mercredi 21 octobre 2015 - par Laconique

Le tragique oubli de l’humanisme antique

Quand je songe à Plutarque, mon cœur se gonfle de reconnaissance. A travers son regard, tous les sentiments bas sont calcinés, la vue se purifie, les lignes d’action apparaissent avec netteté, le cours des événements devient intelligible, prévisible. Ce que Plutarque nous enseigne, c’est que la nature humaine est véritablement la clé de la compréhension de l’histoire. Qui connaît les hommes peut prévoir leur destin. Et, à cette lumière, c’est vraiment un gâchis sans nom, digne de susciter la commisération horrifiée des générations futures, que la politique française de ces huit dernières années. Comment le peuple se serait-il comporté devant les urnes si l’humanisme antique, cette connaissance si fine des ressorts de la nature humaine, lui avait été familier ; si Plutarque avait occupé dans la conscience collective la place qui était la sienne jadis (que l’on songe à ce qu’il représentait pour Montaigne, pour Rousseau), avant que la perte de repères de notre époque ne nous eût plongés dans un présent sans mémoire et sans perspectives ? Essayons de lire la politique française de ces dernières années à travers le prisme de ce savoir oublié.

Et tout d’abord, comment penser qu’un homme factieux comme Clodius, cupide comme Crassus, perfide comme Jugurtha, démagogue comme Cléon et versatile comme Alcibiade, comment penser qu’un tel homme pourrait avoir une autre fin que la leur ? Comment le peuple français, s’il avait eu encore des lettres, aurait-il pu confier le pouvoir à un tel homme en 2007 ? Il s’en est suivi pour la France exactement ce qu’il devait s’ensuivre, exactement ce qui s’est passé dans le cas d’Athènes hypnotisée par Alcibiade : ruine, perte de prestige, perte de la suprématie continentale, génération sacrifiée.


Maintenant, passons à l’élection suivante. Comment penser qu’un homme qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité, qui n’a jamais été ministre (!), un homme paresseux, sensuel et inexpérimenté comme Vitellius, comment penser qu’un tel homme pourrait mieux réussir que ce dernier ? Mais que s’est-il donc passé dans la tête des Français pour qu’ils aient espéré trouver leur salut entre de telles mains ?

A présent, en nous appuyant toujours sur Plutarque, tentons de discerner l’avenir, de tracer le portrait de l’homme qui est appelé à reprendre les rênes de l’Etat et à le remettre enfin sur le chemin de la grandeur et de la prospérité. Comment ne pas voir qu’un homme qui a perdu son père dans son enfance comme Jules César, qui a commencé dans la vie en labourant son champ comme Caton l’Ancien, qui est bègue comme Démosthène, pieux comme Numa Pompilius, intègre comme Aristide, inflexible comme Caton d’Utique, prévoyant comme Fabius Maximus et conscient des enjeux vitaux de sa patrie comme Périclès, comment ne pas voir qu’un tel homme, de manière aussi inévitable que le soleil à se lever le matin, est destiné à gouverner et à imprimer sa marque sur son pays ? Je m’arrête là, il y a un certain degré d’évidence qui ne permet plus à l’expression de se manifester.



6 réactions


  • howahkan Hotah 21 octobre 2015 10:09

    si nous voulons un chef nous finirons esclave....point barre..


  • Le p’tit Charles 21 octobre 2015 10:28

    Les bons sentiments et les pensées profondes de ces philosophes n’ont rien pu faire face à la barbarie qui elle par contre à su imposer sa LOI... !


  • colere48 colere48 21 octobre 2015 14:22

    Le Glaive aura toujours la prépondérance sur la Plume


  • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque (Courouve) 21 octobre 2015 21:44

    Cette culture s’est perdue en grande partie, hélas. Certains l’entretiennent, comme l’auteur de ce bel article.

    Montaigne est un excellent passeur vers les bons auteurs de l’Antiquité.



  • Phalanx Phalanx 21 octobre 2015 23:18

    Il n’ya pas d’humanistes antique à part peut être les sophistes* comme Protagoras (et le fameux mythe de Prométhée).


    Le monde antique était panthéiste, donc pas du tout humaniste.

    Il faudra attendre Pic de la Mirandole pour que ça reparte ... bien d’abord .... puis en chute libre jusqu’à aujourd’hui.

    * Et oui, pour justifier la Déification de l’Homme ... il faut un sophisme puisque rien, logiquement, ne le permet.



  • soi même 23 octobre 2015 00:20

    Et alors, le monde tourne et si vous trouvez pas sandales à votre pensé, c’est que vous êtes bon pour la réforme.. Car à chaque époque, il existe se vous pensez avoir perdue, le surfin de la pensé et de la sagesse humaine, il est vrai pour le trouver, il y a d’abord la mort à soi même à accepter..... !
    Sur se détail je reste laconique.... !


     smiley

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