lundi 7 août - par christophecroshouplon

Oser tel l’oiseau ...

Ce n’est pas parce que c’est difficile que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas que c’est difficile
 
La plupart des gens ont un mal de chien à se remettre en cause, à prendre du recul sur les choses, de la hauteur et à admettre leurs torts et faire demi-tour. Ils préfèrent demeurer dans l’habitude, ne pas creuser rester dans leur file, changer de partenaire ou zapper ce qui a coince. Et demeurer dans l’attitude victimaire o combien pratique mais immature.
 
Il y a dans cette incapacité à reconnaitre ses erreurs et à rectifier le tir une constante qui est celle de la présence intérieure d’une peur et d’un manque de confiance en soi. Reconnaitre une erreur et rectifier le tir et tout – c’est à dire l’apparence de la solidité – s'écroule. Alors qu’en fait ce lâcher prise et cette confiance conduisent à l’inverse de ce qu’on redoute. On avance en pensant reculer et inversement.
 
Abandonner l’ego et ses limites et les peurs qui vont avec font grandir et sont le signe évident d’une maturation. A toujours anticiper le danger et à chercher à tout prix à l’éviter le rend réel. On devrait apprendre ca aux enfants plutôt que céder à leurs caprices sans fin. Leur dire que dans l’âge adulte se tromper ou prendre un mauvais chemin n est en rein grave mais au contraire permet d’apprendre sur soi et de grandir. Et que donc les erreurs sont incroyablement formatrices et que rebrousser chemin et se remettre en cause est essentiel. Quand on y parvient tout redevient possible et la vie regorge de surprises. Seul l’entêtement infantilisant fait stagner et à force reculer.
 
Ne pas comprendre la bienveillance de ses ainés, voir le mal là où est le bien, ne pas être en capacité de passer à l’acte, rester campe sur ses fragiles positions éternellement est vain et triste, c’est le chemin du vieillissement prématuré et aussi celui qui détourne de l’amour véritable. C’est dommageable pour celui ou celle qui ainsi fonctionne et pour eux seuls. Refuser comme un mioche bute de grandir est à terme dangereux car dans la vie personne ne vous attend et personne ne doit rien à personne. La cour des grands n est en rien un bac à sable tranquille, et le silence lâche est un abandon de poste qui se paie tôt ou tard.
 
Il convient à un moment d’oser et d’agir, de revenir aux sources du meilleur de soi au lieu de rester sur le quai à regarder les trains passer sans s’engager. Le meilleur – oui, et non pas cette attitude qui consiste à rester sur les berges comme un con, à aligner les jours, à chasser ses peurs comme on chasse des mouches, et qui comme celles-ci reviennent et reviendront encore et encore. Personne n’échappe à sa vérité, et il est inconsidéré de penser qu on a toute la vie pour … Parce qu’ on en sait rien.
 
Taire ses prétentions permet d’accéder a l’ambition, la bonne, et cela demande d’oser, donc du courage, celui d’affronter la vraie vie sans peurs. Au bout – que du bon, le reste ce ne sont que des chimères d’enfant… Et de la perte de temps. Se distraire ou se laisser distraire ou choisir de se distraire de l’essentiel – jusqu’ ou, jusqu’à quel âge passer ainsi volontairement à côté de l’essentiel. Fuir c’est se fuir soi, c’est refuser la main tendue, la main bienveillante, c’est comme se retrancher à soi par appréhension de fantômes imaginaires. 
C’est acter sa propre dépréciation. Et d'une certaine façon agir comme le font les petits vieux et se banaliser au lieu de s’élever. Choisir la voie médiocre au lieu de celle pour laquelle on est fait, se limiter, se contenter de peu, simplement de participer mollement et de s’assoupir. Une vie réglée, le contraire même de la liberté, de l’affranchissement, de l’envol. Par peur et par paresse et par manque de courage et de volonté. Faire comme les copains, comme a dit la prof, suivre le troupeau, alors qu’on a connu si beau, qu'on a autrefois presque touché les cieux et qu’on les sait bel et bien là …


8 réactions


  • ZenZoe ZenZoe 7 août 10:57

    Bonjour,
    D’accord avec beaucoup de choses, sauf le dernier paragraphe.
    "Choisir la voie médiocre au lieu de celle pour laquelle on est fait, se limiter, se contenter de peu, simplement de participer mollement et de s’assoupir."
    Et si certains d’entre nous étés faits pour se contenter de peu ? Et pourquoi se contenter de peu serait une voie médiocre ?

    Pour ma part, je trouve dangereux cette injonction contemporaine de forcer les gens à oser et se réaliser qui ne mène trop souvent qu’aux regrets, à la dépression, au mal-être. Osez, foncez ! Ben non, Beaucoup de gens ne sont justement pas des fonceurs, plutôt des timorés et préfèrent rester chez eux au chaud en famille. Où est le problème ? Les regrets viendront plutôt du fait qu’on n’a pas répondu à cette injonction moderne de foncer plutôt que de ce qu’on a manqué.
    Bien sûr il y a un juste milieu, et il ne s’agit pas de rester claquemuré chez soi en claquant des dents à la pensée de mettre un pied dehors, mais mieux vaut se dire que, si on n’est pas devenu champion olympique ou cadre sup, si on n’a pas fait fortune en Australie, si on n’a fait l’Amazone en radeau etc., ce n’était peut-être pas de la peur, c’est qu’on savait peut-être tout au fond de soi qu’on n’était au fond par fait pour.
    Acceptons-nous tels que nous sommes, et efforçons-nous de faire ce qui nous remplit de joie sans trop se mettre de pression.


  • cevennevive cevennevive 7 août 11:33

    « Acceptons-nous tels que nous sommes, et efforçons-nous de faire ce qui nous remplit de joie sans trop se mettre de pression. »


    Oui, ZenZoe, c’est la sagesse même !

    Je suis bien persuadée que les seuls regrets qui puissent nous blesser longtemps et perdurer, viennent du fait que l’on n’a pas saisi les opportunités lorsqu’elles se sont présentées.

    J’ai élevé mes filles avec cette idée : « lorsqu’une occasion passe devant toi, saisis-la avant qu’elle ne se sauve, elle ne se présentera peut-être plus. »

    L’impression d’avoir eu « une vie médiocre » ne vient que de l’appréciation que les autres font de votre propre vie. Diogène dans son tonneau n’a pas eu une vie médiocre, il était heureux et avait choisi.

    Tout est dans le choix du chemin. Hésiter trop longtemps tue l’élan et embrouille l’esprit.
     

    • ZenZoe ZenZoe 7 août 11:55

      @cevennevive
      Bonjour Cennevive,
      Les grands esprits se rencontrent smiley

      Hésiter trop longtemps tue l’élan
      Oui, j’ai remarqué ça aussi. Je sais aussi que si on hésite, ce n’est pas bon signe, dans le doute abstiens-toi dit-on avec raison.
      Alors que si on veut vraiment quelque chose, on se trouve en quelque sorte porté par une force incroyable qu’on ne se connaissait pas,
      et la peur s’évanouit et les obstacles tombent d’eux-mêmes. J’ai pu vérifier ça tout au long de ma vie.
      Il me semble donc que le mal-être de nombreuses personnes ne vient pas d’un manque de courage, mais plutôt d’un manque de motivation, et de ne pas vraiment savoir quoi faire de leur vie.


  • Le421 Le421 8 août 09:08

    Tout dépends de la vision des choses que l’on a.
    Souvent, je me dis que si je n’avais pas gaspillé mon pognon à me faire plaisir tout au long de ma vie, j’en aurais beaucoup plus aujourd’hui !!
    Oui mais voilà.
    L’argent, symbole de la réussite ici bas, n’a pour moi que le titre de « moyen » et non de « but ».*
    Je passerais sur les conquêtes féminines - seul ma personne peut réellement en connaître !! - pour ne citer que les sports en tous genres, activités diverses et voyages réalisés.
    A l’automne de ma vie, je reviens à mes premiers amours, et même si le DR400 ne me rappelle pas la voltige sur les avions de l’Armée de l’Air, le plaisir d’être seul aux commandes ne se remplace pas.
    Et si je devais tomber demain, je veux que tout le monde sache que vraiment, j’ai eu une vie très bien remplie, avec son lot de déconvenues et de plaisirs plutôt important.

    *Je dis cela certainement parce que j’ai ce qu’il me faut aujourd’hui, sans être dans l’aisance, bien sûr !!


  • Jean-Paul Foscarvel Jean-Paul Foscarvel 8 août 11:55

    Dans la société actuelle, pleine d’injonctions de type « libère-toi ! », visibles par exemples sur les publicités de Nike, chaussures fabriquées par des enfants-esclaves, la rébellion devient une porte d’entrée obligée pour être dans le système, pour en être.
    La vraie liberté ne vient pas de l’imitation des modèles sociétaux imposés par les médias, mais de chercher en soi ce qui correspond à ce que l’on désire vraiment. C’est à partir de ce centre intérieur, de cette richesse interne, et de l’écoute d’autrui, de l’écoute de l’autre en soi, que l’on peut oser et agir en accord avec soi et autrui, l’autrui aimé.
    C’est le plus difficile et le plus opposé à la société actuelle avec ses fausses rébellions et sa fausse liberté qui consiste à répondre aux injonctions consuméristes.
    Oser n’est pas consommer le dernier truc en vue, ou se tatouer Nike sur le derrière, c’est avoir en soi cette liberté absolue du jugement critique et d’agir en conséquence.
    Au fond je crois que c’est rester lucide.


    • ZenZoe ZenZoe 8 août 14:19

      @Jean-Paul Foscarvel
      Tout juste.
      La société de consommation est l’antithèse de la liberté. (tiens, ça ferait un bon sujet au bac philo) smiley )


  • Taverne Taverne 8 août 14:19

    Parfois les personnes détiennent sans le savoir la clé de leur propre prison. Mais pour d’autres, tout un trousseau de clés ne suffirait pas pou recouvrer la pleine liberté. Il faut voir aussi que nous vivons dans une société de liberté surveillée.

    « Oser » se fait aussi dans la durée et au niveau de l’espèce humaine tout entière (plusieurs générations) : combien ont osé se prendre pour de oiseaux (par référence à votre titre) et se sont écrasés au bas des falaises ou aux pieds de la Tour Eiffel ? Et pourtant, si tous ces gens n’avaient pas osé créé des ailes volantes, il n’y aurait pas d’avion. De l’aile volante de De Vinci au premier aéroplane efficace, il y a un bon laps de temps et beaucoup d’audacieux sacrifiés.


    • ZenZoe ZenZoe 8 août 14:42

      @Taverne
      combien ont osé se prendre pour de oiseaux

      Je profite de votre post pour mettre en garde contre certaines substances illicites qui ont de drôles d’effets. A une époque, c’était le LSD, de nos jours, je ne sais pas, mais je connais quelqu’un dont le fils ado s’est justement écrasé en tombant d’une falaise, en plein trip.


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