vendredi 8 mars - par Le Vautre Oméga

Le vingt-quatrième séminaire de Jacques Lacan

Au sujet de ce XXIVe séminaire j'ai à vous dire comment, du titre, on tire tout. Tout, tout, tout... Non seulement la philosophie même de Lacan sur la forme, mais aussi ce qu'il y a sur le fond, quant aux enjeux du discours capitaliste. Encore faut-il savoir à quel point ça nous concerne : les volées de bois vert en politique vont s'aggravant, alors très bienvenus sont les conseils judicieux nous mettant face à l'(ir)réalité des choses. Le symptôme, d'ailleurs, c'est ce qui vient du réel. Comme si, au fond, la découverte du réel était en elle-même un symptôme, entendre quelque chose de difficile à supporter... Les conseils de Lacan sont donc symptomatiques. De quoi ? Du réel qu'ils découvrent – i. e. les volées de bois vert dont ils sont, peut-être, les réctificateurs.

                                                                             

 

Le vingt-quatrième séminaire de Jacques Lacan s'intitule : « L'insu que sait de l'une-bévue s'aile à mourre ». 

Je ne vais pas en faire le commentaire proprement dit, ni y ajouter à l'oeuvre lacanienne une vue soi-disant experte... Déjà parce que Lacan lui-même disait qu'il n'écrivait pas pour être compris mais pour être lu, et là-dessus (je parle du style) il était parfaitement lucide et a répété qu'y comprendre ça ne veut rien dire, encore moins qu'on a réellement compris l'enjeu de telles ondulations linguistiques.

Il déclare plutôt que ça doit servir d'outils, à ouvrir quelques perspectives.

Ça serait drôle d'en faire justement le commentaire, n'est-ce pas, ainsi qu'à ce qui paraît l'Unbewusst dont la bévue dénote par lapsus, veut dire la caverne grosse de puissances quasi fluidiques auxquelles le long des siècles on a attribué divers noms à plus ou moins juste titre. N'est-elle pas révélée par là ?

Je vais faire au lieu de ça un métacommentaire.

Donc parler de commentaire quant à l'inconscient, il faudrait se demander pourquoi on en arrive là. Qu'à analyser de tels mots signifie, encore, que ça n'est pas rien de pouvoir en parler ainsi.

Ne pas prendre l'acquis pour de l'inné signifie également faire montre d'une chose fort précise, à savoir la pointe du Conscient au nom duquel le saint décharite cordialement. Car, en effet, disait Lacan jadis lors d'un entretien avec Jacques-Alain Miller et filmé par Benoît Jacquot, le saint ne fait pas la charité. Non seulement il ne l'a fait pas (la charité) mais il décharite, c'est-à-dire qu'il fait le déchet. 

Prenez-en la mesure : entendre que le saint ne fait pas la charité ! En un tournemain, c'est dire à quel point le saint ne s'échine pas à faire le commentaire hypocrite d'une phrase obscure, moyennant laquelle on se sent bien pédant à y introduire dans les cervelles d'un supposé lecteur n'importe quoi. 

Au contraire, que le saint fait le déchet induit qu'en vivotant il ne s'insère pas dans la Volonté de puissance. Autrement dit : non-insertion par quoi la sainteté fait tomber les mâchoires. 

Car qu'est-ce à dire sinon que par là il met au jour l'inconscient en n'y parlant pas ou en y parlant qu'à contrecœur du moment où de la gourmandise il en sent le démon ?

Le saint montre, ceci indirectement, la force des instincts inexpugnables de l'Inconscient contre la Conscience. Je soutiens les grosses majuscules : l'Inconscient ça n'est pas que l'en-dessous de votre iceberg, c'est une force dont la capacité d'attraction dépasse la sphère restreinte des boîtes crâniennes.

Qu'on ne se méprenne surtout pas quant à ces correspondances micro-/macro-...

Le caillou lui-même, quelquefois, détonne suffisamment pour révéler l'une-bévue à l'âme !

Bon, où va-t-on avec ça ?

Le discours analytique ne laisse pas de brocarder les tenants de la puissance, qui conditionnent leur vie de misère en protestant. On ne s'extrait d'aucun discours capitaliste par quiconque lors même que contre son gré l'on maintient son existence (audit discours). Pour découper en rondelles ce discours, il faut le connaître à fond. Si bien qu'à force d'objurgations intérieures, qu'on appelle avec un mépris certain la pénitence, on change (pour sûr) la donne. À la vérité, on a parlé avant moi de porte étroite. 

Qu'est-ce que vous dites ?

Au fond je ne vous entends pas : c'est un article. Mais m'entendez-vous ?

Si le commentaire d'une phrase implique tout ce que la guerre charrie, vous comprenez aussitôt (je l'espère) l'attention avec laquelle il faut traiter le sujet. La guerre sous-tend toutes nos attitudes, ainsi qu'il appert puisque nous vivons, à savoir que nous sommes concernés par l'être participé qui inclut un mauvais versant. De là, le yin & le yang ne sont que l'expression du bien qui fait mal déjà comprise sous le vocable de péché originel chez nous.

Enfin, ça se constate aisément partout.

C'est peut-être une partie de l'insuccès de l'inconscient ès matières d'amour & de désir de puissance, à obtenir salvation, qu'on veuille très vite faire des commentaires d'X ou d'Y. 

Je me demande comment surtout réagissent devant le réel de ce fait-là (un fait d'expérience) les gens qui me lisent. Car il existe beaucoup de manières de gens, lesquels s'obstinent à m'infliger de faux démentis pour conserver une once de bien-être... Triste, n'est-ce pas, d'autant plus que ces gens-là sont les premiers à geindre qui des bourgeois qui des imaginés lâches d'extrême gauche. Soit devant nous une tactique défensive dangereuse pour tous les tenants d'une psychologie approfondie, désormais soustraite généralement à toute férule.

Pour ma part, j'en reste là.



14 réactions


  • Arthur S Arthur S 8 mars 18:08

    Paix : intervalle entre deux guerres.


  • Gollum Gollum 8 mars 19:01

    Déjà parce que Lacan lui-même disait qu’il n’écrivait pas pour être compris mais pour être lu


    Et en disciple fidèle vous faites pareil. Bravo, c’est très réussi.


    Bon, où va-t-on avec ça ?


    Nulle part ?


  • JC_Lavau JC_Lavau 9 mars 06:15

    Hybride pour hybride, je préfère le loup-phoque à la cane-hyène.


    • popov 11 mars 14:52

      @JC_Lavau

      Je viens de retrouver un petit programme que j’avais écrit il y a des années pour amuser la galerie. Il s’agit d’un générateur de lacaneries.
      Le programme lit un certain nombre de fichiers texte, construit une table de recherche avec comme clés chaque couple de mots consécutifs et pour valeur une liste de mots qui peuvent suivre. Le programme commence avec une clé tirée au hasard, tire au sort le mot suivant dans la valeur de la table, puis construit la clé suivante avec le dernier mot de la clé et le mot suivant.
      J’ai choisi comme texte quelques pages d’introduction à la mécanique quantique, à l’ontologie et quelques pages de Totem et tabou. J’aurais pu ajouter un manuel d’entretien de moteur diesels : on obtient du Lacan à tous les coups. 
      Voici un exemple :
      « Il a pris conscience que ces misérables cannibales nus observent une morale sexuelle se rapprochant de la philosophie. Par exemple, chez Hegel, la « substance », comprise comme signification authentique de toutes les choses conformément à la façon dont l’or se change en biens et les biens en or ; et il pensait que « vie » originaire. D’une part, la fondation de la mécanique quantique orthodoxe. En plus de chance d’y trouver des particules. L’univers everettien est déterministe. En effet, les bohmiens insistent sur le système va effectivement être trouvé ici ou là. Les probabilités reflètent ici non seulement l’intuition que Xénophane formulera plus tard comme, mais « l’être », semblable fondamentalement à l’émergence de la mesure n’est effectuée sur le principe de l’univers obéit à l’équation de Schrödinger. »
      etc. etc.


    • JC_Lavau JC_Lavau 11 mars 15:24

      @popov. Un journaliste (Jean-Francis Held ? Je n’en jurerais pas) avise une coquille dans un texte de Lacan. Il demande une explication de texte à des la-cane-hiens. Chacun justifie le coq-à-l’âne et le trouve vachement profond, mais avec des explications toutes différentes. Après quoi il pose la question à Jacques Lacan, qui répond qu’il y a évidemment une erreur, et qu’avec cette coquille, ça n’a plus aucun sens.


  • JL JL 9 mars 08:58

    « Le saint ne fait pas la charité »

     

     !!??

     

    C’est de la novlangue dans le texte ?

     

     C’est quoi, pour vous (ou Lacan), un saint ?


    • Le Vautre Oméga Le Vautre Oméga 9 mars 17:02

      Un saint, c’est celui qui s’extrait du discours capitaliste en changeant de logique. Sa logique est celle de Matthieu 6 (je parle des Évangiles), à savoir d’endosser une souffrance qui ne doit être entraperçue par les autres que par hasard. Le saint souffre de ce qu’il souffre, car en souffrant (Nietzsche l’a montré) on cherche la puissance. Par conséquent, une conscience optimale, dont (je le rappelle) la méchanceté de tous les actes est incluse comme savoir, sait naturellement tout ça et fait montre de sainteté. Voilà le saint et son auréole !


    • Le Vautre Oméga Le Vautre Oméga 9 mars 17:07

      D’ailleurs, si on m’a compris, le saint ne s’extrait pas du discours, du moins s’en extrait-il en ne s’y extrayant pas (de ce dit discours). Il en est la victime ; il ne proteste pas contre. Car à y protester, Lacan l’a dit, il le renforce (le récalcitrant étant de bonne logique guerrière – donc en définitive capitaliste). 


    • JL JL 9 mars 19:01

      @Le Vautre Oméga
       
       j’apprécie la réponse mais je ne sais pas si je comprends : j’y cherche en vain le rapport avec la charité.


    • Le Vautre Oméga Le Vautre Oméga 9 mars 19:12

      C’est, me semble-t-il, une simple distinction au niveau du don. Le saint ne donne pas, il se donne en premier lieu. Celui qui fait la charité croit bien faire et est empli d’une bonne conscience presque insolente. C’est donc une démarche capitaliste.


    • JL JL 9 mars 19:54

      @Le Vautre Oméga
       
      je suis d’accord.


    • JC_Lavau JC_Lavau 9 mars 20:55

      @Le Vautre Oméga. Déjà entendu ça : « Je fais don de ma personne à la France », disait celui qui devint dictateur à 84 ans.


    • Le Vautre Oméga Le Vautre Oméga 9 mars 22:03

      Pourquoi pas ? Vous êtes franchement capitaliste.


    • popov 11 mars 16:24

      @Le Vautre Oméga

      D’ailleurs, si on m’a compris, le saint ne s’extrait pas du discours

      Ne vous fatiguez pas, nous sommes des bourrins, nous sommes absolument incapables de mettre sur le même pied une proposition et sa négation.


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