lundi 14 mai 2012 - par VICTOR LAZLO

Quels patronages pour la France de 2012 ?

Mr Hollande débutera son quinquennat mardi 15 mai en rendant un hommage à deux figures de la 3éme République : Jules Ferry et Marie Curie. 

Par ce geste il placera son action sous ce double patronnage, comme Mitterrand l'avait fait 31 ans plus tôt avec les figures de Jean Jaurés, Jean Moulin et Victor Shoelcher (http://www.linternaute.com/histoire/motcle/101/a/1/1/pantheon.shtml ).

Le choix de Marie Curie, Prix Nobel en 1903 et 1911, ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Curie ) premiére femme à être entrée au Panthéon, ne devrait pas susciter de polémique. En une époque qui ne comptait pas d'association anti-raciste, ni de mesure de la parité, ni de discrimination positive, Me Curie fit, par son simple talent, notablement avancer la cause féministe en même temps que la science (1).

 

Signal fort adressé aux féministes et aux promoteurs de l' immigration , le choix de Marie Curie, par ses découvertes et travaux, rappellera que l'industrie nucléaire est durablement inscrite dans l'ADN français. Sans doute un trait d'humour de la part de M. Hollande (qui n'en manque pas) à l'intention de ses alliés écologistes (http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/09/15/hollande-et-le-nucleaire-pas-de-geste-pour-les-ecologistes_1573021_823448.html).

L'autre figure choisie par M. Hollande pour patronner son quinquennat peut sembler beaucoup plus problématique.

 

Jules Ferry (http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Ferry ) fut un ardent colonialiste en même temps qu'un défenseur de l'école public. Ces 2 aspects de son action ne furent jamais contradictoires mais complémentaires.

Ministre de l'Education, Jules Ferry fut à l'origine des lois sur la gratuité de l'enseignement primaire (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_Jules_Ferry ) et sur sa laicité.

Une icône essentielle, donc, de la mythologie de "l'école laique et obligatoire". On peut penser que c'est à ce Jules Ferry là que Mr Hollande veut se réfèrer, lui dont dont le projet parle beaucoup de l'éducation et de la jeunesse (avec, entre autres, la création de 60000 postes http://www.journaldunet.com/magazine/programme-hollande-education-0412.shtml).

Mais Jules Ferry fut aussi "Jules Ferry le Tonkinois" ; l'homme qui initia la colonisation de la Tunisie, de Madagascar, du Congo, entre autres ; l'homme qui considéra la colonisation comme nécessaire, indispensable, parce que, disait-il :"Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures."

N'oublions pas que la Colonisation était alors défendue par des esprits libres, comme Victor Hugo, au nom des Droits de l'Homme.

Etrangement, dans le même temps qu'il veut honorer un des principaux initiateurs de la Colonisation en la personne de Jules Ferry, Mr Hollande propose "un devoir de mémoire" en ce qui concerne l'Algérie coloniale (http://www.djazairess.com/fr/elwatan/363361 ).

Le musée du Quai Branly (http://www.wat.tv/video/thuram-presente-histoire-racisme-4km71_2exyh_.html ) présente encore aujourd'hui un espéce de condensé de la pensée "anti France Coloniale" . On notera les logorhées haineuses du PIR (http://www.indigenes-republique.fr/pir) . Des manifestations parmi 1000 autres de cette auto-destruction mentale de nos sociétés décrites il y a déja plus de 30 ans par P. Brukner dans son ouvrage, "Le sanglot de l'homme blanc"(http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Sanglot_de_l&#39 ;homme_blanc ).

 

Pourrait-on imaginer que Mr Hollande ait choisi délibérement Jules Ferry pour patronner un nouveau rassemblement de la Nation ? Un choix qui aurait visé à donner une cohérence et un sens à ce patchwork de peuples et d'identités antagonistes qui compose désormais la population française . Un choix qui aurait montré que le Jules Ferry de l'école laique et obligatoire et le Jules Ferry de la Colonisation forment bien le même idéal de progrés et de civilisation. Auquel cas on peut se demander par ailleurs pourquoi Clémenceau, qui s'opposa trés fermement à J. Ferry sur le projet Colonial ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Clemenceau ), n'a pas été désigné comme patron conjoint de J. Ferry.

Il est à craindre que seule l'ignorance de l'Histoire et de ses enjeux ait guidé les choix de Mr Hollande. L'approche brouillonne et clientéliste (2) de notre classe politique (et en cela Mr Hollande est l'égal d'un Mr Sarkozy ou d'un Mr Mélenchon) ne dessine que l'empreinte cruelle des contradictions et des ressentiments de notre époque.

En celà il est à craindre que le quinquennat de Mr Hollande ne soit qu'un quinquennat perdu de plus aprés les débâcles morales que furent ceux de Mrs Chirac et Sarkozy.

 

1- Je rappelle ce délicieux film de C. Pinoteau : "Les palmes de Mr Shultz" " http://www.premiere.fr/film/Les-palmes-de-monsieur-schutz-141585 qui relate de façon trés drole l'histoire et les recherches de Pierre et Marie Curie.

2-On se souviendra, entre autres, des appels du pied de Mr Hollande à l'électorat musulman et de ses résultats (http://www.slateafrique.com/86945/93-pourcent-des-musulmans-ont-vote-pour-francois-hollande ) ; des diverses diatribes de Mr Sarkozy, (http://www.youtube.com/watch?v=JB9WPfh2ZxI) ; des grasse attaques de Mr Mélenchon saluées par des publics serviles (http://www.youtube.com/watch?v=V9f6s_J29G4 , http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/11/12/melenchon-s-en-prend-a-hollande-un-capitaine-de-pedalo-dans-la-tempete_1603045_1471069.html ).



5 réactions


  • Elisa 14 mai 2012 15:01

    Peut-on encore à cette heure exhorter notre nouveau Président à abandonner la figure « tutélaire » de Jules Ferry lors de son intronisation ?

    De deux choses l’une

    Soit F. Hollande, peu au fait de la biographie politique de Jules Ferry, a pensé bien faire en se référant au symbole spinalien du fondateur de l’Ecole Laïque. La présence de Jules Ferry dans le panthéon imaginaire de la France républicaine et laïque est alors pour lui le meilleur gage pour entamer son mandat dans une sorte de consensus historique et populaire.

    Soit, ce que l’on peut supposer d’un homme raisonnablement cultivé, il connaît le parcours de cet homme et sait pertinemment qu’il a été le champion du colonialisme fondé sur la supériorité de la race blanche. On ne peut même pas objecter en disant que son point de vue était en son temps totalement consensuel.

    On peut rappeler la réponse virulente et humaniste de Clémenceau le 30 juillet 1885 à l’Assemblée

    Extrait :

    « [...]Je ne comprends pas que nous n’ayons pas été unanimes ici à nous lever d’un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence l’hypocrisie. »

    Bref, que F. Hollande soit ignorant ou informé ne change rien à son erreur : pourquoi diable a-t-il cherché comme modèle un personnage qui ne peut que ternir symboliquement sa victoire ?


    • Elisa 16 mai 2012 14:23

      PS : j’ai pris acte avec satisfaction des propos de F. Hollande sur la facette noire colonialiste et raciste de Jules Ferry.

      De plus il a appuyé son hommage sur les lois et non la personne.


  • VICTOR LAZLO VICTOR LAZLO 14 mai 2012 17:18

    Bonjour Elisa,

    Vos remarques sont tout à fait bienvenues.
    Concernant celle que vous faites sur Clémenceau, je pense que Mr Hollande aurait dû l’associer à Jules Ferry pour justement mettre en lumiére les limites de la pensée progressiste du 19éme siécle, ses reliefs accidentés et son prix.

  • ollonois 14 mai 2012 22:43

    L’école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure !



    Candidat, François Hollande avait axé sa campagne sur les questions d’éducation.


    Président, il place sa cérémonie d’investiture sous la figure et l’héritage de Jules Ferry avec un hommage à la statue du ministre aux Tuileries.

    Ce choix convenu est aussi celui d’un triste symbole.

    D’abord parce que Jules Ferry est l’homme de la colonisation (« Si nous avons le droit d’aller chez ces barbares, c’est parce que nous avons le devoir de les civiliser […] Il faut non pas les traiter en égaux, mais se placer au point de vue d’une race supérieure qui conquiert » (Discours à la jeunesse, mars 1884).

    Quant à « son » école, construite sur les décombres de la Commune de Paris, si elle fut bien une école « pour » le peuple, elle ne fut jamais l’école « du » peuple : « Il est nécessaire que le riche paye l’enseignement du pauvre, et c’est par là que la propriété se légitime » affirme celui qui entendait surtout, grâce à ses lois scolaires, « clore l’ère des révolutions ».

    Nous profitons donc de l’occasion pour faire circuler le chapitre « Un mythe qui a la vie dure : l’école de Jules Ferry selon Foucambert », extrait de l’ouvrage Pédagogie et Révolution (Grégory Chambat, éditions Libertalia, 2011, 203 p., 14 € - vente en librairie et en ligne : http://www.cnt-f.org/nautreecole/?Pedagogie-et-revolution-Gregory)





    Un mythe qui a la vie dure : l’école de Ferry selon Foucambert



    Du haut de la tribune de l’Assemblée, défendant son projet d’école « publique, laïque, gratuite et obligatoire », Jules Ferry ne cache nullement son ambition de « mettre fin à l’ère des révolutions ». Ne plus revivre le cauchemar de la Commune, doter le pays d’une école adaptée aux besoins croissants de l’industrie, assurer la paix civile : « Dans les écoles confessionnelles, les jeunes reçoivent un enseignement dirigé tout entier contre les institutions modernes. […] Si cet état de chose se perpétue, il est à craindre que d’autres écoles se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes diamétralement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 28 mai 1871. »

    Cent ans plus tard, au printemps 2003, des enseignants « en lutte » se revendiquaient de ce même Ferry contre son homonyme et lointain successeur… et nul ne s’en étonnait, ne s’en révoltait… si ce n’est Jean Foucambert, l’inlassable animateur de l’Association française pour la lecture*. Cet aveuglement de ceux qui auraient dû constater – et contester – les limites de l’école de Jules Ferry a sans aucun doute pesé sur le projet de réédition d’une œuvre initialement publiée au milieu des années 1980.


    Les victoires de Jules Ferry


    Sans nul doute, L’École de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure n’a perdu ni de sa pertinence ni de son actualité : « Comprendre comment fonctionnait l’école de Jules Ferry, c’est se donner le moyen, tout à la fois, de lutter contre la nostalgie ambiante et d’éviter les fausses solutions qui ne font que la renforcer. » Car, pour Foucambert, bien qu’enterrée par le collège « pour tous », l’école de Ferry a finalement tenu son pari : «  Instruire en détournant contre lui l’instruction que le peuple revendiquait pour son émancipation. » Depuis la première édition, le combat pour l’égalité n’a cessé de reculer au profit de «  l’égalité des chances ». Une défaite pour tous ceux qui s’étonnaient, à la suite de Robespierre, que les opprimés remettent aux oppresseurs le soin de les éduquer, « comme si un homme d’affaires était chargé d’apprendre l’arithmétique à ceux qui doivent vérifier ses comptes… »


    La suite ici


  • Le Yeti Le Yeti 15 mai 2012 10:21

    Marie Curie ?

    C’est plutôt bon signe ça ! FH aurait-il conscience du cancer qui ronge la France ?
    Ou bien est-ce l’annonce d’une politique sociale dans la lignée de celle de Sarko ?

    Curie (nom féminin) : division de la tribu chez les romains.

    NB : je plaisante.

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