jeudi 14 mai - par Bernard Mitjavile

Leçons pour l’Europe du Covid-19

 

S’il y a une chose que la crise du Covid-19 aura montré, c’est que l’Europe telle qu’elle est fantasmée par ses partisans européistes ou opposants du Rassemblement National, une puissante entité supranationale contrôlant les politiques nationales dans les domaines de l’économie, la santé, le contrôle des frontières et autres, cette Europe n’existe simplement pas.

L’Europe de la santé rassemble différents organismes avec un certain nombre de fonctionnaires à Bruxelles ou ailleurs qui font croire qu’ils planifient et coordonnent les politiques de santé des différents pays mais qui ont en fait très peu de contrôle sur ces politiques.

Cela explique que l’on ait eu face à la pandémie du Covid-19 des politiques sanitaires très différenciées avec des résultats si différents entre l’Europe de l’Est, l'Europe du Nord, l’Allemagne et l’Europe du Sud dans laquelle on peut inclure la France. Les pays du groupe de Visegrad ou V4 (Hongrie, Pologne, République Tchèque et Slovaquie) ont fermé très rapidement leurs frontières ce qui leur a permis de bien contrôler l’expansion du virus. La Grèce a fait de même ainsi que le Danemark, la Norvège, la Finlande mais pas la Suède. L’Allemagne a montré la supériorité de son système de santé et de ses hôpitaux pour faire face à cette crise, l’Autriche a eu une politique proche du V4 avec un système hospitalier proche de l’Allemagne. L’Europe du Sud (France, Italie, Espagne) qui a eu les pires résultats, a fermé tardivement ses frontières pour des raisons idéologiques dans le cas de la France (le virus était supposé ne pas connaître les frontières) et l’afflux des malades aux urgences a mis en évidence la limite des capacités d’accueil des hôpitaux. Toujours dans l'Europe du sud, le Portugal a fermé assez rapidement leurs frontières et a été jusqu'à maintenant relativement épargnés. Le Royaume Uni ayant quitté l’UE n’est pas inclus.

En d’autres termes, l’Europe tant décriée par le RN et louée par LREM et les centristes a surtout prouvé son inexistence en matière de coordination des politiques sanitaires et même des politiques de contrôle des frontières.

Concernant ce dernier point, les différences spectaculaires entre les politiques d’immigration du V4 ou du Danemark et celles de la France avaient déjà montré la faiblesse de l’Europe qui se contentait de lancer de vagues menaces à l’égard des pays du V4 qui n’ont été suivies d’aucun effet.

Ce qui a été mis en évidence dans cette crise risque de l’être encore plus par la suite. Par un arrêt du 5 mai, la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe a exprimé son refus que la Banque européenne (BCE) achète des titres de dettes européennes finançant ainsi indirectement les déficits des pays européens. Cela remet en cause le financement du programme anti-crise de pays européens comme la France, programme supposé aider ces pays à coup de centaines de milliards d’Euros à faire face à la crise économique consécutive à la crise sanitaire. On voit que le cœur de la construction européenne, la coordination des politiques économiques, risque a son tour d’être remis en cause.

On ne sait encore quelle sera la décision finale suite à la décision de Karlsruhe, si un arrangement sera trouvé, ce qui est bien possible mais aura des conséquences. On aura en tout cas mesuré la fragilité de cette construction européenne pouvant être remise en question par une décision de la cour suprême allemande. 

En fait, quand on regarde les politiques économiques allemandes et françaises sur les dernières décennies et les résultats de ces politiques, on peut se demander si cette coordination européenne qui aboutit à des excédents massifs des exportations en Allemagne et des déficits massifs en France, a jamais vraiment existé.

Tout cela devrait faire réfléchir nos politiques de droite comme de gauche qui font de l’Europe soit une solution à tous les problèmes économiques, sociaux ou autres, soit un bouc émissaire pour ces mêmes problèmes.

De temps en temps, il est temps pour les politiques de changer leurs discours pour se rapprocher un peu des réalités de notre monde. Il ne suffit pas de répéter « non à l’Europe », « non à l’Euro » ou "Oui à l'Europe" et réclamer « plus d’Europe » pour prétendre avancer un programme répondant aux défis de notre temps. Faire bilan de la situation économique et sociale de la France ne serait pas inutile avant de lancer des slogans.

 



16 réactions


  • julius 1ER 14 mai 11:53

    En d’autres termes, l’Europe tant décriée par le RN et louée par LREM et les centristes a surtout prouvé son inexistence en matière de coordination des politiques sanitaires et même des politiques de contrôle des frontières.

    @l’auteur,

    C’est même plus grave encore.... car les frontières autour de chez-nous devaient être réouvertes incessamment mais que néni on apprend que la réouverture aurait lieu le 15....Juin .... et ce n’est même pas une blague !!! Bonjour Shengen !!!

    et ce n’est pas tout... l’Autriche, la Suisse, et même l’Allemagne veulent filtrer(écarter) les ressortissants italiens coupables d’être à l’origine de la pandémie .... c’est la désunion totale et chacun fait sa soupe comme il l’entend quid des règles communes et certains imbéciles parlent d’Europe des Nations mais qu’est-ce que çà veut dire quand la Règle est le chacun pour soi ????


    • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 14 mai 12:07

      @julius 1ER
      Vous avez raison. Je ne sais pas comment on va rétablir la confiance mais je pense qu’il faut partir sur de nouvelles bases, plus réalistes, plus démocratiques, plus respectueuses des identités des différents peuples européens. La coopération européenne, le rapprochement des peuples européens est bien sûr une bonne chose mais elle peut prendre bien des formes.


    • julius 1ER 14 mai 15:46

      Vous avez raison. Je ne sais pas comment on va rétablir la confiance mais je pense qu’il faut partir sur de nouvelles bases, plus réalistes, plus démocratiques, plus respectueuses des identités des différents peuples européens. La coopération européenne, le rapprochement des peuples européens est bien sûr une bonne chose mais elle peut prendre bien des formes.

      @Bernard Mitjavile
      j’entends bien tes arguments Bernard sauf que ces arguments là, on les entend depuis 50 ans et que s’est -il passé depuis ???? rien toujours les mêmes antiennes, ... et un Grand Marché comme seul horizon ... grand-marché que les anglais ont tout fait pour l’obtenir, mais seulement le Marché et rien que le Marché

      sitôt parvenus à cela les anglais se sont exfiltrés et nous laissent avec un Grand Marché qui n’ a plus bougé depuis 30 ans ... or qui ne progresse pas, régresse !!

      et là les russes avaient une magnifique expression pour qualifier les années sous L Brejnev ils appelaient çà « la grande glaciation » je pense que le terme est tout à fait adapté aux années que l’on vient de traverser car hormis les accords de Schengen rien ou à peu près rien !!
      alors si tu penses que c’est en reculant ou en stagnant que l’on avance libre à toi Bernard mais je ne partage pas !!!


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 14 mai 12:30

    En effet, la Cour constitutionnelle allemande vient de’nvoyer un skud par un arrêt en date le 5 mai 2020 qui considère que la Banque Centrale européenne (BCE) a outrepassé les traités européens avec ses rachats d’actifs en pleine crise de la dette grecque (soit 2.200 milliards d’euros).

    Cette décision remet donc en cause l’octroi par la BCE de son plan de 750 milliards de rachats de dette publique dans la zone euro dans le cadre de « la lutte contre les conséquences du Covid-19 », ce qui déclenche une crise juridique avec la Commision européenne et la Cour de Justice européenne puisque la Cour constitutionnelle allemande demande des éclaircissements sur sa décision de décembre 2018.

    Cette décision remet aussi en causer plus de 500 milliards d’euros de rachats de dette déjà effectués par la Bundesbank depuis 2015 avec la menace de revendre ces titres sur le marché secondaire.

    Les capitaux allemands ont choisi d’utiliser le levier juridique pour changer leur fusil d’épaule.


    • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 14 mai 12:57

      @Séraphin Lampion C’est étonnant que cette décision vraiment importante ait fait si peu de bruit dans les médias, passant entre autres après les questions du retour des enfants à l’école après le confinement.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 14 mai 13:14

      @Bernard Mitjavile

      à l’époque, la promulgation de la loi n° 73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France, appelée également « loi Pompidou-Giscard-Rothschild », qui a modifié le statut de la Banque de France et précisé les conditions imposées à l’état d’emprunter aux banques privées, n’a pas fait beaucoup de bruit non plus ! Elle est pourtant à l’origine de l’accroissement exponentiel de la dette publique.

      Cette loi a été abrogée lors de la signature du Traité de Maastricht, mais la règle est restée la même pour tous les pays de la zone euro.

      Peut-être que la décision de la cour de justice constitutionnelle allemande va donner des idées au conseil constitutionnel français ? Ça m’étonnerait, mais ça serait rigolo.


    • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 14 mai 13:32

      @Séraphin Lampion Oui, en général, on critique le côté politiquement correct des médias, leur parti-pris politique de gauche ou droite mais plus qu’une question de point de vue, le problème principal est peut-être leur superficialité qui fait que l’on ne couvre pratiquement pas des décisions qui ont des répercussions économiques et sociales sur des années au profit de petites polémiques politiques. Bon, concernant l’arrêté de Karlsruhe , peut-être vont-ils trouver un arrangement mais cela aura été un avertissement sérieux. Peut-être est-ce une bonne chose.. Personnellement, je trouve bizarre que l’on emprunte à des taux négatifs ou que l’on laisse les gouvernements dépenser des centaines de milliard d’Euros sans véritable contrôle


    • Le421 Le421 14 mai 18:51

      @Bernard Mitjavile
      Le parti-pris politique de gauche des médias...
      A part l’Humanité, je ne vois pas très bien !!
      Je vous fais la liste des autres, de droite, voire bien de droite ?
      Enfin, là, tout de suite, j’ai pas le temps.
      Je me couche vers 23H00 et je n’aurais pas fini.
      Même en tapant vite...  smiley


    • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 14 mai 20:19

      @Le421 J’ai écrit le parti pris politique de gauche ou de droite. Par là je veux dire qu’au delà de leur orientation politique qui est réelle, le problème des médias est leur superficialité dans le traitement de l’actualité, à gauche comme à droite. 


    • Le421 Le421 15 mai 13:19

      @Bernard Mitjavile
      Et je ne suis donc toujours pas d’accord avec vous... CQFD


    • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 16 mai 11:02

      @Le421 Je ,ne sais pas sur quoi vous n’êtes pas d’accord aussi je ne peux répondre.


    • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 16 mai 12:09

      @Séraphin Lampion Maintenant, à mon avis et contrairement aux arguments de Florian Philippot et du RN, il ne s’agissait pas de vendre la France à la finance internationale mais d’amener les responsables français à un plus haut niveau de responsabilité et de transparence dans la gestion des finances publiques. Du temps de Pompidou, cela ne posait pas de problème parce que les finances étaient saines, les budgets de l’Etat étaient équilibrés jusqu’à la période de Raymond Barre, mais par la suite, sous Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande avec tous les budgets déficitaires et une gestion irresponsable, cela a posé des problèmes. Bon, il y aurait bien des choses à dire sur le rôle de l’inflation dans le système précédent, une façon pour l’Etat de prendre l’argent des épargnants et retraités mais c’est un peu long pour en discuter dans un post.


  • Le421 Le421 14 mai 18:47

    Et je vois toujours des gros malins affirmer de manière péremptoire qu’on ne peut rien faire « sans Frexit », alors que cette crise a démontré que quand on voulait, chacun faisait à sa façon...


    • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 14 mai 20:16

      @Le421 Tout à fait d’accord, faire de l’Europe le bouc émissaire est une façon d’éviter de prendre ses responsabilités au niveau national, de faire face aux défis économiques et sociaux de notre pays.


    • Cadoudal Cadoudal 14 mai 20:23

      @Bernard Mitjavile
      La belle Charlotte :

      "On nous dit que l’UE fonctionnera vraiment après la mise en place d’une souveraineté européenne.
      Sauf que les pays ont des désaccords entre eux sur :
      • l’immigration
      • les frontières
      • l’économie
      • ... On est incapable au niveau national car on est obsédé par l’UE."

      https://twitter.com/Tancrede_Crptrs/status/1260975662015397888?ref_src=twsrc%5Etfw


    • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 14 mai 20:47

      @Cadoudal Effectivement. En plus déjà au niveau national les français sont profondément divisés sur les questions d’immigration, de sécurité, économiques et sociales.


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