vendredi 3 avril 2015 - par roman_garev

Méditation d’Ivan, le petit sot

« Ivan, le petit sot » par Léon Tolstoï : Ivan, notre petit sot, n’est pas si sot qu’on voudrait le croire dans son entourage. Et malgré les péripéties, les tourments qu’on lui impose, ou les pièges qu’on lui tend, pensant que sa bêtise aura raison de lui, il déjoue toutes les ruses, parfois simplement par naïveté. Il possède surtout de belles qualités de cœur qui lui permettent de distiller le bonheur autour de lui. Tolstoï nous enchante avec ce conte amusant, mais non dénué de critiques de la nature humaine. Un conte à lire à différents niveaux, qui présente une belle mise en parallèle des valeurs humaines telles que l’égoïsme, la cupidité, la bonté et le partage.

Publié en russe par Alexandre Roussine : « Ce qu’on est bête, nous les Russes ! »

Traduit par roman_garev

« Ivan, le petit sot » par Léon Tolstoï {PNG} Durant les douze mois derniers nous, les Russes, on observe l’Ukraine avec curiosité, on fait des blagues, on s’étonne de ses étrangetés. On profère des méchancetés en pointant son index vers une « victoire » ukrainienne échouée de plus. Et on s’en moque.

Mais savez-vous ce qui sera le plus rigolo au bout du compte ?

Le comble du rigolo viendra quand on se verra obligé de relever, de restaurer tout ce qui est ruiné à présent et sera ruiné davantage en Ukraine.

Pourtant ce sera à nous de restaurer. À qui d’autre ? Ne croyez-vous pas que ce soit à l’Europe ou aux États-Unis ? Ben, on est bête, mais pas quand même des fieffés idiots.

Très bientôt les Ukrainiens, sous les ordres sages de Porochenko et de Iatseniouk, ces derniers agissant sous les ordres encore plus sages de Washington et de Bruxelles, vont détruire leur monde de fond en comble, et après, conformément aux paroles d’un chant révolutionnaire, « on bâtira un monde nouveau, le nôtre »…

Mais en voilà anguille sous roche : à eux d’avoir détruit leur monde, à nous d’en bâtir ensuite un nouveau. Quelle tuile !

Car, lorsque tout sera ruiné et volé, lorsqu’il ne restera rien à vendre, la junte de Kiev se dispersera (ou bien on la chassera, peu importe), et les Ukrainiens, criblés de dettes et désespérés de survivre, vont convoquer une nouvelle Rada de Pereïaslav pour composer une pétition au tzar moscovite : « Reprends-nous au plus vite, on est à bout ».

Et le tzar moscovite les reprendra. Et touchera juste, à vrai dire.

Mais pas parce qu’on ne sait que faire d’autre de son argent hormis de relever des pays détruits par les mains des idiots. Et pas parce qu’on est redevable aux Ukrainiens de quoi que ce soit. Nos raisons seront tout à fait autres.

Primo, un quart d’habitants d’Ukraine sont à présent les Russes. Et quand les Ukrainiens se rendront compte, dans quelle erreur ils étaient les trente dernières années, ils deviendront Russes déjà à trois quarts. Et on ne pourra pas ne pas reprendre ces trois quarts. L’intégrité du peuple est trop valable. Le territoire y est aussi à trois quarts russe. Son intégrité à lui est non moins valable. Non, impossible de ne pas reprendre.

Secundo, on connaît bien la parabole évangélique de l’Enfant prodigue, et si vous êtes Chrétien, vous devez l’accepter. Et si vous êtes communiste, vous devez approuver une reconstruction, coûte que coûte, du pays détruit par l’ennemi. Sinon à quoi bon libérer et ensuite reconstruire Stalingrad ?

Et tertio, on doit payer ses fautes.

Car tout ce qui se passe en Ukraine résulte en premier lieu de notre faute à nous, lorsqu’on a permis de dépecer notre pays commun. Et en deuxième lieu cela résulte de l’inaction criminelle de nos pouvoirs les quinze dernières années, les pouvoirs qui, au lieu d’agir dans le but d’une réunion pacifique avec l’Ukraine et la Biélorussie, tiraient leur profit d’un commerce du gaz avec des partenaires divers, y compris ukrainiens, qui employaient l’argent reçu des remises accordées par Moscou et du transport du gaz à financer des mouvements antirusses. Le Kremlin le savait bien, mais préférait se taire et commercer. Le profit était avant tout.

Qui monte la mule la ferre.

On n’a pas voulu se ranger et dépenser l’argent pour financer des mouvements patriotiques pro-russes en Ukraine, afin de faire venir au pouvoir des partisans du rapprochement et effectuer un procédé pacifique, comme pour la Crimée. On a fait le pingre. On s’est partagé des milliards avec Koutchma, Iouchtchenko, Timochenko, Firtache, Akhmetov, Porochenko… oui, c’est ça, le Kremlin collaborait avec eux tous, d’une manière ou de l’autre. Avec tous ceux qui durant une vingtaine d’années engraissaient le sol d’une russophobie en Ukraine.

Il faut payer ses fautes.

Non, pas maintenant. Plus tard.

À présent tout n’est pas encore ruiné en Ukraine. Il en reste quelque chose. L’heure viendra où il n’y restera plus rien à piller.

C’est justement dans ce but que tout cela a été intenté. Pour ruiner le pays et le rendre à notre charge, un tel fardeau pénible, une pierre au cou. On a intenté la guerre, les crédits du FMI, les réformes de toute sorte. Plus de temps on mettra à réaliser que c’est à nous, cette fosse creusée, que de toute façon nous avons à boire notre coupe jusqu’à la lie, plus de temps on prendra à résoudre ce problème (appelé ukrainien et appartenant aux Ukrainiens seuls aux dires de certains de nous), plus on payera et plus on peinera.

Début 2014 on n’a pas voulu soutenir le « printemps russe », faire entrer nos troupes, lorsqu’on pouvait créer une Novorussie dans un temps compté, donc on aura à relever l’Ukraine entière, durant des années.

Et on aura à lutter contre les bandéristes intransigeants qui y resteront après la réunion avec la Russie. Lutter durant une dizaine d’années, sinon plus, tout comme après la Deuxième guerre mondiale, avec des milliers de miliciens morts. C’est pareil à une maladie grave : plus tard on se met à la guérir, plus c’est long et pénible.

Si on avait compris en 1991, à quoi au juste aboutirait la désunion du pays et du peuple, si on s’était orienté à temps dans la machination, il aurait suffi de jeter quelques personnes au puits, la tête la première. Et on n’aurait pas à rassembler le pays à force d’arme.

Surtout ne me dites pas, que les Ukrainiens eux-mêmes ont décidé de se séparer des Russes. Ils n’en ont décidé pas autant que nous. Qui a adopté le 12 juin 1990 la Déclaration de l’indépendance, nous-mêmes ? Surtout pas. On l’a adoptée sans nous demander, en nous assurant qu’il le fallait. Qui a signé le 8 décembre 1991 les accords de Biélovejié (près de Minsk), nous-mêmes ? Surtout pas. On les a signés pour nous en nous faisant accroire que c’était bien comme ça.

Là-haut une vingtaine de personnes sont convenues de diviser le pays pour s’emparer du pouvoir, chacune dans sa république à elle, et pour s’approprier ensuite de ces parts des biens de l’état.

Trop de temps on a mis à comprendre ce qui s’était passé. Si on avait compris cela plus tôt, cela nous épargnerait des pertes énormes. C’est pour ça que je dis : « Ce qu’on est bête, nous les Russes ! » Y compris moi-même, je n’ai aucune intention de me décharger de toute responsabilité.

Mais malgré tous les défauts évidents d’être bête, il y en a quand même un avantage important. Il n’y a jamais de défauts sans avantages. L’avantage de notre bêtise, c’est que nos ennemis ne pourront jamais deviner, quelle galipette fera le petit sot russe à un moment décisif de l’histoire.

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Obama dévorant l’Ukraine

 

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L’Ukraine, déjà dans la morgue

 

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Les accords de Biélovéjié


7 réactions


  • agauchtoute agauchtoute 3 avril 2015 19:15

    pas si barbare que ca ce petit IVAN !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


  • berry 3 avril 2015 20:08

    Une mauvaise surprise pour l’armée américaine :
    https://www.youtube.com/watch?v=PXWJrpA8FnE
     
    Est-ce que c’est réel ?
    Vous aurez la réponse lors de la prochaine guerre mondiale.
     


    • roman_garev 3 avril 2015 22:54

      @berry, bonjour.


      Cela ne peut pas être réél, car les deux armées, russe et états-unienne, n’ont pas de chance de se rencontrer sur un même champ de bataille. Jusqu’à ce que le Mexique ou le Canada ne deviendront des alliés de la Russie smiley

      Quant à Tchoukotka qui est vraiment très près de l’Alaska, il n’y a point d’autoroutes là-bas smiley

  • Jelena 3 avril 2015 20:24

    Il y a du vrai dans cet article, mais il ne faudrait pas oublier que durant les 90, c’était Eltsine qui était au pouvoir et qu’il était américain avant d’être russe.


    • roman_garev 3 avril 2015 22:46

      @Jelena, bonjour.
      L’article parle plutôt du futur.

      Quant à Eltsine, il était peut-être pro-ricain, mais surtout pas américain. Un authentique ivrogne russe.

  • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 9 mai 2015 20:58

    Quand l’Histoire cherchera un coupable emblematique, elle prendra sans doute Gorbatchev comme archi-judas prétentieux et sa femme, amoureuse de frivolités comme son ame damnée. En realité, juste l’arrivée inopportune sur le trône d’un couple pas-très-doué....trié sur le voletpet eduqué patiemment par les services secrets etatsuniens pour dissoudre l’URSS.


    PJCA

    • roman_garev 9 mai 2015 21:35

      @Pierre JC Allard


      Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous sur ce point. Il ne faudrait ni démoniser (comme c’est très courant en Russie actuelle) ni exalter ce personnage d’ailleurs assez médiocre et borné, une sorte de réplique de Khrouchtchev réformateur.

      L’URSS, tel qu’il était, était voué à la disparition. Le peuple n’en voulait plus, étant las du « socialisme développé ». Un dirigeant plus décidé (comme, p.ex., Andropov) n’aurait fait que prolonger l’agonie.

      Qui plus est, on était d’accord pour se désunir des pays baltes (qui considéraient de plus en plus l’URSS en tant qu’un occupant) et des républiques de l’Asie Mineure, demeurant trop étrangers des Russes. Même les deux républiques slaves devaient essayer chacune sa propre voie.

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