lundi 14 septembre - par Le Cri des Peuples

Pourquoi les États-Unis accusent la Russie et la Chine de militariser l’espace

Par Finian Cunningham 

Source : RT, le 30 juillet 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

Washington a lancé des accusations surprenantes selon lesquelles la Russie et la Chine « ont déjà transformé l’espace en un domaine de guerre », mais ce qui se passe réellement, c’est que les États-Unis tentent de détourner l’attention de leur propre militarisation spatiale controversée.

Il y a aussi une séquence d’événements reflétant l’hostilité de plus en plus hystérique de Washington envers la Russie et la Chine dans laquelle tous les événements sont perçus à travers une lentille américaine obsessionnelle de « guerre hybride ».

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Une fusée Longue Marche-3 transportant le satellite météorologique Fengyun-2H décolle du centre de lancement du satellite Xichang le 5 juin 2018 à Xichang, province du Sichuan en Chine.

Un autre facteur est la demande accrue des États-Unis d’inclure la Chine dans les négociations sur le contrôle des armements avec la Russie, qui ont repris cette semaine.

L’affirmation faite contre la Russie et la Chine par Christophe Ford, un envoyé du département d’État pour le contrôle des armements, s’inscrit dans le contexte de l’annonce par le Président Trump de la création d’un nouveau commandement de la Force spatiale plus tôt cette année. Cette décision de l’administration Trump va à l’encontre du plaidoyer fait par la Russie et la Chine à l’ONU depuis plusieurs décennies afin d’empêcher la militarisation de l’espace.

Voir Poutine sur les risques climatique et nucléaire : Tout le monde fait semblant d’être sourd, aveugle et dyslexique

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Le Traité de l’ONU sur l’espace (ou Traité sur les principes régissant les activités des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique) de 1967 interdit la militarisation de l’atmosphère. Ainsi, les efforts renouvelés des Etats-Unis par le biais de leur commandement des force spatiales sont sans doute illégaux. Les allégations de Washington selon lesquelles Moscou et Pékin ont transformé l’espace en un domaine de guerre semblent inverser la réalité.

Karl Grossman, Professeur à l’Université d’État de New York qui a beaucoup écrit sur le sujet, soutient que la Russie et la Chine ont toujours plaidé pour l’élargissement du Traité des Nations Unies existant pour interdire non seulement le placement d’armes de destruction massive dans l’espace, mais aussi pour une interdiction de toute militarisation de l’espace.

« Les États-Unis ont voté à plusieurs reprises contre cet effort, opposant leur veto à l’ONU », a déclaré Grossman.

Il semblerait donc que les affirmations de Washington soient motivées par la nécessité de camoufler sa propre militarisation controversée de la « frontière ultime ».

Le 15 juillet, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont accusé la Russie de tester une arme antisatellite dans l’espace. Moscou a nié cela, affirmant qu’il s’agissait seulement d’une « inspection » de satellite en orbite par un autre de ses propres satellites. Le commandement de l’US Space Force reconnaît qu’il s’agissait d’un « événement non-destructeur », mais a néanmoins allégué qu’il s’agissait d’une tentative de la Russie de déployer une « balle » dans l’espace.

« L’inspection des satellites » pourrait bien sûr être un euphémisme pour acquérir la capacité d’espionner les engins spatiaux d’autres nations. Les États-Unis seraient impliqués dans le développement du même type d’activité de surveillance contre les satellites étrangers. Mais le fait que les Américains accusent la Russie de tester une « arme antisatellite » basée dans l’espace semble être une provocation outrancière.

Notamment, le rapport sur le prétendu test d’arme russe a été immédiatement suivi de déclarations tonitruantes saluant la création l’année dernière de l’US Space Force « pour dissuader l’agression et défendre la nation ».

Grossman déclare : « La nouvelle Force spatiale américaine essaie, je dirais désespérément, de se justifier et, par conséquent, son annonce selon laquelle la Russie a effectué un test d’armes antisatellites doit être envisagée dans ce contexte. »

Mais la séquence des événements va encore plus loin. La semaine dernière, le 23 juillet, la Chine a lancé son premier astromobile (rover) pour explorer Mars. Si la mission réussit à atterrir sur la planète rouge en sept mois, elle sera considérée comme une avancée décisive par la Chine, mettant le pays à égalité avec les États-Unis en matière d’exploration spatiale. Le lancement chinois a eu lieu une semaine avant que la NASA ne lance son nouveau rover sur Mars, qui devrait atteindre la planète en février, à peu près au même moment que celui de la Chine.

Il semble significatif que Christophe Ford, l’envoyé américain pour le contrôle des armements, ait fait pour la première fois son annonce accusant la Russie et la Chine de militariser l’espace au lendemain du lancement de la mission historique de la Chine sur Mars. Compte tenu de l’ingénierie étroitement imbriquée partagée par les fusées spatiales et les missiles balistiques, on pourrait donc affirmer vaguement qu’une mission de la Chine sur Mars peut avoir des dimensions militaires —comme toutes les missions spatiales américaines, si on utilise le même raisonnement ténu.

Cependant, dans le contexte actuel des accusations rampantes contre la Russie et la Chine de mener une « guerre hybride » universelle, allant de « l’ingérence dans les élections pour subvertir la démocratie américaine » au « déclenchement d’une pandémie de virus pour détruire le capitalisme américain », il n’est pas difficile de voir comment, dans l’état d’esprit de Washington, toutes les activités dans l’espace pourraient être interprétées comme davantage de guerre hybride. La paranoïa américaine a seulement pris des proportions extraterrestres.

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Un autre facteur important dans la séquence est la reprise des pourparlers sur le contrôle des armements entre les États-Unis et la Russie cette semaine à Vienne. Ces négociations visent à prolonger le nouvel accord START limitant les armes stratégiques. Washington pousse la partie russe à inciter la Chine à rejoindre un nouvel accord trilatéral de contrôle des armements. Le Secrétaire d’État Mike Pompeo a admis dans un récent discours liminaire que Washington cherchait l’aide de la Russie pour réduire l’arsenal nucléaire chinois. Moscou a indiqué qu’un tel accord trilatéral avec la Chine, compte tenu de son arsenal relativement plus petit, n’est pas pertinent à ce stade des négociations bilatérales entre les États-Unis et la Russie sur le nouveau START.

 

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Inventaire des armes nucléaires mondiales. Comme le remarque Moon of Alabama, étant donnée la disparité des arsenaux, le plaidoyer de Pompeo pour que la Chine « conforme ses capacités nucléaires aux réalités stratégiques de notre temps » ressemble à un appel à fabriquer davantage d’armes nucléaires, et non à les limiter.

Les États-Unis ont averti qu’ils soulèveraient la question de la prétendue arme antisatellite de la Russie lors des pourparlers sur le contrôle des armements cette semaine à Vienne.

Il semble que les États-Unis utilisent des allégations sur la militarisation spatiale non seulement pour détourner l’attention de leur propre programme illicite, mais aussi pour saper la Russie dans les négociations sur les armes afin de faire pression sur Moscou pour satisfaire les exigences de Washington à l’égard de la Chine.

Voir Retrait de Washington du Traité INF : Moscou dénonce le danger d’escalade nucléaire et la servilité suicidaire de l’Europe

Cela n’augure rien de bon pour le succès d’un accord de maîtrise des armements ou pour la sécurité mondiale. Affaire à suivre.

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14 réactions


  • Septime Sévère 14 septembre 09:34

    Etats-Unis doubleplusinbon

    Chine / Russie : doubleplusbon


    • Ruut Ruut 16 septembre 10:27

      La Russie elle y peut quoi si elle est technologiquement supérieure aux USA ?

      La maîtrise de l’Espace passe par la maîtrise de l’éducation scientifique et technologique.

      Sur ces points la Chine et la Russie surclassent largement les USA et le cancre Européen.
      Quand a la France, si elle n’avait pas a rougir au niveau mondial il y a 50 ans, son intégration a l’UE a permis un nivellement massif vers le bas de ses élites.

      Sa situation catastrophique actuelle au niveau Médical, industriel et scolaire en est la plus belle des preuves. L’intelligence y est muselée et la compromission, visiblement promue.


  • Clocel Clocel 14 septembre 10:41

    Les États-Unis vont avoir d’autres soucis dans un avenir très proche.

    RIP « démocratie »...


  • Aaltar Aaltar 14 septembre 14:34

    J’aime pas prendre la défense de Trump mais il a raison.

    Même si les moyens militaires actifs déployés dans l’espace seront bien entendu nettement plus lourd coté américain. Il est réel que la Russie mais surtout la Chine ont déjà déployés du matériel visant à oeuvrer sur nos (résumons nous = OTAN) satellites et son déjà en cours d’utilisation.

    Alors tout n’est pas aussi simple qu’en lui donnant raison puisque lui le fait pour justifier une hausse de ses dépenses mais il est vrai que la Chine est déjà pro active dans l’espace.


  • Le421 Le421 14 septembre 16:58

    En attendant, l’urgence est de faire capoter le plan Nordstream2 afin que les USA continuent d’alimenter le vieux continent en gaz de schiste...

    Merkel y veille !!


  • vraidrapo 15 septembre 22:50

    Céquilézétazuni ?


    • Ruut Ruut 16 septembre 10:33

      @vraidrapo Céquilézétazuni ?,
      C’est une jeune Nation, qui n’existe que grâce a son cinéma de propagande qui réécrit l’Histoire et la vassalisation Culturelle de l’Europe (Depuis la seconde guerre Mondiale) qui lui sert de décharge pour ses produits culturels de mauvaises qualités .


    • vraidrapo 16 septembre 16:33

      @Ruut

      Chaque fois que le Teuton a joué au con, le Yanki a gagné !
      Plan Marshall et tout le bazar
      Ach so... !?


  • vraidrapo 16 septembre 16:30

    « Faites ce que je dis et non ce que je fais ! »

    Un clasico géostratégique !


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