mardi 18 mai 2010 - par GHEDIA Aziz

Que reste-t-il de Aïd El Oummal, la fête des travailleurs ?

depuis la chute du mur de Berlin en 1989 et la disparition de l’union soviétique, le 1er mai, fête des travailleurs, n’est plus fêté avec le faste d’antan. Cette journée passe de nos jours presque inaperçue. Certes, elle est toujours chômée et payée, mais le cœur n’y est plus. La faucille et le marteau qui symbolisaient jadis le monde du travail, le prolétariat sous toutes ses formes, n’apparaissent plus sur des banderoles fièrement portées par des hommes et des femmes battant le pavé sur les grandes places publiques. Ces images sont du passé. Un passé depuis longtemps révolu car l’Histoire est toujours en marche et ne se répète pas.

Ni de la "Place rouge" ni de celle de "Tien amen" ne nous parviennent les échos de la masse prolétarienne. On dirait que celle-ci a cessé d’exister. Elle a été défaite, après presque un siècle de résistance, par l’économie de marché, les multinationales, la globalisation et que sais-je encore comme concepts nouveaux. En un mot, elle a été défaite par le capitalisme. Pourtant, le capitalisme lui aussi connait, depuis quelques temps maintenant, des problèmes assez sérieux à tel point qu’après la faillite en cascade de nombreuses banques américaines et autres, des pays comme la Grèce et le Portugal sont, à leur tour, menacés de mettre la clé sur le paillasson si j’ose dire. Drôle d’époque que l’on vit !
 
L’Algérie, qui ne fait pas exception à la règle, n’accorde également plus d’importance à cette journée. Le FLN et son organisation de masse qu’est l’UGTA ont pratiquement perdu toute crédibilité et ne font plus courir les masses. Le premier, à savoir le FLN, même s’il représente la majorité au niveau de toutes les instances de l’état (APN, sénat, etc.), n’est plus LE POUVOIR au sens stalinien du terme. En tout cas, aux yeux des travailleurs qui éprouvent de plus en plus d’énormes difficultés à joindre les deux bouts, il ne jouit plus du même prestige qu’autrefois. Et si l’on devait mettre ce sigle dans un musée de l’histoire comme l’avaient suggéré pas mal d’hommes politiques de l’opposition, il est certain que nul ne s’en émouvrait outre mesure ni ne le regretterait. Il n’est pas dans mon intention de faire, ici, le procès du FLN, mais il faut dire que celui-ci a mal géré l’après indépendance.
 
On ne peut parler de la fête des travailleurs sans parler de l’association syndicale qui les a représentés pendant presque un demi-siècle : L’UGTA. Mais juste quelques mots pour dire que celle-ci n’est plus « cette puissante centrale syndicale » dont « El Moudjahid » et la RTA couvraient toutes les séances de travail : ordinaires et extraordinaires. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle n’est plus qu’une coquille vide. Par respect à ceux qui croient encore à lutte syndicale et à l’utopie du socialisme, je n’en rajouterai pas plus.
 
La constitution de 1989 a permis l’éclosion de nombreux partis politiques et de nombreux syndicats autonomes. Aujourd’hui, chaque corporation de travailleurs réclame son syndicat. Ce qui est tout à fait légitime. C’est le cas des enseignants par exemple. Tout ceci a fait que l’UGTA n’est plus la seule association représentative des travailleurs. Elle a perdu beaucoup de terrain au profit de ses concurrents. Elle a aussi perdu des pans entiers de ses prérogatives. Ni sidi Saïd ni sidi Zekri n’auront l’occasion (comme ce fut le cas dans les années 70 pour le SG de cette centrale syndicale) de s’asseoir à côté du Président et applaudir les travailleurs qui défileraient sur l’Avenue de l’ALN, à Alger. 
 



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