jeudi 11 octobre - par Sébastien A.

Les « infox » dans toutes leurs splendeurs – 10 octobre

Il est une seule chose que l’on ne puisse pas ôter à Janus-Jupiter, c’est son entêtement. Notre Seigneurie, maître du temps et des « horloges », comme Louis XIV, a enfourché son cheval de bataille et entend nous libérer du pire des maux, celui de : « l’illibéralisme », lequel culmine dans les ragots, boniments, mensonges, bobards, plaisanteries, rumeurs, contes, fariboles et autres tromperies ; que sa Sainteté, jamais en manque de « défendre la langue française », résume sous l’anglicisme fourre-tout de « fake news », et probablement bientôt sous le néologisme tout aussi fourre-tout d’« infox ».

Qu’on me permette une petite digression lexicale. Ce mot d’« infox » a donc été entériné par l’Académie Française qui se montre fidèle à son rôle de cinquième colonne. Ce néologisme facile et laid remplace une quinzaine de mots, présents dans notre dictionnaire de longue date, et dont j’ai cité sept à huit occurrences de mémoire. Si cette noble compagnie avait fait preuve d’un peu de discernement et que ses membres eussent véritablement souhaités trouver un mot décrivant ce phénomène, ils avaient ouvert leur propre dictionnaire, au lieu de faire la sieste, et y auraient alors redécouvert un mot ancien qui correspond assez exactement à la définition de l’« infox », il s’agit d’« escobarderie », qui signifie, je cite donc le dictionnaire de l’Académie : « n. f. XVIIIe siècle. Dérivé d'Escobar. Vieilli. Action ou parole équivoque, simulation ou dissimulation adroite destinée à tromper sans mentir précisément. » Ce qui prouve deux choses : d’abord, et à mon grand regret, que l’Académie n’est peuplée que de vieillards cacochymes qui ne s’intéressent plus guère à la mission qui lui a été confiée par lettres patentes du 29 janvier 1635, et que, secondement, les « fake news » et autres « infox » existent depuis au moins trois siècles.

Mais revenons-en au fond. Le gouvernement prévoit donc de réprimer les escobarderies. Pour ce faire, rien n’est trop dur : les sanctions iront de la réprimande à la prison en passant par l’amende pour les plaisantins qui ne sauront pas faire la différence entre une information vérifiée par les « décodeurs » du journal Le Monde (qui l’auront naturellement vérifiée auprès des « checksnews » de Libération, lesquels auront obtenus l’imprimatur de leur rédac’chef qui n’est autre que cet ayatollah de la vérité : Laurent Joffrin), d’une vulgaire information trouvée sur internet et trainant sur un site satirique, voire sur « Russia Today » ou pire dans la « fachosphère » ou un site tenu par des « khmers verts ». Le brave quidam se verra donc frappé des rigueurs du droit et accusé d’avoir favorisé l’élection de Trump, participé à la baisse de Macron dans les sondages, voire pire : avoir favorisé les menées de Bachar El-Assad en Syrie ou d’être un pivot du « terrorisme mondial ». Rien n’est donc trop dur pour lutter contre ce fléau qui accable notre société. Rien n’est trop cher pour que triomphe la Presse, ce fameux « quatrième pouvoir », qui en intégralité au main de quelques oligarques (dixit Reporters sans frontières). Peu importe que ce pêché, qui est plus qu’un délit, de colporter des fausses nouvelles existe déjà dans la loi de 1881 sur le journalisme. Il faut du nouveau, de la Révolution. Ainsi donc :

« Par arrêt de règlement de sa Majesté le Roy, quiconque s’oppose à la Volonté de sa Sainteté, et osera remettre en question la Vérité Révélée dont est dépositaire le Très Haut et Très Noble tribunal des Inquisitions dénommé « Les décodeurs », se verra convoqué promptement devant les Juges de la Sainte Inquisition qui lui administrerons la question ou l’ordalie du recoupement journalistique afin de s’assurer qu’il n’est pas illibéral. Mandat est donné aux juges d’instruire à charge dans les deux jours suivants la découverte de la forfaiture. Nous défendons à tous gardes des sceaux de nos chancelleries et cours souveraines, de ne bailler aucunes grâces ou rémissions.

Car tel est notre bon plaisir.

Signé Sa Majesté, Janus-Jupiter, Manu 1er, roy des selfies avec doigts. Dura sex sed lex. »

Ce délit de forfaiture, de haute-trahison, qui consiste à reproduire une information non estampillée du sceau des « décodeurs » méritait bien qu’on lui fournisse une justice d’exception. Ainsi donc le fait de colporter un ragot sera jugé par voie de référé judiciaire. Rappelons que le référé est une procédure d’urgence et d’exception qui enjoint au juge de se prononcer dans un délai extrêmement court sur l’affaire qui lui est soumise afin de vérifier si elle mérite un jugement sur le fond. Rappelons que dans le cadre d’un référé, le juge ne statue pas sur le fond de l’affaire, mais vérifie s’il existe des indices graves et concordants nécessitant de prendre des mesures conservatoires (en l’espèce supprimer un article de presse par exemple). Ainsi et, rappelons-le, la décision d’un juge des référés ne sera qu’une décision provisoire qui pourra être réformée par les juges du fond, voire la Cour d’Appel et en dernier ressort la Cour de Cassation. Un jugement en référé apportera une caisse de résonance démesurée à ce qui n’est qu’une mesure conservatoire, laquelle ne prouvera en soi rien d’autre que les juges ont estimé et dans l’urgence, que le trouble à l’ordre public relevé par le Procureur mérite d’être porté devant une juridiction du fond.

Il est également vrai que la justice française est à ce point diligente, et ses moyens à ce point importants, qu’il était nécessaire qu’elle fût de plus encombrée par les délires d’internet « où les idées fermentent au lieu de s'assimiler, comme des résidus alimentaires dans un colon envahi par les toxines » (pour parodier Bernanos). Ceux qui ont interjeté appel d’une décision judiciaire il y a plus de deux ans devant la Cour d’Appel de Paris (et qui sont souvent dans des situations délicates en attendant que leur affaire soit mise en état), apprécieront de voir que les moyens de la justice sont affectés prioritairement à de telles broutilles. Mais il est vrai que nous ne sommes « rien », « que nous coûtons un pognon de dingue », donc pourquoi se priver de nous répondre par un doigt dans le cul, façon selfie présidentiel ?

En parlant d’escobarderie : j’en ai entendu une bien belle ce matin sur France Culture. L’invitée des matins était Christine Ockrent (autre phare, que dis-je : cap, péninsule, du journalisme français). Cette bonne dame, qui a un avis sur tout et qui nous le donne surtout quand on ne le lui demande pas, a fait un aparté sur l’heure d’hiver, alors qu’on l’interrogeait sur l’Arabie Séoudite. Elle a expliqué – en substance, et pour faire savant - que « l’heure d’hiver, à laquelle nous allons passer d’ici la fin du mois, a été inventée pour faire des économies lors du choc pétrolier de 1973 ». Il me semble que Mme Ockrent était déjà journaliste en 1973, lorsque Georges Pompidou a décidé de créer l’heure d’été afin de faire des « économies d’énergie ». L’heure dite « d’hiver » est l’heure que nous utilisons depuis toujours (et, au moins officiellement, depuis la création des méridiens). Elle correspond à l’heure solaire. L’heure d’été est, au rebours, une invention politique qui en dit d’ailleurs beaucoup de notre époque : elle est la première décision tendant à vérifier la soumission des peuples. Les élites ont voulu connaître les velléités de résistance des européens face à une décision absurde. Et donc quoi de mieux que de choisir un sujet aussi anodin et aussi intimement lié à la vie quotidienne que celui des heures et donc du rythme de vie des hommes ? Nous avons accepté ce diktat sans broncher, et même avec amusement, lequel nous avait été présentés sous des dehors badins et comme relevant d’un motif « économique ». Le test ayant réussi, il a entraîné une litanie de mesures qui se poursuit encore aujourd’hui, et qui ont toutes en commun d’être dirigées contre les droits fondamentaux et sociaux des peuples souverains au motif du « pragmatisme », de la « rigueur », des « crises économiques », du « pognon de dingue » que coûte la populace aux pléonexes.

Mme Ockrent qui dénonce quotidiennement des escobarderies, fait partie de ceux que nous sommes censés croire à tout bout de champ et à longueur de journée. On voit que comme tout un chacun, elle est approximative sur de nombreux sujets. Mais peu importe, car ces personnes-là cooptent l’information entre-elles et se sentent attaquées dans leur chair quand on leur démontre qu’elles se trompent. Il suffit de lire un article « vrai-faux » des décodeurs pour se rendre compte que leur « faux » ou leur « vrai » n’est pas une vérité immanente, ni une analyse rigoureuse et imparable, mais bien souvent le résultat d’une réflexion menée selon leur point de vue et visant à donner raison à leur à priori. On appelle cela un raisonnement circulaire ou un sophisme. Généralement cette analyse se fonde sur une « rapide recherche internet » (ce dont se targue régulièrement le chroniqueur chargé de la rubrique le « vrai du faux » sur France info), ce qui en dit long sur la méthode, l’approfondissement du sujet traité et l’impartialité de l’information ainsi obtenue. Ils lisent Wikipédia comme vous mais ils le comprennent mieux voyez-vous.

L’épisode Ockrent me rappelle ce passage de 1984 où un dignitaire du régime, prononçant un discours devant la foule rassemblée, change en « direct » et au milieu sa péroraison, le nom de l’ennemi (car la vérité officielle venait de changer), alors qu’il venait pourtant de le dénoncer à de nombreuses reprises, tout cela sans que personne ne s’en émeuve.

Les journalistes trichent, biaisent, manipulent la vérité depuis toujours et nous le savons (il y a des journaux de « droite » et de « gauche »). Mais de là à ce qu’ils se permettent de nous demander d’estampiller leurs tripatouillages, élucubrations, et autres petits arrangements du sceau de la vérité éternelle, il y a un abime qu’il est hasardeux de franchir. Mais ces gens-là vous expliqueront qu’ils sont le Bien incarné, et vous montreront, doctement et comme une vérité sans réplique (sous peine de poursuite judiciaire) et si cela arrange leur démonstration, que « le péché est moins grand d'incendier une église que d'enculer le curé », comme le disait le Professeur Choron en pensant proférer une énormité « bêtes et méchantes ».

Aujourd’hui ce n’est plus la vérité qui importe mais celui qui la prononce. Si Onfray, Le Pen, Mélenchon ou Zemmour disait que la nuit est noire ou que l’eau mouille, on trouverait une ribambelle d’imbéciles pour vous dire que c’est faux, car le reconnaître serait cautionner un discours de « haine » et tout cela donnerait naturellement lieu à de savoureux articles de la part de nos déconneurs favoris.

 



14 réactions


  • Yanleroc Yanleroc 11 octobre 12:17
    « On a un problème de définition » des fausses informations, estime un spécialiste du droit.« « Cette loi contient des dispositions qui en pratique – pour le praticien que je suis, en tant qu’avocat – sont difficilement concevables », estime le spécialiste, notant qu’il reviendrait toujours au juge en référé, une fois saisi, d’estimer si telle ou telle information est vraie ou fausse. Alors que les textes de loi devront revenir au Sénat, Anthony Bem se montre pessimiste quant à leur avenir. « Le Conseil constitutionnel sera certainement saisi par 60 députés ou 60 sénateurs pour statuer », souligne-t-il, rappelant le pouvoir de saisine dont disposent les parlementaires. Avec, en ligne de mire, l’éventualité que les lois soient invalidées pour inconstitutionnalité. »

    • Le421 Le421 11 octobre 18:19

      @Yanleroc

      Vite !! Un Ministère de la Vérité...
      Avec Gérald Darmalin aux commandes !!  smiley


    • Alren Alren 11 octobre 19:29

      @Yanleroc


      Même si le Conseil constitutionnel semble plutôt à la botte de l’exécutif, il lui serait difficile de ne pas juger anticonstitutionnelle une telle loi qui donne au juge de référé -au moins dans un premier temps- un pouvoir exécutif de contrôle de l’information.

    • INsoMnia insomnia 11 octobre 23:34

      @Le421

      Tout comme dans « 1984 » de ce très cher Orwell smiley

  • troletbuse troletbuse 11 octobre 12:20

    Avec Kouchner, un beau couple d’escrocs., cette vieille Okrent


  • rogal 11 octobre 12:28

    Escoblarderie ? Heure d’hiver = heure solaire + 1. Heure d’été = heure solaire + 2.


  • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 11 octobre 12:38
    La censure était la même sous le gouvernement de Hollande, les lanceurs d’alertes et les écrivains qui ne plaisaient pas étaient mis au placard sans ménagement. Mais maintenant que cela affecte encore plus de gens, certains se réveillent un peu tard. Onfray, qui n’avait pipé mot jusqu’à présent, crie comme un cochon qu’on égorge parce qu’on le vire sans ménagement des lieux où il intervient. Les mots du pasteur Niemöller sont vraiment d’actualité : « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, .. »

    La loi qui vient d’être votée ne fait qu’entériner une pratique qui existe depuis pas longtemps déjà. Comme personne n’a vraiment protesté, elle est passée comme lettre à la poste.



    • Yanleroc Yanleroc 11 octobre 13:56

      @Gilles Mérivac, on ne peut pas protester à tt bout de champ, on lui fera une grosse protestation groupée..un jour.


    • Dom66 Dom66 12 octobre 08:25

      @Yanleroc


      Mais non, mais non, les Français ont prouvé par A+B qu’ils étaient des veaux, ils veauteront pour un macron II, la prochaine fois….Attali veille.


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