mercredi 19 juillet - par Blog Parole d’Élu

Le politiquement correct a tué les orateurs

Où sont les orateurs ? Les bons, les grands, les puissants ? Ceux qui nous remuaient tripes et âme, qui nous émerveillaient, qui nous ensorcelaient, qui nous charmaient ?

Ceux qui parlaient à notre tête et à notre cœur. Qui nous emportaient, qui nous transportaient.

Où sont-ils ? Car nous avons beau les chercher, nous ne les trouvons pas, ou si peu.

 

Dès l’antiquité, l’art oratoire est élevé au rang d’art majeur avec de grands maîtres comme Démosthène ou Cicéron. Dans le Gorgias, Platon nous dit que l’orateur est plus fort que le médecin puisqu’il saura, par la seule puissance de son art, convaincre le malade d’aller se soigner, là ou le médecin échouera, et cela, sans même ne rien connaitre à la médecine. Négligé au moyen âge sinon par les religieux, l’art oratoire renait à la Révolution Française qui accouchera de grands orateurs : Mirabeau, Danton, Robespierre….

 

Par la force du verbe, ces hommes sauront emporter et entrainer avec eux des foules entières, souvent sceptiques.

Mais il va se passer quelque chose en 1885 ; quelque chose d’important.

Jules Ferry supprime la rhétorique des classes d’enseignement. Nous sommes 15 ans après la Commune, on se méfie des tribuns, le peuple ne doit pas apprendre à bien parler. Il n’en a pas besoin.

Sous les 3èmes et 4 èmes républiques, nous avons encore de grands orateurs : Jaurès, Philippe HENRIOT et sous la 5ème , le dernier peut être, le général De Gaulle.

Si Cicéron nous dit pourtant « L’éloquence n’est pas sortie de la rhétorique, c’est la rhétorique qui est sortie de l’éloquence » nous savons tous que sans méthode, sans travail et technique, pas d’orateur, le talent seul ne peut suffire.

Ces grands orateurs nous ont pourtant laissé des méthodes, des techniques, certains nous ont livré leurs secrets, et nous devrions, tels des « nains sur leurs épaules de géants », forts de leur savoir- faire et de leur art si abouti, aller au moins aussi haut, aussi loin, pour qui en aurait l’envie, l’énergie et le talent.

Mais nous n’y sommes pas, et pour cause. Ce qui nous manque, ils l’avaient et nous ne l’avons plus.

C’est la liberté. La liberté de dire, la liberté de nommer, la liberté de parler, qui n’est jamais que la liberté de penser puisque nous pensons avec des mots.

Le politiquement correct s’est insinué sournoisement dans notre société. Tout droit venu d’Amérique, il était plein de bons sentiments et de bonnes intentions, de belles promesses, il ne fallait blesser personne, ne stigmatiser personne, ou alors on était un sans-cœur, un barbare, un malotru, un fasciste.

Un terrorisme intellectuel s’est peu à peu insinué dans les têtes et dans les cœurs. Pire que la censure, l’auto- censure est venue nous gendarmer. Il ne faut plus dire « gros » mais « obèse » et mieux encore ne pas parler des obèses ou seulement pour en parler bien. Et cela pour tant d’autres catégories :

Les femmes, les handicapés, les noirs, les clochards, les homosexuels, les chômeurs, les immigrés, les vieux, les autistes, les riches, les élites….

Une élite déconnectée et illégitime a jeté ainsi de nombreux tabous, dans la société. Et quand il fût impossible de ne pas nommer tant le problème était grand, on a renommé, autrement. On ne dit plus un voyou mais un jeune, un clochard est un SDF, un plan de licenciement est renommé…. plan social…. La liste est longue.

Parce que nos faiseurs d’opinion sont tétanisés par des questions qu’ils ne savent résoudre, ils manipulent les mots, les changent, et nous interdisent le parler fort, le parler juste, le parler vrai qui est toujours le propre des grands orateurs.

Certains nous diront qu’il existe encore de grands orateurs, et tout un chacun de nous citer Jean-Luc Mélenchon. C’est peu s’y connaitre. La grandiloquence n’est pas l’éloquence et Jean-Luc Mélenchon ne convainc que ceux qui sont acquis à sa cause ou vaguement sympathisants. Face à un public hostile, il ne touchera personne, là ou l’orateur véritable touchera car il aura une sincérité vraie entachée de nulle entrave, de nul calcul, de nul interdit. Amoureux de la vérité, même si elle lui déplait, il saura aller la chercher, même au fond du puits, et par la même, saura nous arracher notre reconnaissance et notre émotion pour avoir pris tant de risques.

D’autres nous diront, le problème n’est pas là, un orateur est un grand lecteur avant tout, il puise dans une large culture que plus personne ne possède ni ne veut acquérir de nos jours.

C’est juste, mais un orateur lettré aurait tout autant les mains coupées puisqu’il n’aurait le droit d’exprimer toute sa pensée si celle-ci disconvenait.

Céline nous dit que le public veut du drame, du cru, et du sang, il veut être remué, il veut que l’auteur ose ce que lui n’ose pas. Il veut du pathos mais du pur et du vrai, du senti et du vécu.

 Aujourd’hui nous avons du pathos qui est l’art de toucher et d’émouvoir, mais c’est un faux pathos, dégoulinant de bons sentiments, un pathos de tartuffe, un pathos qui dit : « voyez comme je suis bon, voyez comme je suis grand, j’aime tout le monde ».

Le politiquement correct est l’apologie de l’hypocrisie et du mensonge, le culte de l’absence d’esprit critique.

L’émotionnel et le compassionnel sont devenus les alibis de nos faiblesses et de nos renoncements.

Ne doutons pas que derrière l’engouement fort et nouveau pour l’art oratoire se cache surement le besoin de retrouver la liberté d’expression confisquée.

http://bienparler.fr/articles/politiquement-correct-a-tue-orateurs/



25 réactions


  • pallas 19 juillet 16:14
    pétulaVous

    Vous vivez dans un monde imaginaire, jamais tel monde a existé, cela ne sera jamais jour.

    De plus, aujourd’hui, seul la survie devient le chef lieu de la pensé.

    Nous rentrons dans une ère de survivance, auquel les états s’effondre les uns après les autres, entrainant un nombre croissant de réfugié en Europe, faisant une instabilité majeur pur ceux ci (les nations européennes).

    Le nombre d’humains diminuent de plus en plus rapidement sur la surface du globe (6 emes extinction massive d’espèce).

    Jamais dans les meilleurs scénarios de science fiction fut écrite cette réalité, car cette fois il n’y a pas de méchant extérieur, donc aucuns échappatoires.

    Il y a beaucoup d’ironie au final.

    D’orateurs, de héros, ainsi que des hérauts, sa n’existera jamais, ça n’a simplement jamais existé.

    Avez vous lu « l’Enfer de Dante » ?, nous y voila

    Salut


  • Jeekes Jeekes 19 juillet 16:31

    Il ne faut plus dire « gros » mais « obèse »
     
    Erreur.
    Il faut dire « personne en sur-poids »
    Mais qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école ?
     
    Enfin bon, moi, des z’orateurs, j’en rencontre pourtant tous les jours.
     
    Y’m diz « Yo, ziva, kesseta à’maté, baiss lé zyeux, j’nik ta mer »
     
    Il me semble que c’est une formule de politesse pour me souhaiter la bienvenue dans leur jolie cité...
     


    • pallas 19 juillet 16:40

      @Jeekes

      Allons un peut de retenue.

      Notre pays s’effondre, tel une des dernières barrières sur ligne de front face au chaos.

      Plus de 70% de la planète est devenu invivable.

      Il faut un peut la comprendre, la rhétorique face à la réalité, sa m’amuse, mon sourire va en grandissant.

      Alors il ne reste rien d’autre qu’un semblant d’orgueil inutile, énervant, mais franchement stimulant.

      Salut


    • Ciriaco Ciriaco 19 juillet 21:40

      @Jeekes

      Boris Cyrulnik disait dans une conférence dont j’ai la flemme de retrouver le lien qu’il y a des individus qui, par leur entourage dès la petite enfance, n’expérimentaient que l’angoisse dans toute stimulation extérieure. Les enfants en bas-âge tapaient l’objet inconnu et plus tard les adultes prenaient comme une agression tout regard de face.

      Petite précision intéressante : Boris Cyrulnik parlait des familles vivant en situation de guerre.

    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 20 juillet 11:22

      @Jeekes

      Wesh gros, t’as raison ^^


  • mmbbb 19 juillet 16:55

    il est vrai qu en France un Churchill serait inaudible. Vous citez Danton, Robespierre…. la je me marre , Certes des grands orateurs qui ont été a l origine d une révolution meurtriere barbare sanglante Le sort du dauphin Louis XVII a ete des plus sauvage des plus ignoble Cette revolution fut le terreau des grands regimes totalitaires En effet Lénine connaissait particulierement notre histoire et la police politque a ete initie par Fouche , La Tcheka etait la pour annihiler les contre revolutionnaires Quant a la terreur, Satline a fait un copier coller. Il n’a rien invente Danton un maniaco depressif , et Robespierre un dingue qui substitua le culte de l etre supreme a la religion Vous auriez pu avoir d autres exemples. et eviter cette crevure de Celine qui fut condamne par contumace Ha ces intellos humanistes et instruits me surprendront toujours . De Gaulle etait un grand orateur mais il avait encore le pouvoir de mener sa politique . Dorénavant a quoi servirait un discours alors que la France n’a plus de pouvoir Elle est inféodée a l Europe, Seul Asselieneau l a dit mais il n a pas ete tres ecoute Les politiques ne font que de la com


    • lisca lisca 21 juillet 14:36

      @mmbbb
      Cette « crevure » de Céline ? Un grand écrivain, certes persécuté, au style très riche.
      Vive louis-Ferdinand !


  • Abou Antoun Abou Antoun 19 juillet 17:09

    Certains savent encore s’exprimer. Le drame est qu’ils n’ont rien à dire. Ce qui manque aujourd’hui le plus dans le discours, c’est bien le contenu.


    • pallas 19 juillet 17:19

      @Abou Antoun

      Le nombres d’humains pouvant faire une simple phrase intelligible est devenu extrêmement rare, dans peut de temps sa ne sera plus.

      Pas d’inquiétude, la formulation des mots et des phrases, sans comprendre son « double sens » est devenu inaudible pour les sujets talentueux actuels, c’est d’un merveilleux et hilarant.

      Mon sourire est là.

      Salut


    • mmbbb 20 juillet 09:51

      @Abou Antoun Si vous avez un orateur parlant avec eloquence mais ne pouvant pas mener la politique evoquee, cela s appelle un discours creux. Les francais doutent desormais de ces discours politiques et la derniere election l a prouvée . Il serait plus honnête que ces politiques fassent ces discours depuis bruxelles a cote d un commissaire europeen.


    • chantecler chantecler 20 juillet 10:21

      @Abou Antoun
      C’est peut être aussi qu’il n’y a plus rien à dire .
      Il paraît qu’à l’ENA il y a(vait) un concours pour exprimer sur un sujet politique deux conceptions opposées .
      En quoi notre politique qui ne dépend plus de chefs d’état nationaux , mais qui est le fait d’une bureaucratie externe , qui impose ses règlements pourrait susciter des discours enflammés ?
      Nous ne pouvons plus y trouver que des discours langue de bois et abscons .
      Cette dernière campagne a été un sommet pour tout dire sauf faire surgir l’important .
      Hollande Sarko Chirac ont été pas mal non plus .
      Par contre la com, la publicité , la connivence ,ça remplace tout .
      Dans un sens la politique c’est mort .
      Place à des porte paroles , aux idéologues d’un système de plus en plus totalitaire .


    • Abou Antoun Abou Antoun 20 juillet 11:34

      @chantecler
      Historiquement, le premier à parler pour ne rien dire a été VGE. A l’époque j’écoutais encore les allocutions télévisées, conférences de presse, etc... J’avais déjà, de part mon métier ,un esprit analytique. A la fin de chaque intervention je me demandais « Mais qu’a-t-il donc dit ? » et la conclusion évidente : Rien, rien, rien de rien !
      Par la suite la tradition s’est perpétuée avec la (longue) parenthèse Mitterrand où il y avait (parfois) un peu de sens.


  • Fergus Fergus 19 juillet 19:08

    Bonsoir, Pétula

    J’avais apprécié cet article en modération. Je renouvelle ici le plaisir que j’ai eu à le lire, tant dans sa forme que, bien évidemment, sur le fond.


  • Ciriaco Ciriaco 19 juillet 20:05

    A l’inverse, je dirais que l’époque connait un énorme affinement des techniques de communication chez les leaders. L’orateur charismatique a un relief dans l’histoire, c’est-à-dire précisément dans les temps où les techniques de communication n’étaient pas aussi répandues. En ce sens il agit comme un mythe dans les mémoires.


    Le danger que vous devriez pointer c’est bien plutôt celui d’une partie de la population sans cesse exposée et désarmée vis-à-vis du recul on ne peut plus nécessaire sur le contexte, la parole, le texte et l’image. Ainsi se dessine un vaste terrain de manipulation et d’abus de confiance, qui crée également en réaction des élans réactionnaires dangereux, usant de la raison comme une arme d’affirmation, jamais comme ce qu’elle est, c’est-à-dire un outil du doute.

    Dans ce contexte il est très choquant et très inquiétant que l’Éducation Nationale n’aborde pas la question, directement et sans détours, de l’éducation à l’esprit critique.

  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 20 juillet 11:23

    Les discours sont une chose, les actes une autre ^^


  • Elliot Elliot 20 juillet 12:32

    Si pour être grand orateur, il suffit de convaincre par des arguments et la rhétorique ceux qui sont opposés pour de bonnes ou de mauvaises raisons à vos idées, je n’en vois guère dans la liste que vous citez qui correspondent à ce critère.

    S’entend dont les ralliements se sont réalisés par la puissance des idées et non un hasard de conjonctures favorables qui fait que des gens sentent le sens du vent et s’y abandonnent.

    On peut trouver Mélenchon grandiloquent, cela n’enlève rien à la force de son discours qui est celui d’un lettré et d’un homme engagé qui veut convaincre avec plus ou moins de bonheur.

    Au demeurant, on trouvait déjà de l’afféterie dans les homélies de Lamartine à l’Assemblée Nationale et si les discours de Robespierre sont des délices à la lecture, leur auteur n’en a pas moins fini sous les huées sa vie sur l’échafaud.

    Quand on voit le niveau de la plupart des représentants élus de LR, on comprend que l’environnement intellectuel général est plutôt à la baisse et la conscience de classe au rayon des objets oubliés.

    En raison de ce qu’il disait davantage que de la manière dont il le disait, Jaurès a fini assassiné, conséquence de l’exécration qu’il suscitait dans la Droite Nationaliste.

    De Gaulle a eu besoin des armées alliées pour revenir en France et restaurer la liberté.

    Orateur de talent , il a même réussi a se faire applaudir par ceux-là qui se pâmaient devant le Maréchal Pétain mais ces ralliements n’ont rien à voir avec la puissance des arguments et avec la vigueur du discours mais avec l’opportunisme de bas étage qui fait qu’on brûle volontiers par faiblesse ou résignation ce que l’on a adoré, bref qu’on change de cheval..

    Et au reste, De Gaulle n’a jamais réussi à convaincre à gauche ou alors sur les franges et pendant peu de temps car le peuple a de la mémoire et voyait tout de même que, si les chefs de Vichy étaient condamnés, la plupart de leurs collaborateurs et pas seulement subalternes reprenaient du service en changeant simplement de maîtres à servir.


  • Le421 Le421 21 juillet 08:24

    Jean-Luc Mélenchon ne convainc que ceux qui sont acquis à sa cause ou vaguement sympathisants...

    Ben voyons !!

    Vous avez sûrement raison.
    A l’automne 2015, il était crédité de 20% d’intention de votes.
    Et en Avril, c’est toujours 20%.
    Il n’a convaincu personne, c’est évident.

    Voyez, moi aussi je peux écrire des âneries !!


  • alain_àààé 23 juillet 13:57

    excellent article.je reconnais que bien des mots ont changé avec le temps.c est vrai que nous ne disons plus femmes de ménage, pour ceux qui nettoyent les couloirs ou autres,mais tchéquenicienne de nettoyage


  • Ciriaco Ciriaco 30 juillet 06:33

    Et après (attention vraie question) ?


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