lundi 3 mars 2008 - par Bateleur du Tarot

Le mythe de l’amalgame et les nouveaux mouvements anticapitalistes

Suite à l’article publié sur ce média il y a quelques jours : "Occident et islam : comment venir à bout de l’intégrisme ?", j’ai voulu apporter une autre grille de lecture concernant cet épineux problème, en élargissant un peu le champ de vision tout en essayant, comme l’auteur de l’article, de "cesser de faire de ce problème un sujet tabou et essayer d’étudier sans passion aucune et sans parti pris les arguments des uns et des autres".

Préambule

En préambule à ce billet je voudrais que nous arrêtions de croire à ce postulat qui voudrait que "à chacun sa vérité", ce qui de mon point de vue est dû à un strabisme de l’esprit, mais que nous essayions plutôt de comprendre que chacun d’entre nous ne voit qu’une des nombreuses facettes d’une même vérité qui ne nous appartient pas car elle fait partie d’un tout qu’il va nous falloir découvrir avec l’aide des autres. Ceci étant dit nous pouvons développer notre propos...

L’évolution des mouvements anticapitalistes

Depuis l’après-guerre (la dernière) jusqu’à la chute du mur de Berlin, la mouvance anticapitaliste était incarnée par des groupes se référant aux idéologies communistes et trotskistes comme les Brigades rouges en Italie, la Bande à Baader en Allemagne, les maoistes (entre autre) en France. Or depuis l’effondrement du mur de Berlin et du bloc communiste, ces différents partis ont perdu leurs référents incarnant l’anticolonialisme et la défense des peuples opprimés du tiers-monde. Cette vacance a vite été occupée, d’une part par le mouvement écologiste mondial comme Greenpeace (voir l’article de Pascal Bernardin sur le mondialisme vert) et le mouvement alter-mondialiste et d’autre part par les mouvements islamistes radicaux, ce qui n’est pas étranger au fait que bon nombre des causes défendues par ces mouvements leur soient communes (soutien au peuple palestinien, anticolonialisme, anticapitalisme, décroissance, consommation de masse).

L’auteur de l’article pré-cité écrit : "Selon les islamistes, la lutte engagée contre l’impérialisme n’est pas une chose circonstancielle, mais une guerre de libération de longue haleine, un combat historique légitime et moralement indispensable, s’agissant de la défense de l’islam, menacé dans sa pureté, par l’invasion de cultures et de modes de vie absolument impies et immoraux d’où le vocable de ’jihad’ utilisé par eux pour donner à leur action une justification religieuse légitime." On y retrouve des éléments qui ne sont pas sans rappeler les thèses tiers-mondistes : "guerre de libération", "un combat historique légitime et moralement indispensable". Le reste de l’argumentaire est par contre un peu plus inquiétant s’agissant de "la défense de l’islam"...

Une thèse alternative

Et si l’origine du problème (terrorisme islamique, combat historique légitime de l’islam) avait une autre cause plus profondément ancrée dans l’origine de l’islam lui-même ? - Ceci n’est qu’une question, une hypothèse de laboratoire, mais en aucun cas une affirmation. Je me dois de proposer cette hypothèse car elle a été soulevée par bon nombre de lettrés, de philosophes et théologiens. Donc permettez-moi sans passion de reprendre les éléments avancés.

Comme le dit l’auteur de l’article, "la civilisation musulmane, par sa richesse, a beaucoup apporté à l’Europe. Que ce soit en mathématiques, en astronomie, en médecine, en physique et chimie, en architecture, en philosophie, elle a énormément contribué à l’évolution du monde occidental". Ceci est tout à fait vrai, du IXe au milieu du XIIIe siècle, le monde arabe rayonnait sur un immense territoire allant de Cordoue jusqu’à Samarcande en passant par la Bagdad de Al-Mansur, d’Al-Ma’mûn et sa maison de la Sagesse. De grands philosophes comme Avérroes, Avicenne, et Maïmonide commentaient Aristote et faisait triompher le logos, "le discours" (textuel ou parlé). Par extension, logos désigne également la "rationalité" (l’intelligence). Mais cette cohabitation intellectuelle entre le savoir et le religieux va très vite être interrompue par les oulemas, et le pouvoir Almohade va assujettir et contraindre la philosophie et le savoir à la religion et faire sombrer l’islam dans l’obscurantisme, le fanatisme et l’intolérance et ce jusqu’à nos jours. Des philosophes comme Avérroes et Maïmonide doivent alors s’exiler. Les schismes et les divergences religieuses finiront de consommer l’âge d’or des lumières de l’islam.

Un premier élément avancé par un philosophe français : "Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet œil du Coran, comme ils incarnaient l’œil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme." Ce qui corrobore le propos de l’auteur concernant "la guerre de libération contre l’impérialisme des islamistes". Pour ceux qui souhaitent lire le document intégral voir ici.

Autre élément avancé par un théologien : "Le dialogue s’étend à tout le domaine de ce qui est écrit dans la Bible et dans le Coran au sujet de la foi ; il s’intéresse en particulier à l’image de Dieu et de l’homme, mais aussi au rapport nécessaire entre les ’trois Lois’ : Ancien Testament - Nouveau Testament - Coran. Dans mon exposé, je ne voudrais traiter que d’un seul aspect, un aspect en lien avec le thème ’foi et raison’ qui m’a fasciné et me sert d’introduction à mes réflexions sur ce thème. Dans le 7e dialogue édité par le professeur Khoury (‘dialexis’, ’controverse’), l’empereur en arrive à parler du thème du ’djihâd’ (guerre sainte). L’empereur savait certainement que dans la sourate 2, 256, il est écrit : ’Pas de contrainte en matière de foi’ - c’est l’une des sourates primitives datant de l’époque où Mohammed lui-même était privé de pouvoir et se trouvait menacé. Mais l’empereur connaissait naturellement aussi les dispositions inscrites dans le Coran - d’une époque plus tardive - au sujet de la guerre sainte." Ce texte est extrait de discours du pape Benoît XVI à Ratisbonne. Pour ceux qui souhaitent consulter le document dans sa totalité, environ six pages, voir ici.

Ces deux textes ont déclenché à l’époque de vastes mouvements de protestation de la part de nombreux partis musulmans qui n’ont fait que déployer un énorme nuage de fumée tentant de nous cacher une question qui en soi n’était pas inutile à poser, quelle qu’en fût la réponse. Essayons aujourd’hui de relire sereinement ces textes qui, pour celui de Benoît XVI, est de haute volée philosophique traitant du rapport entre foi et raison. Quant à celui de Redeker, il n’est que la constatation de faits d’actualité ("le string à Paris plage") ou de faits historiques reconnus, sur lesquels il nous donne son analyse, qui n’est que ce qu’elle est, c’est-à-dire son analyse ; il n’hésite pas au passage a épingler l’Eglise catholique sur les pages obscures de son histoire qui sont là aussi des faits historiques reconnus de tous.

Le mythe de l’amalgame

Il est bien sûr fondamental et nécessaire dans toute analyse de ne pas faire d’amalgame entre l’islam et les mouvements islamistes, entre terroristes et musulmans, ce contre quoi je me suis toujours défendu. Mais à l’inverse n’y a-t-il pas une tentation de se servir du mythe de l’amalgame à contresens ? - Car bien sûr le monde musulman et même l’autorité palestinienne condamnent tous les attentats terroristes mais dans aucun pays nous n’avons vu de longues manifestations marquer leurs désapprobations, à part peut-être au Liban mais la mosaïque confessionnelle de ce pays en est peut être la cause.

L’amalgame opère aussi au niveau des Etats, lorsque l’auteur de l’article susnommé nous dit : "...les menaces actuelles contre les régimes syrien et iranien, n’apporteront à coup sûr aucun résultat positif et ne feront qu’attiser encore davantage la haine et approfondir le fossé qui sépare l’Occident et les musulmans." L’article du Monde sur le dernier rapport de l’AIEA et ce reportage nous amènent à constater qu’il y a bien aussi un terrorisme de certains Etats islamiques, comme l’Iran et ses menaces et la Syrie pour ses nombreux assassinats de personnalités de l’opposition au Liban, sans compter celui de la République islamique du Soudan qui a armé et commandité les milices islamistes qui ont exterminé 300 000 personnes depuis avril 2003 au Darfour.

Alors relisons maintenant l’article "Occident et islam : comment venir à bout de l’intégrisme ?" que je trouve admirable par ailleurs, mais certaines envolées lyriques semblent quelque peu angéliques, voire poétiques, à défaut d’être réalistes, concernant certains passages :

"...pression exercée par ces mêmes Occidentaux sur certains jeunes Etats progressistes arabes" (! ?) Quels sont ces Etats ?

"Les islamistes considèrent que la création de l’Etat d’Israël et de certains régimes arabes comme la Jordanie et quelques mini-Etats du Golfe n’est tout simplement qu’une implantation d’avant-postes de l’impérialisme au Moyen-Orient." Il est à noter que la dynastie fondamentaliste de l’islam des Almohades ne laissera aux juifs que le choix entre la conversion et la mort, ceci de 1140 à 1145 soit trois siècles avant l’Inquisition. Ce qui démontre que l’aversion à l’encontre des juifs par les musulmans ne date pas de 1948 mais fait partie intégrante de son histoire. Mais bon, détruisons Israël, la Jordanie, le Koweit, éventuellement l’Arabie Saoudite, des fois que cela calmerait les velléités islamistes...

"Nous l’avons déjà dit, le monde musulman vit aujourd’hui une autre ère, un renouveau plein d’espoir d’émancipation et de liberté." Comment interpréter ce renouveau, par le vote du Parlement turc concernant le voile islamique à l’université, par les menaces iraniennes concernant la destruction de l’Etat d’Israël et l’arme nucléaire, par les attentats du 11/9/2001, par la prise du pouvoir par les armes du mouvement fondamentalisme Hamas à Gaza, par les provocations de ce même Hamas et les tirs journaliers de roquettes Qasam, par les provocations du Hezbollah qui ont déclenché la guerre au Liban en juillet 2006 (voir ce reportage de l’époque), par les événements en Somalie, en Mauritanie ?

Je retourne la question à l’auteur "Occident et islam : comment venir à bout de l’intégrisme ?" Je ne pense pas que la seule réponse qu’il en donne ("le moyen le plus efficace de combattre l’intégrisme et donc le terrorisme, c’est de le devancer et de tendre la main aux vrais leaders des jeunes générations arabes pour la mise en place de régimes réellement démocratiques") soit suffisante à régler ce grand problème du dialogue entre l’Occident et l’Orient islamique.

Je crois plutôt que c’est la femme musulmane qui incarne l’avenir de l’islam car elle porte en elle les futures générations et enseignera à ses enfants le combat qu’elle aura dû mener pour se libérer de l’obscurantisme qui l’a opprimée depuis des siècles et ainsi réconcilier la foi et la raison que l’islam a perdu au milieu du XIIe siècle. Alors peut être que l’islam et le monde arabe retrouveront la place qu’ils occupaient à l’âge d’or de Samarcande, de Bagdad, et de la Cordoue du IXe siècle.

En conclusion

Comme je l’ai dit en préambule à ce billet, je ne prétends détenir aucune vérité si tant est qu’il y en est une et une seule, mais plutôt présenter une des facettes de cette vérité multiple, la facette qui m’est donnée de voir et que je vous offre. Cette vision n’est en aucun cas contradictoire avec la vision de l’auteur de l’article "Occident et islam : comment venir à bout de l’intégrisme ?" mais a simplement pour but que d’essayer d’apporter ma pierre à notre édifice commun qu’est la construction du monde de demain. Si toutefois les divinités atomiques et nucléaires nous en laissent le temps...

Mars 2008.



11 réactions


  • Forest Ent Forest Ent 3 mars 2008 11:29

    On a déjà eu pas mal d’articles de ce genre sur AV. C’est un serpent de mer infini.

    Personnellement, avec réserves toutefois, je crois plutôt à l’image inverse : la religion est plus une conséquence de la géopolitique que le contraire.

    Le déclin du rayonnement culturel arabe est à mettre en parallèle avec la défaite militaire et la perte par exemple de l’Espagne.

    Contrairement à ce que dit l’article, il n’y a pas eu spécialement d’antisémitisme dans le monde arabe ni musulman avant le 20ème siècle. Les juifs y vivaient de manière beaucoup plus sûre que dans le monde chrétien. L’antisémitisme musulman est plus un produit d’export de la colonisation, et en particulier de la colonisation anglaise, des alliances entre turcs et allemands puis entre arabes et nazis.

    Pendant l’occupation russe, le catholicisme a connu un grand retour en grâce en Pologne, qui s’est achevé avec la chute du mur de Berlin. La recherche de symboles identitaires est un trait commun des peuples colonisés.

    La bipolarisation est/ouest a permis un certain "confort intellectuel" : on ne colonisait pas, on protégeait contre les soviétiques. Ce confort est fini, et l’on sent bien le besoin d’un nouvel "adversaire idéologique" que ce genre d’article tend à inventer.

    Une confrontation "capitalisme/islam" ? C’est quoi, déjà le capitalisme ?

    Personnellement, je suis opposé au "libre-échangisme" et au "libertarianisme", et ça m’a valu souvent ici d’être taxé d’anti-capitalisme, ce qui est tout à fait faux. Cet article pratique ce même amalgame majeur et basique : quand on n’est pas entièrement en phase avec le monde tel qu’il est, on est anti-capitaliste. C’est pratique.

    L’Islam me semble historiquement surtout un challenger de la colonisation par l’occident des restes de l’empire ottoman, pas du capitalisme, et encore moins de la démocratie. Si l’occident croyait vraiment au capitalisme et à la démocratie, il n’aurait pas renversé tous les régimes démocratiques et capitalistes qui étaient apparus, et en particulier celui de Mossadegh.

    Je comprends qu’après la croisade contre les soviets, nous allons être enrôlés contre de nouvelles "idéologies barbares", et le but principal me semble en être que nous ne nous posions pas trop de questions sur notre rôle dans le monde. Que font nos armées en Afrique, au Proche-Orient, etc ... ? Pourquoi n’en parle-t-on jamais au Parlement ?

    Commençons par foutre la paix aux autres avant de les juger. Nous avons du nettoyage à faire devant nos portes.


    • Bateleur du Tarot Bateleur du Tarot 3 mars 2008 15:36

      Cher Forest vous nous dites :

      "Personnellement, avec réserves toutefois, je crois plutôt à l’image inverse : la religion est plus une conséquence de la géopolitique que le contraire."

      Vous avez une vision des religions très particulière, qui est la vôtre, je ne suis pas certain que vous ne les ayez vraiment étudiées autrement que sous l’angle historique et géopolitique comme vous le dites. Les textes ont différents niveaux de lecture et la lecture que vous en faite est au premier de ceux-ci, il y en a trois autres plus subtils

      "Le déclin du rayonnement culturel arabe est à mettre en parallèle avec la défaite militaire et la perte par exemple de l’Espagne"

      Votre géopolitique vous égare, relisez entre autre la vie d’Avérroes, Avicenne et Maïmonides dont j’ai mis les liens dans mon article, et en quoi les guerres d’Espagne ont à voir avec la chute de Bagdad et d’un empire qui s’étendait jusqu’à l’Asie. Là-dessus tous les historiens sont d’accord, la rupture entre la philosophie et la religion à précipité l’Islam dans le déclin, à l’inverse du christianisme qui à perpétuée la dialogue de la foi et de la raison, voyez Saint Thomas d’Aquin entre autre.

      Concernant le rapport entre les juifs et l’Islam vous ne niez pas que les premières persécutions ont eu lieu en 1140 par la dynastie Almohade trois siècles avant l’inquisition, ce que peu de gens savent. Comment l’expliquez vous ?

      Cordialement.

       


    • Forest Ent Forest Ent 3 mars 2008 19:22

       

      Je ne parlais pas de la nature des religions, mais de leur évolution et essor, comme je l’ai illustré avec l’exemple de la Pologne. A part ça, sans être religieux, je suis croyant, et ai un peu lu.

      Ainsi par exemple cette notion de 4 niveaux codifiés de lecture n’existe à mon avis que dans le judaïsme. Dans le christianisme, on en trouve en général un ou deux.

       

      Il faut savoir : vous parlez de persécutions musulmanes contre les juifs, et citez en exemple des penseurs juifs espagnols ayant vécu et rayonné dans le monde musulman ? Les historiens sont d’accord sur le fait que le déclin de la pensée musulmane a commencé avec les défaites militaires contre la chrétienté à l’ouest, et contre les "envahisseurs asiatiques" à l’est. Bien après Saint-Thomas, d’ailleurs... A l’époque, la chrétienté vivait dans une relative barbarie.

       

      D’une certaine manière, certaines persécutions musulmanes ont commencé dès l’hégire. Mais elles sont très longtemps restées très mineures relativement à celles de la chrétienté. Figurez-vous que ces dernières n’ont pas commencé avec l’inquisition, mais avec l’empire romain. Lisez par exemple Saint-Jean Chrysostome, c’est rigolo à ce propos.

      L’inquisition romaine a été créée contre les cathares, qui étaient des sortes de manichéens, puis réutilisée par les espagnols contre les marranes après la reconquista, mais aussi beaucoup contre les tenants des cultes pré-chrétiens, "sorciers" et "sorcières". Voir par exemple là :

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Inquisition

      Concernant le rapport entre les juifs et l’Islam vous ne niez pas que les premières persécutions ont eu lieu en 1140 par la dynastie Almohade trois siècles avant l’inquisition, ce que peu de gens savent. Comment l’expliquez vous ?

      Votre géopolitique vous égare, relisez entre autre la vie d’Avérroes, Avicenne et Maïmonides dont j’ai mis les liens dans mon article, et en quoi les guerres d’Espagne ont à voir avec la chute de Bagdad et d’un empire qui s’étendait jusqu’à l’Asie. Là-dessus tous les historiens sont d’accord, la rupture entre la philosophie et la religion à précipité l’Islam dans le déclin, à l’inverse du christianisme qui à perpétuée la dialogue de la foi et de la raison, voyez Saint Thomas d’Aquin entre autre.

      Vous avez une vision des religions très particulière, qui est la vôtre, je ne suis pas certain que vous ne les ayez vraiment étudiées autrement que sous l’angle historique et géopolitique comme vous le dites. Les textes ont différents niveaux de lecture et la lecture que vous en faite est au premier de ceux-ci, il y en a trois autres plus subtils.


    • Forest Ent Forest Ent 3 mars 2008 19:25

      Euh désolé, je me suis mélangé dans l’éditeur HTML.

      Il y a trois réponses, puis les trois citations correspondantes.


  • anny paule 3 mars 2008 16:30

    J’émets les mêmes réserves que Forest. A mon avis, le problème est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, ou du moins, qu’on voudrait qu’il n’y paraisse.

    Les questions actuelles de l’intégrisme et de l’islamisme restent étroitement liées à la misère des populations concernées et à une certaine vision du monde portée par l’Islam, vision très étrangère à un monde capitaliste dominant. Durant des siècles, l’affrontement ne revêtait pas ce caractère extrême qu’il a pris depuis deux décennies. L’écart entre Monde riche et Monde pauvre était moins criant... ou moins visible, moins "exposé" . L’Islam a joué, pour nombre de pauvres, le même rôle de soutien que l’église chrétienne au XIX° dans nos pays occidentaux. Ce sont des questions que j’avais travaillées il y a une quinzaine d’années dans un groupe de recherche à l’Université de Bordeaux II (Islam et Islamismes, Cultures et Sociétés) .

    Après, ce sont les manières dont les médias, et dont les responsables politiques des pays "nantis" (dont nous faisons partie, même si les "nantis" correspondent à une petite minorité, chez nous) qui ont FAIT l’opinion, désigné des coupables ou des boucs émissaires. Pour avoir, en tant que "touriste", parcouru l’Algérie entre 1972 et 1984, je peux affirmer qu’à cette période-là, la question de l’Islamisme ne se posait pas dans ce pays qui se voulait "laïque" et dont l’économie était en train de se consolider.

    Quand l’auteur parle de "mythe de l’amalgame" et assimile Islamisme et mouvements anti-capitalistes, je crains que ce ne soit un raccourci... Je déplore, également un certain nombre d’erreurs orthographiques qui nuisent à la qualité de cet exposé...


    • Bateleur du Tarot Bateleur du Tarot 3 mars 2008 23:33

      Chèr(e) Anny Paule, cher Forest

      Merci pour vos commentaires :

      Concernant "Ainsi par exemple cette notion de 4 niveaux codifiés de lecture n’existe à mon avis que dans le judaïsme. Dans le christianisme, on en trouve en général un ou deux." Thomas d’Aquin y fait référence pour le nouveau testament également voir ici.

      "Il faut savoir : vous parlez de persécutions musulmanes contre les juifs, et citez en exemple des penseurs juifs espagnols ayant vécu et rayonné dans le monde musulman ? Les historiens sont d’accord sur le fait que le déclin de la pensée musulmane a commencé avec les défaites militaires contre la chrétienté à l’ouest, et contre les "envahisseurs asiatiques" à l’est. Bien après Saint-Thomas, d’ailleurs... A l’époque, la chrétienté vivait dans une relative barbarie."

      Regardez cet extrait de documentaire de Histoire il semble montrer qu’Avérroes et avec lui Maïmonide ont du fuir la menaces des oulémas et les Almohades et que la belle harmonie qui régnait entre philosophes et religieux jusqu’alors à volé en éclat , les propos d’Avérroes dans le commentaire sont clairs et sans appels. C’est vrai que cela à coïncidé avec les défaites contre la chrétienté et les invasions mongols en asie.

      Comment se fait-il que la discussion du rapport entre fois et raison se soit éteinte en Islam et fleurie dans le christianisme avec entre autre Thomas d’Aquin (encore lui) jusqu’au discours de Benoit XVI à Ratisbonne, alors que de grand philosophes et hommes de science comme Avérroes, Avicenne et Maïmonides en étaient les instigateurs dans le monde arabe du XI et XIIème siècle.

      "Les questions actuelles de l’intégrisme et de l’islamisme restent étroitement liées à la misère des populations concernées et à une certaine vision du monde portée par l’Islam, vision très étrangère à un monde capitaliste dominant."

      D’accord mais la pauvreté n’a pas déclenché le djihad dans les autres pays pauvres, il faut qu’il y ai un terreau propice sur quoi se développer, le djihad n’est pas l’effet de la génération spontanée. Cette certaine vision du monde portée par l’Islam dont vous parlez n’est pas étrangère avec mon propos

      Il n’est pas inintéressant de ce poser la question pourquoi les pays musulmans ont sombré dans la misère après que le monde arabe ai rayonné sur un empire par les sciences, la philosophie, la médecine, les mathématiques, et d’une ouverture aux cultures sans précédent. Bagdad au Xème siècle avait une population de 1 million d’âmes, Rome en comparaison ne représentait en gros que 30 000 habitants.

      Je ne fais qu’exposer une thèse que certains accréditent, c’est une base de réflexion qui effectivement s’oppose à la lecture géopolitique ce que j’essaie d’expliquer.

      "Durant des siècles, l’affrontement ne revêtait pas ce caractère extrême qu’il a pris depuis deux décennies. L’écart entre Monde riche et Monde pauvre était moins criant... ou moins visible, moins "exposé" 

      Quels ont été les effets déclenchants, l’on peut polémiquer là-dessus, mais ils ont eu pour effet de réveiller une bête immonde qui était en sommeil. Pourquoi l’Inde n’a pas sombré dans le terrorisme djiadiste alors que le Pakistan oui, il s’agissait du même pays et de la même misère à l’origine ? - Ce qui les différencient ce sont leurs religions, d’un coté l’indouïsme de l’autre l’Islam, hasard ou coincidence ?

      Vous nous dites "D’une certaine manière, certaines persécutions musulmanes ont commencé dès l’hégire. Mais elles sont très longtemps restées très mineures relativement à celles de la chrétienté. Figurez-vous que ces dernières n’ont pas commencé avec l’inquisition, mais avec l’empire romain"

      Bien sûr que l’on peut sans doute dire que les première persécutions importantes juives doivent dater de l’empereur Hadrien vers 130 de notre ère, mais on peut aussi parler de Babylone, de l’Egypte. Ceci ne ne retire en rien le fait que la dynastie Almohade en 1140 a participée au massacre et je m’appuie sur ce point pour dire que l’antisémitisme musulman ne date pas de la création de l’état d’Israël comme certain l’affirment.

      PS. Pour les fautes d’orthographe je les avaient corrigées mais il semble que la dernière mise à jour du texte n’ai pas fonctionné, désolé.

       

       


  • masuyer masuyer 4 mars 2008 11:06

    Bateleur,

    Je veux bien admettre que les Juifs ont été plus maltraités par les pays de tradition musulmane que par ceux de tradition chrétienne, mais dans ce cas pourquoi le sionisme est un courant politique majoritairement ashkénaze ?

    Vous évoquez un "mythe de l’amalgame". Mais il existe.

    Admettons que je sois protestant (ce n’est pas le cas). Je veux dénigrer le catholicisme.

    Depuis la Shoah, l’antisémitisme est devenu une des incarnations du mal-absolu. Il faut donc que je prouve que le catholicisme doit être combattu car il est antisémite par nature. Je vais me pencher sur la seconde guerre mondiale, effectuer quelques raccourcis et soigneusement sélectionner les données pour étayer mon propos.

    Par exemple, la National-Socialisme a vu le jour en Allemagne. Ce n’est pas intéressant pour moi, puisque l’Allemagne est majoritairement de tradition protestante. Je vais donc mettre en avant le fait qu’il se soit particulièrement développé dans un premier temps en Bavière, länder majoritairement catholique. J’insisterais sur le fait qu’Adolf Hitler était Autrichien donc issu d’un pays de tradition catholique.

    Ensuite, je pourrais faire remarquer que l’Allemagne s’est alliée avec l’Italie et l’Espagne. Que dans l’ex-Yougoslavie, les Ustachis croates furent de zélés exécutants de la politique d’épuration. Qu’en France, le Maréchal Pétain était un fervent catholique. Je peux multiplier les exemples à l’infini.

    Evidemment, si je tiens de tels propos, entièrement basés sur des amalgames douteux, on ne manquera pas ici de venir les nuancer ou de me moinsser copieusement.

    Et pourtant, s’il s’agit de l’Islam, il en va généralement autrement. Comment expliquez-vous ça ?


  • Gilles Gilles 4 mars 2008 11:08

    L’auteur.

    Article intéressant pour ce qu’il révèle de la pensée néo-conne à deux balles

    "jusqu’à la chute du mur de Berlin, la mouvance anticapitaliste était incarnée par des groupes se référant aux idéologies communistes et trotskistes comme les Brigades rouges en Italie, la Bande à Baader en Allemagne, les maoistes (entre autre) en France"

    Déjà vous vous décrédibilisez totalement en restreignant la mouvance anti capitaliste d’avant 1989 a des groupuscules terroristes et violents ou pronant des politiques sanglantes. Vous avez oublié les Khmers Rouges dans votre liste....

    Ou vous êtes un ane ou vous le faites exprès. Rien que dans le monde intellectuel, au sens large, c’est à dire pas que par des gens affiliés à un parti rouge, la remise en cause de l’idéologie capitaliste ou de ses travers était et reste monnaie courante. Même au sein de partis trotskistes ou du PC nombre de gens ne cautionnaient en rien les groupuscules que vous nommez

    En fait vous en voulez voir que ce qui vous arrange, pour éviter de remettre en cause vos conneries, quitte à mentir, tronquer l’histoire et faire des raccourcis douteux que vous n’explicitez même pas clairement

    Déjà, assimiler la lutte contre l’impérialisme américain et l’anti capitalisme....pffffffff la moindre réflexion amène mille contres exemples, même au sein du monde musulman (tient parlons de la Chine, de la Russie, des émirats....). La réalité est bien plus complexe, mais ça vous échappe

     


  • Le péripate Le péripate 4 mars 2008 11:22

    Bon. Il ne suffira donc pas de dénoncer un amalgame, puisque, l’auteur le dit, c’est un mythe.

    Tachons donc de prendre les deux questions posées en filigrane, l’Islam porte-t-il en germe le terrorisme, et est -il identique à l’anticapitalisme, par un autre bout, et d’abord de débroussailler les questions du religieux et du capitalisme. 

    Pour R. Girard, le religieux sacrificiel, dans lequel on peut ranger à peu près toutes les religions sauf celles du livre (et encore pas totalement) est la source de l’hominisation même. Ce point est très important, car, de ce point de vue, le religieux n’est pas un épiphénomène dont on pourrait se débarrasser d’un haussement d’épaules.

    Toujours pour R. Girard, la révélation christique est un dévoilement de la fonction du sacrifice, sacrifice qui a pour fonction de ramener la paix dans le collectif, toujours susceptible de se détruire dans la crise mimétique ( pour plus d’explication, je suis désolé, mais lire Girard est indispensable).

    Ce dévoilement place l’humanité dans une perspective nouvelle. Le sacrifice n’opère plus.

    C’est là qu’intervient le capitalisme. Il est le mimétisme poussé à ses extrémités.

    Ce capitalisme déchire les tissus sociaux, défait les anciens liens. Il suscite donc à la fois des critiques, et des réactions de défense (voir K. Polyani, Luc Boltanski par exemple)

    Dans les critiques, on peut ranger les théories de la justice, libérale et socialiste. Dans les réactions de défense le nazisme, l’islamisme radical, mais pas seulement. Ces réactions de défense recourent largement au sacrifice, au meurtre rituel.

    Je distingue donc les critiques (souhaitables) et les réactions sacrificielles, alors que l’auteur souhaite les amalgamer, et c’est là mon point de désaccord.

    Pour la conclusion, je ne peux qu’être d’accord sur le rôle des femmes, suivant en celà le raisonnement d’E. Tood, pour qui la maitrise de la fécondité et l’alphabétisation des femmes sont deux conditions essentielles du passage à la modernité.

    Dieu ne prend pas plaisir au sang, et ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu.


    • Bateleur du Tarot Bateleur du Tarot 4 mars 2008 14:34

      Cher Péripate,

      Dans votre commentaire :

      "Je distingue donc les critiques (souhaitables) et les réactions sacrificielles, alors que l’auteur souhaite les amalgamer, et c’est là mon point de désaccord."

      Ce n’est pas tant du point de vue des réactions sacrificielles que je me place, bien évidement celui qui se fait explosé au nom de dieu procède de ce principe, mais plutôt de la déraison et des contradictions que l’Islam doit affronter dès lors que que la raison ne vient plus épauler la foi. Il faut relire le discours de Benoit XVI sur ce point "bien qu’un peu abrupt"

      J’ai eu la chance de participer à un colloque il quelques semaines sur le thème "Dialogue entre les religions et spiritualités" dont un des volets traitait des problèmes du fondamentalisme et de l’intégrisme (voir la vidéo) et concernant les fondamentalismes et intégrismes dans l’Islam, il est clair que ce n’est pas par les armes que nous le vaincrons, il reste néanmoins à trouver une action efficace...

      "Pour la conclusion, je ne peux qu’être d’accord sur le rôle des femmes, suivant en celà le raisonnement d’E. Tood, pour qui la maîtrise de la fécondité et l’alphabétisation des femmes sont deux conditions essentielles du passage à la modernité."

      C’est bien mon avis, et il faut aider la femme musulmane ou qu’elle soit lorsqu’elle se bat pour son intégrité, sa liberté, contre l’obscurantisme et le fanatisme, des femmes se battent en Ousbekistan, en Algérie, en France, il faut faire connaître leurs combats car c’est de l’intérieur de la cellule familiale que viendra le salut de l’Islam contre la folie des hommes.

      Une course contre la montre s’est engagée face aux risques nucléaires que font courir l’Iran et le Pakistan, souhaitons que la raison viendra au secours de la foi dans ce combat. C’était le message que j’essayais de faire passer en publiant ce billet.

      "Dieu ne prend pas plaisir au sang, et ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu."

      Merci pour cette conclusion !

      Cordialement.

       


    • Le péripate Le péripate 5 mars 2008 08:55

       Quiconque possède la Bombe fait courir un risque à l’humanité. Notons qu’elle a été utilisée quand un seul la possédait. L’idéal, bien sûr, c’est le désarmement de tous.

      Merci pour ce dialogue.


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