certains "citoyens" sont a leur naissance predestines a gouverner quelque soient leur parcours initial voire meme delicteux.

    Votre propos entre en phase direct avec la crise dans la mesure ou il apparait bien improbable de changer quoi que ce soit avec des energumenes qui ont si longtemps contribue a ce systeme.
    Peut-etre est-ce la la maladie chronique de ce pays : une France de lions gouvernes par des veaux.


  • Epeire 31 mars 2009 14:03

    Bizarre bizzare...

    Les problèmes que vous citez sont vrais, c’est indéniables (délabrement des bâtiments, copinage de recrutements, etc etc), en même temps vous ne dites pas si dans votre parcours, vous êtes passés par cette fameuse fac publique ? Votre position non plus n’est pas extrêment claire...

    Et maintenant que j’ai consulté votre profil, j’ai envie de dire "partisan du gouvernement qui n’ose pas dire son nom"

    Faut pas avoir honte de ses opinions.

    Même si vous soulevez certains problèmes que tout le monde connaît, ça ne veut pas dire pour autant que les réformes du gouvernement iront dans le bon sens... Sachant que oui, il y a des chercheurs qui ne cherchent pas mais ils ne sont pas réparti dans toutes les fillières de la même manière (le fameux publish or perish est quand même déjà présent dans les facs scientifiques) et tout ça me paraît bien caricatural. Vous ne répondez pas du tout aux arguments de la plupart des grévistes.


  • JFCAMPION JFCAMPION 31 mars 2009 22:23

    Réponse à Epeire
    Comme vous avez consulté mon profil public vous avez non seulement lu mon engagement politique (qui est lui aussi public je vous signale) mais aussi ma formation universitaire. Je suis diplomé d’une école d’ingénieur (ENSCP) qui échappe partiellement au désastre actuel mais j’ai aussi étudié à l’université paris 6 et paris 2. Les exemples que je cite sont vécus et malheureusement même pas caricaturaux. Je reconnais que mon expérience est plus grande dans la filière scientifique.
    Concernant les mesures du gouvernement, elles vont dans le bon sens mais leur ampleur est beaucoup trop faible et je le regrette fortement.
    Quant aux aspirations des grévistes elles ne traduisent finalement globalement que la peur de l’avenir.


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