jeudi 7 février - par Dr. salem alketbi

Le Mouvement Taliban a-t-il Changé ?

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Dans une déclaration qualifiée d’être la plus conciliante de l’histoire du mouvement afghan, les Taliban ont récemment annoncé qu’ils n’aspiraient pas à monopoliser le pouvoir au sein du futur gouvernement de l’Afghanistan, mais visaient à assurer la coexistence entre les institutions afghanes. « Dès que les forces américaines se retireront de l'Afghanistan, les Taliban voudront vivre avec d'autres Afghans et commencer leur vie comme des frères », a déclaré Suhail Shahin, porte-parole du mouvement. « À la fin de l'occupation (américaine), les Afghans doivent oublier le passé et pardonner les uns les autres ». Ce qui est remarquable c’est la suite de son discours où il a dit : « Nous croyons en un État afghan complet auquel tous les Afghans peuvent s’identifier ».

Ce discours semble surprenant et ne correspond pas aux positions officielles du mouvement, mais il semble également être différent du discours idéologique des groupes politiques islamistes en général : tous, y compris les talibans, puisqu’ils cherchent tous à monopoliser le pouvoir et refusent même d'engager des groupes inspirés par la même tendance idéologique, dû à la croyance en l’idée du Califat, qui selon eux, les empêche de partager le pouvoir avec toutes les autres parties dans un cadre pluraliste garantissant la coexistence de toutes les parties, ce qui aboutit en fin de compte à une dictature religieuse et à la tyrannie sous le drapeau de la religion !

Le véritable test des intentions des talibans et de leur capacité à tirer profit de leurs expériences de gouvernance infructueuses réside dans la manière dont ils traitent les appels au dialogue avec le gouvernement afghan actuel. Le président afghan Ashraf Ghani a appelé à plusieurs reprises les talibans à entamer des discussions directes avec le gouvernement, mais le mouvement refuse, il refuse même que le représentant du gouvernement assiste aux rounds de négociations tenues par le mouvement avec les Etats-Unis. Comment alors une partie qui refuse la représentation de l'autre dans les négociations pourrait accepter son partenariat dans une prochaine étape politique !

La partie américaine souligne qu'elle mène des négociations « fructueuses » avec des représentants du mouvement Taliban et que des négociations de paix vont bientôt commencer et que tout règlement dans le pays doit être conclu entre le gouvernement afghan reconnu sur le plan international et le mouvement Taliban, ce qui est évident. Le fait que les talibans refusent jusqu’à présent de s’asseoir à la même table de négociations avec des représentants du gouvernement afghan témoigne d'un désir profond d’avoir l’exclusivité du pouvoir.

La vérité que les observateurs puissent atteindre d'un point de vue analytique est que la partie américaine est pressée et souhaite un règlement rapide mettant fin à la présence militaire en Afghanistan sur la volonté du président Trump, et que le mouvement Taliban comprend bien ces conditions et plaide pour un maximum d'avantages politiques après avoir obtenu l’avantage de la reconnaissance américaine manifeste de son rôle et de sa présence et après que les Etats-Unis ont siégé avec les talibans sur la table des négociations après que les deux parties se sont livrées une bataille féroce de 2001 à nos jours.

On ne peut pas dire qu'il y ait un changement radical dans l'approche des talibans, ou que le mouvement soit plus réaliste politiquement et veuille construire un partenariat et coexister avec le reste du spectre politique afghan. Le soutien que le mouvement reçoit de ses partisans est basé sur une idéologie claire n’acceptant pas beaucoup d’idées que la communauté internationale cherche à en faire la base de la construction d’un nouvel Afghanistan, notamment la question des droits des femmes et cetera. D’où, tout ce qui s’est passé est devenu écroulable et il est fort probable de revenir à la case de départ dès le retrait des forces américaines d'Afghanistan sans parvenir à un règlement réaliste assurant le contrôle de la part de la communauté internationale sur ce qui se passe dans le cadre d'une phase de transition au cours de laquelle la volonté du peuple afghan sera invoquée.

Il existe plusieurs restrictions à tout règlement visant à instaurer une stabilité réelle en Afghanistan. La première concerne le contrôle du mouvement Taliban sur de nombreuses régions du pays, la faiblesse de l'emprise ou plutôt l’absence de l'autorité du gouvernement afghan légitime sur les zones contrôlées par le mouvement, ainsi que le rôle de l'Iran et sa volonté d’avoir un modèle de gouvernement religieux similaire au sien sur sa frontière orientale. Le régime des mollahs ne peut accepter aucune forme de gouvernement pluraliste en Afghanistan, et œuvre même au renforcement du rôle des talibans malgré les différences et les contradictions idéologiques profondes entre les deux parties !

Le point le plus important dans l’avenir de l’Afghanistan est de veiller à ce que les organisations terroristes ne reviennent pas dans ce pays, dont la population a longtemps souffert en raison de leur existence et a payé le prix fort pour sa sécurité et sa stabilité lorsque les talibans ont été couvés par Al-Qaïda et au-delà de cette période là. Il faudrait donc faire la différence entre l’existence des talibans en tant que mouvement qui est pratiquement impossible à ignorer pour ce qui est de façonner l’avenir de l’Afghanistan, et entre les orientations de ce mouvement, qui doit être conscient des leçons de l’histoire et agir selon la véritable boussole du peuple afghan au lieu de faire du pays un terrain d’entraînement pour les terroristes avec ce qui en suit en termes de destruction, dont les conséquences devraient être bien assimilées par toutes les parties impliquées dans les affaires afghanes.



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