jeudi 17 septembre - par Régis DESMARAIS

Les guides-conférenciers sans traitement adapté

La crise sanitaire provoque la faillite économique d’une profession dans une totale indifférence du Gouvernement. Cette absence de prise en compte de la détresse devient un peu trop courante dans notre pays.

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La crise sanitaire a et aura des conséquences économiques désastreuses pour beaucoup de Français. Economiques mais aussi humaines : beaucoup de gens vont perdre leur emploi, leurs économies, leurs espoirs et tous les investissements qu’ils ont pu faire dans leur métier depuis de nombreuses années. Parmi toutes les professions touchées par la crise, il en est une particulièrement sinistrée : celle des guides-conférenciers. Pour alourdir leur peine, ces guides-conférenciers ont la désagréable impression, au demeurant justifiée, d’être abandonnée par les pouvoirs publics. Ils ne sont pas les seuls, mais aujourd'hui, ils font l’objet d’une particulière désinvolture.

Qui sont les guides-conférenciers

La profession de guides-conférenciers est partiellement réglementée et soumise à l’obtention d’une carte professionnelle auprès des préfectures de département. Ils sont diplômés d’Etat (cinq années d’étude après le baccalauréat dans les domaines des langues, de l’histoire et/ou de l’histoire de l’art). Les titulaires de cette carte professionnelle sont habilités à prendre la parole dans les musées, les monuments historiques et sur la voie publique. Ils sont autorisés à exercer leur métier dans tous les lieux culturels, sauf dispositions particulières. Leur compétence s’étend à l’ensemble du territoire national et de l’Union Européenne. En 2015, on estimait à 10 000 le nombre de titulaires de la carte professionnelle mais seulement 3 500 exerçaient leur activité de guide à titre principal sur le territoire français.

Les guides-conférenciers exercent leur activité sous le statut d’auto entrepreneur, en profession libérale ou sont salariés. Ces derniers constituent presque la moitié des guides-conférenciers. Ils interviennent sur la base d’un CDD ou d’un CDD d’usage. Ils acquièrent alors des droits au chômage après 910 heures de travail.

Les guides-conférenciers exercent donc leur activité professionnelle sur la base d’une succession de contrats et souvent auprès de différents employeurs. Ils se présentent avec la jolie et juste formule « d’intermittents du tourisme ».

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Les conséquences de la crise sanitaire

La crise sanitaire a eu pour conséquence une chute drastique du nombre de touristes étrangers en France, la fermeture de nombreux sites culturels et une inactivité forcée pour la plupart des guides-conférenciers. Cette inactivité a une conséquence fatidique en termes de droits au chômage : la fin de droits résultant de l'impossibilité de recharge, faute d’emploi.

En 2012, les guides-conférenciers relevaient, en matière de chômage, du régime d’intermittence. En effet, les guides-conférenciers travaillent de façon discontinue. A bien des égards, la situation des guides-conférenciers se rapproche de celle des intermittents du spectacle : même mode d’exercice de leur métier et souvent même aléas en terme de pics d’activité : une salle de spectacle ou un musée qui ferme et ces professionnels se retrouve sans travail et donc sans période pouvant être validée pour des droits au chômage. Par la nature de leur travail, les guides-conférenciers sont donc de véritables intermittents.

Toutefois, aujourd’hui, ils ne bénéficient plus de ce régime d’intermittence. Ce changement de régime se révèle particulièrement dommageable avec la crise sanitaire : la situation n’est plus tenable.

Le sentiment d’abandon des guides-conférenciers a été particulièrement vif quand ils se sont aperçus que le Gouvernement ne traitait pas sur un pied d’égalité deux professions aux modes semblables d’exercice de l’activité professionnelle et à la sensibilité identique aux conséquences de la crise sanitaire. En effet, si le Gouvernement a permis aux intermittents du spectacle de voir leurs droits acquis au chômage maintenus en l’absence même de nouvelle période d’activité, il n’en a pas été de même pour les guides-conférenciers. Ces derniers voient leurs droits au chômage s’éteindre au fur et à mesure que le temps passe. Lentement mais sûrement, le désastre économique s’installe durablement.

L’aide demandée au Gouvernement

Le 20 mars 2020, un syndicat professionnel a interpellé Mme Muriel PENICAUD, ministre du travail. La dureté de la crise a été rappelée à la ministre : des agences de tourisme ont fermé, les sites culturels ont fermé et les annulations de réservations n’ont pas cessé de tomber. La demande de cette profession adressée au gouvernement était simple et légitime : neutraliser la période de confinement pour le calcul de la période de référence ouvrant droit à l’assurance chômage et pour le calcul et le versement des indemnités. En clair, il s’agissait d’obtenir, dans cette situation exceptionnelle, les mêmes dérogations que celles accordées aux intermittents du spectacle. A conditions égales, mesures équivalentes. Aucune réponse n’a été apportée à cette demande. Un silence durement perçu et une vexation inutile pour des salariés fortement touchés pas la crise.

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La nouvelle ministre de la culture devrait à son tour être saisie de cette situation car il y a urgence à agir. La position, ou plutôt l’absence de position du Gouvernement sur la situation des guides-conférenciers va-t-elle perdurer ?

Si la période du confinement est passée, tout n’est pas revenu à la normale. Ainsi, le château de Versailles n’a pas rétabli les visites guidées. Les guides-conférenciers ne peuvent donc pas travailler et guider des visiteurs au sein du château. La limitation des rassemblements à plus de cinq ou dix personnes rend quasiment impossible les visites guidées.

La situation des guides-conférenciers est loin d’être un sujet anecdotique. Ils représentent l’une des professions qui facilitent le tourisme en France. Il n’est pas inutile de rappeler que, hors crise sanitaire, la France accueille près de 90 millions de touristes. Le poids du tourisme dans l’économie française est très important : près de 10% des emplois salariés mais aussi près de 10% du PIB.

Négliger les guides-conférenciers serait de courte vue et une incompréhension de leur importance dans un secteur économique capital pour le pays. Cette profession va mal. Les guides-conférenciers se sentent mis de côté, exclus des mesures gouvernementales et sont à bout de souffle... rappelait un journaliste de France 3. Les guides-conférenciers organisent place du palais des Papes dans la belle ville d’Avignon, samedi 19 septembre 2020, un flash-mob pour attirer l'attention des instances du Tourisme et de la Culture. L’annulation des journées européennes du patrimoine dans les villes de Marseille, Bordeaux, Lille ou Nice, et peut-être encore d’autres villes, n’arrange pas leur situation.

A force d’annulation de manifestations culturelles, on peut raisonnablement supputer que les guides-conférenciers ne verraient pas d’un mauvais œil l’annulation des mandats des membres de ce Gouvernement. Face à une crise économique majeure, le Gouvernement, une fois de plus, ne permet pas d’administrer le bon remède. Une partie du secteur du tourisme s’approche d’une catastrophe avec le piètre traitement infligé aux guides-conférenciers. Avec ce Gouvernement, on en revient toujours à une question de traitement efficace et adapté, désespéremment attendu par les les personnes fragilisées.

Régis DESMARAIS

 



4 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 septembre 08:59

    « Avec ce Gouvernement, on en revient toujours à une question de traitement efficace et adapté  »

    Le processus fonctionne dans l’autre sens.

    Le choix du plus puissant réseau de transnationales pour se dégager du krach financier en cours a été (et continue) d’use d’un stratagème nouveau pour détruire les PME, TPE et services (hôtellerie, restauration, tourisme, « culture ») pour les obliger, ainsi que les états, à recourir à des emprunts supposés remettre en selle le nerf de la guerre : la finance. Vours remarquerez que les GAFAMs ont prospéré et que les profits des grands trusts sont grimpé en flèche, ce qui ne les empêche pas, au contraire de restructurer sous prétexte d’une « crise sanitaire » qu’ils orchestrent.
    Pour mettre en musique leur partition, ils s’appuient sur les « young leaders » qu’il ont mis en place partout dans leur empire.

    Nous en faisons partie.

    Comment et pourquoi voudriez vous qu’un gouvernement traite correctement une situation qu’il crée ?

    C’est comme si vous demandiez à un usurier de devenir petit frère des pauvres !


  • Allexandre 17 septembre 16:59

    Avez-vous déjà vu ce gouvernement, et bien d’autres, se préoccuper de culture, de connaissances et de transmission ? Les enseignants auraient déjà été mis au courant me semble-t-il !!


    • Régis DESMARAIS Régis DESMARAIS 17 septembre 17:19

      @Allexandre
      Vous avez raison. La culture, pourtant si importante, est le dernier des soucis de bien des gouvernements. Ici, mais ils ne sont pas les seuls, les guides-conférenciers subissent de plein fouet des décisions calamiteuses du gouvernement et reçoivent de ce dernier un silence effrayant en réponse à leurs revendications. Je précise que ce 19 septembre les guides-conférenciers se mobilisent partout en France et pas uniquement à Avignon.


  • Sylv1 17 septembre 18:32

    La crise sanitaire provoque la faillite économique d’une profession dans une totale indifférence du Gouvernement.

    Ce n’est pas de l’indifférence. La faillite économique a été poursuivie par un confinement général a priori idiot, voulu par le(s) gouvernement’s). La crise sanitaire n’a rien à faire là dedans, si ce n’est d’être juste une excuse.


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