mercredi 11 juillet - par Bruno Hubacher

Political theater

C’est ainsi qu’appelle l’économiste américain Richard Wolff les récentes gesticulations diverses et variées du président des Etats-Unis, et en effet on pourrait ajouter, celles des leaders européens, révélant de manière crue le réel enjeu de ces vitupérations de ce côté de l’Atlantique ou de l’autre, la survie politique de chacun d’entre eux. 

En toile de fond, l’émergence de la Chine en tant que puissance économique. Fidèle à la maxime du dernier grand dirigeant chinois, Deng Xiaoping, mort en 1997, (Peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape des souris), l’empire du milieu s’est hissé, en moins de trente ans, à la deuxième place, dépassant le Japon en 2010, pour se positionner juste derrière les Etats-Unis, pour l’instant.

La “politique du chat et de la souris”, si on peut l’appeler ainsi, consiste à arbitrer entre l’état et le privé pour déterminer lequel des deux est plus efficace. Ainsi, la Chine avait décidé, sous l’égide de Deng Yiaoping, de construire une puissance économique en battant le capitalisme avec ses propres armes. En invitant les multinationales de la terre entière à transformer son pays, encore largement dominé par l’agriculture, en “premier atelier du monde”, il avait, du même coup réussi à vider de leur substance les bases industrielles de ses concurrents. Fallait y penser.

Certes, les conditions sous lequelles s’était faite cette transformation furent quelque peu rudes, exode rural massif vers les centres de production côtières, sans aucune considération pour l’impact sociologique et environnemental, exploitation d’une main d’oeuvre docile et bon marché, taux d’imposition défiant toute concurrence, suppression de la liberté de presse etc. Tout à fait au goût des investisseurs.

La prochaine étape sera la redistribution de cette richesse dans le but de fortifier l’économie domestique et réduire la dépendance trop importante à l’export, et là il faut dire que les autorités chinoises ont montré de la doigté, notamment en matière de politique salariale. Entre 2008, lors de l’éclatement de la crise financière, et aujourd’hui, le revenu chinois per capita a augmenté de 2’000 USD à 8’000 USD par année, tandis qu’aux Etats-Unis et en Europe les salaires stagnent depuis quarante ans. Ainsi, en 2018 pour la première fois dans l’histoire, le volume du commerce de détail chinois dépassera celui des Etats-Unis, une conséquence directe de cette politique plutôt habile. Pas besoin d’un diplôme en sciences économiques pour deviner où les multinationales continueront à investir à l’avenir et où elles vendront leurs produits.

Bien entendu, le président américain sait tout cela, raison pour laquelle les récentes gesticulations en matière de punitions tarifaires et autres sottises sont de la politique politicienne domestique américaine. Cette éjaculation de testostérone vise à satisfaire sa clientèle américaine et à jouer les uns contre les autres. En imposant ces punitions tarifaires il ridiculise avant tout l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) de pair avec ses partenaires européens qui, après près de 40 ans ans de suivisme aveugle en matière de politique économique et de soumission docile à la Pax Amaricana se voient présenter la facture.

Nous vivons une époque du “sauve qui peut”. Ces mesures tarifaires, qui, par ailleurs toucheront surtout les multinationales américaines, étant donné que la moitié des produits en provenance de la Chine y sont également fabriqués par des entreprises américaines, ralentiront l’économie américaine, et de l’autre côté la massive réduction de l’imposition des entreprises et grosses fortunes américaines, qui commence à faire des petits en Europe, creuseront encore davantage le déficit budgétaire et augmenteront les besoins de financement de l’état au moment même où les taux d’intérêt commencent à augmenter à nouveau, suite à l’arrêt de ce qu’on appelle le “quantitative easing” par la Réserve Fédérale depuis 2014, le rachat de titres gouvernementaux, et la revente active de ces titres sur le marché depuis septembre 2017.

La dette cumulée de l’état américain a ainsi doublé depuis le début de la présidence Obama, coincidant avec la crise financière de 2008, pour atteindre 21’000 mia USD aujourd’hui, dont 14’700 mia USD est détenue par le public, dont la moitié par des gouvernements et investisseurs étrangers. La Chine détient 1’190 mia USD, le Japon 1’040 mia USD, suivi par l’Irlande avec 318 mia USD, le Brésil avec 286 mia USD, la Grande Bretagne avec 264 mia USD, le Luxembourg avec 222 mia USD, la Suisse avec 245 mia USD, les Isles Cayman avec 243 mia USD et la Belgique avec 126 mia USD. Hong Kong, Taiwan, l’Inde et l’Arabie Saoudite détiennent chacun entre 151 et 196 mia USD.

La Chine et le Japon sont ainsi devenus les banquiers des Etats-Unis, finançant les importations des consommateurs américains, un peu comme l’Allemagne le fait avec la Grèce, avec la notable différence que les Etats-Unis ont le privilège de pouvoir s’endetter dans leur propres monnaie à volonté.

Tout cela ne serait pas si grave si les autres acteurs de l’économie se portaient bien, financièrement parlant. Toutefois, il se trouve que le niveau d’endettement des sociétés américaines est à un niveau historique, car les décideurs et créateurs d’emploi ont profité de dix ans de crédit à taux zéro pour racheter les actions des entreprises dont ils sont en charge, chargeant les bilans avec une montagne de dette, dans le but de profiter personnellement de l’augmentation de la valeur boursière des actions, car une part importante de leur salaire est versée sous forme d’actions et options sur actions.

Et les salariés américains dans tout cela. En 2017, 80,4 mio employés ont touché un salaire horaire représentant 58,3% du salaire moyen, la population des Etats-Unis étant de 325 mio d’habitants. Un rapport de NLIHC (National Low Income Housing Coalition) révèle qu’aucun employé américain qui touche le salaire minimum ne peut s’offrir un appartement de deux pièces, peu importe dans quel Etat ou quelle ville, et 40% des américains sont incapables de faire face à une dépense inattendue de 400 USD. Le niveau d’endettement des ménages a atteint un niveau absolument préoccupant, 4’000 mia USD pour le crédit à la consommation, en augmentation de 47% depuis la crise de 2008 et 1’480 mia USD en prêts étudiants, en augmentation de 700%.

Le bloggeur, avocat et commentateur politique populaire Mark Bruenig vient de publier, sur le site du think tank “People’s policy projet”, associé à la plateforme “Patreon”, une étude qui démontre qu’une famille américaine, dont le père ou la mère a moins de 35 ans, dispose d’une fortune nette, médiane, de 1’250 USD, en baisse par rapport aux 7’846 USD en 1995.

Les médias américains parlent de reprise économique faisant défiler des statistiques économiques multicolores, tels que le taux de chômage, censé se situer à 4%, un niveau historiquement bas, mais qui en réalité devrait se situer plus proche de 10% ou 20% si on incluait les 96 mio de citoyens qui n’ont plus droit aux allocations de chômage et ceux qui ont abandonné les recherches (U6 measures).

Il y a en Europe des gouvernements qui voudraient appliquer la même politique économique que les Etats-Unis, certains l’ont déjà fait, d’autres commencent. Les “laissés pour compte” du parti fasciste AFD, actuellement sur le point de dépasser les sociaux-démocrates selon de récents sondages en tout cas sont entrés avec fracas au Bundestag au mois de septembre 2017 avec un score de 12,6%. Par conséquent, en Europe, les dirigeants utilisent un autre écran de fumée, la supposée crise migratoire, partiellement causée par la Pax Americana, les Etats-Unis étant actuellement impliqués dans des conflits armés dans plus de 70 pays, or le nombre de migrants, on parle d'environ 200'000 par année, est, si on compare le chiffre avec la population européenne, qui compte près de 500 mio d'habitants, un pétard mouillé.

En ce qui concerne le capital, il observe. La droite libérale européenne semble actuellement perdre des points tandis que la droite extrême semble en gagner. Comme pour la Chine, il n’aura pas d’état d’âme.



3 réactions


  • D’un point de vue astrologique ou cosmologique, le tempo est parfaitement réglé. Le PENDULE DE FOUCAULT,....Ce qui nous donne un certains espoir, au désespoir de certains.


  • Spartacus Spartacus 11 juillet 13:07
    Beaucoup de clichés très éloignés de la réalité de du factuel....

    La différence , c’est que les USA « vendent des dollars » là ou les autres pays vendent des emprunts sur des déficits.
    60% du commerce mondial est en dollars. Il sont donc nécessaires pour faire n’importe quelle transaction.Une autre étude conclut que plus d’un million de travailleurs recevront des augmentations de salaire en 2018.

    Quand aux clichés sur les salaires chômage et revenus, c’est carricautural et totalement faux

    300 entreprises ont annoncé des augmentations de salaire, des primes pour 2018 Liste lien

    Le PIB a atteint 3% au cours des deux derniers trimestres de 2017.

    Les entreprises américaines ont créé plus de 1,7 million de nouveaux emplois en 2017, dont près de 160 000 emplois manufacturiers et 58 000 autres dans l’exploitation minière.Les salaires ont progressé en taux annualisé de 2,9%, soit le rythme le plus rapide en plus de huit ans.

    Au 1er janvier 2018, les accords patronaux devant l’embellie du marché ont augmenté le salaire minimum dans 18 états.



  • Cateaufoncel2 11 juillet 15:20
    "...le nombre de migrants, on parle d’environ 200’000 par année, est, si on compare le chiffre avec la population européenne, qui compte près de 500 mio d’habitants, un pétard mouillé."

    Un pétard mouillé ? 

    A condition de négliger le fait qu’ils viennent s’ajouter aux dizaines de millions qui sont déjà là, et bien là, à chaque coin de rue ou presque, avec leurs têtes d’allogènes

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