mercredi 6 février - par Le Vautre Oméga

Meursault est une foule

Albert Camus aimait les femmes et (probablement) le vin. Ce qu'il n'aimait pas par contre, c'était avoir tort. Il n'aimait pas avoir tort lors même que tout le long de sa vie, il proclama son amour pour le scepticisme. Or, son scepticisme tourne court du moment où celui-ci dépasse les bornes quelquefois étroite du discours général. Peut-être y voyait-il un certain danger ou un danger certain... Je le trouve, au fond, même chouineur et moraliste en ce sens qu'il considérait les « superstitions » comme autant d'attaques contre lui, et non comme une clef de l'univers – préférant sinon y voir rien, surtout y voir un « rien en commun avec moi ».

Meursault est une foule car, comme la foule, il ne cherche pas à comprendre. Non pas que la foule ait le droit de tuer Meursault à ce titre, conclusion à laquelle Camus nous amène. Mais Meursault est un mauvais Christ, quand bien même son auteur le conçût ainsi qu'un antihéros très stigmatisé. 

Nous avons raison de forger des antihéros. Par là, sûrement, nous indiquons notre préférence pour la non-violence et contre toutes les tentatives sournoises des foules de fabriquer un héros parfait. D'où vient notre réprobation devant Superman qui n'impressionne plus personne : quel est le héros qui serait un modèle d'excellence lors même que (diable !) sa puissance est aussi limitée à quelques pouvoirs ? 

On sait que l'héroïsme est moral, et que Meursault est davantage digne d'admiration que Clark Kent (soit dit en passant, faisons la différence entre réalisme et naturalisme, c'est-à-dire entre ce qui correspond à des réalités philosophiques et ce qui correspond aux réalités physiques – Superman étant, en l'occurrence, ni réaliste ni naturaliste). 

Donc, Meursault. 

Pourquoi Meursault est-il si méchant, méchanceté d'autant plus caractéristique qu'il est d'abord étranger à lui-même (et non pas à la société, comme on a voulu le croire) ? 

En ce sens, être étranger à soi-même, c'est participer à l'acte civilisateur par excellence. Lequel consiste au premier chef à ignorer sa véritable nature, i. e. à occulter son inconscient. 

Aussi Meursault est-il illusoirement maître chez lui, et pas « étranger » ordinairement parlant. Etranger à lui-même, il le serait plutôt à la manière d'un rationaliste croyant avoir quelque maîtrise chez soi.

Le rationaliste opère une césure entre le sommet de l'iceberg et le reste plongé dans l'abîme. Or Meursault opère une césure identique. Car le rationaliste tente d'ignorer son « fond » en le projetant, ce que fait l'antihéros camusien qui le rejette sur la foule. La foule devient ici, par conséquent, son inconscient extériorisé. Mais de cette césure il en profite de toute évidence. Aussi devient-il apathique. Son apathie témoigne sans aucun doute de la peur du Monstre, s'emmurant avec soin dans une bulle de façon quasi autistique en ne comprenant rien puisque (pour lui) il n'y a rien à comprendre. 

Les rationalistes (et Camus, quoi qu'on en dise, en était un) s'échinent à comprendre que ce qui les arrange. Ça leur permet de vivre gonflés d'orgueil. Et dans une histoire comme celle de Meursault, ça leur permet d'avoir raison devant les superstitions de la multitude. 

On me rétorquera à plus ou moins juste titre que Meursault est apathique, qu'il ne projette rien...

Qu'en est-il de son auteur ? On voit clairement que L'Etranger critique beaucoup de choses.

Meursault ne connaît ni son conscient, ni son inconscient. Il flotte. Or c'est sans compter sa conscience très nette des événements, qu'on sent sourdre çà et là avec ses piques. 

Et c'est sans compter aussi que la foule, qui n'est pas forcément rationaliste, peut être à même de représenter Meursault au carré en tant qu'elle agit violemment, de même que lui pour lors qu'il rejette (dépourvu de vergogne) son inconscient sur la foule en singeant de l'ignorer.

Et lorsque le curé, enfin, vient le voir dans sa cellule pour le rappeler à l'ordre, et lui suriner qu'il possède (comme tout le monde) un conscient capable de brasser un peu les informations de l'inconscient, Meursault le rejette avec rage – ceci en écartant d'un revers brusque de la main que la foule puisse avoir raison. 

Néanmoins, qui est la foule, sinon celui qui pense avoir raison ?



4 réactions


  • Julien S 6 février 14:25

    Etant trop rationaliste, sans doute, je n’ai presque rien compris. 

    Je ne pousserai pas l’orgueil jusqu’à en déduire que c’est d’une grande profondeur.


    • Gollum Gollum 6 février 14:40

      @Julien S

      Rhôô... Vous êtes taquin. smiley 

      Pour une fois ce texte est presque compréhensible.

      Par contre l’auteur nous fait un beau contresens sur le roman de Camus il suffit de lire la fiche Wiki qui lui est consacré. Et de comparer avec ce qu’il essaye de nous refourguer. Et qui n’est pas dénué d’arrières plans idéologiques. 

      Bien que l’ayant lu en terminale j’avoue n’avoir pas été capable de me souvenir des tenants et aboutissants. D’où mon recours à Wiki.


  • JL JL 6 février 15:05

    ’’qui est la foule, sinon celui qui pense avoir raison ? ’’

     

    « Le quotient intellectuel d’une foule est égal à celui du plus imbécile de ses membres. » (Jean Dion)


  • jef88 jef88 7 février 16:33

    (sauf quand j’ai tort)

    J’AI TOUJOURS RAISON ! ! ! !


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