mercredi 12 juillet - par christophecroshouplon

Les fayots

On en a tous connus sur les bancs d’écoles, de ces asticots aux sourires forcés qui tiraient sur la jupe de la maitresse et se poussaient des coudes pour avoir la meilleure place. On se souvient tous comme ils nous insupportaient, ces insupportables cornichons de la flagornerie. Et de leurs fielleuses paroles tout en sucre venimeux. Tout leur était dû, à eux qui ne s’aimaient point, toutes les trahisons, toutes les fourberies, les croche-pieds, et que je me rapproche du plus fort, et que j’écrase le plus faible, et que je change d’écurie selon mes intérêts du moment ! Lécheurs, lâcheurs, copieurs : ils osaient tout et avaient parfois plus que tout.

Petits saligauds ! Les voilà adultes à présent, aux rangs intermédiaires du management dans un nombre incalculable d’entreprises, d’administrations et d’associations. Les puissants en font du miel, ils les utilisent, les flattent, jouent avec eux comme on joue au GO, en les plaçant dans les tours de contrôle.

Ces naïfs croient qu’ils les aiment ; alors que cette instrumentalisation se fait aux dépends de tous. Ils seront donc les derniers sacrifiés, ces fidèles, si écœurement fidèles zélateurs de leurs égorgeurs. On ne les entendra même pas hurler de douleur au moment où la gueule du lion se refermera sur leurs têtes.

Que reste-t-il de leur œuvre, sinon une abyssale vacuité ? Ces techniciens de seconde zone incapables de créer quoi que ce soit ont obéi à toutes les règles, suivi tous les chemins balisés, collectionné tous les diplômes de troisième catégorie, occupé tous les postes à la con de la terre. Leur CV fait 10 pages et aligne les banalités avec un style pompeux, ils se sont creusés les méninges trois plombes pour pondre un pensum que personne ne lira jamais.

Tout juste bons à 45 ans pour un bilan de compétences, ou la psycho pose la question qui tue : de quoi avez-vous envie Mossieur ?

Ben rien Madame, je veux dire reprendre la place qui m’est due, au premier rang sous le talon de mon maitre, à lui cirer les mocassins.

Mais pauvre andouille qu’elle pense la dame, regarde ta tête, pense à l’âge que t’as ! Des comme toi on en a des plus jeunes, moins chers et plus malins plein les cartons ! Tu crois peut être qu’on t’attendait, toi la chair à canon du siècle passé ? Elle a autre chose à faire que lui dire les choses, la dame, alors elle le balade gentiment de séance en séance en pensant à sa liste de courses. Si tu crois que j’écoute ton cinéma, coco, qu’elle pense, la finaude en se curant les ongles.


Plus de bobonne (trop trompée), plus d’amis (trop trahis), plus de gosses (papa est vraiment trop chiant, la honte devant les potes !) : restent les économies, et la télé. Alors ça ressasse (ah là la), ça geigne (« on est chez nous »), ça emmerde le voisin de palier (celui-là je vais lui envoyer l’huissier hein). Et ça se rancit, ça se ratatine en rhumatismes et migraines et courbatures à toute vitesse : 45 ans, et une tête de fiancé old school de l’Ankou bonne pour la charrette ! Et qui comprend rien à rien : pourtant j’ai fait tout bien, tout comme ON m’a dit.

Ben oui pauvre POMME t’as tout bon tout con. Tu t’es juste oublié au passage. Et tout le monde t’a enterré avant l’heure. Fayoter ça sert à ça : un bon engrais pas cher pour les cimetières.

 



12 réactions


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 12 juillet 10:55

    coucou


    Voilà un beau portrait qui aurait plu à La Bruyère.
    Une version actuelle du courtisans ?

  • Gasty Gasty 12 juillet 12:08

    Le jour de leur enterrement on est surpris ! Non pas qu’il soit mort mais qu’il ne l’était pas déjà.


  • Nowhere Man 12 juillet 13:23


    Obséquieux envers les puissants, orduriers avec les faibles, les « riens ». Ils pullulent en politique.

    La pire espèce : les plus malins qui s’adaptent aux positions de leur interlocuteur ou du cours des évènements.. Pas faciles à débusquer.

    « Les Oiseaux de passage » poème de Jean Richepin merveilleusement mis en musique par Brassens.

    J’ai pensé à cette chanson en lisant cet excellent article. Elle n’est pas complètement HS.

    https://www.youtube.com/watch?v=wRdXZRZ5lkE


  • JC_Lavau JC_Lavau 12 juillet 15:13

    Article d’ « une abyssale vacuité », gonflée à la rancune inextinguible.


  • Macondo Macondo 12 juillet 15:53

    Belle oraison ... Sur leur passage à l’âge adulte, je dois ajouter une évidence célèbre : le temps ne fait rien à l’affaire ! Combien étaient-ils en pourcentage, sur une classe de 5ème ? Combien sont-ils - dans un service de la même taille que la classe de 5ème - chez un quelconque fournisseur d’emploi ? Il semblerait donc que le fayot commun puisse rester longtemps en dormance au sec à l’abri de la lumière avec une mine de rien. Et tout l’art consommé du capital - proche de la magie économique - c’est bien d’agiter des carottes pour faire germer ces fayots. Et si pénurie de carottes se profilait, c’est au bâton, qu’ils germeront ...


  • Le421 Le421 12 juillet 20:39

    Effectivement.
    Avec ce ramassis de rantanplan avec des dents qui rayent le parquet, il y en a qui vont forcément se faire mordre !!
    Et je ne parle pas de taxi et de député LREM !!  smiley
    http://www.bfmtv.com/politique/la-deputee-en-marche-mord-un-chauffeur-de-taxi-1206241.html

    Sans déconner...


  • benyx 12 juillet 20:59

    Portrait acide mais juste !


  • Dzan 13 juillet 08:07

    J’ai connu ça en entreprise : le gang des petits chefs.
    Prêts à toutes les compromissions, à casser tous les mouvements sociaux.
    A faire carrière sur le dos de leurs subordonnés ou collaborateurs ( c’est plus, in)
    Faire marner les autres, signer en bas des documents en disant au N+1 Cémoikiléfé.

    La France crève de « ça »


  • Ruut Ruut 13 juillet 08:07

    Pourquoi tant de jalousie ?


  • bob14 bob14 13 juillet 08:12

    Un joli portrait de la France !


  • lisca lisca 13 juillet 18:26

    Intéressant mais un peu court.
    On amalgame dans cet article le « fayot » qui est un traître bien décrit, et le « conformiste », celui qui a suivi les règles sociales sans trop se poser de questions. Et qui se retrouve dans les choux, au chômedu, sans famille, et sans qu’il ait rien fait de répréhensible selon lui. Le « rien » macronien.
    Ce type de caractère est courant et ni bon ni mauvais, il en faut. Des tas de jobs demandent ses qualités caméléones, polies, modestes, élastiques. Et puis il faut pouvoir le supporter, le salariat, qui est une sorte de chaîne sur un cou pelé, en échange de bien des avantages. Il y faut de l’abnégation.
    Le fayot en revanche, assez bien représenté par un Macron sous la coupe, ne souffre pas (sauf peut-être au niveau métaphysique) en 2017. Il se pavane au contraire. A ses pieds, d’autres fayots et surtout la fayotte couchée comme les blés, de type députée crasse de la dernière pluie, qu’il méprise mais utilise, comme bien vu par l’auteur.
    Non le fayot se porte bien, merci. Il est de toutes les couleurs et s’est placé, modestement ou non, au fil des ans. La famille il s’en fout, il court la prétentaine. Le boulot, il s’en fout ; il n’a rien à foutre du soir au matin, et on le paie, et bien. Les idées, il n’en a pas une. Il répète la doxa, il flatte le donneur d’ordre, il coup-de-gueule contre les non-fayots.
    Et celui qui a mis ses efforts à tenter de se faire une modeste carrière, ce conformiste somme toute positif pour l’économie, celui qui n’a pas su fayoter, mais seulement suivre des directives, celui-là ne se maintient pas en situation de chômage accru et de compétition intensive. Il lui manque perversion et méchanceté.
    Ce conformiste rejoint alors dans la périphérie sociale l’anti-conformiste, rejeté du système depuis déjà longtemps s’il ne s’est pas placé à temps, à sa façon. Celui qui pose des questions et tente d’y trouver réponse.
    Et si tous les deux disent « on est chez nous », il faut traduire ce souhait profond par : « nous voulons être à nouveau chez nous ». L’un ne sait comment faire, l’autre propose des solutions.
    Mais ni l’un ni l’autre de ces deux « rien » macroniens, ne mérite d’être assimilé à l’abominable fayot.
    Nous ne sommes rien, soyons tout, finiront-ils par penser.


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