vendredi 28 février - par Desmaretz Gérard

Les armes automatiques (full auto)

La mitrailleuse allait révolutionner la guerre, au premier jour de la bataille de la Somme, le 1 juillet 1916, les Britanniques perdirent 60 000 hommes sous le feu des mitrailleuses allemandes ! La première mitrailleuse fut brevetée en 1718 par James Puckle, montée sur un trépied, l'arme à un seul canon derrière lequel tournait un barillet à neuf chambres, était capable de tirer 63 coups en sept minutes. Gatling déposa le brevet d'une arme munie de plusieurs canons tournant autour d'un axe en 1862, l'arme à cinq canons tirait 700 coups/minute. Maximilien Hiram breveta le principe de fonctionnement par emprunt des gaz en 1884 ; les gaz qui poussent la balle dans le canon rencontrent lors de leur parcours un évent situé près de la bouche du canon. Une partie de ces gaz est récupérée dans une tubulure pour actionner un piston par l'intermédiaire duquel une bielle repousse la culasse (une biellette empêche la culasse de reculer avant que les gaz n’atteignent l'évent). La mitrailleuse légère et servie par un seul homme sera utilisée comme arme embarquée à bord des aéronefs. Le 5 novembre 1914, un Voisin équipé d'une mitrailleuse Hotchkiss abat un avion allemand.

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Le pistolet mitrailleur popularisé sous le terme de mitraillette est né de l'idée d’une arme pouvant tirer en rafale pour accroître les chances de placer une balle dans la cible. L’arme devait être légère et tirer des munitions de pistolet. L'ancêtre du PM est une arme Italienne apparue en 1915 sous le nom de Villar Perosa qui sera reprise par l'Allemand Hugo Schmeiser avec le machinen pistol en 1916. Les Américains créèrent en 1930, la mitraillette Thomson équipée de son célèbre chargeur en camembert, arme popularisée par les bootleggers. Les Anglais déclarèrent que la mitraillette était une arme de gangsters et attendirent la Seconde Guerre mondiale pour fabriquer la Sten, arme reconnaissable à son chargeur placé horizontalement sur le côté gauche de l’arme. Les Soviétiques avaient compris que le PM était une arme idéale pour le combat en milieu urbain, le siège de Leningrad fut gagné grâce aux courage des hommes mais aussi avec l'usage du PPM 43. Ce type d'arme n’a cessé depuis de se répandre lors des guerres coloniales et maintenant en opération de police ou de contre-terrorisme.

Le principe le plus rudimentaire reste le système à culasse non calée. Le PM possède un bloc culasse lourd de plusieurs centaines de grammes au centre duquel se trouve un percuteur, une pointe de métal faisant saillie, équipement mobile qui tend à revenir en avant par l’action d’un puissant ressort récupérateur. Pour le tir du premier coup, la culasse est ramenée manuellement en arrière par le tireur et un « doigt » la bloque dans cette position. Lors de la pression sur la détente, le « doigt » libère la culasse qui est violemment ramenée en avant pour chambrer une cartouche et venir la percuter. Sous la pression des gaz, le bloc recule et les cycles se répètent jusqu'à ce que le tireur ôte son doigt de la détente, ce qui permet à la culasse d'être de nouveau maintenue en arrière et prête pour un nouveau tir. Ce principe ne comporte aucun système de verrouillage, c’est la masse du bloc culasse et la force du ressort qui ferment momentanément la chambre. Cette arme à culasse ouverte ne peut tirer que des munitions de puissance moyenne. La cadence de tir de ce type d’arme oscille entre 600 et 1000 coups minute, le chargeur serait vite épuisé si l’arme n'était équipée d’un sélecteur de tir afin de permettre le tir de rafales limitées à quelques coups (2,3), une autre position permet le tir en rafale continue (usage exceptionnel).

L'évolution constante des pistolets mitrailleurs (une mitraillette n’a pas de sélecteur de tir) a conduit à les classer dans différentes catégories ou générations :

1° génération : la carcasse est en acier usiné.

2° génération : la carcasse de l’arme est en tôle emboutie ( exemple la sten).

3° génération : une partie de la culasse est télescopique et enveloppe une partie du canon (Beretta).

4° génération : tir à culasse fermée (HK) pour améliorer la précision, le tir en culasse ouverte entraîne le tressautement de l’arme ;

5° génération : apparue en 1992, arme bulpup qui fait appel aux matériaux composites (Steyr, FN P90). Certaines de ces armes ont un chargeur placé longitudinalement dans l’axe du canon et l'éjection se fait sur le dos de l’arme. Les armes de cette génération tirent à culasse fermée et non verrouillée.

Sous l'évolution et le déplacement des conflits, les besoins des militaires n’ont cessé de se modifier. Lors de la Première Guerre mondiale, la portée moyenne de tir du soldat était de 900 mètres. Durant la Seconde, les Allemands perçurent l'intérêt d’une munition plus puissante que celle d’un PM et la nécessité d’offrir un tir plus sélectif jusqu'à une distance de 400 mètres, et ce pour un poids bien moindre que le fusil Mausser. En 1942, Walter et Haendel proposèrent un modèle d’arme automatique en calibre 7.92 (le MKB 42), mais le premier véritable fusil d'assaut fut le MP 43 de Shmeiser qui apporta des modifications au modèle de Walter et Haendel. Avec le modèle STg 45 de Mausser, on débouche sur le principe quasi universel du fusil d'assaut moderne.

L'armée Américaine qui, à la suite des conflits d'après guerre avait fait une synthèse des blessures par balles, aboutit à la conclusion que la majorité des blessures n'était pas due à des tirs ajustés, mais à des tirs de saturation et que la plupart des blessés l'avaient été à des distances inférieures à 300 mètres. Ces constatations allaient déboucher sur le fusil d'assaut à tout faire. Dès le début de la guerre du Viet-Nam, tous les essais pour transformer un fusil de guerre classique capable de tirer en rafales furent un fiasco, le recul était trop important ! On se tourna vers une nouvelle munition réalisant un compromis entre recul, précision et un pouvoir vulnérant acceptable. Ce fut l'avènement de la munition .223 ou 5,56 dérivée du 22 magnum utilisé pour la chasse. La petite taille de cette cartouche allait permettre au combattant d’emporter deux fois plus de munitions. La tendance des fusils d'assaut (arme courte et légère) fut représentée par l’Armalite M16 conçu par l'ingénieur Eugène Stoner.

Avec le F.A.M.A.S (fusil d'assaut de la manufacture d’armes de Saint Étienne) de l'armée Française, on renoue avec le bullpup qui a la particularité d’avoir non plus le magasin devant la détente ou dans la poignée, mais derrière celle-ci afin de disposer d'une longueur de canon plus grande sous un faible encombrement (son canon martelé a froid, entraîne un coût très supérieur aux autres armes qui s'exportent à travers le monde, ce qui explique son échec commercial). Cette idée bullpup reprise sur le « Clairon » était apparue avant la Seconde Guerre en Grande-Bretagne avec le E.M.2 (Experimental model 2), ce qui pour l'époque était une petite révolution d’autant plus que cette arme fonctionnait par emprunt des gaz et qu'elle était dotée d’une culasse à deux tenons.

Les améliorations successives allaient déboucher sur le principe à culasse verrouillée lors du tir. Avant le tir, la tête de culasse pousse une cartouche dans la chambre et un jeu de galets s’engage dans un logement prévu dans la carcasse verrouillant la culasse. Le coup parti, une biellette empêche la culasse de reculer avant que les gaz n’atteignent l'évent, après, la culasse recule et libère le verrouillage permettant aux cycles de se répéter comme pour toutes les autres armes automatiques. Ce procédé par galets se retrouve sur les armes : A.K - H.K - S.I.G - C.E.T.M.E. Il existe un système similaire à course réduite dans lequel le piston n’est pas relié mécaniquement au mécanisme ; le piston se contente de délivrer une impulsion au mécanisme qui continue, seul, à effectuer le cycle de fonctionnement. Ce principe est plus léger mais plus complexe.

L'expérience des deux dernières Guerres Mondiales avait montré la redoutable efficacité d’une arme automatique de fort calibre (7.62, 7.92 et 12.7) qui permettait à un petit groupe d’hommes d’interdire tous mouvements en terrain découvert. Le fusil mitrailleur qui équipe les petites unités (section, peloton, escouade) est capable avec une cadence de tir d’environ 1000 coups minute, d’une efficacité maximum sur des cibles fugitives ou peu visibles. Cette arme d'un poids d'environ 10 kilogrammes dont la munition est capable de traverser 10 millimètres de blindage, s’utilise avec une hausse de combat de 600 mètres, tandis que sa portée maximum dépasse les 3.000 mètres.

Le FM est servi par deux hommes, le chef de tir aménage son poste, exécute le tir et gère les incidents de tir. Le second, le chargeur/pourvoyeur a pour tâche de surveiller la consommation de munitions et d’approvisionner l’arme par des chargeurs ou une bande métallique à maillons articulés. Son rôle est également d’observer l’objectif pour renseigner le tireur sur l'efficacité du tir et la correction. Le fusil mitrailleur peut grâce à son tir continu, traiter le maximum de cibles en un minimum de temps. Par contre, la cadence de tir élevée entraîne l'instabilité de l'arme et ne permet pas le tir ajusté ni de reprendre la visée rapidement. L’attentat du Petit Clamart dirigé contre le général De Gaule le 22-8-62 fut exécuté avec un FM. Le chauffeur, pris sous les tirs, accéléra pour quitter la zone de feu le plus rapidement possible. On releva six impacts dans la carrosserie, trois pneus crevés et 73 étuis furent retrouvés sur place.

Si un FM a tiré pendant deux minutes en débit accéléré, il faut le laisser se refroidir jusqu'à ce que la température du fût soit supportable à la main avant de reprendre le tir ! Aucune arme automatique légère ne peut tirer à sa vitesse pratique pendant plus de quelques minutes consécutives. Compte tenu des arrêts imposés par le service de l’arme, la vitesse pratique correspond au nombre de coups qui peuvent être tirés efficacement en une minute. A un débit de 100 coups minute, l'arme peut soutenir cette cadence pendant 5 minutes et à 200 coups/min, deux minutes. Le FM permet de fixer l'adversaire qui ne peut ajuster ses tirs ce qui le rend incapable de redéploiement. Il peut alors être « traité » avec d'autres types d'armes légères portatives.

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10 réactions


  • juluch juluch 28 février 11:11

    Un bon article.

    le FAMAS qui a remplacé le FSA est une bonne arme mais...pas évolutive sauf en utilisant des artifices pour une lunette , une poignée...

    le HK416 par contre est l’arme moderne évolutive qui reléguera loin son prédécesseur.

    le PM a été abandonné sauf pour certaines unités avec des missions bien spécifique.

    merci pour le partage


    • Rincevent Rincevent 28 février 21:01

      @juluch

      Le FAMAS avait été étudié pour une armée de conscription. Pour ça, il fallait qu’il ne soit pas trop complexe (comprendre compliqué). Maintenant que ce sont des pros, on passe à un autre genre de matériel.

      Après, quand nos politiques s’émeuvent, la main sur le cœur et des trémolos dans la voix, que le remplaçant ne soit pas français, ils se foutent de nous ! Qui a liquidé nos arsenaux et fermé ou revendu les manufactures d’armes de Saint-Étienne, de Tulle, de Châtellerault, etc ?


    • juluch juluch 29 février 11:28

      @Rincevent

      Toute arme est facile à prendre en main, par contre quand on voit un FAMAS et un HK démonté....là on voit la différence....ça saute aux yeux !

      ensuite, une bonne partie de ces nouveaux matériels sont fabriqués en France pour certaines pièces détachées.

      Le FAMAS fut exclusivement français y compris avec les munitions qui a engendrai de gros soucis pour la 5,56......l’arme tolérai mal une mun différente.

      ici avec le HK, il « bouffera »tout type de muns en 5,56, se qui un bon avantage en combat


    • generation désenchantée 29 février 23:22

      @Rincevent
      merci la législation sur le élit de « sale gueule » d’une arme semi automatique ayant l’apparence d’un arme de guerre , même si c’est une 22Long Rifle
      c’est qui les ............ qui ont voter ces lois ?
      Bruno Leroux y était aussi , le plus hoplophobe des membre du PS

      Pourtant avec soupçons d’emploi fictif de ses filles dont une avait 15 ans et l’autre 16 ans au moment des signatures et une procédure judiciaire .et son lobbying , c’est pas mal déjà

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Le_Roux

      il n’est pas en procès pour ça ?
      Fillon , lui est déjà en procèdure judiciaire avec un procès

      On sait qui c’est le type qui a couler l’industrie armurière en France , c’est le PS toujours a désarmer les citoyens
      Laval , il vient bien des PS ?

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Laval


  • generation désenchantée 28 février 14:32

    une Gatling a 700 coups/minute

    sacrée puissance de feu , j’imagine même pas le choc pour les confédérés lors d’une bataille face a ce type d’arme


    • gaijin gaijin 28 février 15:25

      @generation désenchantée
      la gatling inaugurait a mon sens un grand progrès : l’industrialisation du massacre que le 20ème siècle allait voir s’épanouir au travers de diverses festivités : ww1 ww2 vietnam ...
      https://www.youtube.com/watch?v=L4a5hOWMy04
      bien sur c’est un film mais il relate dans le dernier acte de rébellion contre l’avènement de l’humanisme


  • sls0 sls0 28 février 16:21

    Chaque évolution technologique donne un avantage momentané.

    En 14-18 les anglais comme parade aux mitrailleuses ont employé le char ou des snipers.

    Pour une arme portative, les munitions ça pèse et le canon chauffe vite si ça rafale.

    Une section du 13 RDP ou une section de reconnaissance des chasseurs alpins dont le principe est de ne pas se faire remarquer donc tirer fera bien plus de dégâts qu’une compagnie équipée de full auto.


  • Jean Keim Jean Keim 29 février 08:29

    Je conçois aisément que cet article intéresse des passionnés, il met en avant l’ingéniosité sans limite des hommes dans le « progrès technologique » comme l’aviation, le radar, l’électronique et ses dérivés, l’énergie nucléaire, l’informatique, la chimie, la conquête spatiale, tous conçus et/ou développés pour la guerre, en laissant en berne l’intelligence qui ne saurait s’engager dans une entreprise néfaste particulièrement pour la communauté humaine et pour la vie en général.

    Pourquoi agissons-nous ainsi ?

    En fait je crois connaître une (petite) partie de la réponse, loin des poncifs stupides du genre « il est dans notre nature d’aimer la lutte, la compétition, c’est notre héritage animal », or l’animal ne s’interroge pas sur ses faits et gestes, nous nous le pouvons, alors sans le support de la pensée, la science et la technique n’existeraient pas, utilisées notamment pour soulager notre travail et étudier notre monde, elles ont vraisemblablement leurs utilités, seulement la pensée vient toujours en réaction à un événement qui la stimule, elle survient finalement en dernier, c’est observable et cette évidence permet de comprendre nos agissements.


  • zygzornifle zygzornifle 29 février 08:44

    Encore un peu de temps et on aura des sabres laser de Jedi ...


  • Slipenfer 1er Ratatouille 2 le retour 2 mars 11:02

    surnommé : LA terreurs des gilets jaunes

    4200 COUPS/ MINUTE .Montable aussi sur un vélo (un gros vélo+ une carriole pour les munitions)

    https://search.lilo.org/searchweb.php?q=canon%20GAU-8-A%20Avenger%20&page=1&tab=images

    La GAU-8-A Avenger est un canon automatique de calibre 30 mm qui ressemble plus à un gros monstre qu’à une mitrailleuse Gatling. Cette puissante arme est monté dans le nez de l’avion A-10

    https://www.youtube.com/watch?v=8BTC1zhzMbk


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