vendredi 31 mai - par Sayed Hasan

Mission laïque française : 49 élèves renvoyés car leurs parents ont saisi la justice

L'Orient le Jour, journal libanais francophone.

Le renvoi de 49 élèves du Lycée franco-libanais de Verdun « pas irrévocable ». La réintégration de ces élèves est soumise à conditions, selon des proches du dossier.

 

 

Quarante-neuf élèves du Lycée franco-libanais de Verdun de la Mission laïque française ne seront pas admis à la prochaine rentrée scolaire de 2019-2020. Leurs parents ont reçu une lettre du proviseur de l’établissement, Éric Krop, le 10 avril dernier, signifiant leur prochain renvoi. « J’ai le regret de vous informer que vos enfants ne seront pas réinscrits dans l’établissement pour l’année 2019-2020 », a écrit M. Krop, sans préciser le motif du renvoi. « Nous vous notifions cette décision suffisamment tôt pour que vous disposiez du temps nécessaire pour inscrire vos enfants dans un autre établissement », a-t-il poursuivi, concluant sa lettre par une formule de politesse.

Cette sanction implacable à l’encontre d’élèves, liée au conflit à rebondissements entre leurs parents et la direction de leur établissement, pour refus de signer le budget scolaire et recours en référés contre la direction, n’est « pas irrévocable », et « la porte n’est pas fermée », selon des sources proches du dossier, contactées par L’Orient-Le Jour. La réintégration de ces écoliers serait en revanche « soumise à certaines conditions » auxquelles leurs parents sont tenus de se conformer. Comme celle de « signer le budget scolaire et le règlement intérieur de l’établissement », mais aussi de « retirer les recours en justice », sachant que « certains parents ont présenté jusqu’à sept recours en référés ». Il s’agit donc, pour les parents d’élèves en bisbille avec la direction, « d’accepter les règles du jeu », compte tenu que « la direction du Lycée franco-libanais de Verdun s’engage elle aussi à respecter ces mêmes règles », toujours selon ces sources. À la condition toutefois que « ces mêmes parents d’élèves aient respecté les règles de la bienséance, sur les réseaux sociaux ». « Autrement, ils ont le choix de scolariser leurs enfants dans d’autres établissements privés. »

(Pour mémoire : Aucune majoration des écolages pour deux ans, mais à condition... promet la MLF)

Position officielle de l’institution

Ces assurances viennent quelque peu tempérer la position officielle du chef d’établissement du Lycée franco-libanais de Verdun et le communiqué publié alors par le biais de l’agence de communication Porter Novelli. Le communiqué avait en effet annoncé la décision d’Éric Krop « de ne pas laisser perdurer une situation qui pénalise le fonctionnement du Lycée franco-libanais MLF Verdun de Beyrouth, son avenir, et ne permet plus d’avoir une relation saine et positive entre certains parents et l’établissement ». Il avait aussi insisté sur l’importance du choix par les parents d’un établissement scolaire pour leurs enfants, « tout particulièrement lorsqu’il s’agit d’un établissement français qui suit intégralement les lois du pays dans lequel il fonctionne ». « Ce choix repose avant tout sur la confiance que les familles ont dans l’enseignement et l’éducation proposés par l’établissement », poursuit le communiqué, regrettant que certaines familles n’aient « manifestement plus confiance dans l’établissement » et « refusent d’accepter les règles de fonctionnement administratif, éducatif et financier de l’établissement ». Et le communiqué de conclure que « le Lycée franco-libanais MLF Verdun a pris la décision d’en tirer les conséquences et de notifier à ces familles sa décision de ne pas réadmettre leurs enfants dans l’établissement à la rentrée scolaire 2019-2020, et ce dès maintenant afin que ces familles aient suffisamment de temps pour trouver une solution de scolarisation ».

Le renvoi des 49 élèves du Lycée franco-libanais de Verdun est l’énième épisode de la crise qui touche les cinq établissements de la Mission laïque française au Liban, le Grand Lycée franco-libanais de Beyrouth, le Lycée franco-libanais Lamartine de Tripoli, le Lycée franco-libanais de Nahr Ibrahim, le Lycée franco-libanais Verdun de Beyrouth et le Lycée franco-libanais de Habbouche, à Nabatiyé. Une crise qui a débuté lorsque la MLF a fait part de sa décision d’appliquer intégralement la loi 46 sur l’échelle des salaires adoptée en août 2017 et d’ajuster les scolarités en fonction des augmentations de salaire de son corps enseignant. Elle a atteint son paroxysme lorsque nombre de parents d’élèves, pour faire valoir leurs droits, ont mené des actions auprès de juges des référés, entraînant le gel par cette justice d’urgence des augmentations des frais de scolarité. Ce qui a contraint les établissements de la MLF à geler à leur tour le versement aux professeurs des hausses de salaire prévues par la loi, entraînant un mouvement de grève des enseignants d’avril à juin 2018.

(Pour mémoire : À Beyrouth, les représentants du réseau MLF-monde veulent reconquérir la confiance des parents d’élèves)

Attachés à l’établissement, malgré de profonds différends

Mais aujourd’hui, la tension est retombée au sein de ces quatre établissements et dans deux établissements, au GLFL et à Tripoli, elle est parvenue à des accords entre parents d’élèves et directions, quitte à assumer les augmentations d’écolages pour deux ans. Seul le Lycée franco-libanais de Verdun est encore dans la tourmente. Sans comité de parents d’élèves depuis deux ans, vu que le dernier comité, divisé, a démissionné, il peine à sortir de l’impasse. Entre la direction de l’établissement et les parents d’élèves, les négociations sont rompues, faute d’interlocuteur. « L’établissement fait d’ailleurs l’objet de quelque 21 recours en référé, aux côtés de plaintes présentées auprès du ministère de l’Éducation », selon les sources informées précitées. Et même la dernière décision de ne pas réinscrire les 49 élèves dont les parents sont en conflit avec la direction a fait l’objet de nouveaux recours en référé. « Nous attendons la décision de justice », affirme à L’Orient-Le Jour un parent d’élèves qui s’est vu signifier « le renvoi » de ses enfants, alors qu’il « ne doit pas un sou à l’établissement », comme il l’assure. « Il est regrettable que les élèves paient le prix des différends entre les parents et l’administration », déplore-t-il. Et d’observer que « le problème de base réside dans la multiplication des écolages par deux fois et demie, au cours des dix dernières années, en préparation de l’application de la loi 46 sur l’échelle des salaires ». « Le recours aux référés était le seul moyen de geler cette nouvelle augmentation non justifiée qui a suivi l’application de la grille des salaires », explique-t-il. Mais en même temps, ce parent d’élèves demeure attaché à l’établissement. « Mes enfants ne sont toujours pas au courant de leur renvoi », révèle-t-il, affirmant qu’il tente par tous les moyens de se mettre en contact avec le proviseur Krop, « pour engager le dialogue ». « Je ne comprends pas comment les deux parties en sont arrivées là, conclut-il, alors que nous, parents d’élèves, réclamons uniquement que soit appliquée la loi. »

Pour mémoire

Retour sur l'énorme crise qui a secoué le Grand Lycée franco-libanais

Grand Lycée de Beyrouth : Lorsque la MLF et l’ambassade de France entrent en scène...

« C'est une honte » : devant le Grand lycée français de Beyrouth en grève, les parents d'élèves en colère

Voir également à ce sujet :

Colonialisme, clientélisme et censure : l'autre visage de la Mission laïque française

Néo-colonialisme : la Mission laïque française condamnée au Liban



9 réactions


  • sls0 sls0 1er juin 06:02

    La baisse de 10% de l’aide française aux écoles françaises de l’étranger fait râler chez moi pour les frais scolaires.

    Si au Liban une loi décide de l’augmentation des salaires ça doit râler encore plus.

    La baisse de subsides et la hausse des salaires n’est pas du fait du lycée, il augmente ses tarifs.

    Si c’est dû à une mauvaise gestion il faut le prouver. Construire de nouveaux bâtiments pour acceuillir des élèves supplémentaires est-ce une mauvaise gestion ? Est-ce que ça s’ajoute au surcout dû à la baisse des subsides et à la loi de revalorisation de salaires ?

    Le lycée français a une bonne réputation chez moi, il y a mieux mais c’est encore plus cher. Je fait de l’assistance scolaire, ici le niveau scolaire est de deux années plus bas par rapport à l’Europe. Pour l’accès à l’université le privé est presque obligatoire. Le lycée français permet l’accès aux universités US aussi, ce sont les plus proches à l’étranger.

    Un âge moyen de 23 ans ça aide pas trop, plus d’apprenants que de sachants. En France c’est 44 ans ça ne peut qu’aller mieux au niveau des sachants.


  • foufouille foufouille 1er juin 08:49

    ces crevures libérales vivent à l’étranger et ne veulent pas que les profs soient bien payés.


  • Duke77 Duke77 1er juin 09:36

    Pourquoi l’article ne dit pas concrêtement ce que ces parents refusent dans le budget... Dommage qu’il n’y ait pas les raisons précises du désaccord. A quelles règles refusent-ils de se plier, quelle partie du budget refusent-ils de signer (quels sont les montants en jeu) ?


    • Sayed Hasan Sayed Hasan 3 juin 15:33

      @Duke77
      L’Orient le Jour est un journal libanais pro-occidental, donc il ne précise pas ce qui déteint sur sa France bien-aimée. Cet article du Comité des parents expliquait en quoi cet établissement violait la loi libanaise (et a du reste été condamné pour cela) :

      Depuis le début de l’année 2015, un conflit nous oppose à la Mission Laïque Française (MLF) et à la direction du GLFL. Au cours d’un long processus conflictuel, certains agissements de la MLF ont dépassé les limites du débat démocratique pour finalement atteindre un niveau indigne d’une institution française en charge de l’éducation de milliers d’élèves dans le monde. Maintenant que le conflit s’est apaisé, nous pensons qu’il est nécessaire de vous signaler ces agissements pour en garder une traçabilité et en tirer les conclusions qui conviennent.

      Début Janvier, le Comité des Parents du GLFL (CDP-GLFL) a refusé d’approuver le budget du GLFL et cela sur la base des prérogatives que lui fournit la loi libanaise (loi 515). Cette décision est parfaitement justifiée et réfléchie. En effet, saviez-vous, par exemple, que :
      • la scolarité moyenne au GLFL a doublé en 6 ans. Elle est passée de 4.5 millions de LL (3000 dollars) à 9 millions (6000 dollars), alors que l’indice des prix à la consommation n’a augmenté que de 21% sur la même période. La scolarité actuelle représente 14 fois le smic au Liban  !
      • le budget du GLFL présenté au Ministère de l’Education au Liban ne représente pas le budget réel tel que consolidé par la MLF, et que le GLFL génère des revenus externes au budget, non déclarés au Ministère, estimés à environ 400.000 dollars annuellement !
      • le poste de dépenses budgétaires intitulé « Indemnités au Propriétaire », autrement dit les montants transférés à la MLF et qui par conséquent ne sont pas alloués au fonctionnement du GLFL, est passé de 300.000 dollars en 2010/2011 à 1.5 million de dollars en 2014/2015, soit une augmentation de 500% sur cinq ans !
      • malgré une inflation proche de 0% et une augmentation négligeable du nombre d’élevés, le budget de l’année 2014-2015 a prévu une augmentation des coûts opérationnels de 30% par rapport aux coûts opérationnels de 2013-2014 !
      • la MLF a refusé de nous fournir le bilan comptable de l’année 2014/15 (les dépenses effectives), contrairement à ce que stipule la loi libanaise.
      • la MLF a entrepris un gigantesque chantier de construction. Cet investissement, avoisinant les 20 millions de dollars, se répercute directement sur les scolarités payées par les parents. Or les parents subissent ce lourd fardeau sans même avoir été consultés.

      Nous avons choisi d’inscrire nos enfants au GLFL afin qu’ils bénéficient d’une éducation qui met en avant l’esprit critique et scientifique ; une éducation qui apprend à nos enfants comment argumenter pour convaincre et comment démontrer pour conclure. Une éducation qui favorise la raison et le raisonnement. Or, sur la base de ces principes et dans ces conditions de non transparence et de non accès aux données réelles des dépenses effectuées, comment voudriez-vous que le CDP-GLFL approuve le budget ? Devait-il l’approuver aveuglément, sans explication convaincante, comme la MLF l’a demandé à plusieurs reprises ?

      Les demandes du CDP-GLFL ne se limitent pas uniquement à l’aspect financier. Bien au contraire, nous avons présenté à la MLF une série de propositions, basiques, couvrant le volet pédagogique et éducatif (ex : mise en place d’un système de remplacement des enseignants absents : des classes sont restées sans enseignants pendant des semaines, etc…).

      Malheureusement, la révision à la baisse du taux d’augmentation de la scolarité et l’engagement de la MLF envers l’application d’une partie de nos demandes pédagogiques, n’ont pu être acquis qu’après un long et fastidieux processus juridique et l’implication du juge des référés.

      Maintenant qu’un accord a été atteint auprès du juge des référés, il nous paraît essentiel d’évaluer la gestion de ce conflit qu’a menée Mr. Deberre, Directeur General de la MLF.
      • Il faut tout d’abord noter, qu’à deux reprises, la MLF a refusé d’appliquer la décision du ministre libanais de l’éducation, malgré des rappels répétés de la part des autorités libanaises. Les journaux au Liban ont pointé du doigt ces comportements qui rappellent le temps du colonialisme, où une association fait fi des décisions du pouvoir exécutif. La MLF ne s’est soumise à cette décision qu’après un jugement du juge des référés.
      • La MLF ainsi que la direction du GLFL a eu recours à une multitude de moyens de pression pour faire face à la position du CDP : pressions sur les parents d’élèves (refus de délivrer les attestations d’inscription et de fin d’année), sur les élèves eux-mêmes (des enfants du primaire sont rentrés à la maison en pleurs accusant leurs parents de vouloir fermer l’école : une circulaire scandaleuse avait été distribuée aux élèves sans enveloppe), sur les enseignants et le personnel (insinuations que les actions du CDP allaient aboutir à l’annulation de leurs acquis sociaux), pressions politiques (des délégations de la MLF ont rendu visite au premier ministre libanais ainsi qu’à d’autres dirigeant politiques et hauts magistrats). Ces agissements nuisent gravement à l’image de la France : les conflits sociaux sont-ils résolus de cette manière en France ?
      • Il faut également retenir le contenu des communiqués de la MLF diffusés aux enfants et aux parents du GLFL, depuis Juin 2015. Voici des extraits :
        • Dès la signature de l’accord, la MLF et la direction de la GLFL ont harcelé les parents à travers des messages et des communiqués les appelant à venir payer le reste de la scolarité, selon l’accord, dans des délais extrêmement courts à la caisse de l’établissement seulement et en espèces, sous peine de voir leur enfants mis à la porte, au lieu d’attendre la publication des souches du premier trimestre (un mois plus tard). « A partir du lundi 14 septembre et dans le cas où les parents n’auraient pas payé la totalité de la créance, leurs enfants ne pourront pas être admis en cours » !
        • « Ne compromettez pas l’éducation et l’avenir de ce que vous avez de plus cher au monde : vos enfants » !
        • « (inscrivez vos enfants) dans un établissement en adéquation avec (vos) moyens financiers »

      Mis à part le fait que ces communiqués rejettent clairement le principe historique du GLFL de « mixité sociale », ils ont été perçus comme des menaces directes envers nos enfants. Ne nous trouvons-nous pas dans une situation d’abus de pouvoir sur personnes fragiles ? Menacer nos enfants d’exclusion du cours, si les parents ne paient pas dans un délai de quelques jours, cela peut-il émaner d’éducateurs ou de pédagogues ? Les conséquences d’un tel acte affecteront nos enfants à vie. Cette attitude discriminatoire nous étonne, surtout que les retards de paiements sont d’habitude traités d’une manière discrète, respectueuse et dans des délais acceptables. Il est de notre devoir de dénoncer cette demande de paiement en urgence accompagnée de menaces en totale opposition avec la convention des droits de l’enfant, la déclaration universelle des droits de l’homme et les principes républicains auxquels la MLF doit se soumettre.

      Nous espérons avoir clarifié notre position. Nous sommes d’ailleurs en mesure d’apporter tous les justificatifs pour prouver ce que nous avançons.

      Veuillez agréer l’expression de notre haute considération.

      Parents d’élèves du GLFL.

  • HELIOS HELIOS 1er juin 13:06

    ... je n’ai peut-être pas tout compris, mais c’est une école privée, il me semble.

    Les ecoles privées respectent les normes qui leurs sont applicables dans le contexte de l’enseignement, comme le boulanger respecte la recette du pain.

    Dans ce contexte, les parents et les elèves sont des clients et donc s’ils ne sont pas contents de la qualité du service, du prix etc... ils peuvent aller ailleurs.

    On va en justice lorsqu’il y a tromperie, abus ou escroquerie. Rien de tout cela, juste des gens qui se sentent le droit d’exiger d’une ecole privée, de renier ses fondamentaux d’entreprises.

    Il existe l’ecole publique qui respecte ce qui doit etre respecté et l’école privée est une alternative. si l’alternative n’est pas bonne, revenons a l’original,.

    A Beyrouth, comme ailleurs, une entreprise est libre de sa politique et ne respecte que ses interets opérationnels...


  • Crab2 4 juin 09:39

    La liberté de la pensée et la liberté de penser sainement est impraticable, voire impensable aussi longtemps que les ressortissants d’un pays* ( * - quel qu’il soit ) n’auront pas remisé leurs héros dans les poubelles de leur histoire nationale. Suite  :

    https://laicite-moderne.blogspot.com/2019/06/liberte.html



  • Crab2 4 juin 09:40

    La façon de s’exprimer est un indicateur de tendance.

    Dégager le sens du langage courant des personnes qui ont fait leur scolarité dans une école confessionnelle ou laïque.

    .

    École confessionnelle  : Cet homme pourra-t-il exercer son libre arbitre ?

    .

    École laïque  : Cet homme pourra-t-il exercer selon son entendement ?

    Où encore, « en toute conscience » ?


  • Crab2 4 juin 09:40



  • Crab2 4 juin 09:40

    L’Athéisme pourrait mettre tout le monde d’accord :

    Alors que les monothéismes sacralisent la misogynie, l’athéisme, n’est pas le ferment des cultures traditionnelles toutes plus phallocrates les unes que les autres puisque l’athéisme n’est ni une croyance ni une religion mais l’expression de la recherche permanente de l’Éthique. Suite  :



Réagir