mardi 3 novembre 2020 - par Michael Gulaputih

Mon enfant se drogue... et je n’ai rien vu venir (1/3)

 

Mais avant que je l'apprenne je disposais de tous les éléments qui auraient dû me mettre la puce à l'oreille. Comment le savoir, déceler les symptômes ? Quand ils sont là c'est déjà trop tard. Il faut les déceler au plus tôt et le moindre doute aurait dû m'alerter. Comment ?

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C'est comme pour reconnaître un chat. C'est un ensemble de descriptions partielles qui pointent de plus en plus sur votre cible. Par exemple : un chat est un petit être vivant, qui a 4 pattes terminées par des griffes rétractiles, une tête avec deux yeux de face laquelle est plutôt aplatie, un corps recouvert de fourrure, qui ronronne quand on le caresse...Une seule de ces caractéristiques ne suffit pas à clairement identifier un chat mais déjà cette petite énumération nous y oriente sacrément.

Nota : Chaque mot «  erreur  » dans ce texte illustre une caractéristique du drogué (assuré ou en devenir). Tous les drogués ne les ont pas tous. Mais ils en possèdent un sacré paquet en commun.

Cet article, dans son entier, fait un peu plus de 8500 mots. Je vais donc le couper en 3 parties intitulées :

Mon enfant se drogue...et je n'ai rien vu venir (1/3)

Mon enfant se drogue...tout le monde s'en fout (2/3)

Mon enfant se drogue...ce que j'aurais dû faire (3/3)

 

Un jour d'Avril 2020 – Le ciel nous tombe sur la tête

Appel de Sebastien. Ascenseur émotionnel. Il nous livre tout à trac que son petit frère Pietro se drogue et décroche de son boulot. En plus il a eu des délires psychotiques qui l'ont amené à errer dans les rues en pyjama.

C'en était trop pour Seb qui nous a alerté (très très tardivement).

Cicitun (prononcer "tchi tchi toune") mon épouse prend congé le plus rapidement possible de son cabinet (elle est psychologue), me prend à la maison et nous voilà parti pour Hambourg.

En chemin je digère l'information et durant le trajet qui dure une heure, tout en discutant avec elle, une succession de flashbacks se succède à grande vitesse dans ma tête. Flashbacks. Même ce mot tiré de la nébuleuse du monde de la drogue est passé dans le langage courant !

 

Mais d'abord en boucle je me repasse cette phrase : « Connard tu n'as rien vu venir » ou encore « C'est toujours le cocu le dernier avisé ».

Pourtant avec la venue de Gevnar notre premier enfant, je m'étais juré de procurer à celui-ci et aux autres à venir un environnement sain, isolé des tentations qu'offrent les grandes villes. Les incivilités, les dealers, les « valeurs » de la cité, je savais, j'avais donné : 13 rue d'Holbach à Sainte Genviève-des-Bois. Juste en face de la prison de Fleury-Mérogis (2 km à vol d'oiseau) et à deux pas de Grigny la Grande Borne.

J'ai réussi à m'enfuir de là et à m'établir dans la Bretagne profonde où d'irréductibles instituteurs sabotaient les directives du Ministère de l'Education Nationale et ignoraient avec mépris la méthode de lecture globale, ne jurant que par le Besherelle.

Résultat : mes trois fils ont tous appris à lire à la fin de leur premier trimestre de CP et à la fin de cette année scolaire, primordiale, à écrire et à compter. Ils n'ont pas savouré les années à se faire rééduquer par l'orthophoniste -véritable fossoyeur estampillé Sécu de la désagrégation programmée de notre société.

 

« Connard tu n'as rien vu venir ».

Je me souviens de ma première clope fumée à 11 ans. C'était une Gitane maïs piquée du paquet paternel. J'avais vomi copieusement et eu un sacré tournis. Cela ne m'avait pas vacciné parce qu'à 14 ans je remettais ça. Pendant 22 ans, jusqu'à la mort de mon père. Là j'ai subitement arrêté parce que j'avais compris pourquoi je fumais.

Je me souvenais de toutes les fois où j'avais failli me faire choper (bien sûr mes parents n'en savaient rien). Les doigts jaunes de nicotine que moi seul voyais et que je frottais avec tout et n'importe quoi. Les brunes sans filtre tâchent beaucoup les doigts !

Oui je m'étais juré que fort de cette expérience tabagique puis à d'autres plus costaudes en Fac avec d'autres substances, je saurais détecter toute dérive, toute addiction chez mes enfants. Erreur. Le drogué sait à merveille masquer son activité addictive.

 

« Abruti, tu n'as rien vu. Tu n'as rien voulu voir »

Gevnar notre grand a super bien réussi sa vie. Il a traversé toutes les étapes de l'enfance, de l'adolescence puis de sa vie d'étudiant et enfin d'homme sans encombre. Presqu'une caricature. C'est maintenant un homme fait, de 27 ans qui est ce qu'on appelle un CSP+. Il est marié, a monté son business qui est florissant et compte fonder une famille en Asie. Il nous a tellement habitué à cette facilité que Cicitun et moi en avions fait l'étalon sur lequel se calquer pour les deux autres. Grossière erreur  !

 

Mon père, un homme de son époque, un vrai, un de ceux qui meurent pour leurs idées, me foutait des roustes -toujours méritées, je dois l'avouer- pour toutes les conneries que je faisais. Ce n'était jamais par méchanceté. C'était juste la méthode d'éducation qu'on lui avait enseignée.

Par la suite j'ai su qu'il avait énormément modéré cet « enseignement » qu'il me prodiguait ! Il a morflé dans son enfance comme vous ne pouvez pas imaginer car en plus il y avait la guerre.

Mais ça je ne l'ai appris qu'après sa mort. En attendant je m'étais juré de ne jamais frapper mes enfants. Et j'avais mis en application ce que j'avais retenu de mes lectures d'ouvrages de psychologie : une punition choisie est plus facilement acceptée. Aussi je laissais le choix à mes fils entre un douche froide de 10 secondes ou trois tours de champs autour de la maison. Devinez ce qu'ils choisissaient ! Cette technique a très bien marché pour les deux premiers.

 

Pour le dernier pas du tout. Il a quelque chose en moins.

Dans son ouvrage « l'Agression » Konrad Lorenz explique très bien ce phénomène. La chienne qui élève ses petits les protège jalousement de la curiosité des mâles de la troupe. Sauf à une période précise de leur développement. Elle permet alors au mâtin de « jouer » avec les chiots, un par un. Il va saisir le chiot par la peau du dos et le projeter au sol « virilement ». Le chiot trouvera peut-être ça amusant les deux ou trois premières fois mais à force quand il trouvera ça moins amusant et il va tenter de s'enfuir. Le mâtin va vite le rattraper et recommencer son manège. Ne reste plus au chiot qu'à se mettre dans la posture de soumission, les quatre pattes écartées, ventre et gorge offerts pour faire cesser cette forme de bizutage. C'est seulement à ce moment là que le mâle va cesser son agression. Car c'en est une. Si le chiot ne possède pas dans son « bagage culturel » ce comportement, le mâle va « jouer » avec lui jusqu'à le tuer, sans que par ailleurs la chienne n'intervienne.

Ce rituel que par anthropomorphisme nous qualifierons de cruel est en fait vital pour la cohésion de la meute. Il permet de s'assurer que l'agression intra spécifique n'ira pas jusqu'au sang grâce à l'intériorisation de cette posture.

Pietro lui ne savait pas s'arrêter et ne savait pas détecter à quel moment il ne fallait pas dépasser les bornes.

 

« Imbécile, tu croyais que la lecture de quelques livres de psychologies constituerait un viatique propre à comprendre et à parer tous les dangers qui rôdent au coin du bois ».

Toujours dans mon optique d'éducation non-violente j'ai joué la carte de la patience. Car je savais que j'en étais abondamment pourvu au contraire de mes jeunes enfants. Encore une fois ça a parfaitement marché avec les deux premiers.

Avec Pietro pas.

 

Me revient la fameuse scène où je m'en suis rendu compte. Il avait un peu plus de deux ans. C'était le repas du soir et il refusait de rester assis dans son tabouret haut. Il se débattait et s'extirpait de son siège. Je le rattrapais alors et le sanglais tout en lui expliquant qu'il devait rester assis à table.

Et rebelotte. J'ai fait évacuer la cuisine et nous sommes restés en tête à tête. Ca a duré une bonne demi-heure avec cris et hurlements. J'ai fini par céder car les voisins commençaient à taper du balais au plafond. Je me souviens parfaitement qu'à ce moment-là je m'étais dit : « tu vas en voir des vertes et des pas mûres avec celui-là ».

 

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Au bout d'une bonne heure nous arrivons à Hambourg. Seb et Pietro partagent un deux-pièces dans une Baugenossenschaft, entité mixte à mi-chemin entre HLM et logement associatif. L'un fait des études de Chimie et l'autre suit une formation d'apprenti-ingénieur Réseau.

Pour l'heure Sebastien nous accueille complètement épuisé par une nuit blanche. Il nous relate les événements. Le dernier trip du petit frère a duré 3 jours ! Je tombe des nues. Les révélations tombent au fur et à mesure que Seb vide son cœur.

On découvre le carnage : culture de champignons hallucinogènes, LSD, beurre de cannabis, Ayahuasca, noix de Muscade...

Puis j'entre dans la chambre de Pietro. Dans l'antre plutôt ! Si vous avez vu Breaking Bad avec Jessie qui se shoote avec Jane, vous voyez ce que je veux dire. Le sol est jonché de saletés, de sachets en plastique, de détritus à des stades de décomposition divers. La seule place à peu près propre est la table de travail où trône un computer de Gamer avec les périphériques dont les caractéristiques hypertrophiées clignotent doucement au rythme des leds qui les sertissent. Je ne reviens pas qu'en deux mois de confinement il ait réussi ce tour de force de « poubelliser » cet endroit (notre dernière visite datant d'avant ce fameux confinement).

Pietro se réveille et tout de suite nous engueule. Il veut nous foutre dehors au motif qu'il ne nous a pas invité. Je lui rappelle qui paye son loyer et qui a le bail.

Erreur. Le drogué refuse toute forme d'autorité.

Pietro enfile des fringues à la hâte et s'enfuit. Voulant éviter toute confrontation physique je le laisse filer. Il est encore high.

 

Cicitun comprend que c'est sérieux. S'ensuit 3 heures épuisantes où elle appelle les services sociaux spécialisés qui tous, les uns après les autres nous répondent : « Votre fils est majeur. Tant qu'il ne représente pas une menace pour les autres nous ne pouvons rien faire ».

Même discours à la Police. Pietro a la malchance d'avoir à peine plus de 18 ans. Il est né fin décembre et à l'époque on pensait que c'était un atout de commencer l'école jeune. Autre erreur !

 

Si votre enfant suit bien en primaire et qu'on vous propose de lui faire sauter son CM2 et que vous n'avez pas les moyens de le mettre dans un collège/lycée d'exception dès la 6ième -oubliez. Il se fera d'autant plus « mobbé » qu'il sera brillant. L'intelligence logique ou formelle n'est pas tout. L'intelligence sociale est primordiale et notre Pietro n'en avait pas beaucoup comparativement à ses copains de classe souvent plus âgés d'au moins un an. Il en a beaucoup souffert en silence. Les garçons sont cruels entre eux. C'est un point important pour comprendre cette chute dans la drogue.

 

Cicitun fait le ménage dans ce capharnaüm et découvre éberluée l'étendue du désastre pendant que Seb nous commente avec plus ou moins de détails.

 

Sur le balcon, les bacs en plastique ? Destinés à la culture de champignons hallucinogènes dont les spores s'achètent sur Internet. D'ailleurs tout s'achète sur Internet. Comme tout le monde j'avais entendu parler du Darknet, du réseau TOR etc...J'étais loin d'imaginer que Pietro y nageait comme un poisson dans l'eau, qu'il avait même des Bitcoins pour payer ses achats illégaux.

 

Ce flacon avec un liquide noir comme de l'encre, tout poisseux ? De l'Ayahuasca.

Quoi-t-est-ce ? Une drogue psychédélique du moment.

Bêtement une sensation de fierté me saisit un moment. Pietro n'a pas attaqué par le tout-venant : cocaïne ou ecstasy. Quel idiot je suis ! La suite me le renfoncera profondément dans la gorge.

 

Ce Tuperware avec du beurre trop marron pour être honnête ? Là j'ai reconnu : du beurre de cannabis pour faire des Space Cakes. N'étant quand même pas le dernier des innocents j'avais expérimenté les pétards en Fac. Heureusement je fumais (du tabac) et le cannabis ne m'avait pas vraiment semblé transcendant. J'avais aussi un bon copain de Fac qui était un vrai drogué -trip à Amsterdam, achat dans les coffee shops et consommation de pilules diverses et variées. Il ne m'avait pas entraîné dans sa chute et m'avait même mis en garde contre les drogues dites « dures ». Il est parti en HP après une crise dans la cafèt' où il dansait sur les tables en déchirant ses feuilles de cours.

Quelques années plus tard je me suis sérieusement documenté sur les drogues, leurs effets, sur l'histoire des drogues.

Plus tardivement professionnellement je suis retourné aux Pays-Bas et un jeune collègue célibataire déchaîné ayant préparé un Space Cake avait mis une nuit entière à redescendre. Prudemment je m'étais contenté de la drogue légale : l'alcool.

 

On n'a pas mis la main sur le LSD de Pietro. D'ailleurs on ne savait pas trop ce que nous devions chercher : buvard, cigarettes, liquide, sucre ?

 

De la noix de muscade en poudre par sachet de 150 gr ? Hé oui j'apprends que c'est aussi une drogue hallucinogène à partir d'une ingestion de 10-20gr (drogue mortelle au-delà de 20gr).

Tiens en passant je vous recommande ce dernier site. Ca vous donnera une idée de ce qu'une personne peut s'enfiler comme substance chimique et de la façon de le faire.

 

Pietro s'est enfui sans ses clés. On les lui confisque car on a décidé de le rapatrier à la maison.

Il faut l'intervention d'un gentil policier au commissariat pour que Pietro qui s'était réfugié chez une copine de bahut, accepte de revenir à la maison. Comme nous étions en plein confinement (en Allemagne et dans notre région ce n'était pas aussi strict qu'en France) Pietro était aussi soit en « télétravail » ou soit en autoformation. Alors de chez nous ou d'ailleurs...

 

Commencent alors les vrais problèmes.

Vous cherchez à comprendre ce qui a bien pu pousser votre enfant à consommer du LSD ou plutôt des drogues psychédéliques. Vous l'interrogez et vous tombez sur un prosélyte fervent qui cherche à vous convertir.

« Non le LSD ne provoque pas d'accoutumance physique. Va sur Internet vérifier... »

Mais il a raison le bougre. Même si vous sentez au fond de vous que ce n'est pas sain vous ne disposez plus de cet argument. Il existerait bien une dépendance psychique mais elle serait aisément surmontable et ne proviendrait qu'après une très longue utilisation.

 

Le LSD lui a permis de supprimer son addiction aux jeux sur Internet. Il est devenu meilleur grâce à lui. La preuve de ce qu'il avance. Internet. On guérit les alcooliques de leur addiction avec du LSD.

La toile regorge d'articles à ce sujet.

Comment lutter contre cet argument ?

 

D'autant que vicieusement Pietro nous dévoile nos propres addictions : le café et sa molécule additive la caféine, le chocolat et la phényléthylamine, le vin, les boissons alcoolisées et l'éthanol...

On s'évertue à lui expliquer qu'il y a drogues et drogues. Mais très vite on tombe dans le sketch des inconnus avec les bons et les mauvais chasseurs. Il nous faut un argumentaire autrement plus sérieux que les quelques souvenirs de lecture sur ce sujet. On y travaille et on revient régulièrement à l'assaut. Mais le bougre est archi-calé sur le sujet !

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En effet je me souviens que nous avions eu une discussion il y a deux ans où je soutenais que les drogués au drogues dures avaient tous commencé par le cannabis. Nul ne débute sa « formation » direct par de l'héroïne ou du LSD. Alors autant ne pas commencer.

Et ça, ça a eu le don de particulièrement l'énerver. J'aurais dû me méfier. Erreur.

Il en vient presque à me convaincre d'essayer avec lui un p'tit coup de LSD !

 

La condition pour son retour à la maison était qu'il ne retouche plus à la drogue.

Vous faites confiance. Erreur  : ne jamais faire confiance à un drogué.

On avait bien remarqué que Pietro avait un peu trop souvent une espèce de bave blanche aux commissures des lèvres, bave assez disgracieuse mais bon...Erreur. Ce n'est pas normal : c'est typique de la prise de noix de Muscade.

On se persuadait que l'affaire était en bonne voix de résolution. P...ain, rétrospectivement qu'est ce que c'est chiant de voir que notre situation était aussi prévisible.

 

12 jours plus tard aux urgences, un dimanche soir à 23h30.

On l'a amené car on ne savait plus quoi faire avec lui. On découvre en live ce qu'est un bad trip. Une succession d'émotions diverses et contradictoires traverse le visage de votre enfant. Il est complètement incohérent, sans être agressif mais voit des choses que lui seul voit. Ca se passe mal. Il combat je ne sais quoi et semble terrorisé par des entités invisibles camouflées dans le style de l'extraterrestre du film Predator.

Comme je sais que ça va durer encore au moins une quinzaine d'heures (je me suis renseigné depuis sur Internet) on l'emmène à l'hôpital pour qu'on s'occupe de lui.

Il se fait entraîner à l'intérieur sans résister...

 

A 9h du matin il est de retour et devant la porte de la maison, trempé comme une soupe !

Comme il n'est pas violent et qu'il est majeur l'hôpital n'a pas pu le retenir. La moutarde me monte au nez car j'avais remis mon fils entre les mains d'une institution en qui j'avais confiance. Et celle-ci me fait comprendre qu'un adulte a le droit de se droguer s'il le veut.

Je reviendrais par la suite sur cette incohérence voulue entre la consommation de drogue qui est légale et sa vente qui ne l'est pas. C'est le début d'une désillusion qui va nous entraîner très, très loin mon épouse et moi.

Bien que Pietro soit encore « high » je l'engueule et lui dis qu'il nous avait promis de ne plus se droguer. Il me donne le reste de ses stocks de drogues : deux sachets de noix de muscade et un buvard de 24 doses de LSD. Malgré ma colère je suis intéressé par la forme de la chose.

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Je sors me balader avec lui car dans son état il faut qu'il s'aère, qu'il brûle cette saloperie. Dans cet état il m'en dit plus que pendant ses longues années d'adolescence. Et ça m'affole littéralement. J'apprends que la moitié des terminales de son Lycée a touché à la drogue en plus du cannabis car pour le cannabis on arrive à 90 %. Que ses deux autres frères ont aussi tâté qui du MDMA (ou Ectasy) qui du cannabis et du LSD.

 

Plus grave encore il me fait découvrir le phénomène « reddit » dont je ne soupçonnais même pas tout le potentiel férocement addictif et qui vous pousse à toujours plus. Pietro y est un contributeur émérite dont les avis sur les drogues hallucinogènes sont respectés ! Je rêve tout debout !

Deux ou trois ans avant Pietro a commencé des expériences tout en douceur de « rêve éveillé » ou « rêve lucide » .

Quand vous surprenez votre ado de 15 ans parler à son frère de « rêve éveillé » vous ne dressez pas particulièrement l'oreille. Erreur. Si tous les joueurs de Loto ne gagnent pas le gros lot, 100 % des gagnants ont joué au Loto. C'est pareil ici avec le couple rêve éveillé/LSD.

 

Nous finissons notre très longue balade et retrouvons Cicitun endormie sur le canapé de retour de l'école.

Pietro m'avoue qu'il a pris une autre fois du LSD sous notre nez et qu'on ne s'est rendu compte de rien. De même qu'il en a pris souvent au travail. Combien ? Et bien au moins 10 fois sur ses 100 prises en l'espace de 9 mois.

Pour le coup je commence à être en colère contre son grand frère Sebastien. Je l'appelle pour confirmation car la consommation annoncée me paraît excessive. Seb confirme. Et me chante la même petite chanson : le LSD ne rend pas addict physiquement. D'ailleurs il a accompagné son petit frère 3 ou 4 fois mais a arrêté car ça lui détruisait la tripaille.

De mieux en mieux. L'autre frère qui participe, qui cautionne, qui excuse, qui légitime.

Je soupçonne que l'aventure ne fait que commencer. La suite va me montrer qu'en effet elle ne faisait que commencer.

 

Pietro toujours « parti » et en veine de confidence me décrit le système reddit. C'est une réseau social peu connu en France et de langue exclusivement anglaise qui abrite le meilleur comme le pire. Quasiment n'importe quel sujet existe et fait l'objet d'une rubrique. C'est super pratique si vous êtes un programmeur par exemple car il existe plein de de subreddits dont au moins un sera dédié à votre problème.

Cet article vous explique les arcanes de ce réseau social

Mais comme dit plus haut le meilleur côtoie le pire. Par exemple cette vidéo qui parle du danger du LSD dans la rubrique « askdrugs » ne traite que du côté « méfiez-vous de ce que les dealers vous vendent : il n'y a pas de SAV après une overdose »

Mon fils me parle alors de la possibilité qu'a un redditor (un utilisateur de reddit) d'entrer en contact avec vous en tête à tête via le reddit chat. Et là commence le bizarre et l'exotique.

Pietro me signale un individu qui cherchait à entrer en contact avec lui et que son trip à lui c'était les grenouilles aux cuisses musclées. Ca ressemble tellement au Blue Wale Challenge avec des enfoirés qui poussent des ados au suicide que je le mets en garde aussitôt.

 

Il me parle aussi d'un autre qui lui est branché channeling. Il s'agirait de la possibilité d'ouvrir un canal de communication avec des extra-terrestres. Trop d'infos bizarres en même temps. Je sature et je saute cette information. Erreur.

 

Pietro nous fait part de son désir de quitter sa formation d'apprenti-ingénieur car cela ne lui convient pas. Il veut se donner le temps de réfléchir. Nous lui disons de faire ça proprement en fin d'année scolaire (on est début Mai pour l'instant) car tout employeur peut comprendre qu'on s'est trompé de direction mais s'attend à ce qu'on respecte les formes, d'autant que ses appréciations resteront si Pietro veut changer de formation : ça fera partie de son dossier universitaire. Erreur. Un drogué change d'avis comme de chemise. Il n'arrive pas à garder un cap.

Prenant notre accord de principe comme avalisant ce qu'il va faire il nous annonce le lendemain qu'il a largué sa formation !



113 réactions


    • Ouam Ouam 4 novembre 2020 19:17

      suite...
      et lui donner come autre exemple les autres types de drogues utilisés par les sportifs pour faire un exploit illiusoire qui tout bien réfléchi ne durent qu’un bref instant et ensuite les sequelles sont aussi reglé toutes la vie...
      Comme cela l’explication sort aussi des psychotropes, ce qui lui permettra de le voir sur un autre plan que le sien ...


    • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 4 novembre 2020 19:33

      @Ouam
      Merci pour tes propositions. Mais la suite de l’article à venir te montrera à quel point tu sous-estimes le problème.
      Wait...


  • Decouz 4 novembre 2020 19:28

    Pour les produits hallucinogènes, je ne vois pas pourquoi certaines civilisations, religions utilisent ces produits à des fins spirituelles si elles jugent que ce sont des illusions.

    Les conséquences dépendent en grande partie des individus, il n’y a pas forcement d’accoutumance psychique (rien à voir avec le sucre). Certains ont de expériences spirituelles, d’autres non.

    Parmi les étudiants et professeurs en anthropologie et autres sciences humaines ayant testé ces produits en Californie trois conséquences avaient été remarquées selon les individus :

    -soit les étudiants/professeurs abandonnaient totalement la vision moderne scientiste et adoptaient une vision semblable à celle des peuples utilisant ces produits, ce qu’ils voyaient les états de conscience modifiés n’était pas des illusions, mais le monde réel, ou en tout cas un monde plus réel que le monde ordinaire.

    -une autre partie considérait que ces visions étaient illusoires et soit abandonnaient soit en restaient à un usage récréatif.

    -Une troisième partie considérait qu’il fallait juger à partir des deux états, la réalité n’étant exactement ni la perception ordinaire, ni la perception induite par la drogue.


    • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 4 novembre 2020 19:40

      @Decouz
      C’est très intéressant ces 3 types de réactions.
      Vous avez une référence papier ?


    • Decouz 5 novembre 2020 09:52

      @Michael Gulaputih
      Pas dans l’immédiat, je ne me souviens plus où j’avais vu ça, mais au sujet des drogues, et du LSD en particulier le site Psychoactif est une bonne source, ils ne font pas l’apologie de la drogue, conformément à la loi française, mais ils sont contre la répression, et pour une approche « réduction des risques ».
      Voire le « psychoWIKI » sur le LSD et le post récent « petit guide » qui fait le point sur les effets et les risques.
      Sinon il y a pas mal de littérature sur le sujet des sociétés qui utilisent ces drogues (Amérique du Sud, Mexique, Afrique, chamanismes divers).
      J’interviendrai éventuellement plus tard.


  • Decouz 5 novembre 2020 11:18

    Je ne réponds pas directement à votre problème personnel, tout ce que je peux dire, c’est que les conseils « de l’extérieur », pas du point de vue relationnel familial, mais du point de vue de l’expérience du drogué quant au produits, risquent de ne pas fonctionner.

    Il faudrait quelque chose comme « les alcooliques anonymes », mais il faut déjà avoir la volonté de s’arrêter.

    Les études se poursuivent pour le LSD, notamment avec des micro dosages qui pourraient avoir des effets thérapeutiques intéressants.

    https://www.universityofcalifornia.edu/news/psychedelic-drugs-could-treat-depression-and-other-mental-illnesses

    https://news.berkeley.edu/2020/09/14/uc-berkeley-launches-new-center-for-psychedelic-science-and-education/

    « Ces médicaments comptent parmi les plus puissants connus pour affecter les fonctions cérébrales, et nos recherches montrent qu’ils peuvent également modifier la structure du cerveau. Les modifications de la structure neuronale sont importantes car elles peuvent avoir un impact sur la façon dont le cerveau est câblé et, par conséquent, sur la façon dont nous nous sentons, pensons et nous comportons »

    (Médicament pour drug)

    Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)


  • Decouz 5 novembre 2020 11:36

    Il faut lire tout l’article, si vous ne maitrisez pas l’anglais, se servir de DeepL Traduction qui est assez fiable et commet peu d’erreurs.

    https://www.pnas.org/content/117/5/2338


    • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 5 novembre 2020 17:20

      @Decouz
      Vous tombez dans l’erreur que je dénoncé dans la suite de mon article.
      Oui il paraîtrait que le LSD ait des vertus thérapeutiques pour soigner d’autres addictions ou des dépressions.
      Mais comme beaucoup de médicaments son utilisation peut être complètement détournées. Par ex. le cannabis qui a des vertus contre des pbs pulmonaires.
      Enfin je ne vais pas spoiler ma propre production à venir !


    • Decouz 6 novembre 2020 09:25

      @Michael Gulaputih
      Pour ma part je n’ai pas été addict et je n’ai pas eu à me sevrer, mes prises étaient espacées, on ne peut pas dire que j’ai arrêté, les occasions ne se sont plus représentées (vendeur, propositions de copains), c’est tout, et je n’avais pas un besoin impérieux.
      En plus pour moi c’était chaque fois un voyage intérieur en profondeur, je ne voulais pas « gaspiller » ces voyages. J’ai toujours consommé avec d’autres car j’avais peur d’être tout seul (mauvais trip), bien qu’il soit arrivé en fin de trip que je me sois trouvé seul (la descente est assez longue). Pour pallier aux dangers des crises d’angoisse il y a souvent une personne sobre qui connait les effets et peut calmer la personne, et éventuellement l’utilisation de tranquillisants pour faire « descendre ».


    • Michael Gulaputih Michael Gulaputih 6 novembre 2020 21:42

      @Decouz
      Merci pour votre témoignage. Mais il est clair que vous n’êtes pas quelqu’un de la génération z.
      Pietro prend ses trip seul ou via Internet.


  • Decouz 6 novembre 2020 11:20

    Vous dites aussi à un moment que vous avez engueulé votre fils parce qu’il avait promis d’arrêter et qu’à ce moment il était encore sous l’effet du produit. Ce n’était pas recommandé, car du moins en ce qui me concerne, je percevais ce qui venait des autres comme des vibrations, je ne parle pas d’une manière imagée, mais d’une manière physique. Les états mentaux des autres vous les percevez physiquement, même si cela est vrai à une échelle moindre dans la vie ordinaire, c’est beaucoup plus profond et physique. J’imagine alors que la colère peut provoquer des réactions non prévues.

    J’avais commis une erreur un fois où un copain était en trip, dans un concert, il criait, affolé, (il m’a expliqué ensuite qu’il voyait le plafond s’ouvrir et d’autres choses incroyables et effrayantes), j’ai imaginé qu’il fallait faire comme avec une personne ivre, je l’ai secoué un petit peu, giflé même, puis une fille est intervenue et m’a dit que ce n’était pas la bonne solution, elle l’a pris dans ses bras et lui a parlé gentiment, il s’est calmé.


  • meaculpa99 12 novembre 2020 14:02

    Merci pour votre article. C’est très instructif.


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