samedi 26 juillet 2014 - par de Lima

Nucléaire : la France face à un choix

Fukushima a été un choc pour le monde notamment parce cet événement a démontré qu'une telle catastrophe, et peut-être plus grave encore, peut se produire dans un pays extrêmement développé et maître de sa technologie comme le Japon, et pas seulement dans un empire soviétique vivant ses dernières heures comme avec la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.

Or, ces nouvelles venues du Pays du Soleil Levant ont percuté de plein fouet notre modèle de production d'énergie basé à près de 75% sur le nucléaire.

Le nucléaire a été, et est toujours aujourd'hui, un point clé de l'économie française (ainsi d'ailleurs que de sa politique d'indépendance). Pourtant, un constat s'impose à nous en 2014, parmi nos 58 centrales nucléaires françaises, la plupart sont en fonctionnement depuis plus de 30 ans. L'outil de notre production d'énergie à bas coût et « décarbonnée » vieillit, si bien qu'il apparaisse aujourd'hui que le prix de l'électricité ne pourra que monter à l'avenir et que ce mouvement est inexorable, peu importe de ce point de vue que nous abandonnions le nucléaire ou non.

Si nous le conservons, et si nous voulons maintenir un haut degré de sécurité dans nos installations qui souffrent du temps, EDF prévoyant de prolonger leur fonctionnement au-delà des 40 ans initialement envisagés, il faudra investir dans la rénovation des réacteurs anciens. En mai dernier, la Cour des comptes estimait qu'entre 2010 et 2013, le coût de production de l'énergie nucléaire gonflerait de plus de 20%, tandis qu'elle prédisait en parallèle un investissement de 90 milliards d'euros d'ici à 2033 pour garantir une sécurité optimale de nos installations.

Si nous ne le conservons pas, le prix de l'énergie augmentera également. L'Allemagne qui a fait le choix de l'abandon du nucléaire constitue un précédent très intéressant à observer. La transition énergique que souhaite accomplir l'Allemagne a fait bondir le coût de son électricité qui est maintenant 46% plus chère que la moyenne européenne. D'autant que d'un point de vue écologique, tant que la transition énergétique vers les énergies renouvelables n'aura pas été réussie dans les faits, l'Allemagne vit un drame permanent. En effet, le pays est aujourd'hui le plus gros pollueur de l'Union européenne, notamment du fait de l'émission, en 2013, de 760 millions (pour 346 millions en France) de tonnes de dioxyde de carbone produit par la combustion d'énergies fossiles dont le charbon qui a pris en partie le relais du nucléaire. Pire encore, ces émissions s'accroissent de 2% en un an.

Au drame écologique s'ajouterait le drame humain. Par exemple, l'Insee Alsace a publié le 1er juillet dernier une étude affirmant que la fermeture de la seule centrale de Fessenheim affecterait l'économie locale de manière importante car elle détruirait directement 1910 emplois (composés selon l'Insee entre 2011 et 2012 de 850 salariés d'EDF, 510 travailleurs au sein d'entreprises sous-traitantes d'EDF et 550 emplois maintenus grâce à la consommation des travailleurs déjà cités) et ferait pâtir les revenus de plusieurs milliers d'autres Alsaciens qui avaient pour clients ces 1910 travailleurs devenus chômeurs.

 

Reste à savoir, enfin, si le pari des énergies renouvelables est gagnant sur le plus long terme, en termes de production énergétique, de coût et d'emplois. Mais sur ce point, bien qu'il soit difficile de prévoir avec assurance l'avenir, on peut rester optimiste. D'une part, ces dernières années les coûts de production des énergies solaire et éolienne ont beaucoup baissé du fait de l'innovation constante dans ces domaines, mais en plus, le territoire français (disposant tout de même du deuxième espace maritime mondial) présente des atouts uniques dont nous pourrions profiter par exemple en misant sur l'énergie marémotrice (c'est-à-dire produite par les marrées) qui est une énergie continue (au contraire des énergies éoliennes et solaires), inépuisable et prédictibles. Si cette dernière solution n'en est pas encore une du fait des coûts importants et d'une technologie encore balbutiante, gageons que la technique progressera vite et qu'elle permettra, dans les décennies à venir, de contribuer à faire de la France la championne mondiale des énergies renouvelables.

Avec Gwenaël le Sausse



14 réactions


  • claude-michel claude-michel 26 juillet 2014 08:34

    Le nucléaire n’est pas sur...la preuve des centrales explosent et chez nous ce sont plus de 2.000 incidents chaque année... ?
    Nous ne maîtrisons pas le nucléaire pour la simple raison que ses déchets seront pour des centaines de milliers d’années des armes de destructions massives..(Des vraies...)
    Pour remplir les poches de lobbys-mafieux tout est permis.. !


  • Robert GIL ROBERT GIL 26 juillet 2014 09:24

    il existe peut-etre des alternatives, mais qui font aussi polemiques...

    voir : LE THORIUM PEUT-IL REMPLACER L’URANIUM ?


  • mmbbb 26 juillet 2014 10:17

    Combien de mort du a l’usage intensif du charbon Si j’avais ete mineur je serais mort Les barrages ont des impacts ecologiques non negligeables et paradoxe depuis que le barrage Nasser a ete construit les egyptiens doivent utiliser des fertilisants De surcroit le delta du Nil se modifier a terme Lorque qu’un barrage cede c’est aussi une catastrophe L’energie est polluante ( fabrication des panneaux recyclage ) Le reconvestion energetique de l’Allemagne vaste blague rapport critique des intances en Allemagne Ce pays utilise de la lignite et importe du gaz Les ecolos devaient nous donner des chiffres serieux comment pouvoir a la france les quelques terra maga watts d energie consommes par des energies dites renouvelables l’experience du solaire en france a ete arrete puisque le consommateur paient j’avais lu dans un blog un consommateur voulant faire le bilan energetique de sa maison a du debourse quelques centaines d euro C’est aussi du pain beni pour les entreprises L’energie la plus est celle que l’on ne consomme pas 


    • Onecinikiou 26 juillet 2014 14:38

      « Combien de mort du a l’usage intensif du charbon »


      6000 morts en moyenne par an juste pour son extraction. Je ne parle pas ici des conséquences induites par la polution atmosphérique considérable générée par la production d’électricité à partir du charbon.

      Où sont nos indignés du bulbe ? Ou sont nos faux écolos ?

      D’autre part l’automobile est directement responsable de 1000000 (1 million) de morts par an dans le monde. On arrête la production d’automobile ?

      La cigarette combien de morts... ? Pareil ?

    • mmbbb 26 juillet 2014 16:03

      merci de cette precision En fait je n’ai fais que reprendre l’argumentation du physicien Charpak 


  • jako jako 26 juillet 2014 10:28

    Nous avons effectivement fait un choix mais il n’y aura pas de referendum, de plus il faut un consensus européen pour élaborer les techniques et produits du futur (très proche) pour faire face à la raréfaction de ces énergies d’origine épuisable.


  • Onecinikiou 26 juillet 2014 14:18

    L’Allemagne, pris en otage par les ayathollah e(scr)ologistes, est au comble de ses prétentions et en fait de ses contradictions :

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/07/22/l-allemagne-a-les-centrales-a-charbons-les-plus-polluantes-d-europe_4461337_3244.html

    Rappelons pour balayer le mythe en introduction de l’article et relayé par l’ensemble de intelligentsia, et qui est déjà tout à fait suspect, sur l’aspect supposément « écolo » de l’Allemagne, que cette dernière rejette toujours en moyenne 9 tonnes de CO2/an/habitant (et en augmentation sensible suite à la décision qui a conduit à la fermeture des centrales nucléaires) contre seulement 5,75 tonnes pour la France.

    Car il est tout de même incroyable et sidérant de ne pas rappeler avant toute chose la réalité des chiffres, des tendances et faits objectifs pour soutenir une affirmation. 

    En terme d’émission de CO2, principal gaz à effet de serre tel que retenu par consensus auprès des scientifiques du GIEC, la France est le pays industrialisé qui rejette le moins de CO2 en comparaison, et peut donc être tout à fait légitimement qualifié de pays le plus « écolo » à cet égard. Bien plus en tout cas que ne l’est en réalité un pays comme l’Allemagne. 

    A croire d’ailleurs que cette inversion accusatoire généralement opérée par la merdiacratie et les faux experts stipendiés relève encore une fois du dénigrement systématique de notre pays, de son abaissement, et de son affaiblissement.


    • amiaplacidus amiaplacidus 26 juillet 2014 15:52

      Dans une vingtaine d’années, lorsque l’Allemagne aura encore plus devancé la France, en grande partie grâce à son avance en matière de renouvelable, on se lamentera : Ah, mais pourquoi..., l’Allemagne ci, l’Allemagne là, etc.

      Un peu comme la situation actuelle.
      Dans les années 1980, il était de bon ton de dire en France : l’avenir est au secteur tertiaire, le financier en particulier. On a totalement laissé tombé l’industrie.
      Dans le même temps, l’Allemagne a soutenu et développé son industrie. Le résultat est visible maintenant, l’Allemagne nous dame le pion, malgré le coût faramineux de la réunification, coût que la France n’a pas eu.

      Je ne sais pas quel mauvais génie s’acharne sur la France. Ce pays est riche, de ressources naturelles, de ressources intellectuelles, d’inventivité, etc. Mais tout se tourne en eau de boudin.
      Mauvais génie, c’est une façon de parler. Il s’agit en fait des lobby politico-financier, enarquiens, grandes écoles, etc, qui, du haut de leur suffisance, de leur morgue, de leur incompétence, décident et tranchent de tout, a partir de Paris, sur base d’a-priori théoriques sans aucun contact avec la réalité des choses.


    • mmbbb 26 juillet 2014 16:58

      En France nous sommes des cons et nous n’avons plus de projet en commun les Allemands sont besogneux et respectueux du bien d’autrui Je vais vous apporter une exemple sur les economies d’energie Je regarde assez souvent ARTE En l’occurence en Allemagne afin de limiter les couts energetiques certains petits immeubles sont baties autour d un espace collectif Par exemple buanderie commune pour se servir d’une machine a laver professionnelle Grosse chaudiere qui limite les couts Garage a velo collectif Pelouse et amenagement etc.... Cette forme de mutualisation permet d’economiser les couts mais ne marche qu’a une seule condition etre intelligent et avoir le respect du bien d’autrui Cette experience transposee en France ne durerai guere Au bout de quelques semaines les lieux communs auraient ete degrades et en France on gaspille notre energie a reparer l’incivilite Il y a quelques temps a Lyon plusieurs bus brules dans un entrepot Quoi qu’il en soit et je vous rejoins la seule issue sera ou non les promesses des nouvelles nanatechnologies qui devraient ouvrir des nouveaux champs Mais il faut etre prudent la science n’avance pas aussi vite que l’on voudrait dans les annees 70 les scientifiques prevoyaient des avancees en l’occurence la fusion thermonucleaire et nous en sommes qu’au stade de la recherche 


    • Onecinikiou 27 juillet 2014 02:53

      Je le dis et le redis pour que chacun d’entre vous est le loisir de l’entendre et l’intégrer : l’Allemagne rejette chaque année plus de 9 tonnes de CO2/habitant, la France 5,75 tonnes. Ce sont les chiffres officiels de l’ONU. Le prix du KWh payé par un français est de surcroit 40% inférieur à ce que paye un allemand. 


      Je pose une question très simple, qui appelle une réponse du même ordre : où est l’avantage écologique allemand ? Où est l’avantage économique ?

  • Spartacus Spartacus 26 juillet 2014 16:16

    L’électricité moins chère en France ?

    Encore faut il une vraie analyse de coût fiable et des conditions de fonctionnement comparables pour le démontrer. 

    EDF est un état dans l’état, et les calculs de rentabilité relèvent du pifomètre

    La gestion relève de Kafka. Les provisions pour charges cachent des milliards de cavalerie de déficits cumulés et bilans manipulés. 

    Le bilan EDF est réalisé à Madoff sur Ampères, dans le département de la magouille.

    Les prix sont « fixés » par l’arbitraire de politiques dirigistes sans rapport au marché mais au besoins clientélistes des politiciens. Le bilan de EDF n’a jamais fait l’objet de contrôles fiscaux et comptables par la société civile.

    Les charges sociales des employés sont hors bilan et la charge des retraites repose sur les cotisations du régime général des salariés du privé. 
    Les avantages sociaux (CE à 2% de la masse salariale) ne sont pas sujets à charges sociales. 
    Les investissements à l’étranger ont des retours financier des plus curieux.

    • marauder 29 juillet 2014 01:41

      Spartacus
      Les uns utilisent leur bétise pour des choses intelligentes, pendant que d’autre utilisent leur intelligence pour des bétises.
      Tu m’diras si c’est trop obscur pour toi

      Robert Gill
      Ne reve pas, le thorium est aussi dingue que les délires que tu dénonces toi meme !


  • rotule 26 juillet 2014 16:45

    Maîtriser les techniques de démantèlement est déjà un défi.
    Et ensuite, je parie que les emplois dérivés compensent largement les emplois des centrales en activité. Pas exactement les mêmes profils mais probablement largement plus de main d’œuvre !


  • marauder 29 juillet 2014 01:30

    Pas de référundum, pas de paliatif a cette consomation excessive, pas de vue positive sur l’accès a la féniantise pour tous.

    Pour que l’énergie « confort » ne nous coute pas cher pendant 200 ans, on va la rendre innaccessible pour quelques centaines voire milliers d’années a venir a nos enfants, bien sur si aucun astéroide ou volcan ne nous pete a la tronche d’ici la.

    Alors va falloir décroitre, mais vraiment ...

    D’ailleurs je ne sais pas comment on fait a polytec pour etre décroissant et enseignant-economiste ?

    Faudra m’expliquer un jour ce qu’ils ont ces gens a dire de faire ce qu’ils ne feraient pas...


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