mardi 18 juin 2013 - par Francescab

Le très archaïque « Voyage dans la lune » de Georges Méliès

Ça crie au génie, on crie au génie, mais il y a quelques petits soucis quand même... « Le Voyage dans la Lune » de Georges Méliès est un chef d'oeuvre du cinéma. D'accord, le film de 15 minutes date de 1902, et constitue une prouesse technique pour l'époque. Mais au-delà de la forme, on peut être surpris par le thème... 

Ce court-métrage nous donne en effet une bonne idée de l'esprit du début du siècle, entre sexisme, voire misogynie et colonialisme échevelé. La France domine alors l'Afrique d'ouest et l'Afrique centrale, ainsi que Madagascar, et s'est aussi arrogée l'Indochine, en plus de multiples colonies éparses plus modestes. C'est bel et bien le règne de l'Homme blanc chrétien.

 

Les femmes

Car il n'y a aucun doute sur le fait que les femmes soient au ban du pouvoir : le savant à l'origine de l'exploration de la Lune dans le film de Méliès, ainsi que tous ses disciples, sont exclusivement de sexe masculin, et ont tous un âge que l'on pourrait estimer supérieur à 65 ans. La connaissance, la science et ses instruments sont aux mains de ces Géronte tandis que les femmes tiennent d'autres rôles, bien délimités, ceux de servantes et de d'admiratrices. Elles apportent aux vieillards leurs instruments, leurs tenues de voyage, marchant en rang bien serré, célèbrent le départ des héros, le tout vêtues de ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui « mini-shorts ».

Même sur la Lune, censée porter une culture indigène exotique, le rôle des femmes est partagé entre service et charme : elles sont les étoiles la nuit, et entourent lascivement le roi de la Lune bien installé sur son trône lunaire.

 

L'étranger

Tandis que le paysage terrien est recouvert, modernité oblige, d'usines fumantes, la terre étrangère est appréhendée comme un lieu à conquérir, par des moyens qui trahissent la puissance destructrice sous-jacente, peut-être inconsciente alors. Les savants quittent la Terre par un long canon pointé vers la Lune, symbole à la fois classiquement phallique mais qui annonce aussi non-pas l'intention mais la conséquence de l'entreprise qui n'est autre que la mort.

Car d'emblée le territoire conquis est à la fois, paradoxalement, exotique, admiré, et défiguré par les Hommes. Il est d'ailleurs frappant que le premier contact des Hommes sur la Lune prenne la forme d'un vaisseau venant se planter dans la face de la Lune anthropomorphe, mutilant son œil (une coulure de sang venant souligner les dégâts).

La vaillance de l'Homme blanc face aux barbares ne tarde pas à entrer en action. Ils devront en effet se défendre, injustement agressés comme ils le seront nécessairement, par le sauvage du coin. Les habitants de la Lune prennent en effet la forme de sauvageons ne sachant pas marcher debout, des sortes de primates agités et hostiles, laids, se déplaçant accroupis. Il faudra aux Hommes blancs en tuer bon nombre. Plus d'une demi-douzaine en deux minutes, y compris le souverain de la Lune (un être de sexe masculin, bien évidemment).

Chassés par les sauvages d'une Lune où ils ont semé le chaos (notamment politique), nos savants sont accueillis en héros en France. Les dernières scènes sont saisissantes : l'un des habitants de la Lune, resté accroché au vaisseau dans son retour sur scène, est transformé en monstre de foire et en bouffon tandis qu'une statue est érigée en l'honneur de l'instigateur du voyage lunaire qui, avec un air triomphal, écrase du pied une représentation de la Lune, le visage blessé et grimaçant.

 

« Le Voyage dans la Lune » de Georges Méliès est visible ces temps-ci sur le site Arte +7 (http://videos.arte.tv/fr/videos/le-voyage-dans-la-lune—7537822.html)



18 réactions


    • Francescab 18 juin 2013 14:27

      Avez-vous seulement vu le film en question ? Si mes arguments sont erronés, je vous en prie dites en quoi. Vous cédez à la facilité (la paresse intellectuelle plutôt) de rejeter des idées sans les contrer en étayant avec des arguments.


  • Mmarvinbear Mmarvinbear 18 juin 2013 11:46

    Je ne vois pas ou est le problème.


    La société dépeinte dans ce court métrage est conforme aux canons et idéaux de l’époque.

    Que pensiez vous y trouver ? Un manifeste MLF avant l’heure ?

    Une écrasante majorité d’hommes, et même de femmes, étaient pour une ségrégation sexiste car jugée conforme aux besoins de la société.

    Les suffragettes étaient très minoritaires.

    Vous pensiez trouver un libelle anti-colonialiste ?

    Mais à cette époque, la quasi-totalité du pays était POUR la colonisation. Et parmi ceux qui étaient contre, une grande majorité l’était car cela détournait selon eux les moyens logistiques et militaires nécessaires à reprendre Metz et Strasbourg injustement arrachés à la Mère Patrie par l’ Empire.

    C’est une erreur courante que de juger un texte ou un film d’une époque avec les canons moraux d’une autre.

    • Francescab 18 juin 2013 14:29

      Je n’ai jamais dit que c’était étonnant. Cela colle bien avec l’époque. C’est d’ailleurs ce que je dis en tout début de post.

      Ce qui est étonnant n’est donc pas d’y trouver tout cela, mais de continuer à se pâmer sur ce film pour sa thématique alors que nos standards moraux ont (heureusement !) évolué positivement.


    • Surya Surya 18 juin 2013 15:24

      Je crois que si les gens continuent à se pâmer pour ce film, c’est pour ses qualités esthétiques. Tout le monde connait, en effet, la mentalité de l’époque, et personne de nos jours ne regarderait ce film en trouvant que le rôle qu’y jouent les femmes correspond bien à celui qu’elles sont supposées tenir dans la société.

      Il ne sert donc à rien d’être en colère au jour d’aujourd’hui contre ce film, comme si la mentalité qu’il véhicule était toujours d’actualité. De plus, ce film n’est pas un film sur le rôle de la femme dans la société, il ne fait que refléter la mentalité de son temps, ce qui est inévitable et tout à fait normal. Il faut le voir comme un témoignage de son époque, et si l’on veut également l’apprécier pour ses qualités, plutôt que se focaliser sur le fait qu’il reflète (forcément) la mentalité de son époque, il faut le voir comme l’un des films produits par ce génie du cinéma et de la magie, ce précurseur des effets spéciaux que fut Georges Méliès.
      Quant au canon qui envoie les Terriens sur la Lune, je ne sais pas s’il faut absolument le voir comme un symbole phallique (je vous rappelle à ce propos que dans la société japonaise, il n’y a aucune honte à exhiber des symboles phalliques), mais si vraiment c’est mal, pourquoi accuser Méliès, alors que ce n’est qu’une idée reprise de Jules Verne ?
      Devons nous maintenant relire Jules Verne avec un filtre féministe et psychanalytique de ses romans ? Pourquoi pas, c’est une étude critique comme une autre, mais en tout cas pas de quoi ressentir de la colère en 2013.
      Il y avait une ambiance formidable sur les plateaux de tournage de Méliès, et je suis sûre que les nanas qui ont tourné ce film, dont faisait partie, si mes souvenirs sont bons, la propre femme de Méliès, se sont bien marrées en le faisant.
      Le film de Georges Méliès est aussi magique et magnifique. L’avez vous remarqué ?


    • Francescab 23 juin 2013 20:57

      « magique et magnifique ». Nous vivons dans une société où les gens tiennent des propos à la fois forts (« magnifique ») et vides car non argumentés, expliqués. En quoi ce film est-il magnifique, je vous prie ?


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 18 juin 2013 17:39

    Rétroactivité des « valeurs » contemporaines ... smiley
    Au moins le Code Civil « ne dispose que pour l’avenir » . Enfin ,encore ...


    • Francescab 23 juin 2013 21:00

      Je n’ai aucunement l’ambition de « correctiser » (sic) quoi que ce soit.

      Une oeuvre, livrée au public, doit être discutée, critiquée. Si elle ne l’est pas, c’est du gavage.

      Mon discours, qui est selon moi tout à fait juste, a sa place dans l’espace public. C’est vous qui êtes le représentant de la pensée unique.

  • xray 18 juin 2013 17:41


    Qu’importe l’époque ou la technique 
    Le cinéma reste du cinéma !

    CONQUISTADOR SPACE (La conquête spatiale) 
    La connerie humaine est la seule approche que l’on peut avoir de l’infini. 
    http://conquistador-space.over-blog.fr/ 



  • vachefolle vachefolle 18 juin 2013 18:15

    Autant le film était évidemment dans l’air de son temps, autant votre analyse est empreinte de condescendance, et chargée de tous les préjugés de votre temps.

    En un mot votre analyse n’est pas plus objective que le film lui-même (qui lui ne revendiquait rien) !!

    A titre d’exemple le CANON n’a aucune représentation sexuelle, il constituait à l’époque le moyen technique le plus évident, voire le seul pour cet exploit. Donc y attribuer une quelconque symbologie est le simple fait de votre propre imagination.


    • Francescab 23 juin 2013 21:02

      A quel moment identifiez-vous de la condescendance ?

      De quels « préjugés » de « mon temps » parlez-vous ?

  • Stof Stof 18 juin 2013 20:37

    Moi qui était fier d’habiter la rue George Mèlies...


  • Constant danslayreur 18 juin 2013 21:34

    "La France domine alors l’Afrique d’ouest et l’Afrique centrale, ainsi que Madagascar, et s’est aussi arrogée l’Indochine, en plus de multiples colonies éparses plus modestes. C’est bel et bien le règne de l’Homme blanc chrétien.« 

    Et le Maghreb gnordel, une colonie britannique peut-être ? Vexé moi !

    Alors autant je réprouve le »connasse« ci-dessus excessif et déplacé, autant j’ai envie de vous offrir deux citations pour vous faire plaisir, mais si mais si

    1. Elle est de bibi :
     »qu’on soit lunatique ou pas, il est très impoli de montrer sa lune aux autres"

    2. Elle n’est pas de bibi mais aurait pu l’être
    Toujours été étonné qu’on laissât les femmes aller à l’église, mais elles n’ont aucune conversation que pourraient-elles bien lui dire ?

    Pas sur la tête Mesdames smiley


    • Constant danslayreur 18 juin 2013 21:39

      oups failli oublier,
      A propos du canon qui serait phallique ... heu ... pas plus qu’un rouge à lèvres je trouve ? Pardon ? Justement le rouge à lèvres est la pire horreur de ceci cela d’asservissement de la femelle au bon désir de ces messieurs et sois belle et tais toi et que sais-je encore ?

      D’accord, on ne va pas se fâcher pour si peu non plus, sinon z’avez rien de prévu ce soir ?


    • Constant danslayreur 18 juin 2013 21:43

      j’apporterai des cerises pour les lèvres


  • Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 18 juin 2013 21:58

    Les engins spatiaux humains ont toujours des formes de pénis. Il n’y a que ces tarlouzes d’aliens pour se déplacer dans des « soucoupes », couvercles de casseroles et autres véhicules de formes féminines évoquant la vaisselle. Chez les humains, c’est les hommes qui portent pantalon et nos astronautes ont des couilles, bordel de nom de dieu ! 


  • fredleborgne fredleborgne 18 juin 2013 23:49

    Ce qui m’étonne, c’est cette agressivité envers l’auteur qui n’a de toute façon pas découvert grand-chose.
    On pourrait rajouter que cette partie de l’HIstoire est surnommée « La Belle Epoque » et qu’on peut s’étonner de ne pas se demander pour qui.
    Mais, 110 ans après, on revient vers cette horreur de libéralisme sans résister, alors que finalement, ce film est tellement caricatural et satirique qu’on peut se demander si Mélies n’était pas un satirique progressiste (qui s’ignorait ?)
    Coté dialogues au cinéma, on revient vers le néant original, et on ne peut que regretter que la musique actuelle est bien loin de celle de l’époque...
    La-aussi, il y aurait des pistes à creuser avec ce petit quart d’heure initial...


    • Francescab 23 juin 2013 21:10

      Nous vivons une époque où certains poncifs de la société française sont remis en cause et je pense que l’agressivité qui se manifeste est une preuve que notre bon vieux pays n’est pas prêt à se regarder dans un miroir.

      La lecture que je propose détonne un peu trop avec un élément supposé génial de la cûltûûre française. C’est un sacrilège. Un peu comme dire « je suis végétarien(ne) et pour moi la gastronomie française devrait être révisée ». Certaines choses sont si viscéralement ancrée dans le paysage que toute critique est impossible. 

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