samedi 25 janvier 2014 - par lisca

Psychiko, N17 : Piqûre de Rappel

Ça barde en Ukraine, en Syrie, en Grèce, ça défile en Espagne, ça renverse en Islande et ça quenelle en France. D'aucuns se frottent les mains. Les marchands d'armes ont besoin de booster leurs commandes, ou d'assurer le maintien en place de leurs sous-traitants. Comme les peuples ne se lancent qu'à contrecœur dans ces guerres stratégiques et jamais franchement déclarées, un terroriste pousse-aux-fesses doit surgir de temps à autre du chapeau des €urocrates, comme expliqué dans mon précédent article.

Souffrant, ruiné, chômeur, vous lui prêtez une oreille sympathique, mais l'expérience a montré que l'enrichissement des prêcheurs de guerre est le plus souvent l'issue du combat, que le terrorisme sert des intérêts bien autres que les vôtres. Qu'il tue des femmes et des enfants en laissant les puissants commercer. Qu'il n'est pas toujours pratiqué par ceux qu'on désigne comme terroristes. Qu'il n'est pas, comme il le prétend, défensif pro-victime, mais bien cent pour cent agressif et même bourreau, à l'occasion.

Oh bien sûr, vous vous méfiez. Chat échaudé...

Or donc en Grèce Christodoulos est arrivé.

Ce nouvel ancien révolutionnaire grec, qui est-il ? On le sait, Christodoulos a fait partie il y a un bail du mouvement du 17 Novembre (17N) né en opposition à la junte militaire qui gouverna la Grèce dans les années 70. Ce mouvement a plus de 23 morts et encore plus de blessés à son actif, tantôt militaires, tantôt industriels, tantôt diplomates, souvent simples soldats ou passants.

Dans son sillage ressuscitent les vieux fantômes enveloppés de faux drapeaux qui remuent leurs chaînes rouges, qui annoncent les coups fourrés. On les entend jusqu'en France où se réfugièrent en catimini environ 250 sympathisants du 17N sous François Mitterrand. En France où Jean-Paul Sartre, en 1975, servit d'intermédiaire entre le 17N et le journal Libération. L'auteur des Mains Sales reçut en mains propres le communiqué de l'organisation, émis juste après l'assassinat de Richard Welch à Psychiko. C'est vous dire la confiance et les liens tissés entre nos intellectuels fatigués et bigleux, et les exploseurs triomphants.

C'est la France révolutionnaire de 1789 qui a fourni les penseurs et les idées de nos violents idéalistes. C'est en France que vécut confortablement le chef du 17N, le fameux Alexandros Giotopoulos dont le père est connu sous le nom de Witte et qui fut secrétaire de Trotsky. L’action d'Alexandros, défendue en France par Pierre Vidal-Naquet et Alain Krivine, se poursuivit à Cuba puis chez les Tupamaros. C'est ce qu'on appelle la civilisation gréco-latine. La carrière du fils Witte se termina en taule, avec celle de ses comparses, quand on craignit pour la sécurité des Jeux Olympiques d'Athènes. L'organisation cessa dés lors de faire parler d'elle, bien que, selon Le Monde, elle n'ait jamais cessé d'agir dans l'ombre.

Voici son disciple, Christodoulos Xiros qui revient en musique, en vieille connaissance des socialistes qui nous gouvernent, aujourd'hui en délicatesse. Arriverait-il à la rescousse ? Jouez, mandolines au grand soir en déroute à la Lanterne, Christodoulos vous entraîne avec son bouzouki dans une vallse turque. Dans ce clip vidéo des années 90 c'est lui, le fabricant de violons, lui le barbu en chemise bleue à côté de la chanteuse orientale.

Ondulez soucialistes !

Christodoulos revient, sans son frère, peintre d'icônes, grièvement blessé dans une tentative d'attentat ratée, à laquelle il doit sa propre arrestation en 2002. Ce frère qui était dans la liste des suspects depuis 1993, sans avoir eu jamais à rendre des comptes. Pendant 27 ans, pas une arrestation ne se fit. Et pourtant, de 1975 à 2000, l’organisation terroriste 17N perpétra des dizaines d’attaques. Les "combattants" se sentaient si invulnérables qu'ils en vinrent à narguer la police. Après que deux tueurs aient traversé le centre d'Athènes à moto, armés de fusils d'un mètre, une lettre fut envoyée aux journaux : « Nous vous circulons sous le nez avec une arme visible à un kilomètre !"

Que d'armes en ces temps de politique libérale grecque ! Roquettes contre les sociétés étrangères, bombes dans les ambassades et les hôtels, bazookas volées au Musée de la guerre d'Athènes, armes saisies sur une base militaire attaquée un soir de Noël. On put les admirer dans les journaux grecs, présentées devant un drapeau rouge et jaune à l'effigie du "17N". Il est impossible que le PASOK (anciennement PAK, le parti social démocrate en Grèce) n'ait pas été impliqué.

Christodoulos, fils de prêtre orthodoxe et de communiste fanatique, 6 ans de prison accomplis, a lui-même assassiné 6 personnes : un militaire britannique, deux diplomates turcs, deux Américains et un fonctionnaire grec. "S’il avait été un participant d’Aube Dorée ou de la droite, il aurait été enfermé et la clé jetée", écrit sur un blog un juriste grec.

C'est peut-être bien le sens caché de la réapparition soudaine de notre Xiros évadé ? Boucler Zorba au petit matin radieux, jeter la clé. Car Zorba se rebiffe.

Le résultat de toute cette violence complaisamment déployée, bien qu'officiellement illégale ? Rien n'a changé depuis les années 80, tout a empiré.

"Les premières victimes de la terreur 17N ont été la Grèce et ses citoyens, nous rappelle un militaire grec sur ce site. L’organisation propre à la gauche a pu retarder l’arrestation des terroristes d’au moins dix ans."

Le problème avec ces terroristes en Grèce, poursuit ce militaire, qui assure avoir lu les trois volumes de transcriptions de leur procès, a toujours été le soutien politique du socialisme dont ils ont bénéficié. Les avocats de gauche et les journalistes planqués ont retardé de dix ans la capture des agités de la gâchette. Quand un couple de tireurs du 17N a été appréhendé au début des années 90, la social-démocratie grecque, appuyée par la gauche française, a lancé toute une campagne de presse pour faire libérer les deux colombes.

Maintenant qu'en raison de la crise, la société est passée en mode extrême et qu’elle veut sanctionner le système politique qui l’a menée vers l’abîme (à droite et à gauche), le terrorisme ressurgit en option − mais, quelle ironie, cette fois en tant qu'épouvantail pour les foules.

Ce qui n'empêche pas qu'on l'utilise comme devant en sous-main. Les ploutocrates pourraient connaître le sort d'aristocrates depuis longtemps disparus dans un tourbillon mortel ; ils le savent et adaptent leurs durables méthodes. Désormais, sus au populo et pan dans sa gueule.

Oui, le terroriste usagé peut toujours servir. Celui-ci, que nous réserve-t-il sous son grand cache-poussière ? Plus de répression encore contre la révolte authentique en Grèce, fief usurpé de Goldman-Sachs, plus en France, fief contesté de... François Hollande ? Des attentats ? A Sotchi, chez les Héllènes, voire au pays de Valérie, Julie et les autres ?

Allez, un petit sirtaki, divinement européen celui-là. 



1 réactions


  • lisca lisca 25 janvier 2014 15:44

    Correction de quelques coquilles, mes excuses :

    Le titre est : Psychiko, 17N, piqûre de rappel
    Vers le milieu du texte : « Après que deux tueurs eurent traversé le centre d’Athènes... »
    Erreur de lien, ici corrigée : 
    "Les premières victimes de la terreur 17N ont été la Grèce et ses citoyens, nous rappelle un militaire grec sur ce site.

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