samedi 8 août 2009 - par Caleb Irri

Le mensonge et la liberté

A première vue, on serait tenté de penser que ces deux termes sont liés par opposition : la vérité se trouvant être « moralement » un souverain bien la liberté, qui en est un également, devrait lui être un corollaire.

Mais qu’en est-il exactement ?

La vérité est un terme philosophique et sa définition est assez floue. Le plus sûr serait encore de la considérer comme le contraire du mensonge, mais nous n’en sommes guère plus avancés.

Selon Wikipedia, la vérité « exprime la qualité de ce qui est vrai. C’est la conformité de l’idée avec son objet, conformité de ce que l’on dit ou pense avec ce qui est réel ». Nous entrevoyons déjà ainsi la difficulté induite par une telle définition, car elle en implique une seconde, la réalité. Mais la réalité est-elle ce qui est vrai ou ce qui est accepté par le plus grand nombre comme vrai ? Car si la vérité se base sur le vrai, la méconnaissance de la réalité se caractérise-t-elle par un mensonge ou une erreur ? et à partir du moment où l’erreur peut être considérée comme fruit de cette méconnaissance, on peut aisément avancer la possibilité pour un menteur de se dire dans l’erreur. C’est la volonté qui fait la différence, mais il faut être capable à un tiers de prouver la « non-méconnaissance » du menteur pour le confondre avec son mensonge.

Mais que se passe-t-il lorsque le tiers, qui se veut contradicteur à la recherche de la vérité, est lui même victime de la méconnaissance d’un fait ? et si le menteur est en capacité d’effacer les traces de son fait ?

Et même si le contradicteur est capable de fournir les preuves du mensonge, qu’arrive-t-il s’il n’a pas les moyens d’exprimer ses preuves à la face des juges de l’action ou des dires du menteur ?

Alors voilà, on pourrait éventuellement dégager de cette réflexion que la vérité est un mensonge accepté par le plus grand nombre, ou produit au plus grand nombre. La véritable force du mensonge est de faire mélanger la réalité et les apparences, et la faiblesse de la vérité c’est de transformer une apparence en réalité. Le mensonge se sert de la vérité, et réciproquement.

Peut-être après avoir lu ces lignes cherchez-vous toujours le lien entre la liberté et le mensonge, et je vais maintenant tâcher de satisfaire rapidement à votre curiosité : le mensonge est la possibilité (la liberté volontaire et consciente) de faire ce mélange entre la réalité et les apparences.

On se souvient du paradoxe du menteur : « en vérité je vous le dis, je suis un menteur ». Suis-je un menteur, et je ne vous mens pas en l’affirmant, ou cessé-je d’en être un puisque je vous le dis ? sachant que si je vous dis que je suis un menteur, ce que je dis n’est pas la vérité. A vous de me croire, ou pas.

Le mensonge est donc une liberté de dire parfois la vérité, et d’autres fois de la cacher. Le menteur qui mentirait tout le temps serait vite démasqué, tandis que le véritable « bon » menteur est celui qui sait utiliser la réalité, les apparences, tout en sachant donner à ces mensonges l’apparence de la réalité et à ses vérités l’apparence du mensonge. Mais pas tout le temps.

Que se passerait-il alors s’il devenait impossible de mentir ? il faut bien réfléchir aux conséquences d’une telle possibilité, car cette hypothèse est aujourd’hui techniquement réalisable. A partir du moment où tous nos actes (à travers internet, surveillance GPS et vidéo, informatisation, vérichip, biométrie, génétique…) sont susceptibles d’être surveillés, analysés, enregistrés, il n’est plus envisageable de mentir. Et s’il n’est plus possible de mentir, il devient alors impossible ni de se révolter, ni de désobéir, ni de se cacher, et même de penser à le faire.

La liberté aura disparu de fait.



9 réactions


  • Tzecoatl Tzecoatl 8 août 2009 11:52

    Conclusion assez exceptionnel, je dois l’avouer.

    Tentons d’apporter notre pierre à la réflexion : l’une des sources du mensonge vient également de la difficulté du langage à traduire la réalité. Cette inadéquation en est une des opportunités, induisant l’introduction .de l’intentionalité volontaire ou involontaire, de la fausser.

    Le mensonge volontaire lui, provient de la prise de conscience des limitations de la connaissance de la réalité d’autrui : d’ailleurs, cela induit directement le fait que le mensonge est d’autant plus efficace si l’on limite la perception de la réalité d’autrui.

    "Et s’il n’est plus possible de mentir, il devient alors impossible ni de se révolter, ni de désobéir, ni de se cacher, et même de penser à le faire."

    Si, si réciproquement à la surveillance acceptée, le surveillant est dans l’obligation de fournir les preuves que ce qu’il cherche reste dans le cadre du droit (établi par la volonté du peuple s’entend) : une sorte de big Brother réciproque en quelque sorte.


  • arturh 8 août 2009 13:14

    On pourra en profiter pour remarquer que lorsque l’individu est complètement privé de la Liberté, comme en Corée du Nord en ce moment, seul le mensonge peut s’exprimer.

    Le règne de la Liberté, c’est la possibilité de la vérité. Le règne du mensonge interdit ontologiquement toute liberté.


  • norbert gabriel norbert gabriel 8 août 2009 15:35

    entre les deux les communicants politiques ont inventé « la contre vérité » formule conventionnelle de courtoisie pour éviter de dire « sale menteur ».


  • franck2010 8 août 2009 16:12

    J’avais un concept là : Double négation Orwellienne...mais j’ai carrément oublié de quoi il s’agissait exactement, aussi je vous propose de faire une recherche google et d’essayer d’en faire quelquechose avec l’article ci-dessus, car perso je dois regarder le 13 éme épisode de la série ’ Fringe ’.



    C’était ma contribution à l’article : LE MENSONGE ET LA LIBERTE.


    • caleb irri 9 août 2009 14:37

      @franck2010

      ce concept de double négation orwellienne est appelé « double-pensée »... désolé mais il y a déjà presque tout dans le livre !


  • Wondrak Wondrak 8 août 2009 21:14

    « La liberté aura disparu de fait. »

    Oui, la liberté de ceux qui sont contrôlés disparaît, et celle des contrôleurs n’a plus de limites. L’automatisation du contrôle/sanction donne en plus un contrôle total à une poignée d’individus. 

    PS : il n’y aurait pas un problème de ponctuation mal placée dans la première phrase ? 


    • caleb irri 9 août 2009 14:41

      @ wondrak

      pas de problème de ponctuation au niveau du sens, mais à la lecture c’est assez difficile en effet ; peut-être des parenthèses auraient put corriger le problème, genre :

      A première vue, on serait tenté de penser que ces deux termes sont liés par opposition : la vérité se trouvant être « moralement » un souverain bien ; la liberté (qui en est un également) devrait lui être un corollaire.


    • Wondrak Wondrak 9 août 2009 17:53

      @Caleb irri
      J’avais donc bien raison : le point virgule rajouté devant « la liberté » donne le sens voulu à la phrase... Mais ce n’est qu’un détail... Le sujet de l’article est quant à lui d’une tout autre importance. 


  • Tzecoatl Tzecoatl 8 août 2009 23:55

    En fait non, Caleb Irri, la liberté peut se transcender. C’est d’ailleurs la seule solution lorsque l’on se sent opprimé, ou que l’on associe un acte à une liberté là où la majorité, la loi, l’associe à un vice et la réprime.


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