lundi 22 septembre 2014 - par Nicole Cheverney

Nos sophistes en col blanc et en tailleur Chanel

A l'Assemblée Nationale, au Sénat, au Parlement européen, nos sophistes en col blanc et en tailleur Chanel siègent, discourent et c'est frappant combien ces créatures par trop humaines aux idées et aux aux vues si courtes s'étalent longuement sur leur inclination à vouloir à tout prix le bonheur qu' ils préconisent pour « NOUS ! ». Ils nous disent ce que nous sommes, ils nous parlent de quoi et ils dissertent longuement de combien nous avons besoin, ils nous entretiennent si bien de notre « incapacité de savoir par nous même de ce qui est bon ou mauvais pour nous : ils nous promettent la Lune : faut-il qu'ils aient de l'esprit pour tout deviner à notre place !

Les bonnes gens !

Ils y mettent une telle ardeur qu'ils en deviendraient convaincants, qu'on y croirait presque ! Certains continuent d'y croire d'ailleurs.

Car ce sont des femmes et des hommes d'exception !

Des sophistes ! Nos sophistes ! Ils sont là sur leur banc feutré, leur fondement grassouillet confortablement installé moelleusement dans le velours des hémicycles. Et ils pérorent. Sur le qui, sur le quoi, sur le où et le comment et le dont et le or et le ni, ni, et le car !

Comme monsieur Jourdain fut fait Grand Mamamouchi, ils sont là par la grâce du suffrage universel uninominal à deux tours. Ils sont également en posture d'écoute, - entre eux – comme madame la Marquise au bout du fil écoutait son James lui dire que tout va bien !

Sauf que nos James en Col blanc nous parlent à nous, et nous affirment que si tout va mal, hé bien, c'est que tout va bien ! Pour le pire, parce que le mieux et le meilleur ! Car bien ou mal, ou peu ou beaucoup, ou trop ou pas assez, sont les facettes contradictoires du même miroir. Voilà comment nos Sophistes discutent de tout et de son contraire et nous en informent tout en nous le cachant.

Car nos sophistes ont développés dans les grandes écoles de leur formation avec le goût de la politique et des Affaires, le goût de la dialectique et de la dissimulation.

Les sophistes grecs étaient passé maîtres dans l'art de la rhétorique et le sophisme que combattirent dans de philippiques controverses le grand Aristote et de façon plus modérée Platon.

On a appris à nos « crânes d’œuf » modernes les secrets d'un art qu'ils cultivent à la perfection, celui des logorrhées longues et cursives qui se tortillent et s'enroulent et volutent autour de leurs arguments et de l'art du paradoxe.

Comme le dirait très inélégamment Céline :

« Ils troufignolisent l'adjectif » et vous voilà réduit au rang de « moumouche » !

Mais Taine, avec grâce écrivait : « Ils raffinent, ils tissent des toiles d'araignées ».

Où je parie que bien malin qui ne se fera pas prendre comme la moumouche à Céline.

Et plus la moumouche se débattra, plus les sophistes en col blanc et tailleur Chanel ergoteront en rhéteurs habiles, en menteurs éminents. Car tout l'art de nos sophistes consiste à soutenir doctement avec le plus grand sérieux les arguments les plus fallacieux, les propositions les plus absurdes, les plus stupides, mais avec le talent du Grec Enésidème qui prétendait que « nulle proposition n'est plus vraie que la proposition contraire ».

L'on reprochera plus tard aux Jésuites d'exceller dans ce concept, mais nos « casuistes » modernes, dans l'hémicycle sont encore et toujours à l’œuvre au paradoxe. Car ils aiment paradoxer et leur subtilité pousse toujours plus fort la porte étroite de leur raisonnement erratique en enseignant avec succès qu'ils vous professent la vérité « vraie ».

Fort de l'héritage grec, les synthétiseurs de la pensée européenne moderne en ont fait leur force de loi dialectique, avec le succès que l'on connaît.

Derrière le sophiste, le chasseur et l'art de la chasse et plus encore de la PRISE ! Ah ! La joie de la prise après le piège tendu !

Il excelle... Plus son raisonnement apparaît et ténu et solide, tout en étant ou dénié de sens ou creux, plus il théorisera la pratique, plus le contentement du chasseur devant SA PROIE se parera de mille fils entrecroisés imperceptibles à l’œil nu du piégé par le rhéteur habile.

L'art de faire croire au bien tout en proférant le mal, un peu comme un alchimiste à 'oeuvre devant une pépite d'or pour le transformer aussitôt en fer blanc, tout en vous persuadant, après la transmutation, de n'apercevoir au fond du creuset que le chatoiement aurifère du métal précieux. Faire l'éloge de l'infect en vous ventant le Baume, faire l'éloge de sa sagesse, lorsque les turbulences de l'esprit, depuis longtemps ancrées chez nos sophistes, sont aux antipodes d'un raisonnement sain.

Car le talent du sophiste c'est la « vraisemblance de toute chose », même si toute chose qu'il aura monté au pinacle tiendra du domaine de l'invraisemblance et de la mystification.

Car nous sommes avec les illusionnistes, les prestidigitateurs de la galerie des miroirs déformants. Le sophiste, talentueux, vous conduira du bout de ses discours lénifiants jusqu'au cœur des corridors des égarements. Vous ne pourrez rien y faire, vous vous égarerez, à moins que vous n'ayez subodoré l'entourloupette et que vous n’ayez pris soin de dérouler le fil d'Ariane.

Protagoras et Polus et Thersites, voilà des écoles formidables pour nos punaises philosophiques qui infesteront le lit voluptueux de l' idéal aristotélicien ou platonicien et le courant de pensée sur les esprits les plus remarquablement raisonneurs et sages.

Nous croyant encore assis sur le lit de plumes de la pensée aristotélicienne et platonicienne qui nous donnera le substrat de notre civilisation européenne, nous nous réveillons tel FAKIR, sur des planches à clous.

 

Alors, sophisme pour sophisme, je conclurai par cette parole de sagesse :

« ERRARE HUMANUM EST, PERSEVERARE EST DIABOLICUM » !

Et puis, comme dirait la Marquise à son James : « Mon âne, mon âne, a très mal à la tête ! »

Et son James lui répondrait : « Mal à la tête ? Tricotez lui donc des chaussettes ! »



3 réactions


  • SAOREK SAOREK 19 novembre 2014 04:38

    Bonjour,

    Merci pour cet article qui décrit les arcanes de l’art de la tromperie. Je me permets de vous signaler deux de mes articles qui rejoignent vos réflexions : « Petite introduction à la sophistique » et « La manipulation du langage » mais également « la loi naturelle : qu’est-ce que c’est que ce truc ? »
    Dans le combat contre la sophistique, n’oublions pas Socrate. Bientôt un nouvel article qui rappelle que les présupposés des sophistes sont ceux des sceptiques, dont Aenésidème que vous évoqué très justement.
    Merci encore pour ces lignes de vérité.


  • Nicole Cheverney Nicole CHEVERNEY 21 novembre 2014 13:36

    @ Saorek

    Je vous remercie d ’avoir apprécié mon article, qui n’a suscité qu’une seule réaction. J’ai voulu traiter ce sujet à travers le biais de la dérision. Mais ce sujet très important, mérite également un approfondissement presque « scolastique » ! oserais-je dire.

    Cordialement.


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