mardi 12 août 2025 - par Patrice Bravo

Rencontre Trump-Poutine en Alaska : l’Europe craint de se retrouver à l’écart

La décision inattendue d'organiser des négociations entre Vladimir Poutine et Donald Trump, qui plus est sur le territoire américain (dans l'État d'Alaska), a provoqué une réaction ambiguë parmi les alliés de Washington, notamment européens. 

D'un côté, l'Union européenne, comme la Russie, est fatiguée du conflit entre Moscou et Kiev et veut qu'il se termine le plus rapidement possible. De l'autre, le prix possible de la fin de l'effusion de sang fait peur. Les craintes sont largement générées par le fait que Trump n'informe pas ses alliés des conditions dans lesquelles il prévoit de s'entendre avec Poutine. Les dirigeants des principaux pays de l'Otan et la direction de l'UE ont averti le président américain que quel que soit l'issue des négociations, le sort de l'Ukraine ne pouvait être décidé sans l'Ukraine et sans l'Europe. 

L'annonce des négociations entre Trump et Poutine a manifestement pris les politiciens occidentaux au dépourvu. L'idée avancée dans les commentaires donnés dans les médias occidentaux sur cet événement prévu le 15 août est que la rencontre en Alaska donnera enfin au moins une chance réelle de mettre fin au conflit russo-ukrainien. En même temps, on ne sait absolument rien des propositions avec lesquelles les parties abordent ces négociations. De quoi prévoient-ils exactement de négocier ? L'Ukraine sera-t-elle le seul sujet de conversation des deux dirigeants ou ne sera-t-elle qu'une partie de certains accords russo-américains ? Poutine et Trump discuteront-ils de la levée des sanctions (au moins de celles que le président américain a le droit d'annuler par sa décision) ? Les réponses à ces questions et à bien d'autres qui se posent en rapport avec les négociations à venir semblent, à ce jour, inconnues même des principaux politiciens des pays occidentaux, ce qui ne peut que les inquiéter. 

Les Européens ont fait preuve d'une rapidité inhabituelle. Littéralement quelques heures après que Trump a annoncé son intention de rencontrer Poutine en Alaska le 15 août, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer, la Première ministre italienne Giorgia Meloni, le chancelier allemand Friedrich Merz, le chef du gouvernement polonais Donald Tusk, le président finlandais Alexander Stubb et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont rapidement tenu des négociations et adopté une déclaration commune. Elle contient plusieurs conditions clés sous lesquelles les alliés de Washington sont prêts à approuver un accord entre Trump et Poutine. 

La première d'entre elles est que le chemin vers la paix en Ukraine ne peut être déterminé sans l'Ukraine. En d'autres termes, Kiev doit se voir accorder un droit de veto sur toutes les décisions visant à régler le conflit. Certes, on pourrait considérer cette condition comme déclarative, compte tenu de la dépendance de l'Ukraine actuelle de l'aide occidentale, mais au moins elle est avancée et considérée comme fondamentalement importante par les autorités de nombreux pays européens. Comme l'a dit à ce sujet le président de la commission des affaires internationales du parlement estonien Marko Mihkelson, l'Alaska ne doit pas devenir une "nouvelle Yalta", cela signifie que les grandes puissances ne doivent pas y décider du sort d'autres pays, comme ce fut le cas lors de la conférence de Yalta en 1945, qui a prédéterminé l'entrée de l'Europe de l'Est dans la sphère d'influence soviétique. 

La deuxième condition est que l'Ukraine doit recevoir des "garanties de sécurité solides et fiables". Le mot "Otan" ne figurait pas dans la déclaration. Cependant, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dit à plusieurs reprises qu'il ne voyait comme seule garantie solide de sécurité pour son pays que son adhésion à l'Alliance. À ce sujet, des signaux contradictoires ont été envoyés à Kiev au cours de la dernière année. Lors de sa première visite en Europe en tant que secrétaire à la Défense, le chef du Pentagone Pete Hegseth a affirmé que l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan n'était plus à l'ordre du jour. Les dirigeants européens semblaient tacitement d'accord avec lui. Mais quelques mois plus tard le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte a dit exactement le contraire, à savoir que les portes de l'Alliance restent ouvertes pour l'Ukraine. 

Il convient aussi de rappeler que personne dans l'UE, à l'exception de la Hongrie (que les Européens parviennent invariablement à convaincre ou à contourner lors de la prise de décisions importantes), n'a exclu l'intégration européenne pour Kiev. Et l'UE se transforme maintenant en alliance de défense, dupliquant ou complétant largement les fonctions de l'Otan. 

Une autre condition exposée dans la déclaration est que le "point de départ des négociations" doit être un cessez-le-feu sur la ligne de contact actuelle. C'est-à-dire d'abord une trêve, puis tout le reste. Rappelons que lors des négociations d'Istanbul, la Russie défendait la position opposée : d'abord éliminer ce que le Kremlin considère comme les causes premières du conflit, et ensuite seulement parler de cessation des hostilités. 

Enfin, le document souligne l'engagement inébranlable des alliés américains envers "la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Ukraine". Le Wall Street Journal a tenté d'expliquer la signification de cette expression citant deux responsables européens ayant souhaité rester anonymes. Comme quoi les Européens et Zelensky conseillent à Trump de proposer à Poutine une paix basée sur un échange équitable de territoires. Dans ce cadre, le Donbass reviendrait à la Russie, sans parler de la Crimée. En principe, quelque chose de similaire était proposé dans les déclarations publiques de l'envoyé spécial du président américain Steve Witkoff. 

Cependant, la mention de l'intégrité territoriale de l'Ukraine dans la déclaration des dirigeants européens témoigne du fait que l'échange, de leur point de vue, ne peut être que factuel, sans reconnaissance juridique de la souveraineté russe sur la Crimée et le Donbass. 

La Constitution russe garantit l'intégrité et l'inviolabilité du territoire (art. 5 partie 3), ce qui rend impossible tout échange territorial. La Constitution ukrainienne est quelque peu évasive à ce sujet, quand elle parle de "l'indivisibilité et l'inviolabilité du territoire de l'Ukraine dans ses frontières existantes". Cependant, le droit international connaît l'institution du condominium avec une propriété et une gestion conjointes d'un territoire. Une telle expérience existait dans la pratique historique de la Russie. 

C'est ainsi qu'était gérée la Sitch zaporogue (par la Russie et la Pologne) selon la trêve d'Androussovo de 1667 et jusqu'à l'abolition de la Sitch en 1775, ainsi que Sakhaline (par la Russie et le Japon) selon le traité de Shimoda de 1855 et jusqu'au passage de Sakhaline sous possession russe par le traité de Saint-Pétersbourg de 1875. 

Quoi qu'il en soit, il existe aujourd'hui une position ukrainienne officielle, que Zelensky a répétée après l'annonce des négociations à venir entre Trump et Poutine : "la réponse à la question territoriale ukrainienne existe déjà dans la Constitution de l'Ukraine. Personne ne reculera et ne pourra reculer là-dessus". C'est-à-dire que Kiev reconnaît officiellement comme ukrainiens non seulement le Donbass, mais aussi la Crimée. Zelensky peut le dire personnellement à Trump et Poutine lors de la rencontre en Alaska, s'il y participe, bien sûr. On ignore si un autre dirigeant participera aux négociations entre les présidents de Russie et des États-Unis.

Alexandre Lemoine

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Source : http://www.observateur-continental.fr/?module=articles&action=view&id=7154



31 réactions


  • pierre 12 août 2025 11:29

    si tu n’es pas à la table c’est que tu es au menu  smiley


  • Parrhesia Parrhesia 12 août 2025 11:54

    Précisément ! L’actuelle contre-europe à vingt-huit n’a été conçue et réalisée que dans ce but : être tenue à l’écart des décisions comme des profits.


  • berry 12 août 2025 14:23

    Je n’imagine pas la Russie lâcher les régions de Kherson et Zaporijjia, ou alors juste les parties à l’ouest du Dniepr qu’elle n’occupe pas encore.


    • Gérard Luçon Gérard Luçon 13 août 2025 08:18

      @berry
      apparemment la ligne de front a été fracturée ces 2 derniers jours ...et la question n’est pas « la zone occupée », elle l’est et le restera, mais la zone tampon (Odessa ? la TransNistrie ? l’accès à la mer noire ? ...


  • Com une outre 12 août 2025 15:58

    L’UE est à l’écart pour la simple raison qu’elle ne souhaite pas la paix avec la Russie. Sa présence n’a par conséquent aucune utilité. 


  • Krokodilo Krokodilo 12 août 2025 16:08

    Cette rencontre intrigue tout le monde, personne n’ayant la moindre idée de ce qu’ils ont déjà pu évoquer comme avancée dans les négociations. Du coup, tous s’inquiètent , chacun pour ses raisons propres, en général politiciennes. Poutine a t-il accepté de laisser Trump revendiquer un succès diplomatique et se présenter en faiseur de paix, alors que les USA sont co-déclencheurs et co-belligérants, fournissant tout à l’exception de leurs soldats ? Poutine parlera-t-il en tant que représentant officieux des Brics pour discuter des sanctions secondaires ? la Russie abandonne-t-elle son objectif de neutralité de l’Ukraine  ce qui sera difficile à faire avaler aux Russes comme un succès... Trump va -t-il dire aux Européens « moi j’ai fait la paix avec la Russie, j’arrête tout, si ça vous va pas, démerdez-vous ! » ? Bref, gros suspense.


  • Durand Durand 12 août 2025 18:26

    « l’Europe craint de se retrouver à l’écart »

    C’est exactement comme Macron, qui “craint“ une famine à Gaza…

    ..


  • Kiev prépare une provocation pour faire échouer les négociations russo-américaines, selon la Défense russe 12 août 2025

    En savoir plus sur RT

    Avant la rencontre Poutine-Trump, Kiev planifie une attaque provocatrice contre un quartier résidentiel de la région de Kharkov, avertit la Défense russe. Kiev attribuera la responsabilité à Moscou pour créer un contexte médiatique négatif. La Défense russe n’exclut pas des provocations ukrainiennes dans d’autres localités contrôlées par Kiev. Selon le ministère russe de la Défense, des informations obtenues par plusieurs canaux confirment que le régime de Kiev prépare une provocation visant à perturber les négociations russo-américaines prévues le 15 août en Alaska, entre Vladimir Poutine et Donald Trump. Le 11 août, le Service de sécurité d’Ukraine (SBU) a transporté en voiture un groupe de journalistes de médias étrangers vers la ville de Tchougouïev, dans la région de Kharkov, sous prétexte de réaliser « une série de reportages sur les habitants vivant près de la ligne de front ». Un scénario de frappe pour accuser Moscou


  • https://siteveillestrategique.blogspot.com/2025/08/bulletin-dinformation-n136-de-notre-web.html

    https://www.youtube.com/watch?v=BMDdTTs12us

    Z août 2025

    Merci pour ce point.
    Saucissonner Gaza comme la Cisjordanie est la nouvelle trouvaille israélienne pour contrôler la zone, on essaie de faire du neuf avec des anciennes recettes qui fonctionnent. Mais ceci va prendre un temps infini dans ce dédale de béton et de gravât. L’aide humanitaire par parachutage sur Gaza est une véritable catastrophe, 23 palestiniens se sont faits écraser par les palettes qui tombaient du ciel et 120 autres ont été blessés. Des palettes restent accrochées à leur parachute sur des bâtiments, les personnes tentent d’y accéder et les immeubles ou des escaliers s’écroulent sous le poids des personnes affamées. On n’est même pas fichu d’organiser une aide humanitaire convenable. Le vent fait dériver l’aide humanitaire parachutée hors de la bande de Gaza et des palettes tombent dans la mer. Spectacle pitoyable.

    Le territoire de l’Alaska a été vendu aux USA après la guerre de sécession en 1867 par le tsar Alexandre II pour la coquette somme de 7.2 millions de dollars.
    C’est l’État des USA où la religion orthodoxe y est le plus fortement implantée. Des églises orthodoxes ornent les paysages, tout cela caractérise l’influence russe sur ces terres. C’est déjà un trait d’union entre les deux pays. De plus les USA n’ont pas ratifié les clauses de la Cour Pénale Internationale, donc pas de justification juridique à donner pour la présence de Vladimir chez eux. Dans ce cas, aucun pays étranger n’est à traverser ce qui permet aux USA d’assurer la pleine sécurité de l’avion de Poutine. Seuls 3.8 km font la séparation du territoire russe et américain entre les îles Diomède situées au milieu du détroit de Béring.
    Ce sont les USA qui ont été les demandeurs de cette rencontre, donc ils sont prêts à lâcher du lourd. Pour Poutine c’est déjà une victoire politique, son pays est entré de nouveau dans la cour des grands.

    A défaut d’une vérité, la propagande ridicule occidentale continue, le virus du VIH aurait augmenté de 2000% au sein des forces armées russes. A défaut d’avoir du témoignage de femmes ukrainiennes violées par les troupes russes, les soldats russes sont devenus des pédérastes qui déversent leurs désirs sexuels sur leurs camarades de tranchée. Pathétique.

    La percée russe au Nord de Pokrovsk témoigne de la faiblesse de l’armée ukrainienne du moment. Si l’attrition russe sur les forces armées ukrainiennes se confirme et augmente encore alors nous verrons plus fréquemment ce genre de percée sur le front. Ce qui voudrait dire qu’on se rapprocherait inévitablement d’un écroulement généralisé du front. LE TEMPS PRESSE, il faut en finir avec cette guerre.


  • ETTORE ETTORE 13 août 2025 11:32

    Il y a juste une certitude...

    C’est que la pompe à fric Zézé, serre tellement les fesses, qu’il peut faire de l’huile, juste avec la sueur de sa raie.

    Trumpy, a bien déroulé le PQ des futurs « accords » en claironnant, que «  Zézé, devras signer quelque chose » et venant de toufette blonde, c’est pas une invitation, c’est pas un « conseil », c’est« UN ORDRE ».

    Quant aux autres nécessiteux, locaux, se pensant nécessaires, sans être pour autant commissaires, ( à part la perfide Albion, qui est la queue bandée des US), il est fort probable, que les GRANDS de ce monde, réservent à ces clowns pompeux, un bac a sable, dont la pisse à la raie, est un laisser passer obligatoire, pour avoir le sourire du cocu satisfait de sa condition.


  • microf 13 août 2025 13:59

    Á partir du moment oú l´Europe n´a pas été convié aux négociations, l´Europe est déjá á l´écart.


    • Patrice Bravo Patrice Bravo 14 août 2025 20:54

      @microf

      Elle est morte. Il n’y a que des vieux Européens en Europe et des populations africaines jeunes. Si il n’y a plus d’Européens, il n’y a plus d’Europe. 


  • Bernard Mitjavile Bernard Mitjavile 13 août 2025 15:16

    Heureusement que les Européens sont tenus à l’écart de cette négociation sinon cela aurait été du temps et de l’argent (de Nicolas) perdu. 


    • microf 14 août 2025 14:23

      @Bernard Mitjavile

      Mais malgré le fait que les européens ne soient pas invités aux négocaitions, ils ont trouvé un moyen de perdre du temps et de l´argent en organisant une rencontre dans un pays tiers pour parler de cette rencontre Trump-Poutine en Alaska. 


    • Patrice Bravo Patrice Bravo 14 août 2025 20:55

      @Bernard Mitjavile

      C’est bien triste pour les gens qui portent ce prénom en France. 


  • Krokodilo Krokodilo 13 août 2025 15:55

    Proposition de sondage européen « à chaud » : vous préférez que l’UE consacre des milliards à l’Ukraine ou pour renouveler la flotte (très) vieillissante de canadairs ?


  • Gérard Luçon Gérard Luçon 14 août 2025 09:40

    je n’ai jamais vu une telle concentration d’abrutis au pouvoir ... hier le déjanté devenu président de la Roumanie a déclaré que son pays est celui qui a la plus longue frontière avec l’Ukraine, oubliant Russie et Belarus !!!

    Quand à l’entrevue Trump-Poutine ...

    Résumé (anticipé) de la rencontre de demain Poutine-Trump :
    je te laisse terminer l’Ukraine, tu me laisses prendre le Groënland et on gère ensemble la « route maritime du nord » ...
    ... et on continue à se faire la gueule pour occuper ces tarés d’européens ...

  • charlyposte charlyposte 14 août 2025 14:42

    Avec L’Europe...la guerre est une histoire éternelle... en étant tristement toujours du coté des terroristes...c’est pathétique et pathologique smiley


  • https://www.youtube.com/watch?v=Z7wUOk56Kx0

    Où va ce monde. Avec Pepe Escobar, journaliste, analyste et écrivain (14 août 2025 – 15h00)


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