vendredi 25 octobre 2019 - par Desmaretz Gérard

Les armes longues : carabines & fusils

La précision des armes s'améliore vers 1840 avec le rainurage du canon. Des rainures (généralement de 4 à 7) présentes sur la circonférence de l'âme du canon communiquent au projectile une rotation sur lui même, le stabilisant et lui permettant de bénéficier d'un l’effet gyroscopique corrigeant les erreurs erratiques dues à la forme et au poids du projectile. Cette idée apparue au XV siècle est restée en désuétude car les armes rayées étaient chargées par la bouche en repoussant dans le canon une charge de poudre, une bourre et le projectile avec l’aide d’une baguette. Il devenait difficile lors du chargement par la bouche de faire prendre les rayures au projectile. A cette difficulté s’ajoutait celle du nettoyage pour ôter les résidus de poudre non brûlés qui colmataient les rayures. Le tireur ne pouvait tirer que deux coups par minute, et pour recharger, il fallait se lever et ainsi s’exposer inutilement.

Avec l’invention de la cartouche qui regroupe en un seul élément : le projectile - la charge de poudre - l’amorce le tout contenu dans un étui, il devint possible de procéder au chargement par la culasse, celui-ci se généralisa vers 1860. Vingt-ans plus tard on passa à la platine sans chien apparent, appelée de son nom anglo-saxon hammerless (sans marteau). Fin du XVIII° siècle, la technique permet de déboucher sur plusieurs types de chargements et de verrouillages de la culasse. Le premier principe à verrou simple fut proposé par Dreysse en 1865. Le verrou est une masse mobile métallique qui assure par ses tenons la fermeture de la culasse sur la chambre mortaisée. Avec ce système, on lève la manette d’un quart de tour pour dégager les tenons qui verrouillent la culasse à la chambre, puis on la ramène en arrière pour éjecter l'étui vide, et on réintroduit manuellement une nouvelle cartouche et repousse la culasse avant de rabattre la manette pour verrouiller l’arme et tirer.

Le verrouillage de la culasse peut se faire de deux façons : par des tenons sur l’avant de la tête de culasse comme sur le Mausser (1868) encore appelé Mannlicher et qui offre l’avantage de réduire la distance sur laquelle s’exerce la pression des gaz ; soit par des tenons placés à arrière de la boite de culasse et soumettant la boite à une déformation possible (en théorie), puisque les gaz s’exercent sur une plus grande surface. La chambre, qui est la partie située à l'extrémité du canon recevant la munition, est parfois rainurée pour permettre aux gaz de refouler autour de l'étui sur sa face externe pour l'empêcher, sous la pression des gaz, de se dilater (chambre flottante) rendant son extraction difficile (Le brevet d’extraction automatique sur un fusil mono-coup fut déposé par Henri Bessmer en 1854).

Christopher Spencer proposa, vers 1877, un verrouillage s'exerçant sur la culasse par l’action d’un levier placé sous garde, mais dont le chien devait être armé à la main, le verrouillage par levier. Savage allait l'améliorer et l’action du levier permettre : le déverrouillage de la culasse - l’extraction - l'éjection de l'étui vide - chambrage d’une nouvelle cartouche prélevée dans le magasin tubulaire placé sous le canon

Schmidt Rubin créa la culasse mobile à action longitudinale en 1886. Au lieu de lever la manette de culasse, on la tire simplement sur l'arrière ce qui a pour effet de faire tourner le verrou dans la boite de culasse permettant aux tenons de se dégager. L’introduction d’une nouvelle cartouche se fait en ramenant la culasse vers l’avant où elle se verrouille. Ce système peu répandu se rencontre principalement sur l'ancien fusil de l'armée Suisse. L’apparition du chargeur à lames adopté en 1889 par la Belgique sur la base du système Mausser, permit de disposer d'une arme à répétition manuelle. Le mouvement d’ouverture de la culasse, de l’alimentation et de fermeture était assuré par le tireur, et ce pour chaque tir sans qu’il soit nécessaire d’introduire manuellement une cartouche dans la chambre.

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Après la révolution (1789) le droit de chasse n'est plus réservé à la noblesse, mais le prix des fusils mono-canon basculant en limite la diffusion. Il faut attendre la fin de la Grande Guerre et la liquidation des stocks de fusils Gras (1866-74) pour que les chasseurs se procurent une arme à un prix raisonnable. Les armuriers vont en meuler la culasse afin de permettre l'introduction d'une cartouche (calibre 20 ou 16), en changer le canon et remplacer le système de visée (hausse) par un cran de mire et un guidon.

Le fusil de chasse est une arme à canon lisse qui tire une charge ou une balle de plomb. Le chargement des fusils de chasse juxtaposés (canon côte à côte) ou superposés (l’un au dessus de l’autre) se fait en déverrouillant les canons et en les cassant sur l’avant de l’arme (principe que l’on doit à Alledudwig Molembeck). Dans ce mouvement, les étuis vides sont éjectés et le chasseur doit introduire deux autres cartouches dans les chambres. Le calibre n’est pas défini par le diamètre de l'âme de son canon. On se trouve devant un système datant de deux siècles et qui sert à définir la charge selon le nombre de plombs contenu dans la cartouche. La plus petite taille de plomb porte le numéro le plus élevé (plus le diamètre du canon diminue, plus le nombre de balles à la livre augmente).

Pour les fusils à répétition manuelle, on peut avoir un magasin tubulaire ou un chargeur fixé sous le canon. Pour le premier, c’est le principe du fusil à pompe connu aussi sous le nom de riot gun, shot gun, à trombone, coulissant, principe de fonctionnement mis au point par Krutzch en 1886. Principe qui jouit toujours d’une grande popularité depuis la guerre Americano Philippine de 1898. Cette arme fonctionne comme une pompe placée sous le garde-main. Un mouvement vers l'arrière entraîne l'éjection de l'étui, le mouvement vers l’avant chambre une cartouche pour le tir suivant. L’arme de chasse peut tirer de la balle à hélice qui offre une précision acceptable jusqu'à une centaine de mètres et qui peut atteindre 800 mètres en portée maximum. Cette munition tirée d’une distance de 25 mètres sur l'arrière d’un véhicule, traverse : la malle, les sièges arrières et avant pour venir s'écraser sur la paroi du moteur. Tirée de face dans un véhicule, soyez certain qu’elle va éclater radiateur, carburateur, batterie.

Pour répondre à la diversité des gibiers rencontrés, il existe plusieurs calibres de plomb. La charge de plomb d’une cartouche standard chambrée en 70 millimètres est d’environ 32 grammes, alors qu’une cartouche chambrée en 76 mm, dite «  magnum » contient 46 grammes de plomb, d’où une puissance d’environ 40 % supérieure à la cartouche normale. Pour la densité de la gerbe de plomb l’on parle de groupement, il correspond au nombre de plombs que l’arme peut placer dans un cercle de diamètre défini (par exemple 75 cm) à une distance donnée. A courte distance, il n’y a pratiquement aucune dispersion, la gerbe fait « balle ». L’on peut grossièrement estimer le diamètre correspondant à la dispersion en tablant sur 5 % de la distance de tir, ce qui donne par exemple 50 cm à une distance de 25 mètres.

La portée effective des plombs est assez réduite et varie selon leurs diamètres. On ne peut guère les utiliser en tir de riposte au delà d’une cinquantaine de mètres. Cela ne veut pas dire que les plombs aient perdu leur pouvoir vulnérant. Le 00 a une portée pratique de 150 mètres et sa portée maximum (angle de 30 degrés) atteint les 500 mètres. Chiffres correspondant respectivement pour le N° 4 à 100 et 400 mètres. La portée extrême des plombs peut être appréciée en multipliant leur diamètre par 70. Il est possible d'accroître la portée d'une gerbe tirée dans un canon cylindrique en réduisant, sur une faible longueur, l'extrémité du canon selon une forme conique, le choke (étranglement). Selon le degré d'étranglement, on a le full choke (1 mm), le ¾ de choke (0,75 mm), le demi choke (0,5 mm) et le ¼ de choke (0,25 mm). Pour une distance inférieure à 25 mètres, c’est l'âme cylindrique qui donne le meilleur résultat, au delà, le ¾ de choke est indispensable. Les fusils de chasse à deux coups ont rarement le même choke pour les deux canons. Celui de droite, utilisé en premier, est moins « choké » car la cible se trouve être plus proche. Par contre, après le premier coup manqué, le gibier sera plus éloigné, ce qui nécessite un choke plus prononcé. A titre indicatif, voici les groupements moyens d’un fusil tirant une charge de 32 grammes de N° 4, Full : 81 % - ¾ de choke : 85 % - ½ choke : 69 % - ¼ de choke : 53 % - cylindrique 41 %. La supériorité du ¾ sur le full choke n’est pas une erreur, c’est un phénomène qui se produit sur certaines armes.

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Lorsque l’on désire accroître la dispersion de la gerbe pour être sûr, à courte distance, de ne pas rater sa cible, il suffit de scier l'extrémité du canon pour transformer un fusil de chasse en lupara, le rendant par la même occasion plus manœuvrable dans les endroits étroits. Parfois la crosse est sciée pour faciliter la dissimulation de l’arme et la rendre plus difficile à saisir par la victime. Cette idée meurtrière apparue durant la Première Guerre mondiale avec le fusil de tranchée, fit école chez les gangsters de Chicago. Il faut savoir que la poudre étant incomplètement brûlée, cela provoque un bruit plus fort et l’apparition d’une flamme. Le canon étant réduit, il est arrivé que le tireur place sa main trop en avant du fût de l’arme avec le résultat que l’on imagine, arrachage de la main.

Certaines armes à l'extrémité du canon fileté peuvent recevoir un disperseur horizontal qui élargira la gerbe non pas sur une aire circulaire, mais selon une surface plus large que haute (piriforme) accroissant la certitude de toucher les personnes groupées. Autre modification très meurtrière, la chevrotine liée, les billes de plomb sont reliées deux par deux par un câble de quelques centimètres de longueur, l'ensemble se comporte comme des bolas miniatures qui découpent tout sur leur passage.

A une distance d'une dizaine de mètres, l’arme à canon lisse est plus efficace qu’un pistolet-mitrailleur (arme automatique tirant en rafale). Autre point non négligeable en défense, les plombs perdent plus rapidement leur efficacité que les balles de 9 mm. Jusqu'à une distance de 50 mètres, une gerbe de plomb touche plus sûrement qu’une balle de revolver, ce point est d’autant plus appréciable dans l’obscurité ou lors d’un tir dans lequel on n’a pas le temps d'épauler pour viser. Autre atout, l’effet de choc lié à plusieurs projectiles reçu simultanément. Le N° 4 correspond à 12 balles de calibre 7,65 ! Leur pouvoir vulnérant ne s’additionne pas mais s'élève au carré... Être atteint par exemple, par trois plombs, équivaut à recevoir 9 projectiles de même calibre ! A suivre : l'arme de poing semi-automatique.

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12 réactions


  • Ilan Ilan Tavor aka Massada 25 octobre 2019 10:51

    Schmidt Rubin créa la culasse mobile à action longitudinale en 1886. 
    +++++++

    Le Schmidt-Rubin K31est une merveille ! une mécanique Suisse, fabriquée par des Suisses, un vrai plaisir pour les compétitions fusils d’ordonnances
     
    https://www.youtube.com/watch?v=jLy6XaNCI80


    • Ilan Ilan Tavor aka Massada 25 octobre 2019 14:09

      @covadonga*722
       
      Le fusil qui fut utilisé par Lee Harvey Oswald pour l’assassinat de Kennedy !


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 25 octobre 2019 15:06

      @cova
      Ce qu’il y a de bien avec ces articles encyclopédiques inutiles fleurant bon le chasseur français et Feu le catalogue Manufrance, c’est que ça permet de saluer quelques cyber amis.
      Ce que fais céans.
      Pour le reste, j’ai toujours eu un faible pour l’éclair du bacille de Koch , et pour couper des stères de bois, un bon MP 9 de chez Mannlicher.
      Les spécialistes auront compris et corrigé les jeux de mots.
      Portez vous bien, loin des suppositoires adverses lancés par chargeurs garnis à 15 par la Faculté, qui n’a pas toujours toutes ses facultés....


    • Ilan Ilan Tavor aka Massada 25 octobre 2019 19:43

      @covadonga*722
       
      Oswald était un bon tireur mais pas un « marksman ».
      Si Oswald avait été un tireur d’élite, un seul coup de feu lui aurait suffi. La distance le séparant de la limousine au moment du premier coup de feu était environ de 50 mètres, le coup est quasiment immanquable pour un tireur d’élite.
      Il vaut mieux éviter de tirer à plusieurs reprises et risquer de se faire repérer.

      Ceci dit il a fait feu à trois reprises en moins de 8 secondes. Entre chaque coup, il devait réarmer sa carabine. Si on ajoute le temps mis pour viser aux 2 secondes en moyenne mis pour manoeuvrer la culasse au moment du réarmement, le timing est plus que serré. Et ça c’est une vrai performance !!
       
      Aucun des experts du FBI n’a réussi à approcher la performance d’Oswald, dans les conditions fixées par la Commission Warren.


    • Sandro Ferretti Sandro Ferretti 25 octobre 2019 22:11

      @soldat Cova,

      Bon, mon petit post plus haut, c’était juste pour dire :
      1/ Que Eckler & Koch et Sterr Mannlicher sont les deux mamelles modernes d’une colère froide ( mais faut que la colère soit juste, j’admets...)

      2/ Que les blouses transparentes et multicolores ( et ce qu’elles contiennent) sont sans doute le sujet qui vaille
      3/ Que l’image de la sentinelle sur le rempart, je la garde au frais, on ne sait jamais
      4/ Que Tall est le seul belge à qui j’adresse encore la parole.


    • generation désenchantée 27 octobre 2019 20:11

      @Ilan Tavor aka Massada
      une des théorie parle d’un fait assez bizarre , le tir mortel venait du AR 15 de l’escorte , les gars du Secret service ayant passé une soirée un peu trop « arrosée » la veille , le gars chargé de l’entretien des véhicules , a dût faire partie de l’escorte avec le AR 15 ( M16 ) et il avait enlever la sécurité , un cahot de la voiture a déclencher le tir

      https://www.youtube.com/watch?v=EDcGsXvzqcw

      Ce qui peut expliquer certains faits lors de l’autopsie , le départ précipité de Dallas sans autopsie , le fait que des rapport n’ont pas été envoyé aux autres agences


  •  Adibou Adibou 25 octobre 2019 11:53

    Un mélange d’almanach vermot et du chasseur français ..


  • zygzornifle zygzornifle 26 octobre 2019 09:25

    Certaines femmes se font rainurer le vagin ....


  • rugueux 26 octobre 2019 11:52

    @l’auteur

    Mauser et non Mausser.

    Ce passage n’est pas clair....
    "Le calibre n’est pas défini par le diamètre de l’âme de son canon. On se trouve devant un système datant de deux siècles et qui sert à définir la charge selon le nombre de plombs contenu dans la cartouche. La plus petite taille de plomb porte le numéro le plus élevé (plus le diamètre du canon diminue, plus le nombre de balles à la livre augmente).


    Le calibre d’un fusil de chasse (par exemple 12, 16, 20 ou le rare 10) est défini par le nombre de sphères de plomb au diamètre du canon qu’il est possible de réaliser avec une livre (de Paris) de plomb.

    Le diamètre des plombs (projectiles) c’est une autre histoire. la numérotation va généralement de 9 ou 8 à 00 , 000 voire 6/0....mais si la même numérotation est historiquement utilisée dans plusieurs pays (France/Belgique) et même plusieurs villes (Paris/Lyon/Bordeaux/Toulouse) elle ne recouvre pas la même réalité...

    En France la série métrique dite de Paris est la plus courante, il n’y a pas de règle simple pour exprimer le diamètre d’un plomb selon son N°, sauf pour le plomb le plus gros, le 6/0 dont chaque grain pèse 1g et le diamètre est de 5,50mm avec du plomb de densité 11,20...Cette série va de 6/0 à 10 mais pratiquement pour la chasse (en France) on utilise surtout les 4, 6, 7, 8 et 0, voir le 7 1/2....toujours pour la chasse en France les plombs de diamètre supérieur à 4mm sont interdits...le 00 donc...


  • Et hop ! Et hop ! 27 octobre 2019 19:58

    Article très intéressant, précis et synthétique pour savoir quelles sont les différentes sortes de fusils, de calibres, de munitions, et de systèmes, avec leur histoire.

    Après 1789, les gens du peuples, les paysans, chassaient sans fusil, avec les moyens des braconniers d’avant : appats, appeaux, pièges, filets, lacs, glue, arcs, épieux, etc..

    Les fusils les plus répandus après 1789 et la levée en masse des guerresde la Révoliution et de l’Empire, sont les fusils de guerre modèle 1777 rectifié An IX, qui ont été produits en très grande quantité, que presque tous les conscrits avaient appris à utiliser et à entretenir, et qui ont été déclassés puis civilisés et modernisés en mettant des chiens à percussion.


  • generation désenchantée 27 octobre 2019 20:17

    Et dire que a une certaine époque on pouvait avoir accès a une quantité d’armes sans trop d’ autorisations et même de la dynamite

    Qu’est ce qui a changer depuis cette époque ?


    • Attila Attila 28 octobre 2019 07:59

      @generation désenchantée
      C’est comme pour le détricotage du droit du travail, du délabrement du système de santé et de l’éducation, la casse de la sécu, etc :
      Cela se fait par grignotage, petit à petit. Et les français laissent tout faire depuis des dizaines d’années.

      .


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