vendredi 5 juin - par Desmaretz Gérard

Photographie : Images bidonnées & photomontages

Les photographes du XIX° siècle ont rapidement découvert qu’il était possible de superposer deux plaques photographiques pour les fusionner en une seule image, ou de procéder à une double exposition (surimpression). Le débat entre artistes peintres et photographes apparaît lors de l'exposition universelle de 1855 : « La spécificité de l’art photographique repose sur le fait que le photographe ne saurait se passer des objets qu’il veut reproduire ». Ce qui n'est pas le cas de l'artiste peintre. Le premier-peintre de l’empire, Jacques-Louis David, a travesti la réalité lors de la représentation du « Sacre » dans le seul but de glorifier l’événement. Letizia Bonaparte, la mère de l’empereur y apparaît souriante alors qu’elle avait refusé d’assister à la cérémonie, le cardinal Caprara et l’ambassadeur d’Istanbul étaient absents, et Fouché, le ministre de la Police n’est pas représenté alors qu’il assistait à la cérémonie.

La retouche ou le photomontage est destiné à une modification des clichés : amélioration du contraste, de la luminosité, de la netteté, modifier le cadrage, le rendu des couleurs, créer une ambiance, appliquer un effet, redresser des fuyantes, ajouter et/ ou supprimer un élément, affiner une silhouette, adjoindre un lettrage, etc., afin de transmettre une émotion ou un message. Le photomontage peut être artistique – un « cri » contestataire – une publicité – un faux document – un mensonge d’État – voire servir d’instrument de propagande.

La carte-postale récréative se généralise vers le début du XX° siècle. Elle ne recherche pas une reproduction authentique mais plutôt le pastiche avec une mise en scène du sujet qui désigne immédiatement le photomontage. La personne passe la tête dans la découpe d'un décor photographique qui ne trompe personne. En 1910, le dadaïste allemand Helmut Herzfeld a recours au photomontage pour la couverture d’un livre. La Première Guerre mondiale terminée, les Soviétiques et les Nazis dénoncent la peinture abstraite dans laquelle ils perçoivent un aspect politique et social. Le mouvement dadaïste allait donner naissance au surréalisme dans les années vingt. En 1932, Herzfeld compose un portrait d’Adolphe Hitler à partir d’une radioscopie thoracique, d’une pile de pièces d'or pour la colonne vertébrale et d'un insigne nazi sur la cage thoracique. Herzfeld embarque pour les États-Unis et va angliciser son patronyme. Heartfield va utiliser la photographie comme une arme : « Si je rassemble des documents photographiques et que je les dispose face à face intelligemment et habilement ils exerceront sur les masses un effet énorme de propagande et d’agitation  ».

L’art de la retouche est apparu à l’époque durant laquelle les photographes étaient obligés de « nettoyer » leurs plaques afin d’en faire disparaître les défauts, les éraflures, les grains de poussière de la gélatine ou restaurer une plaque brisée. L’utilisation habile d’un scalpel, d’un crayon à la mine de graphite, voire la gouache suffisait pour faire disparaître les défauts et améliorer le portrait en supprimant rides, poches sous les yeux, « satiner » la peau, ou un flou artistique venait estomper les défauts. Sous Staline, le petit père des peuples exige que ceux qui lui déplaisent soient effacés des épreuves avant d’être envoyés à l'imprimerie. Sur les photographies le représentant, aucune trace de la variole n’apparaît alors qu’il avait le visage grêlé comme la surface de la Lune.

Plusieurs paramètres interviennent lorsque l’on regarde une photographie, certains de conduire à une interprétation tendancieuse. La photographie reste une représentation en deux dimensions d’une scène en 3D. Le cadrage, l’angle de prise de vue et la longueur focale restent les moyens les plus simples pour transposer la réalité. Une photographie représentant deux personnes marchant côte à côte peut traduire une réalité fausse qui dépend de l’angle de la prise de vue, un téléobjectif permet de noyer l’arrière-plan dans une zone floue et ainsi occulter un élément d’information utile (endroit, moment de la journée) ou faciliter les raccords lors du photomontage.

Dans les années cinquante, un photographe de mode professionnel demandait à des jeunes femmes de poser pour une marque de maillots de bain en « bikini » confectionné à partir d’un film plastique de couleur bleue en échange de leur press book gratuit. Elles ignoraient que l’éclairage, un filtre (Wratten 87) et le film infra-rouge rendaient le maillot quasi transparent et que les photographies érotiques étaient revendues sous le manteau. L’usage des filtres en N&B permet une transposition des couleurs en différentes nuances de gris. Le filtre permet de foncer sa couleur complémentaire et d'éclaircir celle de sa teinte. Un filtre rouge pourra traduire un ciel d’orage en faisant ressortir les nuages et en assombrissant le ciel. Les films couleur lumière du jour sont équilibrés pour un rendu correct à la lumière du ciel de midi. Les photos prises au lever et au coucher du soleil ou sous une lumière artificielle accusent une dominante colorée qui dépend de la température de couleur de la source d'éclairage.

Au mois d’octobre 1968, les Renseignements Généraux montrent au Premier ministre Georges Pompidou un photomontage qui circule dans les rédactions parisiennes sur lequel on aperçoit Madame Pompidou dispenser une fellation (affaire Markovic) au cours d’une partie fine ! En 1973, le réalisateur André Cayatte, avocat de profession, tourne « Il n’y a pas de fumée sans feu », scénario inspiré d’une histoire bien réelle et pour qu’une photographie ne puisse plus être considérée comme une preuve recevable, un trucage étant toujours possible. Dans le film, la tête d’Annie Girardot a été placée sur le corps dénudé de l'actrice Micheline Boudet. La surimpression consiste à réaliser deux prises de vue sur la même pellicule sans avancer le film, certains appareils possèdent un bouton de débrayage prévu à cet effet. Le photographe peut aussi avoir recours à un demi-cache avec une zone médiane dégradée fixé sur l’objectif qui permet l’exposition de la moitié de la pellicule, et ainsi faire figurer deux sujets sur la même photo alors qu’ils n’étaient pas réunis.

D'autres opérations sont réalisées au « labo ». Le détourage permet de rassembler plusieurs sujets appartenant à des photographies différentes. On découpe les parties retenues pour les disposer dans la composition désirée. La jonction se fait entre les images dans les zones de texture, de densité et contraste identiques en veillant à en respecter les proportions, les perspectives, l’orientation des ombres et des lumières. La scène peut-être fausse, mais rester vraisemblable. Il est toujours souhaitable de travailler sur des images de grandes tailles et d’en faire un cliché en petit format. Si le négatif présente des différences notables d’exposition, il faut procéder à son renforcement ou affaiblissement. Le montage terminé est photographié pour en estomper l'ensemble et délivrer un nouveau négatif sans traces de montage (Le Transcryl permet le transfert d’une image imprimée sur papier et photographiée pour dissimuler le repiquage). Le maquillage se pratique lors du tirage à l’agrandisseur. Il consiste à modifier l’exposition d’une zone pour obtenir la densité désirée et à masquer ou faire ressortir certaines parties exposées. Le tireur retient une partie de la lumière avec un cache découpé selon la forme souhaitée et fixé à l’extrémité d’un fil de fer qu’il agite en permanence pour estomper son intervention.

Si des photographes réalisent des images fantaisistes, voire utopiques, qui ne trompent personne, des photo-reporters abusent et mystifient leurs lecteurs. Janvier 1990, des images de presse montrent une quarantaine de victimes des massacres de Timisoara (Roumanie) du 17 décembre 1989 ; des journalistes de préciser « On a parlé de benne à ordures transportant d’innombrables cadavres vers des endroits secrets pour y être enterrés ou brûlés. (…) Comment connaître le nombre de morts ? Les chauffeurs de camions qui transportaient des mètres cubes de corps d’hommes abattus d’une balle dans la nuque par la police secrète pour éliminer tout témoin ». Roland Dumas, in petto : « On ne peut assister en spectateur à un tel massacre » et l’OTAN de déclarer unilatéralement une intervention militaire en Serbie au nom du droit d’ingérence à partir d’images invérifiées, des journalistes n’avançaient-ils pas le chiffre de 70.000 morts ! Il s’agissait d’une mise en scène macabre, les soit disant victimes des atrocités serbes avaient été exhumées du cimetière des pauvres pour berner les reporters, leur rédaction et le lectorat ! Approche échotière qui rappelle le Massacre des Dominicains d’Arceuil le 25 mai 1871 rue d’Italie à Paris, une « peinture-photographique » représentant des communards assassiner des Catholiques.

Les logiciels de retouche d’images allaient permettre la retouche et la falsification à portée de clics à condition de maitriser la colorimétrie et la lumière. Le logiciel Photoshop 1.0 sort au mois de février 1990 suivi quatre années plus tard de la version 3.0 qui intègre la gestion des calques. Les outils du « compositing  » et du photomontage (Photoshop, Gimp, Blender, Illustrator) rendus accessibles à un large public allaient contribuer à tourner le politique en ridicule et remplacer les affiches sérigraphiées des étudiants des Beaux-Arts. La publicité va sublimer les corps (mannequinat, chirurgie esthétique, diététique photos : « avant-après ») pour mieux berner les clientes potentielles qui ne demandent qu’à y croire. Des escrocs n'ont pas hésité à embellir la photo d’une tapisserie vendue sur un site en ligne afin de tromper l’acheteur. La police scientifique utilise des logiciels (Tungstène, Forensically) qui repèrent les parties suspectes ou falsifiées (clonées, artefacts).

En 2007, Paris-Match « Le poids des mots, le choc des photos » publie une photo de Nicolas Sarkozy dont les poignées d’amour ont été gommées. Juin 2008, le Figaro fait sa une avec une photo de Rachida Dati, sa bague, un diamant de plusieurs carats a été supprimée. En 2012, une affiche détourne le slogan une « France Forte » par « France Morte » avec en arrière plan le naufrage d’un navire. Mars 2014 un montage juxtapose la photo d’une guenon légendée « bébé à 18 mois » à côté d’une photo de Taubira. Août 2019, le député Eric Woerth poste une photo le montrant en train de gravir le glacier de l'Aiguille d’Argentière dans les Alpes. Des Internautes crient à la supercherie et pointent des détails qui semblent incohérents, la vraie-fausse photo. Au mois de janvier 2020, un Internaute publie sur Twitter un photomontage représentant le président E. Macron en dictateur chilien, E Philippe et C. Castaner en généraux de Pinochet. La photo originale prise par Gerretsen (prix Robert Capa médaillé d’or) en 1973 a été largement réutilisée et détournée. Le 10 mai 2020, Philippe Petit publie une affiche représentant Laurent Berger et Murielle Pénicaud, ministre du Travail, en tenue sadomasochiste ! Autant de montages repris par certains médias pour créer le buzz du moment. « le journal télévisé est un show dont l’information n’est qu’un prétexte » G de Caunes.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°



45 réactions


  • JL JL 5 juin 08:51

    Intéressant, comme toujours.

     

    J’aime bien la citation de Georges De Caunes (que les moins de 16 ans ne peuvent pas connaitre, à ne pas confondre avec son fils Antoine.)

     

     Aujourd’hui, ce sont les vidéos qui sont truquées, images et voix.


    • Hugo Drax Hugo Drax 5 juin 13:31

      @JL

      L’imagerie populaire s’est enorgueillie d’être très difficilement attaquable. cf le slogan de Paris-Match.
      C’est sur cela que se base toutes ces escroqueries : pas de mots, mais un narratif induit par la communication corporelle, la mise en scène, le cadrage …
      Antan, l’on nommait cela : la berlue.


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 5 juin 14:48

      @JL

      N’est-ce pas Georges De Caunes qui avait un jour terminé son journal télévisé sur ce trait d’humour ( les chiffres sont tout à fait inventés) ?

      20 % des Français se battraient pour leur femme,

      30 % des Français se battraient pour leurs enfants,

      25 % des Français se battraient pour leurs chiens,

       

      En définitive, 75 % des Français se battraient.


    • doctorix doctorix 5 juin 17:13

      @Daniel PIGNARD
      Pas vrai : il y en a qui se battraient pour leur chien, mais aussi pour leurs enfants et éventuellement pour leur femme.


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 6 juin 08:55

      @doctorix
      On est bien d’accord, mais cette petite plaisanterie permettait aux Français de réfléchir et de découvrir pourquoi cette affirmation était une idiotie, et vous l’avez trouvée vous aussi.


  • rita rita 5 juin 09:02

    Cettge liberté risque de disparaitre avec ces politiciens-véreux ?

     smiley


  • troletbuse troletbuse 5 juin 10:55

    Aujourd’hui, c’est pire.

    On voit des vidéos représentant les bains de foule de Micron mais pas de zoom car on verrait qu’il n’y a que quelques figurants et les gardes du corps.

    Et la photo de Charlie avec tous les chefs d’états et les dictateurs seuls au milieu de la rue. Pas de photo de la foule qui aurait du être derrière.


  • ZXSpect ZXSpect 5 juin 10:55

    Très bon article.

    J’ai le souvenir d’un livre qui présentait l’évolution d’une photo des officiels soviétiques saluant la parade Place Rouge depuis le Kremlin.

    Au fil des ans, sur la même photo, les visages des officiels tombés en disgrâce étaient effacés !


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 5 juin 14:55

      @ZXSpect
      Oui, c’est ce qui se passe aussi pour nos articles proposés sur AgoraVox, ils tombent en disgrâce devant les censeurs et on ne peut jamais les voir publier.
      3346 censures quand même, soit à deux heures de travail par articles payés 15 € de l’heure, ça nous fait 100 380 € volés aux auteurs. Faudra bien rembourser au jour du grand retournement.


    • ZXSpect ZXSpect 5 juin 15:12

      @Daniel PIGNARD
      .

      « pour nos articles proposés sur AgoraVox, ils tombent en disgrâce devant les censeurs et on ne peut jamais les voir publier. »
      .
      Persévérez mon fils... un jour vous serez publié et, plus tard, vous pourriez même avoir du talent smiley


    • ZXSpect ZXSpect 5 juin 15:18

      @Daniel PIGNARD
      .
      « soit à deux heures de travail par articles payés 15 € de l’heure, »
      .
      auriez vous la plume vénale ou achetée ? smiley
      .
      à ma connaissance les modérateurs d’AgoraVox sont bénévoles ! smiley


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 5 juin 15:27

      @ZXSpect
      « Tout travail mérite salaire. » (J.C.)


    • ZXSpect ZXSpect 5 juin 15:33

      @Daniel PIGNARD
      .

      « Tout travail mérite salaire. » (J.C.)
      .

      Trente deniers ? (J.I.) smiley


    • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 5 juin 16:06

      @ZXSpect

      Ah ! oui, un traître est payé ainsi.

      Un denier était le salaire journalier d’un ouvrier agricole. 30 deniers font donc un mois de salaire et ils ne sont pas montés à votre pensée par hasard.

      A raison de 25 à 50 censures pour 5 jours, ça fait 150 à 300 censures par mois d’où 0,2 à 0,1 denier par censure. C’est ce que vous pouvez réclamé pour votre travail.


    • doctorix doctorix 5 juin 17:57

      @ZXSpect
      Vous allez rire, mais j’ai deux sortes de photos floutées : les deux pôles, sur Google Map, allez savoir pourquoi ? et certains « paysages » lunaires qui seraient en fait des bâtiments de grande taille...
      Il y a aussi cette lamentable photo prise depuis l’orbite lunaire censée montrer un des modules lunaires (Apollo 16) resté sur place.
      https://www.sciencesetavenir.fr/espace/exploration/44-ans-apres-on-a-retrouve-la-trace-du-module-lunaire-d-apollo-16_101666
      Quand on pense qu’en orbite terrestre on peut photographier une plaque d’immatriculation, et qu’en plus il n’y a pas d’atmosphère lunaire, on peut largement douter de l’authenticité du cliché.
      Cette médiocre qualité est presque un aveu.
      A voir, le film dit de fiction « la conspiration d’Orion » :
      https://www.dailymotion.com/video/x8zobf
      A la fin, une série impressionnante de photos, ou de montages, qui peut savoir ?
      Tout ce qu’on sait, c’est qu’on ne sait pas grand-chose...


    • chantecler chantecler 5 juin 18:02

      @Daniel PIGNARD
      Ah ?
      J’ignorais que le journalisme citoyen était rémunéré par la direction de ce site.
      30 € l’article c’est pas bezef mais en temps de disette c’est mieux que rien ...
      Je me posais la question de l’intérêt de certains articles , maintenant je comprends .
      Est ce qu’il y a un bonus en fonction du nombre de clics et de commentaires ?


    • doctorix doctorix 5 juin 18:23

      @chantecler
      Mais non : c’est juste une évaluation d’un travail d’après le temps passé.
      Il n’y a aucune rémunération, aucun droit d’auteur.
      Mais quand on censure, on sabote des heures de travail.
      Et quand on censure plus de 5000 fois comme Dugué, ce sont des milliers d’heures de travail gâchées. Et comme le temps c’est de l’argent...


    • jocelyne 6 juin 11:55

      @ZXSpect
      oui et aussi la photo récente de l’assassinat de « ben laden » avec sur certaines photos l’absence de hilary clinton


  • velosolex velosolex 5 juin 11:04

    Auparavant, l’esprit s’amusait des illusions, ces trompes l’œil dans lesquels on voyait une vérité double, comme ce dessin de charles alban Gilbert, d’une femme à sa toilette, dans lequel on voit aussi une tête de mort https://bit.ly/37e6HXH

    Les trucages marchent d’autant plus qu’on veut y croire, comme le massacre de Timisoara, et qu’ils confirment notre opinion. 

    . Après avoir méprisé les photographes, arrive le temps où l’on encense à foison, à l’excès. Tout photographe sait que la photo réussie tient sans doute à la technique, et à l’œil, mais à énormément de chance. Ce qui n’est pas vrai pour un tableau, qui exige métier, composition, et travail sur le temps long. Lartigue qui avait été peintre avant d’être photographe ramenait son travail de photographe à cette mesure. 

    Trop d’images, trop de facilité, le numérique ont ramené le miracle de la photo, et ses exigences, à quelque chose de très banal, et stéréotypé. Les grandes photos qu’on a en tête, datent toutes ou presque de plus de 50 ans. C’était l’époque où l’on envoyait les reporters « couvrirent » le vietnam, Cuba….Me vient en tête, cette photo d’un soldat russe accrochant le drapeau rouge en haut du reichstag, dans un Belin en ruine ; Il existe deux photos de l’événement. Celle qu’on ne voit pas n’a pas été retouché. Le soldat à deux ou trois montre au poignet tenant la bannière, preuve insupportable qu’il a détroussé des cadavres, ou volé des prisonniers

    . Le photographe aura la gloire, mais aussi des ennuis pour cette photo qu’il avait mal examiné. Quand au soldat soviétique, qu’est il devenu ?


  • ETTORE ETTORE 5 juin 11:06

    Images truquées, photos délétères, monde de recomposition, manipulations des vérités....

    La photo qui était un instantané de vie, représentation d’un instant présent....devient avec la technologie, une partie de temps, recomposable à l’infini, juxtaposable aux raisons diverses, dématérialisé et transmissible à volonté.

    Il n’y a plus que les radars routiers, pour reprendre le flambeau de« photographe ».


  • gaijin gaijin 5 juin 13:46

    « heureux ceux qui ne croient pas ce qu’ils voient » 

    livre de skélos


  • ZenZoe ZenZoe 5 juin 16:00

    J’ose espèrer que les chercheurs du futur ne s’appuieront pas seulement sur des documents numériques pour analyser notre époque, tellement les images peuvent être trompeuses (et les gens aisément trompés) !

    Même pas besoin de falsifier, juste prendre une image hors contexte. Les fake news s’appuient d’ailleurs souvent sur des photos prises des années auparavant dans un autre pays et illustrant tout autre chose. Peu de gens vérifient et font circuler...


    • Fergus Fergus 5 juin 17:32

      Bonjour, ZenZoe

      « juste prendre une image hors contexte »
      Ou sous le bon angle, tel ce migrant au regard perdu, photographié sur une plage déserte comme s’il était seul à affronter les épreuves. Alors que, photographié dans l’autre sens, on aurait vu le groupe de migrants dont il a été provisoirement détaché de quelques dizaines de mètres  le temps du cliché  pris en charge par les militants d’une ONG.

      Et que dire des images d’enfants « arrangées » pour toucher la corde sensible ? Par exemple celle du cadavre d’une gamine syrienne morte dans un bombardement près duquel le reporter photographe a ajouté une peluche éventrée ou une poupée démembrée.

      Il est vrai que, contrairement à Ronis, Doisneau lui-même bidonnait la plupart de ses photos, mais pour la beauté du cliché, pas pour manipuler l’opinion !


    • ZenZoe ZenZoe 5 juin 17:57

      @Fergus
      Tout ça me fait penser à un roman de Pierre Boulle, Le Photographe, où un évènement catastrophique est arrangé par le professionnel juste pour prendre SA photo. J’étais jeune encore, et sa lecture m’avait marquée.


    • Fergus Fergus 5 juin 18:41

      @ ZenZoe

      Je ne connais pas ce livre. Voilà qui me donne envie de le lire.


    • ZenZoe ZenZoe 5 juin 19:10

      @Fergus
      Allez-y, Boulle est un écrivain majeur, sous-évalué à mon avis.


    • velosolex velosolex 5 juin 20:17

      @ZenZoe
      Cela me fait penser à une photo de presse, qui a été vendu, à la fureur de la personne photographiée contre son grés (une femme assise à un bar) à plusieurs agences de pub, qui l’ont utilisé successivement pour une campagne contre la cigarette, contre l’alcool, le proxénétisme, mais aussi pour représenter la libération de la femme. 


    • velosolex velosolex 5 juin 20:30

      @ZenZoe
      Il y a aussi « Blow up » d’Antonioni, où un photographe enquête sur une photo qu’il a réalisé dans un parc, et au développement, et en zoomant, s’aperçoit qu’il y a un cadavre dans un buisson.
      Une expérience que plus d’un photographe a fait, quoique sans doute de façon moins dramatique, mais nombre de détails échappent parfois au premier coup d’œil. Des photos ont été déclaré des chefs d’œuvres, après avoir été décentré de leur contexte.
      Je pense à une photo d’un célèbre photographe américain dont j’ai oublié le nom, et qui a réalisé ce qu’on a estimé un des meilleurs clichés de la crise des années 30 aux états unis : Un homme dans l’Arkansas, avance difficilement, courbé sous le vent, vers une cabane de planches misérable. 
      Loin d’être un déclassé, l’homme en fait avait ramené le photographe, un ami, vers sa voiture, située bien loin de sa propriété, qu’il rejoignait, quand il a été pris ainsi, rapidement, passant devant une cabane à outils ;... 


    • ZenZoe ZenZoe 5 juin 20:42

      @velosolex
      Ah, elle n’a pas été utilisée par Edward Hopper pour son tableau les Noctambules aussi par hasard  smiley ?

      Lien


    • Fergus Fergus 5 juin 20:43

      Bonsoir, velosolex

      Excellent film, Blow Up.
      De même que Blow Out, son équivalent vidéo. Peut-être même meilleur, avec un Travolta au sommet de son art.

      A propos de photo trompeuse, mais sans trucage à visée politique, celle des pyramide de Gizeh dont on a l’impression qu’elles sont situées au coeur du désert alors qu’elles jouxtent Le Caire.
      Même chose avec les célèbres moulins de Mykonos qui se détachent seuls dans le ciel des Cyclades au sommet d’un tertre derrière un petit muret de pierre chaulée alors qu’ils sont attenants à un inesthétique parking.  smiley 


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 5 juin 21:21

      @ZenZoe

      Dommage que l’on ne pense à Hoover aujourd’hui qu’a travers ce tableau...c’est pas pour vous mais du général.


    • velosolex velosolex 5 juin 21:44

      @Aita Pea Pea
      Hooper, c’est comme l’histoire d’un type qui rêvait de photos extraordinaires, et qui n’a rien de trouvé de mieux que de se mettre à la peinture pour les réaliser. Il a longtemps passé pour un has been, avant qu’on s’aperçoive qu’il est hors du temps. Hors de l’espace aussi. 


    • velosolex velosolex 5 juin 21:55

      @Fergus
      Antonioni, ce sont des plans parfaits, dont on soupçonne qu’il est tombé amoureux, tant il les fait durer parfois, comme un photographe qui s’est résolu on ne sait comment à faire du cinéma.
      Quand on pense que « L’aventura » à 60 ans, on en tombe sur le cul, de cette modernité insolente. Il devait être amoureux de Monica Vitti, pour la filmer si bien.

      Une des mes photos préférés, rien d’original, c’est « péniche aux enfants » de Willy Ronis, qui incarne pour moi la photo parfaite, et que l’auteur précise. Il raconte qu’il traversait un pont à Paris, et qu’il a vu cette péniche. Il n’a eut que quelques secondes pour sortir son appareil de son sac, et à appuyer sur le déclencheur en ayant à peine le temps de cadrer. Et c’est sublime. On peut tous partir à la chasse aux images, dans n’importe quelle ville. La photo améliore le regard, l’affute, 


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 6 juin 00:58

      @velosolex

      Exactement...


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 6 juin 01:18

      @velosolex

      List of Works ... Tain a tomber.


  • zygzornifle zygzornifle 5 juin 17:01

    Il n’y qu’a voir les pubs idylliques pour des produits de merde, des crèmes de beauté ou on voit des gamines de 16 ans glousser comme des élevages de dindons , le café ou on a l’impression que c’est extraordinaire , les pizzas pleines de chimie , les hambur glairs, les pubs pour les bagnoles ou on voit des familles de couillons sourire béatement devant des tas de boulons a 30 000 balles , des mises en scène ou les voit plonger , courir , chanter , avec tous les radars qu’il y a et le déchainement policier sur les automobilistes plus les taxes sur le carburant faut vraiment déneuroner le client ….


    • ZenZoe ZenZoe 5 juin 18:01

      @zygzornifle
      C’est le rêve consumériste, c’est ce que les gens veulent (enfin, la plupart).


    • Fergus Fergus 5 juin 18:47

      @ ZenZoe

      Je suis d’accord avec vous : la majorité des gens connaissent peu ou prou les ficelles du marketing.
      Ce qui ne les empêche pas de céder aux sirènes parce qu’ils sont foncièrement accros au consumérisme.
      Certains l’ont d’ailleurs clairement avoué à la sortie du confinement : ils avaient envie de « dépenser du fric », pas d’acheter tel ou tel produit vanté par la publicité.


  • Le421 Le421 5 juin 17:29

    Je pensais qu’on allait parler de Mimi Marchand et de Bestimage !!

    Ils ne l’ont pas refoutue en taule quand même ?  smiley


  • chantecler chantecler 5 juin 18:16

    Belle métaphore de nos médias .


  • Miguel Dumay Miguel Dumay 5 juin 23:15

    Avec le photomontage, on est en mesure de modifier une photographie à son gré pour présenter une scène finale qui peut être très loin de la réalité originelle.

    La photo est donc travestie et trahit la vérité.

    Devrait-on être astreint à des règles déontologiques dans l’art de la photographie ?


    • Fergus Fergus 6 juin 09:05

      Bonjour, Miguel Dumay

      Soyons objectifs : la photo peut effectivement trahir la réalité, ou en donner une image orientée, mais ni plus ni moins qu’un récit de journaliste ou un essai d’historien. Bref, l’image est le pendant manipulateur de l’écrit.


    • Doume65 8 juin 17:44

      @Fergus
      « Soyons objectifs »
      C’est le principe de l’assemblage de lentilles* qu’on met devant un boîtier. smiley

      * Ou d’une seule, qu’on appelle alors ménisque.


  • Inquiet 6 juin 09:15

    S’appuyer uniquement sur la raison et les prétendus faits, pour prendre une décision est une vue rassurante de l’esprit, mais tout de même une vue de l’esprit.

    De la même manière, ne s’appuyer que sur du ressenti, de l’intuition est du même niveau en terme de décision.

    Comme disaient les existentialistes en leur temps : on ne peut pas ne pas choisir.

    Il y a comme une tentative de préparer sa retraite lors d’un combat avant de l’avoir mené, lorsqu’on a établi d’office le protocole d’échec de ses propres décisions en refusant par principe de revoir sa façon de les collecter : ce n’est pas moi qui est « méchant » c’est l’économie qui nécessite de sacrifie masse de population, mais je reste arque bouté continuellement aux même méthode, aux même indicateurs « rationnels », « pragmatiques » qui ont amenés à ce cataclysme humain.

    Le sens d’une décision est bien plus que la somme des composants de cette décision. Décider de toujours sacrifier la génération actuelle, depuis des générations, pour sauver les générations futures, manque franchement de sens.

    Les sciences dites « humaines » doivent faire leur mea culpa et trouver elles aussi, leur matière et leur énergie noires, car de toute évidence il conviendrait de faire l’hypothèse d’éléments non connus qui constituent 95 % de la décision à prendre.


  • vraidrapo 8 juin 09:36

    En un mot : Impressionnant !

    Il ne reste que les supports argentiques qui puissent faire force de preuve.. ?


Réagir