lundi 3 février - par Bertrand Loubard

Paul Kagamé – Charles Onana : le premier qui dit la vérité .... (2/.... ?)

 

« Snowden a dit la vérité :

Il s’est exilé !!! »[2]

Le livre de Charles Onana auquel je faisais référence dans mon billet précédent, sous  :

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/paul-kagame-charles-onana-1-le-220265

ne m’a pas déçu bien qu’il ne réponde pas, comme je m’y attendais d’ailleurs un peu, aux 10 questions que je me posais, in petto, depuis 30 ans, et « publiquement » sur Agora Vox, depuis près de 2 ans, et reprises sous

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/kigali-du-6-avril-1994-au-6-avril-203038

Il ne fallait pas s’attendre non plus à ce qu’il réponde d’une manière exhaustive, vu leur nombre et leurs objets, à la multitude de ces questions qui ne cessent d’émerger, de s’accumuler et de se poser sans réaction au fur et à mesure que le drame rwandais s’inscrit dans une perspective historique. Il n’empêche que Charles Onana entreprend dans cet ouvrage un travail courageux car il se livre à une véritable quête de la vérité..... et là, il touche à l’humain et à toute sa complexité.

 

Charles Onana, en bon Africain, a bien compris ce que « parler » veut dire. Il sait aussi ce qu’est l’« ubengwe », caractéristique de la culture de l’oralité rwandaise. Les Africains n’ont pas besoin d’avoir lu Bateson, Korzysbski, Bernays, Wittgenstein, Bourdieu, Mandeville, Chomsky, Machiavel ou Watzlawick ou encore l’Abbé Alexis Kagamé, lui-même. C’est sans doute la raison pour laquelle le livre d’Onana, s’adressant aux bazungu[3] de souche, adopte ce qui lui semble être « leur » langage, pour mieux analyser la structure de la « communication » main-stream.

 

Parler du langage que les bazungu comprennent c’est en quelque sorte faire un constat que ce qui est retenu par le commun des mortels (muzungu) à propos du génocide des Tutsi, ce sont des mots attendus, compréhensibles et conformes aux critères de vérité des interlocuteurs. « Les mauvais (Hutus) tuent les bons (les rebelles Tutsis) avec des machettes en les traitant de « cafards », en moins de 100 jours (de guerre civile) à raison d’un million de morts, il y a quelques années, quelque part en Afrique Centrale » .... Je regrette évidemment qu’Onana utilise des vocables comme « rebelles et guerre civile » .... Le FPR n’avait rien des rebelles tels les castristes descendant de leur sierra et accueillis en libérateurs à La Havane par toute la population Cubaine. Le FPR n’a rien des Zapatistes du Sub-Commandante Marcos du Chiapas. Sinon, ne faudrait-il pas qualifier les Nazis de « rebelles » ... qui en 39 venaient libérer la France qui menaçait l’Allemagne ..... ? Les 100 jours du génocide ne sont pas non plus une guerre civile. Lors d’une guerre civile, deux groupes opposés de civils d’un même pays s’allient chacun avec une des deux factions opposées de militaires de ce même pays formant deux groupes nationaux antagonistes, s’attaquant l’un l’autre, comme durant la Guerre d’Espagne ou la Guerre de Sécession....Non, des civils Hutus rwandais ont génocidé les civils Tutsis rwandais dont le FPR a refusé de prendre la défense et, de la sorte, a non seulement provoqué mais entretenu la catastrophe. Le FPR a « combattu » les FAR en appliquant la tactique de l’URSS et des Alliés qui ont abandonné aux SS le soin de liquider l’insurrection de Varsovie en août 1944. De même en 1994, « il fallait » sacrifier les « Petits Tutsis de l’intérieur ».

 

Je note avec satisfaction cependant que pour la première fois dans ce livre, Onana donne l’origine du mot « Inyenzi ». J’avais moi-même, la 8 avril 2019, donner cette définition  : acronyme de l’expression : « Ingangurarugo Yiyemeje Kuba Ingenzi » soit « Le combattant de la milice Ingangurarugo qui s’est donné pour objectif d’être le meilleur », nom de guerre dont les milices Tutsies s’affublaient durant la période 1960-67 »[4]. Sous la plume d’un auteur qui vérifie scientifiquement ses sources : c’est convainquant !

 

Onana essaye dans cet important travail de n’aborder que ce qu’il annonce dans le titre : « La vérité sur l’Opération Turquoise ». L’« Opération » a soulevé de nombreuses questions opportunes et des réponses parfois opportunistes ou même erronées. C‘est-à-dire qu’Onana analyse dans son étude ce qui a été dit et écrit sur l’histoire de l’« Opération ». Et comme il le fait toujours remarquer, en scientifique, l’histoire d’un pays, d’une collectivité, l’histoire d’un conflit fait partie d’un ensemble vaste, d’un environnement géographique et temporel, mais également socio-culturel et politique dynamique. Certains appellent cela « la périphérie » ( ).

 

Les représentations, les narrations, « per se », de l’histoire, dans certaines conjonctures, peuvent en formater, elles-mêmes, le contenu en fonction des buts, plus ou moins conscients, poursuivis par les auteurs : la mise en valeur narcissique du narrateur (de Saint-Exupéry, Ancel) ; la position de martyrologue lanceur d’alertes (Chrétien, Braeckman), le sacrifice à la mode de la « culpabilisation » repentante (Glucksman, Sopo) ou même l’exercice d’une psychothérapie TSPT (Dallaire).

Le « mode » de diffusion des informations est aussi un des aspects importants de cet environnement que Charles Onana observe. L’examen de cette diffusion permet de comprendre les tendances et les contradictions dont l’analyse qu’en fait Onana, atteint la substantifique moelle. Sur les 400 premières pages de son ouvrage, Onana « décortique » systématiquement et scrupuleusement ce que la « presse main stream a dit et répète encore aujourd’hui » sous forme de stéréotypes et slogans, en tant que leitmotiv, comme images d’Epinal, le tout coulé en mensonges de propagande, en création d’un mythe[5]. Il met en évidence que les clichés ne sont pas innocents mais procèdent d’un prosélytisme rampant et pervers par nature. Et ce depuis des décennies maintenant.

 

Bien entendu, il s’agit en premier lieu de l’Opération Turquoise. Mais en tant qu’une partie d’une problématique plus vaste », Charles Onana en arrive à dresser un tableau cohérent couvrant les lieux et l’époque des faits qui sont incriminés par certaines et certains. Ce faisant, Onana prend beaucoup de risques en analysant ce qui a été déjà publié officiellement, sachant qu’il reste encore d’autres sources à « exploiter » comme la « Commission d’Historiens et de Chercheurs » que Macron a créée. Mais Onana en scientifique admet que, si ce qu’il rapporte sont des faits avérés qu’il oppose à des hypothèses « gratuites », il se peut que des erreurs soient commises et qu’il en assumera la correction ........ ce qui est rare, il faut bien l’admettre, dans la littérature surtout journalistique soumise au train d’enfer où l’aura du scoop prime la réalité.

 

A propos de l’épisode très contesté du massacre de Bisesero et dans le même esprit d’approcher la vérité Onana[6], simultanément avec Judi Rever,[7] ose affronter dans un article récent, qui succède à son livre, l’hypothèse selon, laquelle le massacre de Bisesero fin juin 1994, aurait été l’œuvre (en partie, sous fausse bannière) d’infiltrés du FPR !!!! On se retrouverait exactement dans le même cas de figure que celui de la désignation des auteurs du massacre de Katyn en 1940 ...... où ce sont les Soviétiques qui avaient commis le crime, ce dont personne ne voulait entendre parler, les Alliés ayant intérêt à en charger les Nazis, puisque de toutes les façons ils étaient vaincus et coupables de l’Holocauste et donc ..........

Bien avant Judi Rever et Charles Onana , Roméo Dallaire avait écrit, en 2003, dans : « J’ai serré la Main du diable » (p 440) : « début mai 1994 le bombardement de l’église de la Sainte Famille, à Kigali, avait fait plus de 120 morts et blessés .... les analyses des cratères ont démontré que les projectiles de mortier de 81 mm[8], ..... avaient été tirés des position du FPR ». Faut-il rappeler que cette église avait été un refuge pour de nombreux Tutsis menacés d’être génocidés par les génocideurs ? Tirer au Mortier nécessite des transports, des topographes d’artilleries, des observateurs guidant les tirs, des communications ..... Wenceslas Munyeshyaka, curé de cette paroisse, à cette époque a obtenu un non-lieu définitif en appel en octobre 2019 des accusations portées contre lui pour « participation au Génocide » ..... Dallaire qui donne d’autres exemples de falsification du FPR dans son livre, serait-il lui aussi négatuionniste, comme Charles Onana et Judi Rever ?

(A suivre ?)

 

 

[1] Auteur de : « Rwanda, la vérité sur l'opération Turquoise : Quand les archives parlent » Edition « L’Artilleur » - EAN13 9782810009176

[2] Sur le mode « Guy Béart » ( ?)

[3] Mu(ba)zungu : étranger(s), blanc(s). Mu(ba)zungukazi : étrangère(s),blanche(s). Certains traduisent par « celui,ceux, celle, celles qui remplace(nt) »

[5] US President John F. Kennedy at Yale University goes thus : “For, the great enemy of truth is very often not the lie — deliberate, contrived and dishonest — but the myth — persistent, persuasive, and unrealistic.

[8] 44 kg sans appareil de pointage. 5 hommes (chef de pièce, pointeur, tireur-chargeur, pourvoyeur, artificier). Projectile : 6 kg, cadence 18coups/minute.




Réagir