mardi 14 août 2018 - par Sayed Hasan

Norman Finkelstein : Israël n’a aucun droit de se défendre contre Gaza

Par Norman Finkelstein & Jamie Stern-Weiner

Selon le droit international, tout type de recours à la force à Gaza est interdit à Israël, quelles que soient les circonstances.
 
 
Traduction : http://sayed7asan.blogspot.com

Soutenez ce travail et abonnez-vous à la Page Facebook et à la chaine Vimeo pour contourner la censure
 
Lior Mizrahi / Getty Images

Depuis le 30 mars 2018, date à laquelle les manifestations largement non violentes à Gaza ont commencé, la communauté internationale a fermement condamné les attaques armées israéliennes.

Une résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies a « déploré tout recours à la force excessif, disproportionné et indiscriminé par les forces israéliennes contre des civils Palestiniens », tandis que le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies dénonçait « l'usage disproportionné et indiscriminé de la force ». Après que des snipers israéliens aient tué Razan al-Najjar, une ambulancière palestinienne non armée âgée de vingt-et-un ans, le coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient a averti Israël qu'il « devait calibrer son utilisation de la force ». Dans un rapport accablant, Human Rights Watch a conclu que « le recours répété par les forces israéliennes à la force létale dans la bande de Gaza... contre des manifestants qui ne représentaient aucune menace imminente pour la vie peut constituer des crimes de guerre ».

Bien que ces condamnations soient les bienvenues, la question reste néanmoins de savoir si elles vont assez loin. En termes simples, est-ce qu'Israël a le droit de recourir à la force, de quelque manière que ce soit et quelles que soient les circonstances, contre la population de Gaza ?

Le débat juridique en cours porte sur deux questions interdépendantes :
  • Les snipers israéliens ont-ils recouru à une force « excessive » ou « disproportionnée » contre les manifestants (comme l’affirment les critiques), ou la quantité de force déployée était-elle nécessaire pour empêcher les manifestants de franchir la clôture (comme Israël le prétend) ?
  • La conduite d'Israël à l'égard des manifestations à Gaza est-elle régie par les lois relatives aux droits de l'homme (comme le prétendent les critiques) ou par le droit international humanitaire (comme Israël le prétend) ? Le droit international humanitaire s’applique dans les situations de conflit armé, tandis que les lois relatives aux droits de l’homme régissent l’application des lois nationales. La différence est importante, car les lois relatives aux droits de l’homme imposent des contraintes plus strictes à l’emploi de la force. 
Dans ces deux controverses, toutes les parties partent d’une prémisse commune : Israël a le droit de recourir à la force pour empêcher les habitants de Gaza de franchir la clôture. Le différend se résume à cette question : quelle quantité de force est légitime ? Les critiques qui allèguent une force « disproportionnée » ou « excessive » légitiment tacitement le recours par Israël à une force « proportionnée » ou « modérée », tandis que ceux qui insistent sur l'applicabilité des lois relatives aux droits de l'homme considèrent que le recours à la force par Israël est légitime en cas de « menace imminente » à la vie d'un sniper.

Cette présomption existe même au pôle le plus critique du débat sur Gaza. Le groupe israélien de défense des droits de l'homme B'Tselem a condamné comme « illégal » le recours à la force létale par Israël contre des personnes non armées qui « s'approchaient de la clôture, l'endommageaient ou tentaient de la franchir ». Mais il a concédé « [qu'] évidemment, l'armée a le droit d'empêcher de telles actions, et même de détenir les individus qui tentent de les mener à bien ». Un haut responsable de Human Rights Watch a déclaré que le recours par Israël aux balles réelles à Gaza était « illégal ». Mais il a suggéré que « le recours à des moyens non létaux tels que le gaz lacrymogène, le skunk [liquide chimique pestilentiel] et les billes d'acier revêtues de caoutchouc » serait considéré légal. Le Comité international de la Croix-Rouge a averti Israël que « la force létale ne devait être utilisée qu'en dernier recours et lorsqu'elle est impérieusement requise pour protéger la vie [d'Israéliens] ». Même les principales organisations palestiniennes de défense des droits de l'homme ont qualifié l'usage de la force par Israël d' « excessif », d' « indiscriminé » et de « disproportionné » plutôt que d'intrinsèquement illégal.

Mais le fait est qu'Israël ne peut légitimement revendiquer aucun droit de recourir à la force de quelque manière que ce soit à Gaza, que cet usage de la force soit modéré ou excessif, proportionné ou disproportionné, que les manifestants soient armés ou désarmés, qu'ils constituent une menace imminente pour la vie ou pas. Si ce fait n'est pas de notoriété publique, c'est parce que le débat actuel ne tient pas compte de réserves décisives du droit international et des abrégés de la situation spécifique à Gaza.

Ce que dit le droit international

Pour justifier son usage de la force à Gaza, Israël revendique le droit d'empêcher toute intrusion étrangère sur son territoire souverain. Un commentateur juridique israélien observe que cette préoccupation déclarée pour le caractère sacré de la « frontière » de Gaza est sélective et opportuniste. Israël envahit Gaza à volonté ; ce n'est que lorsque les Palestiniens cherchent à traverser la clôture dans l'autre sens que celle-ci devient sacro-sainte. Cette hypocrisie mise à part, le prétendu droit à la légitime défense d’Israël n’a toujours aucun fondement juridique. Au contraire, le recours à la force par Israël est contraire au droit international.

Les Palestiniens de Cisjordanie —y compris Jérusalem-Est— et de Gaza luttent pour obtenir leur « droit à l'autodétermination », qui a été reconnu et validé sur le plan international (Cour internationale de justice). Comme le souligne James Crawford, éminent juriste, le droit international interdit le recours à la force militaire « par une puissance administrante pour réprimer l’insurrection populaire généralisée dans une unité d’autodétermination », tandis que « le recours à la force par une entité non-étatique dans l'exercice d'un droit à l'autodétermination est juridiquement neutre, c'est-à-dire qu'il n'est aucunement réglementé par le droit international. »


Les manifestants à Gaza ont choisi de recourir à la non-violence pour obtenir leurs droits internationalement reconnus —une tactique que, bien sûr, le droit international n’interdit pas non plus. Mais cette décision prudente n'est pas une exigence légale. Même si les habitants de Gaza décidaient d’utiliser des armes contre les snipers israéliens qui entravent leur droit à l’autodétermination, le recours à la force militaire par Israël serait toujours légalement interdit.

La répartition des droits et des devoirs dans le discours occidental conventionnel —qui accorde de fait à Israël le droit d’utiliser la force violente pour se défendre contre les habitants de Gaza, alors qu’elle les oblige à mener leur lutte pour l'autodétermination de manière non-violente— bouleverse le droit international.

On pourrait objecter que dans la mesure où Israël est un occupant belligérant à Gaza, il a le droit, en vertu de la quatrième Convention de Genève de 1949, d’utiliser la force pour maintenir l’ordre public. Mais cette objection n'est pas recevable pour trois raisons.

Premièrement, la quatrième Convention de Genève oblige un occupant belligérant à subvenir aux besoins et à assurer le bien-être de la population occupée. En effet, la « Protection des civils en temps de guerre » est la raison d'être de cette Convention. Israël, cependant, a soumis la population civile de Gaza à un siège prolongé qui constitue une « punition collective » illégale selon le Comité international de la Croix-Rouge, et qui a rendu Gaza physiquement « invivable » selon l'ONU. La quatrième Convention de Genève ne garantit pas le droit d’Israël à préserver l’ordre à Gaza alors même qu’il viole de manière flagrante son obligation complémentaire de protéger le bien-être de la population civile de Gaza. De fait, les troubles qu'Israël prétend avoir le droit de réprimer découle directement du blocus criminel qu'il a imposé.

Deuxièmement, même si Israël est qualifié d'occupant belligérant à Gaza, le droit d'un peuple à l'autodétermination est une norme impérative (jus cogens) du droit international, à laquelle aucune dérogation n'est possible. Si, comme c'est ici le cas, le droit de l'occupation belligérante empiète sur le droit à l'autodétermination, le droit de Gaza à l'autodétermination l'emporte sur le droit d'Israël de maintenir l'ordre ; et si, comme c'est ici le cas, la lutte pour l'autodétermination est menée de manière non-violente, alors le prétendu droit d'Israël d'utiliser la force armée pour maintenir l'ordre est manifestement infondé.

Troisièmement, de fait, l'occupation de Gaza par Israël est désormais illégale, et Israël a par conséquent renoncé à ses droits d'occupant belligérant. La Cour internationale de Justice a statué en 1971 que puisque l’Afrique du Sud avait refusé de mener des négociations de bonne foi pour mettre fin à son occupation de la Namibie, cette occupation était devenue illégale. Le refus d’Israël, depuis plus d’un demi-siècle, de mener des négociations de bonne foi sur la base du droit international pour se retirer de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, et de Gaza, a également eu pour effet de délégitimer son occupation.

Il y a également une autre dimension juridique primordiale qui a été ignorée. C’est un principe fondamental du droit international qu’aucun État ne peut recourir à des mesures violentes avant d'avoir épuisé tous les « moyens pacifiques » (Charte des Nations Unies, article 2). Ce principe est aussi sacré pour la primauté du droit que le serment d'Hippocrate analogue, primum non nocere (avant tout, ne pas nuire), l'est pour la médecine. L’élan derrière les manifestations à la clôture de Gaza est le siège illégal d’Israël, et leur objectif est d’y mettre fin. Même le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a concédé : « Ils étouffent économiquement, et par conséquent, ils ont décidé de foncer sur la clôture ».

Si Israël veut protéger ses frontières, il n’a pas besoin de recourir à la coercition létale ou non-létale. Il lui suffit simplement de lever le siège. L'équipe de choc du Président Donald Trump pour le Moyen-Orient —son beau-fils Jared Kushner, l'ancien avocat en droit de la faillite David Friedman, l'ancien conseiller juridique de l'Organisation Trump Jason Greenblatt, et l'ancien gouverneur de Caroline du Sud Nikki Haley— allèguent, au contraire, que c'est le Hamas qui « maintient les Palestiniens de Gaza en captivité » et est « le premier responsable… de la perpétuation des souffrances du peuple de Gaza ». Mais s'ils sont tombés dans le terrier d'Alice (au pays des merveilles, dans un monde complètement absurde), nous ne sommes pas tenus de les y suivre. « Israël, en tant que puissance occupante », a statué le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (l'autorité en la matière), « doit lever le blocus qui viole... la quatrième Convention de Genève interdisant les sanctions collectives et empêche la réalisation d'un large éventail de droits de l'homme. »

De plus, le Hamas a constamment offert à Israël une trêve de longue durée (hudna) en échange de la fin du siège, et il a réitéré cette proposition tout au long des manifestations actuelles. Le 7 mai, une semaine avant qu'Israël tue plus de soixante manifestants à Gaza, Haaretz a rapporté que « les dirigeants du Hamas » avaient « transmis à Israël des messages indiquant leur volonté de négocier un cessez-le-feu de longue durée » en échange de, entre autres choses, « l'assouplissement du siège ». « Le Hamas continue de transmettre des messages aux autorités (civiles et militaires israéliennes) chargées de la défense selon lesquels il est toujours intéressé par une « hudna  », a révélé un correspondant militaire israélien chevronné quelques jours plus tard. « Le Hamas lui-même a transmis l’année dernière à Israël différentes versions d’une hudna restreinte ou élargie, qui comprend non seulement Gaza mais aussi la Cisjordanie ».

L’armée israélienne a pris au sérieux ces offres de cessez-le-feu : « Le Hamas, selon les services de renseignement, est prêt à parvenir à un accord ». En effet, un officier supérieur a vivement insisté sur le fait que c'était « le moment de parvenir à un accord avec le Hamas », exhortant le gouvernement israélien à saisir cette occasion afin de prévenir « d'autres escalades armées ». Mais les autorités israéliennes n'étaient pas intéressées : « Les exigences et les conditions du Hamas n'ont jamais été discutées, car Israël refuse de parler au Hamas ». Le rejet par Israël de cette étape préliminaire pacifique constitue une double violation du droit international : l'imposition d'un blocus illégal et le recours illicite à la force armée lorsque les moyens pacifiques n'ont pas été épuisés.

Un droit d'empoisonner les enfants ?

Un des principes du droit est qu’aucun droit ne peut découler d’actes illégaux (ex injuria non oritur jus), et il est évident que le droit à la légitime défense n’existe pas dans toutes les situations. Un violeur ne peut prétendre à la légitime défense si la victime le martèle de coups de poing. Un propriétaire de théâtre n'a pas le droit de se défendre si les spectateurs s'en prennent à lui après qu'il ait mis le feu à l'édifice et les empêche de fuir. Le comportement d’Israël vis-à-vis de Gaza entre dans cette catégorie d’actes qui rendent nul et non avenu le droit à la légitime défense. S'il en était autrement, cela équivaudrait à valider le droit d'utiliser la force militaire pour maintenir une occupation illégale aggravée par un siège illégal.

S'il est malgré tout largement admis qu'Israël a le droit de recourir à la force pour empêcher les Gazaouis de violer sa « clôture frontalière », c'est parce que de savantes arguties sur les considérations d'ordre technique du droit ont occulté les enjeux humanitaires de la situation.

Qu'est-ce qu'est Gaza ?

L'étroite bande côtière compte parmi les zones les plus densément peuplées de la planète. Plus de 70% de ses deux millions d'habitants sont des réfugiés, tandis que plus de la moitié —un million— sont des enfants de moins de dix-huit ans. Pendant plus de dix ans, Israël a imposé à ce morceau de territoire un siège dévastateur. Cinquante pour cent de la main-d'œuvre de Gaza est maintenant au chômage, 80% dépend de l'aide alimentaire internationale et 96% de l'eau du robinet est contaminée.

Au début du mois de juillet, Israël a resserré davantage ses restrictions sur les marchandises autorisées à entrer à Gaza et a complètement interdit les exportations ; et par la suite, il a bloqué l'entrée de carburant, provoquant une urgence médicale, car des hôpitaux déjà débordés ont dû fermer. Selon l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme Gisha, cette « mesure radicale de punition collective » constituait un retour aux « périodes les plus difficiles du siège » et équivalait à « une guerre économique ouverte contre la population civile de Gaza ». Cela a été suivi mi-juillet par des attaques aériennes sur des dizaines de cibles à Gaza.


Israël a justifié le siège renforcé et les attaques aériennes en réaction aux cerfs-volants enflammés envoyés au-dessus du périmètre de la clôture par des manifestants de Gaza. Mais ces soi-disant « cerfs-volants terroristes » ont causé des destructions estimées au total à 2 millions de dollars et, selon des sources militaires israéliennes, « ne constituent pas une menace immédiate ou sérieuse ». Comme l'a sobrement rapporté un correspondant militaire israélien, « les dégâts psychologiques causés par les incendies le long de la frontière sont pires que les dégâts réels ». « Toutes ces jérémiades à propos des cerfs-volants me rendent fou », râla un officier israélien de haut rang pour éluder la question des cerfs-volants. « C'est aussi tout le contraire de ce que vous entendez de la plupart des gens qui vivent ici... Les gens disent ouvertement : nous aimons cet endroit, nous voulons vivre ici malgré les incendies. »

« Nous ne sommes pas des terroristes », a plaidé un lanceur de cerfs-volants de l’autre côté de la clôture. « Nous sommes une génération sans espoir et sans horizon qui vit sous un siège suffocant, et c'est ce message que nous essayons d'envoyer au monde. En Israël, ils pleurent sur les champs et les forêts qui ont brûlé. Mais qu'en est-il de nous, qui mourons tous les jours ? » « Les activistes du cerf-volant, principalement des adolescents, ont juré de « continuer... jusqu'à... ce que les exigences du peuple palestinien de lever le blocus » soient satisfaites.

À la fin du mois de juillet, un retour partiel au statu quo ante a été rétabli, Israël permettant à un filet de marchandises d'entrer dans Gaza tandis que le Hamas serrait la bride des cerfs-volants. Mais il y a de fortes chances que les événements récents se reproduisent —manifestations non violentes à Gaza, provocations israéliennes violentes, riposte du Hamas, siège renforcé—, culminant dans un autre assaut militaire israélien qui sera, d'après les menaces du ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman, « plus douloureux que l'opération Bordure protectrice. »

Si et au moment où la nouvelle conflagration arrive(ra), et qu'Israël proclame qu'il ne fait que défendre sa frontière, la riposte rhétoriquement correcte sera que la barrière séparant Gaza d'Israël n'est pas plus une « frontière » que Gaza n'est un État. Le professeur distingué de l’université hébraïque, Baruch Kimmerling, a qualifié Gaza de « camp de concentration », tandis que l’ancien Premier ministre britannique, David Cameron, l’a désignée comme une « prison à ciel ouvert ». L'équipe éditoriale d'Haaretz l'a appelé un « ghetto », le journal The Economist une « déchetterie humaine » et le Comité international de la Croix-Rouge un « navire en perdition ». Gaza est ce que le responsable en chef des droits de l’homme de l’ONU a appelé un « bidonville toxique » dans lequel toute une population civile est « enfermée de leur naissance jusqu'à leur mort ».

Est-ce qu'Israël a le droit d'utiliser la force pour incarcérer le million d'enfants de Gaza dans un « ghetto » ou un « bidonville toxique » ? Les habitants de Gaza n'ont-ils pas le droit de s'évader d'un « camp de concentration » ?

Aujourd'hui, trouve-t-on des gens qui débattent pour savoir si l’Allemagne nazie a utilisé ou non une force « excessive » et « disproportionnée » pour réprimer le soulèvement du Ghetto de Varsovie ? Qui se demande maintenant si l'Allemagne nazie avait un « droit à la légitime défense » contre l'Organisation juive de combat —qui a résisté les armes à la main ? De telles questions sont-elles seulement concevables ?

On pourrait objecter que Gaza n'est pas le Ghetto de Varsovie. Mais comme l'a remarqué un journaliste israélien qui a servi à Gaza lors de la première Intifada, « le problème ne réside pas dans la similitude... mais dans le fait qu'il n'y ait pas assez de manque de similitude ». L'Organisation mondiale de la santé a déclaré que « plus d'un million de personnes dans la bande de Gaza risquent de contracter des maladies hydriques », tandis qu'un expert israélien prédit que Gaza sera bientôt envahie par des épidémies de typhus et de choléra comme celles qui ont décimé les Juifs dans le Ghetto de Varsovie.

L’objectif principal du droit international humanitaire est de protéger les civils des ravages de la guerre. L’objectif principal du droit international relatif aux droits de l’homme est de protéger la dignité des personnes. Comment l'un ou l'autre de ces corps de lois pourrait-il donc être utilisé pour justifier un recours à la force —quel qu'elle soit— conçu pour piéger des civils dans un enfer dans lequel ils sont avilis, tourmentés et tués ?

Si, à titre spéculatif, on reconnaissait à Israël le droit légal d'utiliser la force pour empêcher les habitants de Gaza d'échapper à leur « prison », cela exposerait simplement la profonde inadéquation de la loi.

Dans son opinion dissidente sur l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) de 1996 sur la légalité de la menace ou de l’emploi d’armes nucléaires, le juge Weeramantry a relevé l’ironie suivante : la CIJ condamne le recours aux balles « dum-dum » (éclatant à l'impact pour maximiser les dégâts sans tuer), mais rechigne à condamner l'utilisation d'armes nucléaires. « Il semblerait étrange, écrit-il, que l'expansion dans le corps d'un seul soldat d'une seule balle soit une cruauté excessive que le droit international ne peut tolérer depuis 1899, mais que l'incinération en une seconde de cent mille civils ne le soit pas ». Le juge Weeramantry a ensuite fait remarquer :
« Chaque branche de la connaissance tire bénéfice d'un processus consistant à prendre de temps en temps du recul vis-a-vis d'elle-même et à se scruter objectivement pour détecter les anomalies et les absurdités. Si une anomalie ou une absurdité flagrante devient apparente mais n'est pas remise en question, cette discipline risque d’être perçue comme *se noyant* dans ses propres considérations techniques. »
L’idée qu’Israël aurait le droit d’enfermer de force un million d’enfants dans un espace invivable est une absurdité, et les avocats qui se demandent si Israël a utilisé ou non une force « excessive » pour empêcher les Gazaouis de fuir leur ghetto *se noient* dans leurs considérations techniques.


« Des êtres humains innocents, pour la plupart des jeunes », a observé Sara Roy, du Centre d'études sur le Moyen-Orient de l'Université de Harvard, « sont en train d'être lentement empoisonnés par l'eau qu'ils boivent et probablement par le sol dans lequel ils plantent ».

La seule question moralement saine posée par la situation à Gaza est la suivante : Israël a-t-il le droit, au nom de la « légitime défense », d'empoisonner un million d'enfants ?

Il est consternant que cette simple question n’ait pas seulement été contournée, mais ne soit même pas visible dans le débat actuel.

Norman G. Finkelstein est l'auteur de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-palestinien. Son dernier livre s'intitule Gaza : enquête sur son martyre.

Jamie Stern-Weiner est le rédacteur en chef de
Moment de vérité : Les questions les plus difficiles sur Israël et la Palestine.


118 réactions


    • catejo 16 août 2018 18:00

      @symbiosis

      « Il est plus prudent de ne pas faire confiance par défaut a une personne qui porte un polo, mais il y en as des bien »

    • catejo 16 août 2018 21:06

      La démocratie c’est vraiment de la merde.


      « Les polo, c’est trés bien ».

  • symbiosis symbiosis 16 août 2018 17:17

    @Dach

    Tu es quelqu’un qui a ce vocable d’antisémite à la bouche à longueur de commentaires dans le déni complet de ce que le régime sioniste fait endurer aux palestiniens depuis plus d’un demi siècle, sans jamais le moindre mot de compassion pour ces gens-là, contrairement à ce grand monsieur Norman Finkelstein qui fait la part des choses.
    Tu n’interviens sur aucun article d’Agoravox, seulement ceux concernant la Palestine.
    Tu es un parasite qui pollue les fils de discussions et détourne systématiquement les problématiques à l’avantage de ta secte sioniste.
    Tu es un sale petit bonhomme et je ne t’autorise pas à me traiter d’antisémite. Tu ne me connais pas, tu ne sais qui je suis et d’où je viens, ni quelles sont mes origines.
    Alors, je n’aurai qu’une remarque à te faire : Il vaut mieux que tu la fermes !


    • DACH 16 août 2018 18:11

      @symbiosis=Nous n’avons pas besoin de ton accord pour te traiter de sale petit bonhomme antisémite. Cela te colle à la peau et nous nous foutons comme de l’an 40 de tes origines, humbles ou brillantes. Nous avons la liberté de choisir là où cela nous semble utile, et tu ne trouveras pas nos identités dans la presse écrite et les ouvrages de chacun d’entre nous, ni en France, ni à l’étranger. Et comme ton obsession antisioniste anti sémite te colle au cerveau, tu te condamnes à en subir des conséquences naturelles.


    • symbiosis symbiosis 16 août 2018 19:41

      @DACH

      Nous n’avons pas besoin de ton accord pour te traiter de sale petit bonhomme antisémite.

      je n’en doute pas, venant d’un sale petit sioniste haineux et belliqueux qui se met à parler au pluriel pour se donner un peu plus d’importance.


    • symbiosis symbiosis 16 août 2018 19:43

      @DACH
      Tu parles au pluriel, arrogant petit prétentieux, comme si tu représentais tous les juifs !


    • DACH 17 août 2018 10:13

      @symbiosis=Vous avez la prétention d’un pet de nonne, et vous croyez que cela élève le niveau de votre pensée. Amusant, merci de nous faire rire à chaque fois. Les choses sérieuses sont ailleurs, pas à votre étage.


    • symbiosis symbiosis 17 août 2018 11:04

      @DACH

      Bien !
      je vois que tu bottes en touche.
      Normal, tu n’as rien à répondre, comme tous les trolls, lorsqu’ils ont pris au dépourvu.
      En , fait c’est facile et plaisant de coincer le troll.
      Ça n’a aucune suite dans les idées, ou plutôt ça ne suit pas les fils de discussions.
      Et pour cause !
      Le but du troll étant de détruire les fils de discussions.
      D’ailleurs, rien sur la plaidoirie de N.F, uniquement dénigrements et irrespect total d’un humaniste lucide.


    • DACH 17 août 2018 11:14

      @symbiosis=Il n’y a de dieu que D.ieu, et de coups de pieds au cul que dans le cul !!! Quant à NF « humaniste lucide », quelle rigolade, pourquoi faire une analyse d’une pensée qui déclare que la terre est plate, alors que son âme est fissurée par des frustrations !!! Il est nuisible aux esprits faibles et aux crédules, c’est son rôle, mais ses positions ne servent même pas ce qu’il prétend défendre. Comme exemple d’impuissance c’est réussi. Ne faut-il pas préférer ceux qui construisent que ceux qui ne pensent qu’à détruire ?


  • jjwaDal jjwaDal 16 août 2018 17:34
    Merci pour pointer notre attention sur ce texte.
    Difficile de ne pas confondre le sionisme et ses défenseurs avec une forme de schizophrénie. On finirait par croire que les palestiniens occupent injustement un territoire qui n’est pas le leur, qu’ils multiplient les tentatives de conquêtes territoriales par la force depuis 1947 (avec des succès mitigés quand on regarde l’évolution des territoires qu’ils contrôlent face à ceux contrôlés par les sionistes en 60 ans) et pratiquent le tir au pigeon aveugle sur leurs adversaires avec un score pitoyable d’un pigeon (sioniste donc) tué pour cent tireurs palestiniens. Ils ne manquent pas de courage pour s’attaquer à une armée ultra-moderne défendant bec et ongles « ses frontières » tout en ignorant celles de ses voisins mais quand on a des vieux pneus à brûler, de la caillasse sous la main, des cerfs volants à incendier et autres armes de destructions massives on peut garder l’espoir.
    Le territoire palestinien est tellement fragmenté en 2018 qu’il est manifeste que tout est fait pour que jamais un Etat Palestinien ne voit le jour. Un Etat sans continuité territoriale ?...
    Cet homme est un très bon remède contre la propagande schizophrénique répandue depuis plus d’un demi-siècle par une poignée de fanatiques farfelus. On imagine si tout les chrétiens voulaient s’établir en Palestine et fonder un Etat parce que Jésus était du coin, ou tous les musulmans s’installaient en Arabie Saoudite. Et pourquoi pas tous en Ethiopie ou au Kenya si ce sont les origines du premier peuplement humain ?
    La disproportion des forces en présence et la forte asymétrie du nombre de victimes de part et d’autre est éloquente pour déterminer qui agresse qui ...


    • DACH 16 août 2018 18:21

      @jjwaDal=l’assymétrie des victimes= le nombre de morts, chiffres connus et accessibles, palestiniens causés par des arabes est bien supérieur à celui qui résulte du conflit israélopalestinien depuis 1947. palestiniensd entre eux, Septembre noir en Jordanie, Syrie à différentes époques, Liban. NF est un bon indicateur de tous les mensonges et fantasmes antiisraéliens en cours ailleurs. Il est utile pour des interlocuteurs à grande naiveté comme vous, mais les vrais problèmes se résolvent à votre insu. Et pourtant comme toute démocratie est imparfaite et critiquable par nature, il y a du travail... Mais Israêl est un pays qui réussit et propose sans apartheid ce que les pays qui l’entourent ne savent pas encore proposer et pratiquent avec un apartheid plus ou moins intense suivant les moments. . . 


    • Oceane 16 août 2018 20:12

      @DACH

      C’est curieux, seules les tueries entre Arabes t’intéressent plus que les massacres d’Arabes par de très chrétiens Europeenses. Or la question demeure cet « implant européen » dans le corps arabe.


    • DACH 17 août 2018 09:17

      @Oceane=L’analyse des faits crée des hierarchies d’importance, et avec tristesse je constate que vous voyez des massacres d’arabes par les chrétiens qui ne sont que sur votre écran de computer, mais pas celui des chrétiens et autres comme les Yazidis par les arabes qui sont dans des pays pourtant proches de nous., Et rappel, les pays musulmans pratiquent un apartheid que personne d’autres ne pratiquent ailleurs. Enfin il n’y a pas d’implant euriopéen comme vous l’affirmer, car la grande majorité des israéliens sont de naissance sur ce territoire de une ou plusieurs générations, cf les sabras, et la part d’immigration européenne est inférieure à celle provenant des pays arabes. Donc votre délégitimation est sans objet et vide de sens.


    • jjwaDal jjwaDal 17 août 2018 12:27

      @DACH
      Premier point ; si le délire sioniste de revenir sur les terres « ancestrales » était mis en pratique par les autres religions, cette région serait un bordel bien pire encore. Ce projet relève de la folie furieuse depuis le départ.
      Second point : quand on compare le projet de partition de 1947 avec les surfaces que les sionistes occupent en 2018, difficile de croire que c’est arrivé à votre insu ou malgré vous. Evidemment que quand une victime se défend on peut l’accuser d’agression, vous excellez dans la pratique.
      Troisième point :Vous vous défaussez de vos propres crimes en conseillant d’aller voir ailleurs si c’est mieux. En somme si vous tabassez votre gamine une fois par semaine et les voisins tous les jours, vous êtes « blanc comme neige » et nullement coupables et fautifs.Face à un juge, vous l’êtes et l’article parle de l’enclave sioniste en Palestine dont vous semblez avoir mission de défendre les pratiques. Mao, Staline, les USA, etc, ont fait bien pire mais ce n’est pas le sujet.
      Quatrième : Ce n’est pas nous qui avons mis au pouvoir le premier ministre actuel qui traitait les palestiniens il y a peu d’« animaux ». Quand on contraint une communauté à vivre, comme ils vivent à Gaza (le blocus c’est pas les arabes que je sache) on fait des fous furieux plus que des philosophes, cela ne surprend personne.
      Du temps de la Grèce antique on inventait la démocratie et on philosophait sur le dos d’une armée d’esclaves en se croyant un phare pour le monde barbare. Votre démocratie est entièrement fondée sur la spoliation, l’expropriation et le crime de guerre. Vous finirez dans la poubelle de l’histoire si vous n’êtes pas capables de faire la paix avec vos voisins et avec votre pratique systématique du « deux poids, deux mesures », le plongeon est assuré.


    • DACH 17 août 2018 13:51

      @jjwaDal=Cette région a été dans toute son histoire après la chute de l’empire romain un bordel. Que de conquêtes et de massacres pour asservir. Le seul endroit non bordélique actuellement est Israêl. Un délire n’accouche jamais de réalités. Israêl n’est pas la conséquence d’un délire mais de volontés humaines de construire là où il n’y avait presque rien. Quant à votre antisémitisme, il est de la dureté d’une paille.


    • jjwaDal jjwaDal 17 août 2018 16:24

      @DACH

      Hare, Hare... smiley
      Et merci pour la naïveté et l’antisémitisme. L’Attaque « Ad Hominem » va bien avec votre sens de l’esquive.

    • DACH 17 août 2018 18:35

      @jjwaDal= Si vous vous sentez attaqué ad hominem pour les opinions que vous professez, c’est donc que vous vous identifiez aux opinions en questions qui elles peuvent être condamnées pour imposture volontaire ou ignorance délibérée. L’antisémitisme a les mêms échelles que les tremblements de terre, le votre ne contribue pas à changer le monde...Et c’est tant mieux.


  • JPCiron JPCiron 9 décembre 2018 15:19

    Excellent article (que je découvre un peu tard). Merci


Réagir