mercredi 11 décembre 2019 - par Eric F

Retraites : Comment rétablir la confiance ?

84% des Français sont favorable à une harmonisation des retraites (ref 1). Mais l'une des causes majeures de la large opposition à la réforme proposée par le gouvernement, c'est le manque de confiance sur les intentions et sur la réalité de l'application du système (ref 2).

En effet, déjà le système actuel a été modifié à plusieurs reprises en allongeant la durée de cotisation et en reculant l'âge de départ, constituant une rupture avec les conditions connues au moment de l'embauche (projet de carrière, etc.).
En outre, le code de la Sécurité Sociale qui prévoit une réévaluation des pensions en fonction de l'inflation a été transgressé par le gel ou la sous-indexation des retraites depuis plusieurs années (ref 3), comment alors se fier aux "engagements" sur la réévaluation du point ?
Enfin, certaines déclaration sur le gel de la part de PIB consacré aux retraites (ref 4) ou sur des économies envisagées fait craindre que le système par répartition soit restreint au profit de compléments par capitalisation sur la base du volontariat (ref 5).

Il est donc indispensable de la part du gouvernement d'instaurer la confiance par des mesures concrètes, pour faire accepter le principe même de sa réforme, au delà des "accommodements" catégoriels consentis suite au mouvement de protestation, concernant notamment l'année de mise en application et la course à l'échalote sur la pénibilité.

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    Rétablir dès 2020 l’indexation systématique des pensions de retraite sur l’inflation pour tous (conformément au code de la sécu depuis 1987), afin de rétablir la confiance envers la réglementation

  2. Garantir que la situation de départ et les modalités d'indexation avec le nouveau système assurent le maintien du niveau moyen de pension

  3. Indexer la part de PIB affecté aux retraites en fonction de l’évolution de la proportion de retraités dans la population, ce qui nécessitera d'élargir l'assiette de cotisation à la valeur ajoutée non salariale de l'économie (ref 6) (incluant les importations, via une part différentielle de TVA).

ref 1 https://www.lerevenu.com/breves/retraites-huit-francais-sur-dix-pour-pour-une-harmonisation-des-regimes-etude

ref 2 : https://www.lefigaro.fr/conjoncture/reforme-des-retraites-la-grande-defiance-des-francais-20190905

ref 3 : http://www.leparisien.fr/economie/grand-debat-et-si-on-retablissait-l-indexation-des-retraites-sur-l-inflation-17-01-2019-7990977.php

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ref 4 : https://www.cor-retraites.fr/node/519

ref 5 : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/et-si-la-retraite-par-capitalisation-decollait-enfin-1136130

ref 6 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Partage_de_la_valeur_ajout%C3%A9e#/media/Fichier:Partage_va.png

 



107 réactions


  • Cyril22 13 décembre 2019 19:13

    La plupart des articles sur Agoravox consacrés à la réforme des retraites semblent miser sur son retrait.

    Mais la question de l’équilibre entre les recettes perçues et les pensions versées se posera exactement de la même manière en restant dans l’ancien système (ou plitot dans les anciens systèmes), avec en plus les disparités qui subsisteront, par exemple pour les agriculteurs. Il faudra alors introduire des compensations, mais à budget constant sur quoi seront-elles prélevés ? Sur le seul régime général des salariés du privé qui devra alors être à nouveau raboté, si les autres régimes refusent de mettre au pot.


    • Kapimo Kapimo 14 décembre 2019 16:34

      @Cyril22

      Le problème est que quasiment plus personne n’a confiance dans ce gouvernement, qui doit être surveillé comme le lait sur le feu.
      Comment faire confiance à Macron dont la campagne électorale a été soutenue par BlackRock et qui est en contact régulier avec le patron de cette société financière, à Delevoye le franc-mac qui est rémunéré par des lobby d’assureurs, à Philippe héritier de Juppe ?

      Il faut probablement une réforme, mais pas menée par des extrémistes (et le pouvoir actuel représente un extrême, celui du grand capital et de la banque).


    • Eric F Eric F 14 décembre 2019 18:41

      @Kapimo
      « quasiment plus personne n’a confiance dans ce gouvernement »
      Effectivement, d’où la nécessité pour le gouvernement de retrouver une part de confiance, en donnant des garanties crédibles.
      Initialement, la CFDT (premier syndicat désormais), la CFTC et l’UNSA ont soutenu les grandes lignes du projet. Mais le gouvernement a voulu mélanger deux choses : la réforme structurelle d’une part (système unifié de retraite par répartition), et l’équilibre financier à moyen terme d’autre part. Or autant Macron avait annoncé la couleur dans son programme sur le premier point, autant le deuxième point va à rebours de son engagement à ne pas reculer l’âge de départ.
      Il s’est donc mis à dos les partenaires sociaux qui auraient pu le soutenir. Certes, au strict plan politicien, ça lui ramène de l’électorat de droite, le faisant un peu remonter dans les sondages (à un médiocre 29%), mais il sabote alors son projet de réforme, et s’aliène ce qui lui restait de soutien de gauche modérée.

      Sans parler d’« extrêmiste », nous avons actuellement effectivement le gouvernement le plus aligné sur le néolibéralisme qu’il y ait eu en France depuis plus de 60 ans. Macron a été élu suite à une cascade de circonstances favorables -et le soutien médiatique-, mais ne correspond absolument pas à la « mentalité » collective« des Français, qu’il a souvent fustigée. Et qui plus est, l’actuel pouvoir manque du plus élémentaire sens de »la manière de gouverner« , il a le chic pour braquer une majorité de citoyens (la réduction malvenue de l’APL, la CSG brimade sur les retraités, la limite à 80 sortie du chapeau, la surtaxe abusive sur les carburants, le subterfuge grossier de l »age pivot", etc.). 


    • Eric F Eric F 14 décembre 2019 18:53

      @Cyril22
      Même si la réforme structurelle vise à optimiser la collecte et la distribution du budget retraite, la question de l’équilibre financier à moyen terme relève du paramétrage et non pas des principes de base. C’est une erreur de méthode d’avoir voulu cumuler les deux dans un même paquet.

      Mais effectivement, si le gouvernement devait retirer son projet, cette question du paramétrage se posera alors dans le système actuel pour les années futures, et cela pèsera surtout sur le « régime général » (celui des salariés du privé) qui éponge les systèmes déficitaires.


  • Eric F Eric F 16 décembre 2019 09:39

    L’affaire Delevoye est un nouveau coup de canif en matière de confiance, on est consterné de l’inconséquence des responsables politiques. La haute autorité » censée assurer l’irréprochabilité des élus et gouvernants ne vérifie absolument rien, il faut que ce soit la presse qui fasse le job !
    Le « haut commissaire aux retraites » a terminé sa mission puisque le projet est entre les mains du gouvernement, la fonction peut donc être supprimée (sans préjudice de la procédure judiciaire). C’est du gâchis car il semble qu’il avait été apprécié comme négociateur, il faudra que le ministre ou secrétaire d’état qui reprend le flambeau ait l’étoffe -difficile à trouver dans le vide sidéral macronien-. La « haute autorité pour la transparence de la vie publique » à démontré son incapacité, elle devrait être dissoute, la Cour des Comptes (*) pourrait désigner en son sein des contrôleurs pour vérifier les conflits d’intérêts au sein de l’état.

     (*) selon l’article 47-2 de la Constitution, la Cour des comptes assiste le Parlement dans le contrôle de l’action du gouvernement.


  • William 18 décembre 2019 18:48

    Actuellement, le régime de retraite est quasiment à l’équilibre, le problème n’est pas pour l’immédiat, c’est donc une erreur du gouvernement d’avoir mis en danger sa réforme de principe -qui soulève déjà des oppositions- et l’ajustement des comptes futurs, que la gestion « paritaire » aura en charge comme aujourd’hui pour les caisses complémentaires.

    Renoncer à l’« age pivot » (bien qu’il existe désormais pour les retraites complémentaires à 63 ans, avec l’accord des syndicats) serait un « geste » nécessaire pour montrer la bonne volonté gouvernementale vers une sortie de crise.

    Mais ça ne suffira pas, il faut un autre geste symbolique sur la question des recettes, par exemple ...(ré)instaurer un prélèvement social de solidarité sur les très grosses fortunes financières ou alors remplacer la flat tax par l’application du barème de l’IR sur les revenus financiers (en intégrant IR+prélèvements sociaux dans ce taux).


    • Eric F Eric F 19 décembre 2019 11:04

      @William
      Sur cette question d’équilibre du système de retraite, le COR a publié à quelques mois d’intervalle deux rapports qui se contredisent, ils ont « dramatisé » à la rentrée.
      Lorsqu’il est dit « travailler plus », c’est en fait au niveau global avoir davantage de gens au travail, faire travailler les vieux et laisser les jeunes hors du circuit de l’emploi est une « solution » à la Gribouille.


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